Chapitre 1 : Les Autres


- Il y a vraiment un gros problème dans cette ville, grommela Dean. "Ce n'est pas possible qu'autant de gens bizarres habitent dans la même rue. Non, mais sérieusement ? T'as vu cette armée de canards qui sortaient de la salle de bains ?"

Malgré ses efforts pour être tolérant, Sam Winchester commençait à être d'accord avec son frère.

C'était la quatrième famille qu'ils visitaient et ils ne s'étaient pas encore remis du choc d'avoir été reçus par un vieillard décharné en chemise de nuit fleurie à leur première tentative.

Si encore il ne s'était agi que de ce genre d'excentricités, ils auraient pu l'ignorer, mais Sam était presque certain d'avoir aperçu la vaisselle en train de se faire toute seule dans la cuisine de la troisième maison et Dean prétendait que le chien lui avait souhaité une bonne journée au moment de quitter la seconde.

- Tu sais ce que je pense, mec ? Je pense que c'est pas nous qui devenons cinglés. Ça sent le piaf, dans cette rue. Et quand je dis piaf, je ne parle pas de pigeon, si tu vois ce que je veux dire. C'est pas bon du tout. C'est pas de papa de nous envoyer de ce genre de traquenard…

Sam acquiesça silencieusement et rejoignit son frère sur le trottoir, tout en jetant machinalement un dernier regard sur la pelouse en apparence parfaitement normale, mais dont émergeait de temps à autre la frimousse rose d'une espèce de taupe mutante.

Dean avait raison.

La situation était beaucoup plus grave qu'ils ne l'avaient imaginé.

Alors qu'ils grandissaient sur la Route, leur père leur avait appris tout un tas de trucs utiles pour leur survie. Ils connaissaient sur le bout des doigts la façon d'en finir avec les vampires, les loups garous et autres créatures maléfiques. Ils savaient les moindres ruses pour échapper à la police et à ses comparses en costard-cravate. Ils se méfiaient instinctivement des assistantes sociales, des médiums et des agents immobiliers (Dean, en tout cas. Sam n'était pas complètement convaincu au sujet de ces derniers).

Et John Winchester avait particulièrement insisté sur une chose. Quoi qu'il arrive, quelles que soient les circonstances, s'ils tombaient un jour par hasard au cours d'une affaire sur des individus avec un badge orné d'une tête de phénix, ils devaient tourner les talons.

Ce n'était pas une question de peur.

C'était une question de respect mutuel – ou de territoire, tout simplement.

On ne marchait pas sur les plates-bandes de ces… Oiseaux, c'était tout. Ils avaient leur gouvernement, leurs lois, leurs propres prisons. Ils toléraient les Chasseurs et leur boulot, tant que ceux-ci n'interféraient pas avec leur communauté. Et quand parfois quelqu'un franchissait les limites, confondait monstre du placard et cousin métamorphomage d'un honnête sorcier, eh bien c'était l'occasion de se rendre compte que toutes les baguettes magiques n'étaient pas matière à rigoler...

Personne ne se souciait des Chasseurs. Leur disparition n'aurait pas fait battre un cil au moindre contribuable américain, alors lutter contre la puissante organisation cachée qu'était le MACUSA était complètement futile.

Et ça, c'était sans aborder la question des pouvoirs que possédaient les agents de la Police Particulière. Il y avait du lourd de ce côté-là aussi. On racontait toutes sortes de choses à leur sujet et la moindre était qu'ils étaient plutôt doués pour vous faire oublier ce dont vous aviez été témoin par mégarde… voire que vous pouviez même terminer gaga s'ils forçaient un peu la dose.

En bref, certains Chasseurs travaillaient ponctuellement avec ou pour les Oiseaux – ils payaient plutôt bien, en or, il fallait au moins leur accorder ça – mais la plupart des gens qui menaient la même vie que les Winchester s'accordait pour éviter les mauvaises… fréquentations. Sam, cependant, était persuadé que leur père n'était pas aussi réservé à cet égard qu'il le leur avait enfoncé dans le crâne. John avait sans doute aussi cherché de ce côté des réponses à l'énigme cruelle de la mort de sa femme ou, peut-être, avait deviné bien avant son fils les… capacités de celui-ci.

