Chapitre 4 : Grands Frères
La pluie tombait toujours. Le vent la jetait en rafales contre les vitres qu'elle rayait de longues rigoles penchées. Devant le motel, une canette de bière tressautait au bord d'une flaque d'eau criblée de gouttes où s'étalait un nuage d'huile.
Dans la chambre plongée dans l'obscurité, il faisait trop chaud, mais Michael n'osait pas repousser la couette. Dans son poing crispé, il serrait le spinner magique et il vérifiait régulièrement que la caméra à vision nocturne que les Winchester avaient installée en haut d'une étagère clignotait toujours.
- Tout va bien, Michael ? crépita la voix de Sam entre ses doigts éclairés par une lueur bleutée alors que le spinner frémissait comme un papillon pris au piège.
Il déglutit, hocha la tête.
- Il est trois heures passées, reprit la voix d'Euphrosine. "Ne t'inquiète pas, si tu sens que tu t'endors, on veille."
Il fit un vif signe de dénégation.
- Je n'ai pas sommeil, chuchota-t-il, même si cela faisait déjà un moment qu'il luttait pour garder ses yeux ensablés ouverts. "Vous êtes sûrs qu'il va venir cette nuit ?"
Ses nerfs étaient à vif à force d'attendre et il ne supportait plus le cliquetis de cette branche dénudée contre la fenêtre. A chaque instant, il croyait voir…
Ses iris s'écarquillèrent soudain et il oublia toute fatigue.
Cette fois il ne rêvait pas. Cette forme qui se dessinait derrière la vitre baignée d'une lueur fantomatique, c'était bien…
- Ne bouge pas, ordonna dans un sifflement la voix d'Arthur.
Il s'aperçut qu'il était en train de se redresser et il se renfonça dans son oreiller, le cœur battant à tout rompre, ses mains moites agrippées au spinner.
La fenêtre s'ouvrit avec un crissement et un souffle glacé entra dans la chambre, le pétrifiant de terreur. Tout sembla s'obscurcir et la même sensation horrible que la veille s'insinua partout, lui volant tout espoir.
Un sanglot s'étrangla dans sa gorge et il ferma les yeux.
Tout était fini.
Le monstre allait le prendre, comme il avait pris Asher, il ne serait plus qu'une coquille sèche, aussi facile à briser qu'une carapace vide de scarabée à la fin de l'été – sa mère allait pleurer et dire qu'elle voulait mourir et son père…
Son père serait sans doute content d'être débarrassé de lui. Est-ce qu'il ne le disait pas tout le temps ? "Si le gamin n'était pas né, toi et moi on aurait pu avoir une belle vie. On n'aurait pas eu toutes ces galères…"
Ce n'était pas la faute d'Asher s'il était né quand les choses avaient commencé à s'améliorer pour leurs parents. Il était trop mignon et trop innocent pour qu'on lui reproche quoi que ce soit. Au moins, lui, il ne leur causait pas de soucis en se découvrant soudain des pouvoirs magiques : il n'avait pas besoin d'aller dans une école privée qui demandait un tas de fournitures et qui ne prenait qu'en pensionnat.
Si seulement Asher pouvait guérir, Michael aurait trouvé un moyen de continuer à veiller sur lui. Mais il n'y avait plus d'espoir… plus de joie… plus de glace au caramel salé ni de baisers de maman… plus de Spiderman et de Iron-man… plus de ballon de foot ni de PlayStation… plus rien…
Un souffle glacé lui caressa le visage quand la créature se pencha sur lui et il sentit distinctement l'odeur de pourriture qui se dégageait d'elle tandis qu'il se recroquevillait sur lui-même, les paupières aussi serrées qu'il le pouvait.
Puis la porte de la chambre s'ouvrit avec fracas, une grande lumière envahit la chambre et, avec un cri perçant, le monstre s'écarta de lui.
- MAINTENANT, MICHAEL ! hurla la voix de Dean.
Il roula sur le bord du matelas dans un brouillard, tomba sur le plancher et se fourra prestement sous son lit en se bouchant les oreilles.
