Chapitre 3 : "Chacun son boulot"


Ils se précipitèrent vers l'accueil pour voir démarrer l'ambulance sous leur nez, dévoilant le Landrover et Mme Gorwitz, blême, échevelée, à bout de nerfs, qui entassait un sac de voyage, un oreiller et une trousse de toilette mal fermée dans le siège auto vide, tout en donnant des consignes à Michael.

- … bref, ne t'occupe pas des chambres, Denise s'en chargera et, euh, n'oublie pas de mettre le signe "complet" pendant que je serais absente. Si ton père appelle…

- Je veux venir avec toi, maman.

- S'il te plaît, Michael, arrête, supplia la jeune femme qui était presque en larmes à force d'essayer vainement de fermer la portière coincée par un ours en peluche. "Tu sais très bien que ce n'est pas possible ! C'est peut-être contagieux et-"

- Mais je dois être avec Asher ! insista le garçon, le menton tremblant.

- Hé, intervint Dean en s'accroupissant devant lui. "Hé, Michael, je sais que c'est dur, mais, tu dois être sympa avec ta mère, okay ?"

Sam, pendant ce temps, avait doucement poussé Mme Gorwitz et fermé la portière après avoir libéré le doudou. Elle hocha la tête comme si elle ne savait plus très bien où elle en était, se pencha pour embrasser son fils sur le front, fouilla dans son sac, le fit tomber et lâcha un juron étranglé qui sonna comme un sanglot.

Euphrosine se précipita pour ramasser les affaires éparpillées sur le sol. Son frère s'était figé, l'air atterré, les yeux fixés sur le dos de Michael qui ne l'avait pas encore remarqué.

- Vous ne pouvez pas conduire dans cet état, dit Dean gentiment. "Laissez-moi vous emmener."

Mme Gorwitz balbutia quelque chose d'indistinct, puis acquiesça comme dans un rêve, prit son sac que lui tendait Euphrosine sans même voir de qui il s'agissait et grimpa dans le véhicule côté passager.

- Sois sage, souffla-t-elle encore à Michael qui se pendait à la portière, en lui caressant les cheveux presque fiévreusement. "Oh, Seigneur, j'avais oublié, le dentiste… euh… écoute, tu ne peux pas manquer le rendez-vous, j'ai dû attendre six mois pour en avoir un… le papier est sur le frigo, il y a l'heure et l'adresse…"

- C'est pas grave, souffla le garçon. Puis, comme elle secouait la tête d'un air hagard : "Ne t'inquiète pas, maman, je me débrouillerai. Dépêche-toi d'aller à l'hôpital. Asher est plus important."

Dean démarra et le Landrover quitta le parking dans un mouvement souple, s'inséra dans la circulation et disparut rapidement dans la même direction que l'ambulance.

Michael le suivit des yeux en se mordant les lèvres. Il tressaillit quand Sam lui posa la main sur l'épaule et leva la tête.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda doucement le jeune homme.

- Asher… il…est tombé malade cette nuit, comme Bethany et les autres… balbutia le garçon.

Ses yeux se durcirent soudain en tombant sur Arthur figé comme une statue. Avant que qui que ce soit ne puisse réagir, il se précipita vers le Traqueur et se mit à le marteler de coups de poings.

- Vous aviez dit que votre magie me protégerait ! Pourquoi vous ne pouviez pas protéger aussi Asher ? Je ne veux pas être un sorcier si mon petit frère meurt ! Tout est de votre faute !

Sa voix se brisa. Arthur n'avait pas essayé de se défendre, accablé comme s'il était réellement coupable.

- Personne ne va mourir, intervint Euphrosine en écartant Michael de son frère avec fermeté mais avec compassion. "Ecoute-moi, nous allons tout faire pour sauver Asher, mais il faut que tu nous expliques exactement ce qui s'est passé. Est-ce que tu as vu quelque chose, cette nuit ?"

Michael hoqueta, essuya ses joues d'un geste rageur, lança un regard furieux en direction d'Arthur mais finit par se calmer.