On pouvait toujours espérer. Même si l'attitude soi-disant cool de Dean – un échec complet : ses craintes et son incompréhension se lisaient à livre ouvert sur son visage – faisait plutôt pencher l'aiguille vers la devise habituelle de la famille : "tirer avant de poser des questions"… Mais c'était un autre sujet.

Sam repoussa les mèches châtains qui lui tombaient dans les yeux – il avait sérieusement besoin d'une nouvelle coupe de cheveux – et se mordilla les lèvres. A côté de lui, Dean jouait machinalement avec ses clés, les sourcils froncés.

- Tu veux laisser tomber ? hasarda le plus jeune des Winchester, tout en sachant parfaitement la réponse qu'il allait obtenir.

- Nan. Papa ne nous aurait pas envoyé ces coordonnées, si ce n'était pas important. Il y a forcément une raison à notre présence ici.

Sam retint le petit reniflement amer qui lui chatouillait le nez et se contenta d'indiquer du menton la dernière maison de la rue.

- Bethany Mackenzie, cinquième et plus récente victime. C'est à ses parents qu'on a parlé à l'hôpital.

La lueur s'alluma dans les yeux verts de Dean au moment où l'idée naissait dans le cerveau de son frère.

- Ya personne. On devrait aller jeter un coup d'œil.

Ils étaient parfaitement synchrones, comme d'habitude. Entraînés, efficaces et dotés de plus d'expérience chacun pour entrer par effraction qu'un cambrioleur qui aurait eu leurs deux âges réunis.

La maison n'offrit aucune résistance. Les personnages dans les cadres à photos qui tapissaient l'entrée s'enfuirent tous en levant les bras en l'air, à l'exception d'une vieille bonne femme qui leur jeta une pantoufle et d'un chien qui aboyait rageusement derrière sa vitre. Le fer à repasser qui travaillait tout seul dans la salle à manger ne parut pas s'émouvoir de leur présence – le frigo, en revanche, s'agita en grondant quand Dean tendit la main vers l'un des magnifiques cupcakes rouges et bleus qui y étaient stockés.

A l'étage, ils trouvèrent la chambre de la petite fille sans aucune difficulté. Sam laissa son frère se pencher sur la commode pour renifler ce qui ressemblait à un tas de cendres – qui savait quelle sorte de rite mystique cette gamine pratiquait avant de se coucher ? – et se dirigea tout droit vers la fenêtre dont M. Mackenzie avait parlé.

L'épidémie qui frappait les gosses de Fitchburg avait tous les symptômes d'une pneumonie, mais le doc leur avait expliqué que c'était bien plus compliqué que cela. Les enfants y succombaient en l'espace d'une nuit, sans aucun signe avant-coureur. Ils sombraient dans le coma et ne répondaient pas aux antibiotiques habituels. C'était comme si leurs corps s'éteignaient peu à peu…

- Hé, Dean. Tu avais raison.

Sam s'écarta pour que son frère puisse voir ce qu'il venait de trouver sur le rebord de la fenêtre.

- C'est de la pourriture. Qu'est-ce qui laisse une empreinte pareille, à ton avis ?

Dean ne répondit pas de suite. Il examinait la marque des cinq doigts longs et maigres creusée dans le bois blanc comme si la main qui s'était appuyée à cet endroit était hautement corrosive.

Sam attendit patiemment en surveillant la rue à tout hasard : il ne s'agissait pas qu'un voisin voyeur et obligeant les dénonce à la police ou aux… Oiseaux. Puis, comme le silence s'éternisait quand même un peu trop, il donna un petit coup dans l'épaule de son aîné.

- Mec ?

Dean Winchester se redressa. Il était pâle et ses mâchoires s'étaient durcies. Quelque chose s'était levé dans ses yeux verts – un orage de colère mêlé de culpabilité et de détermination.