Il y eut plusieurs coups de feu – bien plus fort qu'à la télé – un cri d'alerte, puis Dean s'encastra dans la bibliothèque en la brisant en plusieurs morceaux, presque immédiatement suivi par Euphrosine dont la tête heurta violemment le mur.
La lumière vacilla et s'éteignit. D'autres détonations retentirent et le monstre lâcha un long gémissement furieux. Quelqu'un grimpa sur le lit de Michael. Il y eut encore des râles, des jurons, des chocs, des bruits de chute – la lumière revint et le garçon distingua une main qui s'étirait désespérément au-dessus de sa tête pour atteindre un revolver tombé sur le plancher, ainsi qu'Arthur qui faisait un barrage de son corps à Euphrosine toujours inanimée, son colt levé devant lui.
La lumière émanait de son arme, blanche, pure, surnaturelle.
Michael, terrorisé, s'accrocha à cette vision. Il entendit encore, comme s'il était sous l'eau, la voix de Dean, d'autres coups de feu, un cri lugubre qui lui glaça les os – puis la lumière devint si forte qu'elle l'éblouit et il s'aplatit sur le sol, les mains sur la tête, en hurlant.
oOoOoOo
Le plan était bien ficelé et aurait dû fonctionner à la perfection.
En conséquence de quoi, tout alla de travers.
Quel que soit le sortilège qu'Arthur utilisait – soi-disant le recours ultime contre un Défraqueur ou peu importait le nom sous lequel il désignait la Shtriga – ça n'avait eu aucun effet lorsqu'ils avaient fait irruption dans la chambre, si ce n'était de mettre en rogne le monstre qui s'était précipité vers eux.
Dean avait déchargé sa carabine sur lui, sans que les balles de gros sel ne ralentissent le moins du monde l'élan de ce salopard qui l'avait balayé d'un grand coup de bras – et pourquoi donc fallait-il toujours que les esprits et leurs consorts soit d'une telle force quand ils avaient l'apparence de vieilles carnes squelettiques ?
La collection de comics de Michael avait amorti sa chute mais il s'était sérieusement sonné sur l'angle de l'étagère. Le temps qu'il revienne à lui, Euphrosine avait subi le même sort et vu comme sa tête avait résonné quand elle avait percuté le mur, elle en était pour une sérieuse commotion cérébrale.
Arthur s'était précipité vers elle, laissant tomber la lumière-blanche-de-l'espoir-bla-bla-bla pour des sortilèges qui avaient l'air beaucoup plus bourrins mais qui n'avaient eu aucun effet.
Les chevrotines consacrées de Sam avait enfin produit des résultats, déchirant les pans de la cape noire et faisant crier la créature de douleur.
Résultat, elle s'était ruée sur le petit frère de Dean, l'avait punaisé sur le lit et avait entrepris de lui aspirer son essence vitale. Comme son flingue était tombé loin de lui, Sam s'était retrouvé incapable de se défendre et Dean, dans un brouillard rougeâtre, avait titubé jusqu'au lit pour l'aider et s'était jeté sur la Shtriga après lui avoir vidé son dernier chargeur dans le corps.
Elle était étrangement compacte, réelle. Pas comme les fantômes qu'il combattait habituellement, mais plutôt comme une sorte d'être humain très maigre et très nerveux, doté d'une force phénoménale, ce qui était d'autant plus perturbant.
La lumière était revenue – immense, très pure, bizarrement exhilarante – et Dean s'était senti soudain pousser un courage follement optimiste qui n'avait rien à voir avec la rage désespérée ou le sentiment de justice qu'il pouvait parfois ressentir pendant une chasse.
Il avait réussi à libérer son frère qui crachotait, le visage blafard. Euphrosine s'était relevée en vacillant et elle avait pointé sa baguette sur la créature, crié quelque chose et balancé une rafale de sortilèges – en tout cas, c'était ce que Dean avait déduit tout en se jetant instinctivement sur le corps de son frère pour le protéger des objets qui volaient de partout.