- Quelque chose est entré dans la chambre, dit-il d'une voix encore enrouée par sa colère et son désarroi. "Une espèce de serial-killer avec une cape comme sur les affiches de Scary Movie. Sauf que ce n'était pas drôle, c'était comme si…"

Il déglutit, la terreur encore bien présente au fond de ses yeux.

- Comme s'il n'y avait plus de joie, plus de rêves… chuchota-t-il. "Comme s'il faisait très noir."

Euphrosine s'accroupit à côté de lui et lui frotta gentiment le bras pour l'encourager. Elle jeta un rapide coup d'œil en direction de son frère qui semblait toujours aussi foudroyé, puis se concentra à nouveau sur l'enfant.

- Qu'a fait la créature ? demanda-t-elle.

- Elle a regardé autour… j-j'ai cru qu'elle allait s'approcher de moi au début, mais…

Michael eut un long frisson. Il ferma les paupières un instant, respira profondément, puis rouvrit les yeux et continua à mi-voix.

- Elle s'est approché du lit d'Asher et… j-j'ai vu sa main… c'était horrible, comme si elle était toute pourrie… et ensuite elle a fait une espèce de son, c-comme si elle aspirait…

Sa gorge s'obstrua et des larmes débordèrent sur ses joues.

- Alors je me suis caché sous les couvertures, avoua-t-il d'un ton étranglé. "Et quand j'ai regardé de nouveau, elle était partie, mais Asher avait de la fièvre et il ne répondait plus… C'est de ma faute… j'avais trop peur… j'aurais dû aller aider Ash, c'est mon rôle de le protéger…"

- Oh, Michael… ce n'est pas ta faute, je te le promets… tu n'aurais rien pu faire… murmura Euphrosine.

Elle l'enlaça et, après un instant de raideur, il lui jeta ses bras autour du cou et se mit à sangloter d'une manière étouffée.

Elle échangea un regard avec Sam qui secouait la tête tristement, puis se tourna vers Arthur. Il semblait s'être enfin éveillé de sa transe et il serrait les poings, son regard vert soudain aussi implacable que celui de Dean quand il avait soufflé cette courte phrase à son frère, juste avant de monter en voiture avec Mme Gorwitz.

"On va tuer cette chose. Je la veux morte, tu entends ?"

Euphrosine finit par se redresser, après avoir tendu un mouchoir à Michael qui se moucha bruyamment.

- Je vais l'accompagner chez le dentiste, annonça-t-elle. "Rester avec lui jusqu'à ce que sa mère rentre, m'assurer qu'il va bien."

Sam hocha la tête.

- Je vais aller faire des recherches à la bibliothèque municipale, comme on l'avait dit. Je vous appellerai si j'ai du nouveau.

Une pensée lui traversa l'esprit et il ajouta, avec une moue :

- Euh, vous avez un téléphone, bien sûr ?

- Non, mais on a mieux, dit Arthur en se secouant. Il fit un pas en avant en fouillant dans sa poche, tendit au jeune chasseur un étrange objet qui ressemblait à un spinner en bronze avec un rubis au centre. "Tu n'auras qu'à appuyer sur le bouton au milieu, le lancer une fois dans le creux de ta main et l'un de nous te contactera."

Il hésita, évitant de croiser le regard de Michael où se mêlaient déception, colère, peur… et un fragile espoir.

- Je vais recontacter les familles des autres victimes, vérifier qu'on n'a pas zappé un détail.

- Okay, dit Sam en empochant l'objet après l'avoir un instant fait tourner entre ses doigts avec curiosité. " A plus, alors. On se retrouve ici à midi ?"

- Si Dean n'est pas rentré de l'hôpital, oui.

Ils se séparèrent. Euphrosine resta devant l'accueil avec le garçon qui avait enfoncé ses poings dans ses poches et s'efforçait d'avoir l'air dur, tandis que Winchester et Potter retournaient en petites foulées vers le fond du parking.

Sam fronça un sourcil en voyant qu'Arthur s'était arrêté à quelques mètres de l'endroit où l'Impala était garée, à côté de la Coccinelle à nouveau camouflée par magie. Le Traqueur avait fait surgir une veste en cuir de nulle part et il enfilait des gants, maintenant. Il claqua des doigts et un casque apparut entre ses mains. Il l'ajusta sur sa tête, puis enjamba quelque chose d'invisible, fit le geste de tourner une clé et soudain une énorme moto blanche et noire se matérialisa sous lui, étincelant au soleil.