- Je sais pourquoi papa nous a envoyés ici, dit-il sombrement. "Il a déjà combattu cette chose. Il veut que nous finissions le travail."


oOoOoOo


Sam récupéra la canette perlée de gouttes glacées dans le bac du distributeur de boissons et s'adossa contre le mur pour la décapsuler. Il frotta ses yeux fatigués après les heures de recherche sur Internet qu'il venait de se farcir. Il avait vraiment besoin de prendre l'air. Il faisait étouffant dans leur minable chambre de motel – littéralement et métaphoriquement.

Dean n'avait pas lâché un mot depuis des heures, après son petit discours cryptique, à part pour lui donner le nom de la chose qu'ils étaient en train de chasser.

Shtriga.

Sam n'avait jamais entendu parler d'un truc pareil. Au début, il était à moitié sûr que le mot avait été inventé par Dean. Puis il avait fini par trouver quelques pistes, mais c'était loin d'être encourageant.

A priori, ce monstre dévorait l'essence vitale des gens. Et il était invincible.

Au moins cela expliquait pourquoi leur père l'avait laissé échapper, seize ans auparavant.

Sam n'en avait pas cru ses oreilles quand Dean avait sorti cette énormité. Il était certain que son frère lui cachait quelque chose. John Winchester n'était pas du style à manquer une de ses proies et à la regarder se tirer du pas sans intervenir – et la tête que faisait Dean était celle d'un menteur rongé par le remords.

La sonnette du motel tinta à quelques mètres à sa droite, le tirant de ses pensées.

- Salut, dit une voix masculine avec un léger accent britannique. "Tes parents sont là ?"

- Ma mère a emmené mon petit frère chez le dentiste, elle devrait revenir d'une minute à l'autre. J'peux vous aider ?

Sam tourna machinalement la tête vers l'accueil et but une nouvelle gorgée, savourant la boisson rafraîchissante par cette après-midi de juillet horriblement chaude.

Le gamin qui les avait accueillis la veille était à nouveau derrière le comptoir avec sa moue narquoise de môme trop intelligent pour son âge.

Comment s'appelait-il, déjà ? Ah oui. Michael.

Le jeune homme qui s'était adressé à lui devait avoir environ vingt-six ans, l'âge de Dean, et lui ressemblait un peu avec ses cheveux en brosse, ses épaules larges et son sourire de superhéros. Mais il portait une cravate, une veste et un pantalon coupés par un bon tailleur, qui n'avaient rien à voir avec le costume bon marché qu'enfilait l'aîné des Winchester lorsqu'il se faisait passer pour un agent du FBI – ce qui devait signifier qu'il n'était pas un faux, lui.

Le radar "danger !" de Sam s'alluma et ses doigts se crispèrent sur la canette. Sans bruit, il se décala et disparut derrière le distributeur de boissons. De là il voyait moins bien, mais il entendait parfaitement.

- J'ai juste quelques questions à te poser.

- Vous avez un mandat ? riposta Michael sans se troubler.

Le jeune homme se mit à rire.

- Je vois qu'on ne te la fait pas, à toi, lança-t-il joyeusement.

Il se retourna et fit un signe du bras en direction du parking écrasé par le soleil.

- Viens ici ! Le m'sieur demande à voir des papiers officiels !

Sam se pencha légèrement pour apercevoir l'autre agent – parce qu'il en était presque sûr, c'était des poulets.

- Tu aurais dû commencer par les lui montrer, Art', répliqua une voix amusée.

La fille qui vint rejoindre son collègue à l'accueil devait avoir l'âge de Sam, elle, et était presque aussi grande que lui, ce qui n'était pas peu dire. Dean aurait tordu le nez devant le chignon de bibliothécaire, les lunettes de myope, le chemisier blanc boutonné sagement et en règle générale l'absence totale de formes féminines chez cette asperge. Mais il ne se serait certainement pas privé de reluquer les mollets galbés que mettait en valeur une étroite jupe-crayon.

- Jolies jambes, vot' partenaire, dit Michael avec un aplomb insolent.

- C'est ma sœur, corrigea le jeune homme d'un ton un peu estomaqué.

- C'est ça, ouais.

Sam pouffa de rire involontairement et un peu de soda faillit lui remonter dans les narines. La veille au soir, le "c'est mon frère" de Dean avait été reçu avec la même expression de commisération.