Un son comme du plastique qui se consumerait rapidement avait grésillé dans la chambre tandis que la lumière grandissait à éblouir et enfin la créature s'était effondrée avec un hurlement à glacer le sang.
Alors, profitant qu'Arthur était distrait par la blessure de sa sœur, l'aîné des Winchester avait récupéré l'arme de son frère sur le plancher et l'avait déchargée une dernière fois, pour faire bonne mesure, dans le corps du monstre.
La Shtriga avait eu quelques soubresauts, puis avec un gémissement plaintif, elle avait cessé de bouger, prenant la forme d'un homme inconscient, âgé d'une cinquantaine d'années, avec un dos un peu arrondi et des genoux légèrement cagneux, des cernes sous les yeux, des joues cireuses et un menton fuyant. Il ne saignait pas, mais les chevrotines avaient laissé des trous noirs et fumants sur sa peau fripée comme celle d'un vieux poulet.
Mais quand Euphrosine, remise d'aplomb en un coup de baguette magique, l'avait enveloppé dans une sorte de cage gélifiée magique, le soi-disant Détraqueur avait repris l'apparence d'une momie enroulée dans un linceul déchiré et les chasseurs avaient échangé avec les sorciers un regard grave.
Quoi qu'elle soit vraiment, cette créature était plus que coriace et il était évident qu'elle n'était pas morte.
oOoOoOo
Michael avait dû s'évanouir, ou peut-être qu'il avait fini par s'endormir, car quand une main toucha son bras, le réveillant en sursaut, tout était terminé.
Il était allongé sur son lit et non plus dessous. La pluie avait cessé. L'aube d'un jaune tendre commençait à pointer à la fenêtre par laquelle entrait un paisible gazouillis d'oiseaux.
- C'est fini, Michael, dit Arthur qui était assis à côté de lui sur le bord du matelas.
Le garçon se redressa, promena son regard encore apeuré sur la chambre dévastée qui se rangeait toute seule : les étagères se reconstruisaient silencieusement, les livres se classaient de nouveau dans la bibliothèque, les figurines de superhéros revissaient leurs bras, leurs jambes ou leurs têtes.
Il poussa un petit glapissement en découvrant la créature suspendue dans une espèce de bulle translucide qu'Euphrosine, à l'aide de sa baguette, était en train d'enfermer dans l'armoire.
- Ne t'inquiète pas. Il peut plus te faire de mal.
Michael risqua un coup d'œil supplémentaire et s'aperçut qu'effectivement le monstre, la tête basse, avait l'air d'un vieux manteau troué d'impacts de balles suspendu à un cintre invisible. Même ses affreuses mains décharnées semblaient moins menaçantes, maintenant qu'elles pendaient inertes de chaque côté de son corps.
- Tout va bien, p'tit frère ?
Michael tourna la tête de l'autre côté de la chambre, où Dean, au lieu de se soucier du sang qui dégoulinait sur tout un côté de son visage, tapotait avec inquiétude l'épaule de Sam qui était assis sur le lit d'Asher et croquait un gros morceau de chocolat, l'air malade.
- Vous l'avez eu ? balbutia le garçon.
- On l'a eu, confirma Arthur en souriant. "Grâce à toi. Tu as été extrêmement courageux."
Il y eut un bang sonore qui les fit tous sursauter, une bourrasque, puis une voix contrariée qui s'exclamait :
- Et vous incroyablement stupides !
- Wow, wow, wow ! C'est quoi ça ? s'écria Dean en fronçant les sourcils et en se plaçant automatiquement devant son frère. "D'où sort ce gus ?"
- Colonel Roy J. Mustang, se présenta sèchement l'homme qui était apparu au milieu de la chambre. "Et je n'ai pas pour habitude de me laisser désigner par des mots comme ça, M. Winchester."