Dean aurait sûrement pu identifier le modèle à l'année près, mais Sam en savait suffisamment pour reconnaître une Triumph Bonneville et deviner que n'importe qui chevauchant ce genre de destrier d'acier se classait sans doute dans la catégorie cool de son frère, même en vivant le reste du temps dans une voiture rose.

Il eut un petit reniflement ironique en pensant à toutes les fois où leur père les avait avertis de rester à distance des Oiseaux en leur décrivant leur mode de vie digne d'un conte de grand-mère, puis il démarra et prit la direction du centre-ville tandis que la moto fonçait en vrombissant dans la direction opposée.


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Michael mâchouillait dans le vide et se frottait de temps à autre la joue. L'endroit où le dentiste avait trituré sa dent cariée était encore sensible et, si sa mère n'avait pas semblé si soulagée qu'il soit allé au rendez-vous, il lui aurait dit ce qu'il pensait de téléphoner six mois à l'avance pour se réserver ce genre de torture.

- Ne t'inquiète pas, maman, marmonna-t-il à la place. "Tout va bien au motel. Denise s'est occupée des chambres, personne n'a voulu réserver et papa n'a pas appelé. Comment va Asher ?"

- Il est très faible, répondit sa mère. "Il a de la fièvre, contrairement aux autres enfants…"

Quelque chose s'étrangla dans sa gorge et sa voix se fit très fatiguée, frêle et chargée d'angoisse.

- Les docteurs ne sont pas très rassurants…

- Venez, Joana. Vous avez besoin de vous reposer un peu, interrompit la voix de Dean à l'autre bout du fil. "Vous devriez aller boire un café, manger quelque chose. Asher a besoin que vous soyez forte. Michael aussi."

Il y eut un bref chuchotement à distance du téléphone, sur le fond de l'hôpital, puis Mme Gorwitz revint en ligne.

- Écoute, chéri, je vais raccrocher. Je te rappellerai plus tard. Sois sage, d'accord ?

- Promis, m'man.

- Je t'aime.

Michael contempla le combiné quelques secondes avant de l'éteindre et de le reposer sur son socle. Puis il leva les yeux vers Euphrosine, désespéré. Elle ne dit rien, se contenta d'écarter les bras sans lâcher l'assiette du sandwich qu'elle tenait d'un côté, ni le verre de lait qu'elle avait dans l'autre main, et le laissa se serrer à nouveau contre elle, suffoqué de chagrin.

- Il va mourir et tout ça, ce sera de ma faute, gémit-il. "A quoi ça sert d'avoir des pouvoirs magiques si je ne peux même pas protéger mon petit frère ? Papa avait raison, si je vais dans cette école, c'est comme si je laissais tomber Asher…"

La jeune femme prit une grande inspiration.

- Ne dis pas ça, Michael, chuchota-t-elle. "Ne cherche pas à porter un poids trop lourd pour toi… tu n'es pas responsable de la sécurité d'Asher ou de son bonheur. Tu dois juste l'aimer, c'est tout. Il n'a pas besoin de plus que ça de ta part…"

Elle entendit la porte de l'accueil du motel s'ouvrir, mais ne tourna pas la tête, continua à murmurer à l'enfant écrasé de chagrin les mots qu'elle aurait tant voulu que quelqu'un dise à Arthur… jusqu'à ce que Sam s'assoit en face d'elle sur l'accoudoir du canapé, avec une liasse de photocopies dans la main et, sous sa frange trop longue, un sourire triste – un sourire qui voulait dire qu'il la comprenait parfaitement.

Michael se rendit compte que quelqu'un était entré dans la pièce et il se détacha d'Euphrosine en reniflant.

- Du nouveau ? demanda-t-il d'une voix enrouée.

- Plus ou moins, soupira le chasseur. "Les autres ne sont pas revenus ?"

Euphrosine allait répondre lorsqu'un vrombissement de moteur se fit entendre à l'extérieur.

- Cool moto, dit Sam. "Je croyais que les sorciers pouvaient se téléporter."