- Je suis Euphrosine Malefoy et lui, c'est Arthur Potter, dit la fille qui avait l'air de trouver la situation très amusante. Elle fit glisser sur le comptoir un étui de cuir noir. "Nous sommes de la PP, regarde. C'est écrit ici."

Michael fronça les épais sourcils noirs qui contrastaient avec son casque de cheveux blonds.

- C'est quoi ça, la PP ?

Potter s'accouda nonchalamment sur le comptoir et Sam, qui un instant plus tôt était prêt à filer prévenir Dean qu'ils étaient grillés, se sentit soudain étrangement rassuré à l'idée de perdre du temps en écoutant le reste de la conversation.

- Tes parents sont des No-maj, je comprends. Euh, voyons. Tu as reçu du courrier récemment, n'est-ce pas ? Une lettre apportée par un hibou, qui te disait que tu étais admis dans une école privée.

Le garçon leva le menton d'un air de défi.

- Peut-être.

- Tu es un sorcier, Michael Gorwitz, dit la fille. "Et je pense que tu le sais."

Elle prit la liasse de photos que son collègue lui tendait et les étala sur la surface en formica vert clair.

- Bethany Mackenzie, Robert Nichols, Felix Ferne et les autres… Vous faîtes tous partie de la même classe, ils ont également reçu leur lettre d'Ilvermorny et je suis certaine qu'avec le temps que tu passes Rue des Gueules de Loups, tu as dû finir par remarquer quelque chose de spécial au sujet de leurs parents.

- Et alors ? rétorqua le garçon avec mauvaise foi, en s'efforçant de ne pas regarder les photos.

Potter sourit gentiment.

- Alors nous, on est des flics – de la police qui s'occupe des problèmes, disons… magiques.

Michael fronça une narine.

- J'ai fait quelque chose de mal ?

Il s'assombrit soudain.

- C'est à cause de mon père. Il ne veut pas que j'aille dans cette école.

Le jeune homme secoua la tête.

- Ne t'inquiète pas. On est là à cause de l'épidémie.

Sam sentit son cœur s'accélérer. Une goutte de sueur glissa sur sa tempe. Il essuya ses paumes moites sur son blue-jean, faillit faire tomber la canette, la rattrapa juste à temps et jura en silence.

Bien sûr, Dean voudrait suivre les ordres de leur père, comme un bon petit soldat qu'il était, et foutre le camp aussi loin que possible dès qu'il saurait que les Oiseaux étaient sur la même affaire qu'eux.

Mais c'était l'occasion de vérifier si l'hypothèse de la Shtriga était vraie, de savoir pourquoi John Winchester n'avait pas pu la vaincre seize ans auparavant, d'en apprendre plus sur cette affaire dont son frère lui dissimulait volontairement des épisodes.

Il sauta en l'air lorsqu'une main lui tapa sur l'épaule et lâcha la canette qui fit un bruit de l'enfer en dévalant les marches de la pergola.

- Qu'est-ce que tu fabriques, mec ? rigola Dean. "Sérieux, on aurait dit que tu te préparais à pondre un œuf."

Et comme son frère le foudroyait du regard :

- Allons, ma poule, y'a des trucs plus graves que de renverser du soda sur un t-shirt, cajola-t-il. "Tu-"

- Vous avez un instant, messieurs ?

L'expression hilare de Dean se figea et une lueur dangereuse passa comme un éclair dans ses yeux alors qu'il analysait l'interpellation, puis il fit volte-face en affichant son sourire le plus charmeur.

- Ouais, sûr. Comment peut-on vous aider, mam'zelle ?

De près, la jeune femme avait des yeux gris qui ressemblaient à des aquarelles dans leur halo d'eyeliner noir. Deux mèches ondulées, d'un blond de tableau italien, lui frôlaient les joues. Avec son visage étroit, triangulaire, elle ressemblait à la fille renarde que Sam avait laissée s'enfuir et il sentit une bouffée de nostalgie lui mordre le cœur.