Il se tenait très droit, avec un bras dans le dos façon Napoléon, impression que renforçait son long manteau d'uniforme bleu roi à col haut, parfaitement sanglé malgré la chaleur. Son autre main, gantée de blanc, avait un petit tic agacé. Il portait des bottes cirées si impeccablement qu'elles faisaient concurrence à ses cheveux noirs qu'une épaisse couche de gel brillant n'était pas parvenue à discipliner et ne paraissait pas avoir plus de quarante ans.
Ses yeux bleus en amande se fixèrent sur Arthur avec sévérité.
- Combien de fois faudra-t-il que je vous le dise, Potter ? gronda-t-il. "Les Traqueurs ne sont pas supposés combattre les Forces du Mal ! Vos initiatives ont mis en danger la vie d'un enfant et de deux civils, sans compter celle de votre partenaire ! A quoi aviez-vous la tête, mon garçon ? Invoquer un Patronus dans une zone no-maj résidentielle sans aucune autorisation préalable ? Vous vous êtes cru à Privet Drive ?"
Il fit claquer sa langue, hautement désapprobateur.
- Excellent usage du Sortilège de Réduction, Miss Malefoy, par ailleurs, ajouta-t-il sur un ton de parenthèse. "Complètement inutile face à un Détraqueur, mais remarquablement exécuté, cependant."
- Ce n'était pas un Détraqueur, marmonna Euphrosine.
L'homme continua comme s'il ne l'avait pas entendue, dardant à nouveau son regard bleu étincelant sur Arthur.
- Vous pensez peut-être que personne ne lisait vos rapports ? Je suis navré de vous enlever vos illusions, Potter, mais ce n'est pas le cas et le Bureau des Aurors aurait déployé une manœuvre 221B pour se saisir de la créature sans mettre quiconque en danger si vous aviez bien voulu appliquer les procédures comme cela vous est demandé !
Les regards de Dean et Sam firent des allers-retours entre le nouveau venu et ceux qu'il invectivait et les deux frères en déduisirent rapidement qu'en dépit du ton furieux sur lequel la tirade était prononcée, elle reflétait en fait beaucoup d'inquiétude.
Ils sourirent.
Même si ce type tiré à quatre épingles n'avait rien à voir avec Bobby Singer, leur mentor mal-nippé et aussi rustre qu'un grizzly, il y avait fort à parier qu'il occupait probablement la même place dans la vie des deux jeunes sorciers.
Arthur, en effet, patienta jusqu'à ce que l'homme fasse une pause pour reprendre son souffle puis plaça sa question sur un ton qui frisait l'insolence.
- Sûrement nos réprimandes pouvaient attendre notre retour au siège du MACUSA. J'imagine que vous êtes venu en personne pour une autre raison, mon colonel. Puis-je demander laquelle ? Nous ne voudrions pas vous faire perdre votre temps."
Mustang lâcha un grognement.
- Je vois qu'il ne suffisait pas d'un plongeon dans la rivière pour que vous reteniez la leçon, Potter, répliqua-t-il avec un éclair dans les yeux. Il parut sur le point d'ajouter quelque chose, puis se ravisa et fit un geste de menton en direction de l'armoire devant laquelle Euphrosine se tenait sur la défensive. "Je suis venu le chercher."
- Oh, oh, pas si vite, papillon, intervint Dean en faisant un pas en avant et en armant ostensiblement son fusil à canon scié. "On ne s'est pas donné tout ce mal pour coincer cette Shtriga pour qu'elle nous file sous le nez avant qu'on puisse la buter."
- M. Winchester, reprit le nouveau venu d'un air hautain. "On m'avait dit que les Braconniers étaient aussi colériques que des bilgesnipes autrichiens, mais je ne pensais pas que vous aviez aussi l'intelligence d'un troll. Rangez vos épices de cuisine et je vous donnerai toutes les justifications nécessaires à l'enlèvement de votre… proie."
Dean eut l'air sur le point d'exploser, mais Sam se leva et le poussa de côté.
- Ce que mon frère veut dire, intervint-il, "c'est que cette créature est notre seul indice pour guérir les enfants de Fitchburg. Si vous l'emmenez avant que nous puissions tenter quoi que ce soit, vous les condamnez automatiquement. Et nous préférons le terme Chasseurs, si ça ne vous ennuie pas", ajouta-t-il après un instant de réflexion.