La jeune femme fit la moue.

- Pas nous. C'est une longue histoire. Elle posa l'assiette et le verre de lait sur la table. "La maman de Michael a téléphoné, le petit ne va pas bien. Dean va rester un peu plus longtemps à l'hôpital avec elle. J'espère qu'Arthur aura eu plus de chance que toi. Tu veux un sandwich ?"

Sam secoua la tête.

- Je n'ai pas très faim.

- Moi non plus, s'empressa d'ajouter le gamin.

Euphrosine lui adressa un regard sévère et il soupira, s'attabla et mordit sans conviction dans les deux tranches de pain de mie abondamment garnies de beurre de cacahouète et de confiture de fraises.

Sam s'était plongé dans la relecture de ses photocopies pour éviter de sourire. Il releva la tête en entendant la porte s'ouvrir et adressa un signe de menton à Arthur qui entrait, sa veste en cuir sur l'épaule et un V de sueur dessiné sur son t-shirt. Avec son jean usé, le Traqueur avait l'air beaucoup plus jeune qu'en costume – et beaucoup plus badass' aussi, avec ses cicatrices sur le nez et l'arcade sourcilière.

Il retira le colt glissé dans son ceinturon et le posa sur la table, ce qui permit à Sam de constater que le canon de l'arme était bouché par une fine tige en bois.

Michael avait dû le remarquer aussi, car il ouvrit de grands yeux au-dessus de la moustache laissée par son verre de lait, mais ne posa aucune question.

- Sandwich ? demanda Euphrosine qui beurrait déjà une autre tartine.

Arthur ouvrit la bouche pour refuser, puis la referma.

- Okay, répondit-il d'un air résigné.

Michael pouffa involontairement et les trois jeunes adultes échangèrent au-dessus de sa tête un regard un peu soulagé. Ils s'assirent avec lui autour de la table et entreprirent de débriefer leur matinée.

- Je suis allé fouiner dans les journaux de Fort Douglas à peu près au moment où notre père y était, commença Sam. "Il y a eu sept cas semblables à ceux de Fitchburg à l'époque. Avant ça, c'était à Ogdenville, même histoire. Sept mômes, tous du même âge, tombent dans le coma du jour au lendemain à différents jours d'intervalles, puis…"

Il s'interrompit, toussota.

- Bref, avant ça, la même chose au nord d'Haverbrook et à Brockway. Tous les quinze ou vingt ans, c'est une nouvelle ville qui est touchée.

- A quand est-ce que ça remonte ? demanda Euphrosine d'un ton préoccupé.

- Je ne sais pas. La plus ancienne mention d'une épidémie comme celle de Fitchburg que j'ai trouvée date des années 1890 à un endroit qui s'appelle, euh…

Sam fouilla dans les photocopies, en extirpa une coupure de journaux avec une photo en noir et blanc qu'il tendit à Arthur.

- Cascades de la Rivière Noire. Ça vous dit quelque chose ?

Le jeune homme secoua la tête après jeté un coup d'œil sur l'article.

- Non.

Il soupira, passa la feuille à sa sœur qui l'examina un moment, les sourcils froncés, puis la posa sur la table où Michael la fit glisser discrètement de son côté pendant que personne ne s'occupait de lui.

- Six des enfants de Fitchburg ont des points communs évidents, expliqua Arthur à son tour. "Ils venaient de recevoir leur lettre d'Ilvermorny. Ils ne vivent pas tous Rue des Gueules de Loups, mais ils vont à la même école. Leurs parents ont dit qu'ils étaient en parfaite santé, qu'ils avaient tous passé récemment sans problème les tests médicaux imposés par le nouveau gouvernement moldu."

- Par moldu, tu veux dire, euh… notre gouvernement ? précisa Sam. "Harold Saxon, "le futur nous attend plein de surprises" et "un esprit sain dans un corps sain", n'est-ce pas ?"

- Ouais, celui-là, répondit Arthur, un peu étonné. "La campagne de réélection de la présidente Dakota Moore est plutôt centrée sur l'élargissement du secret magique, rien à voir avec la fixation sur l'hygiène de vos… élus."

- Tout ça, on le savait, Art', intervint Euphrosine. "Quoi de nouveau ?"