- Agent Malefoy, de la Police Particulière, se présenta-t-elle sans sembler le moins du monde affectée par les efforts de séduction de Dean. "Brigade des Mineurs, Département des Traqueurs, section Zététique, classe Passeur."

Elle leva son badge pour qu'ils puissent bien le voir.

La bouche de Sam s'assécha. Le phénix doré les toisait de son œil sévère sur le fond noir étoilé de l'insigne rond et les mots Congrès Magique des Etats-Unis d'Amérique se détachaient très nettement en cercle autour de l'oiseau.

- Jolie photo, déglutit Dean.

L'image lui adressa le même coup d'œil furibond que l'original en face de lui, puis elle quitta le cadre en ne laissant que le coin du sceau apposé par le MACUSA.

La jeune femme referma l'étui et le glissa dans la poche intérieure de sa veste.

- Vous êtes les frères Winchester, n'est-ce pas ? dit-elle d'un ton pincé. "On nous a signalé que vous fouiniez dans les environs en prétendant être du CDC et vous êtes entrés par effraction chez les Mackenzie hier soir."

Elle lâcha un petit reniflement ironique.

- Beau travail, messieurs. Pour des fugitifs et des Chasseurs, vous n'êtes pas particulièrement discrets.

Dean leva les yeux au ciel, agacé.

- Je suppose que vous voulez qu'on vide les lieux et qu'on vous laisse mener votre enquête ? ronchonna-t-il. "Désolé, on n'avait pas vu le panneau propriété privée, on l'refera plus, promis."

Sam se serait inquiété de voir son frère renoncer si facilement à un os lancé par leur père s'il n'avait été occupé à remarquer, avec un mélange d'attendrissement et d'exaspération, la façon dont Dean manœuvrait l'air de rien pour se placer entre lui et les deux autres.

On ne se débarrassait pas de certaines habitudes, surtout quand elles étaient nées de promesses faites dans des circonstances tragiques.

- Un instant, intervint Potter en s'approchant.

Sa démarche chaloupée n'avait rien de menaçant et il souriait.

- Je sais que ma frangine ne fait pas dans la dentelle, mais ce serait dommage de ne pas lui donner une chance de montrer qu'elle a d'autres espoirs dans la vie que de finir en automate dans un musée, non ? On pourrait… aller se boire une bière et discuter de l'affaire. Après tout, vous êtes arrivés les premiers.

Il rentra la tête dans les épaules en rigolant quand la fille lui asséna une tape. Ses mains étaient glissées négligemment dans ses poches et sa veste entrebâillée ne dissimulait pas l'étui sous son aisselle.

Ce fut peut-être cela qui, bizarrement, plus que tout le reste le rendit sympathique à Dean.

Un sorcier qui éprouvait le besoin de se balader avec une arme ne pouvait qu'être du genre à ne pas rentrer dans le lot.

L'aîné des Winchester se racla la gorge. Il allait répondre lorsque Michael surgit derrière Potter et le tira par la manche.

- Ces gus sont aussi des flics magiques ? demanda-t-il d'un air dubitatif.

L'agent de la PP secoua la tête, aussi sérieusement qu'il le pouvait avec l'étincelle de rire qui clignotait frénétiquement dans le coin de ses yeux.

- Nan, répondit-il.

- Je me disais, aussi, commenta l'insupportable gamin.

Dean avait l'air prêt à l'étriper et aurait certainement placé une remarque bien sarcastique si le landrover de Mme Gorwitz n'était pas entré à ce moment-là dans le parking.

Elle se gara devant l'accueil, sortit en claquant la portière et contourna le véhicule pour venir ouvrir à l'arrière, jetant un coup d'œil intrigué au groupe disparate rassemblé sous la pergola.

- Mon frère Asher, chuchota Michael à Potter, en indiquant le petit garçon habillé en Spiderman que sa mère extirpait du siège auto. "Il a des pouvoirs magiques, lui aussi ?"

- J'en sais rien, répondit doucement Potter. "Peut-être. On verra avec le temps. Tu me présentes à ta mère ?"

Il échangea un coup d'œil avec sa sœur, puis sourit aux Winchester.

- Vous m'excusez un instant ?