Son frère s'assombrit.

- Ce qui est nouveau, c'est que Asher n'a aucun point commun avec les autres, dit-il.

Il jeta un coup d'œil en direction de Michael, mais celui-ci ne semblait pas l'avoir entendu. Les sourcils froncés, il fixait la photo jointe à l'article du journal de 1893.

- La seule autre chose que nous n'avions pas considéré jusque-là, c'est que toutes les lettres d'Ilvermorny ont brûlé la nuit où les enfants sont tombés malades, continua Arthur en baissant un peu la voix. "Je commence à me dire que peut-être, Asher n'était pas celui qui était visé, cette nuit-là…"

Euphrosine réfléchit.

- La lettre de Michael est intacte, dit-elle. "Je l'ai vu tout à l'heure sur son bureau. Mais ça n'expliquerait pas pourquoi Sam a été attaqué, il y a seize ans. Il n'avait pas l'âge d'aller à Ilvermorny lui non plus."

Elle n'ajouta pas "et il n'a jamais manifesté le moindre pouvoir magique" et Sam, mal à l'aise, se demanda pourquoi Arthur ne relevait pas ce point pourtant crucial.

Pour se donner une contenance, il fourragea dans ses photocopies et s'aperçut qu'il lui manquait l'article le plus ancien. Il tendait la main pour le récupérer d'entre les mains de Michael lorsque celui-ci se racla bruyamment la gorge.

- ça vit combien de temps, un sorcier ? demanda-t-il soudain.

Pris au dépourvu, Arthur cligna des yeux.

- Euh, ça dépend, bredouilla-t-il. "Certains peuvent vivre très longtemps, comme Albus Dumbledore ou Nicholas Flamel, mais ça reste des cas exceptionnels… Entre soixante-dix ans et cent ans, je suppose. Pourquoi ?"

Michael posa l'article à plat sur la table et pointa du doigt un des hommes qui entourait un lit d'hôpital sur la photo.

- Alors pourquoi mon dentiste est là ?


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Lorsque Dean revint au motel – Joana avait décidé de rester avec son fils cadet pour la nuit – ils tinrent conseil dans la cuisine des Gorwitz, derrière l'accueil, autour de la table ronde à laquelle Michael servait des céréales à Asher, le soir où les Winchester étaient arrivés.

La lampe se balançait au-dessus de leurs têtes – Sam l'avait heurtée par mégarde en se levant – jetant des ombres sur les meubles jaunes en formica écorné et la toile cirée à carreaux rouges.

Ils avaient vérifié auprès des autres familles et chacune des petites victimes de Fitchburg avait eu rendez-vous chez le docteur Hydaker peu de temps avant de tomber malade. Aussi insensé que cela puisse paraître, le dentiste était leur coupable.

- Il doit choisir ses victimes quand elles sont sans défense, la bouche ouverte devant lui, dit Sam, écœuré, en jouant avec son verre d'eau à moitié vide. "Flairer leur haleine magique ou quelque chose comme ça."

- Mais Asher n'a pas de pouvoirs magiques et la créature n'a pas hésité longtemps dans la chambre, protesta Michael. Il pâlit et posa sa fourchette, oubliant les mac n' cheese que Dean avait préparé en rentrant. "Vous croyez qu'il aurait pu sentir mon odeur sur lui ? Ash me pique tous le temps mon déguisement de Spiderman. Des fois, même, il dort avec !"

Arthur secoua la tête. Il était appuyé contre la gazinière et mangeait debout, à même la casserole.

- Je pense que c'est plus compliqué que ça, dit-il. "Le doc n'est pas humain, mais je n'ai jamais entendu parler d'un Détraqueur qui change de forme à sa guise."

- Peut-être qu'il pratique une sorte de rituel pour se transformer, suggéra Dean qui se servait de café à côté de lui. "Il absorbe l'essence vitale de sept gosses magiques et ça lui permet de tenir quinze ans en se faisant passer pour un type normal."

Euphrosine prit une grande inspiration. Elle repoussa son assiette, se leva et plaqua ses mains sur la toile cirée.