Dean se tourna vers la fille dès que le jeune homme se fut un peu éloigné.

- Qu'est-ce qui lui fait croire qu'on a un accord ? demanda-t-il d'un ton incrédule.

Elle haussa les épaules.

- Oh, Arthur est un très bon juge du caractère humain. Elle enleva ses lunettes, les essuya posément puis les remit. "Vous n'avez pas du tout l'intention d'abandonner cette enquête, n'est-ce pas ? Nous non plus."

Sam observait Mme Gorwitz. Elle avait hoché poliment la tête quand l'agent s'était présenté, pris un air inquiet à ce qu'il lui avait raconté ensuite, en rapprochant son fils de sa hanche. Michael suivait la conversation comme un match de tennis.

Puis Potter avait sorti quelque chose de sa poche qu'il leur avait montré, penché la tête de côté avec une expression absolument désarmante, donné une pichenette amicale sur le nez du mini-Spiderman. L'enfant s'était mis à rire, son grand frère avait souri et comme ça la maman s'était complètement apprivoisée.

Parole, ce mec était encore plus doué que Dean pour conquérir le cœur des jeunes mères.

Maintenant, il manipulait quelque chose qui jetait un éclat brillant au soleil, passait son pouce sur le front de Michael en disant quelque chose.

- Qu'est-ce qu'il fait ?

- Affaires du MACUSA, répondit laconiquement la fille.

Sam brûlait de curiosité, mais il se doutait que ça ne servirait à rien d'insister. A la place, il se pencha pour ramasser la canette qui était toujours par terre et la loba dans la poubelle de récup à côté du distributeur.

Potter revint vers eux, l'air satisfait, et proposa d'assortir la bière avec des pizzas, ce qui acheva de lui gagner l'approbation de Dean, à défaut de sa confiance. Comme la Chandelle Romaine que les flyers publicitaires de Fitchburg vantaient comme le meilleur resto du coin était quasiment de l'autre côté de la rue, il n'y avait aucune raison d'exposer l'Impala et ils s'y rendirent tous à pied une fois que Sam eut récupéré son ordinateur (la chambre du motel, elle, était clairement toastée).

Euphrosine Malefoy continua de perdre des points auprès de Dean en commandant la seule option végétarienne, mais son frère Arthur – et pourquoi ne portaient-ils pas le même nom de famille ? – se révéla avoir le même appétit que l'aîné des Winchester. Pendant qu'ils se goinfraient tous les deux avec le menu "tout ce que vous pouvez manger", Sam expliqua le résultat de ses recherches.

- … bref, les Shtrigas peuvent se nourrir de n'importe qui, mais elles préfèrent les enfants. Et elles sont invulnérables à toutes les sortes d'armes conçues sous le soleil, conclut-il.

- Faux, intervint Dean. "Elles sont vulnérables pendant qu'elles se nourrissent. Si on les chope pendant qu'elles sont en train de bouffer, c'est possible de les dézinguer à coup de chevrotines consacrées."

Son frère le toisa.

- Et tu sais ça comment ?

- Papa me l'a dit.

- Oh, dit Sam. Il s'humecta les lèvres, s'efforçant de garder un air détaché malgré sa colère. "Autre chose d'utile que papa aurait pu mentionner ?"

Dean haussa les épaules et retourna à son grand bout de pizza qui faisait de longs filaments de fromage fondu.

Il y eut un moment de silence inconfortable autour de la table, dans le brouhaha du restaurant, puis Euphrosine se pencha pour toucher le bras de Sam.

- A quoi ressemble une Shtriga ? demanda-t-elle d'un ton préoccupé.

Il détacha son regard exaspéré de son frère et compulsa ses notes.

- Vieille, décharnée, hideuse, cachée sous une cape noire… A priori, c'est la sorcière typique.

Il s'interrompit, embarrassé, au moment où le pied de Dean entrait en collision avec son tibia. Plissant les yeux de douleur, il réprima une exclamation furieuse et s'efforça de rattraper sa bévue.