- De toute façon, c'est beaucoup trop gros pour nous, dit-elle fermement. "On doit s'arrêter là et prévenir les Aurors."

Tous les regards se tournèrent instantanément vers elle.

- Vous ne pouvez pas abandonner Asher ! cria Michael, désespéré.

- C'est pas notre genre de laisser tomber une affaire en route ! lança durement Dean.

- Attraper cette créature est peut-être notre seule chance de guérir les enfants, intervint Sam.

- Le temps qu'on donne le feu vert aux Aurors, il sera trop tard pour Michael, dit Arthur. "Tu sais très bien comment ça fonctionne, au MACUSA."

Il s'avança vers sa sœur qui les toisait, frémissante.

- Je veux les sauver autant que vous, murmura-t-elle en reculant vers la porte, les yeux flamboyants et les lèvres serrées comme si elle allait se mettre à pleurer.

- Je sais, dit son frère doucement. "Et on va y arriver. Je te le promets. Tu me fais confiance, Zo ?"

Il y eut un long moment de tension pendant lequel personne ne dit mot, puis la jeune femme finit par croiser les bras sur sa poitrine et détourner la tête.

Dehors, la pluie s'était mis à tomber et les voitures qui passaient sur la route entre le restaurant et le motel filaient comme des lucioles dans un halo de gouttes.

- Pourquoi vous dîtes que ça va être "trop tard" pour moi ? demanda la voix un peu tremblante de Michael dans le silence lourd de la cuisine.

Dean se racla la gorge. Il abandonna sa tasse de café sur le comptoir, s'approcha de la table, fit pivoter sa chaise et s'y assit à califourchon, puis posa ses mains sur les épaules du garçon en le regardant droit dans les yeux.

- Parce que la Shtriga a dû s'apercevoir de son erreur et qu'elle va sûrement revenir ce soir pour toi.

- Quoi ? Non, Dean, protesta Sam. "On va l'évacuer et mettre en place un piège. On n'a aucun besoin de faire prendre des risques à Michael."

- Oui, l'un d'entre nous pourrait prendre son apparence en buvant du Polynectar, ajouta Euphrosine en revenant vivement vers la table.

- Le Détraqueur ne fera pas l'erreur deux fois, dit Arthur gravement.

- C'est quoi, ça, le Polly Nectar ? demanda Dean d'un air soupçonneux.

- C'est trop dangereux, protesta la jeune femme en ignorant complètement la question. "On n'a jamais affronté quelque chose comme ce Détraqueur mutant !"

- On sait qu'un No-Maj a pu le faire fuir simplement par la force de l'amour qu'il ressentait pour ses fils, répliqua son frère. "S'il n'y a même pas besoin de produire un Patronus pour l'éloigner, entre nous quatre, il n'a aucune chance de s'échapper."

- Vous n'allez pas utiliser un gamin comme appât ! s'écria le cadet des Winchester, furieux, en se levant avec brusquerie et en bousculant de nouveau la lampe. "C'est insensé !"

- On n'a pas d'autre solution, Sam ! cria son frère. "Je voudrais qu'on puisse faire autrement, mais on ne peut pas !"

Dans le silence très lourd qui suivit, sous la lampe qui se balançait en clignotant, la chaise de Michael émit un petit couinement en glissant sur le carrelage.

Il avala sa salive et fit face aux quatre adultes qui le contemplaient.

Sam immobilisa la lampe avec un soupir résigné. La poitrine d'Euphrosine se gonfla et elle se mordit les lèvres.

Arthur et Dean regardaient Michael sans rien dire, côte à côte.

Les yeux verts du garçon étaient immenses sous ses épais sourcils noirs et son casque de cheveux blonds. Sur son t-shirt bleu s'étalait en grosses lettres les mots "cap ou pas cap ?" et son poing se crispait nerveusement sur l'une des lanières de son baggy beige.

- C'est mon boulot de prendre soin de mon petit frère, dit-il finalement en relevant le menton d'un air de défi, la voix rauque mais ferme. "Je ferais n'importe quoi pour lui. Je vais le faire."


A SUIVRE...


Au prochain chapitre : le dénouement de l'affaire, de l'action (enfin !) et des indices sur la menace qui couve en arrière-plan pour nos héros...