- Euh, j'veux dire, c'est la vieille dame aux chats qui fait peur, l'originale du village. La légende vient d'Albanie, c'est un coin plein de contes mystiques, on…

Arthur Potter le laissa s'enterrer encore quelques secondes, puis il pouffa de rire.

- Ouais, je vois le tableau. T'inquiète, Sam. On ne portera pas plainte.

Il reprit rapidement son sérieux, cependant.

- Les gars, je pense pas que vous soyez de taille à lutter contre ce genre de monstre.

- Moi, l'Albanie, ça me fait penser à Lord Voldemort, pas à de jolies histoires folkloriques, ajouta Euphrosine sombrement.

Dean prit un air vexé, mais le nom évoquait quelque chose pour Sam.

- Voldemort comme, euh… cet Anglais du siècle passé qui se prenait pour Hitler ? On prétend qu'il avait des pouvoirs magiques.

- Le Ministère de la Magie a fait beaucoup d'efforts pour effacer les rumeurs, mais je suppose que c'était trop gros pour être complètement oublié, dit Arthur. "Oui, c'est bien lui."

- Et quoi ? Il a réussi à survivre d'une façon ou d'une autre et maintenant il suce l'essence vitale des gamins d'un bled obscur des Etats-Unis dans l'espoir de revenir un jour au pouvoir ? lança Dean d'un ton sarcastique.

- Ce serait du déjà-vu, dit la fille en le fixant avec ses yeux gris étranges. "Non, je pensais à lui parce que dans sa clique de minions, il y en avait un qui ressemble singulièrement à cette description."

- Vieux, décharné, habillé d'une cape noire ?

- Et particulièrement attiré par les enfants qui démontrent des pouvoirs magiques, compléta Potter en étalant sur la table la liasse de photos qu'il avait montré plus tôt à Michael Gorwitz.

Parmi les enfants éclatants de bonne santé qui faisaient signe à l'objectif, les Winchester reconnurent Felix Ferne en train de manipuler une boule de feu d'un air extatique, Bobby Nichols écroulé de rire en pointant du doigt la queue d'écureuil poussée à l'un de ses camarades de classe, Bethany Mackenzie avec une perruque de Raiponce trop naturelle pour ne pas être vraie.

Puis Arthur fit glisser au-dessus du tas un nouveau cliché, noir et blanc.

Non, pas noir et blanc, mais sombre, froid, comme si la créature qui se mouvait sur l'image absorbait toute joie de vivre, toute beauté, tout espoir.

Sam frissonna malgré lui.

- Qu'est-ce que c'est que ce truc ? J'ai jamais vu ça.

- Moi si, dit Dean d'une voix blanche. "C'est une Shtriga."


À SUIVRE …


Prochain chapitre : LA COCCINELLE & L'IMPALA


Bien sûr, vous pouvez lire cette histoire toute seule.

Mais si vous avez envie d'en savoir plus sur Arthur Potter & Euphrosine Malefoy, vous pouvez aller jeter un coup d'œil sur le reste de la série ("Le Choix des Potter") dont elle fait partie :

Tome 1 : Noir comme Neige

Tome 2 : Clair comme Nuit

Tome 3 : Les Souffleurs de Lumière

Tome 4 : Les Mangeurs d'Ombres


Tome 5 : Les Passeurs d'Âmes

Épisode 1 – Continue à rêver, petit cowboy sur ton balai


"Poursuis ta route, fils rebelle" est le deuxième épisode du Tome 5 : Les Passeurs d'Âmes qui sera découpé en plusieurs histoires, en apparence indépendantes, qui nous mèneront vers le dénouement annoncé à la fin des Mangeurs d'Ombres.

Son titre est tiré de la chanson "Carry On, My Wayward Son" de Kansas.

C'est un crossover entre l'univers créé par JK Rowling et "Something Wicked", l'épisode 1x18 de la série SUPERNATURAL.


Note : La rue dans laquelle habite Bethany Mackenzie existe vraiment à Fitchburg, Wisconsin. Elle s'appelle en anglais "Snapdragon Trail". ^^

Cette fic sera placée dans la bonne section dès qu'elle sera complétée. En attendant, pour des raisons pratiques, elle restera dans la catégorie "Harry Potter".