- Sam a raison, ajouta Arthur d'une voix pressante. "Ce Détraqueur mutant a envoyé sept gamins à l'hôpital. Six futurs élèves d'Ilvermorny et un petit moldu. Le Département des Arcanes ne peut pas juste l'escamoter et prétendre que rien n'est arrivé."
Le regard bleu perçant de Mustang s'adoucit en se posant sur Michael qui l'observait depuis son lit, les yeux agrandis. Il soupira, puis la main qu'il avait gardée jusque-là derrière son dos se leva et les Winchester purent voir clairement qu'une espèce de signe cabalistique était dessiné sur son gant blanc. Il fit un geste et un parchemin portant un sceau officiel se déroula dans les airs. Arthur s'en saisit et le parcourut rapidement, les sourcils froncés.
- Est-ce que c'est suffisant pour vous ? lança le colonel d'un ton un peu impatient. "Nous ne faisons jamais les choses sans une bonne raison, je vous l'ai déjà dit. Je pense que vous n'allez pas tarder à recevoir un appel à ce sujet. En attendant, je vais emmener le docteur Hydaker ou du moins ce qu'il en reste. La méfiance est de bon ton dans notre corps de métier, Potter, mais vous devriez l'appliquer dans le cas de changelins plutôt qu'en face de vos supérieurs."
Il fit un pas vers l'armoire, son regard bleu magnétique fixé sur Euphrosine qui s'écarta après un instant d'hésitation. Avant que Dean ne puisse s'interposer, cependant, Michael se rua en avant et écarta les bras pour barrer le passage au sorcier.
- Si vous l'emmenez… que va-t-il arriver à Asher ? Est-ce qu'il va guérir quand même ?
Mustang s'arrêta et considéra l'enfant de haut en bas. Puis, avec un petit hochement de tête approbateur, il fit apparaître une carte de visite ornée du sigle du MACUSA et la tendit au garçon.
- Ton petit frère sera très vite en pleine forme, dit-il. "Et quand tu auras dix-sept ans, si tu as obtenu tous tes ASPICS et que tu as envie de faire carrière dans la lutte contre les Forces Obscures, n'hésite pas à te rappeler à moi."
Là-dessus, il leva encore sa main gantée, il y eut un éclair rouge, la porte de l'armoire s'ouvrit à la volée et le Détraqueur disparut dans un tourbillon avec lui.
- Il est parti. J'hallucine, il est vraiment parti, s'exclama Dean avec indignation. "Vous ne pouviez pas l'en empêcher ?"
Sam regardait aussi le frère et la sœur d'un air de reproche, mais avant que l'un ou l'autre ne puisse se justifier, le téléphone se mit à sonner dans la pièce voisine.
Michael se précipita pour répondre.
- Maman ? … C'EST VRAI ? cria-t-il en sautant de joie, un instant plus tard.
Le spinner magique se mit à tourbillonner en s'élevant dans les airs et empêcha les adultes d'entendre la suite de la conversation. Arthur l'attrapa et le tint dans le creux de sa main.
- Agent Potter ? dit la voix surexcitée de Betty Zellweger. "Vous pourriez venir à l'hôpital aussi vite que possible ? Je crois avoir trouvé une solution pour nos petits malades, mais je vais avoir besoin de votre aide."
Arthur jeta un coup d'œil en direction d'Euphrosine qui s'occupait de soigner la plaie au front de Dean malgré les protestations de celui-ci (le fait que la baguette magique de la jeune femme se promène à quelques centimètres de son visage déplaisait grandement au chasseur).
- Okay, j'arrive, répondit-il.
Michael raccrocha au même moment et se précipita vers eux.
- Asher s'est réveillé ! s'écria-t-il. "Et vous savez quoi ? Il est collé au plafond et maman n'arrive pas à le faire descendre !"
Il eut un gloussement ravi.
- Il dit qu'il est devenu Spiderman pour de vrai ! Je crois qu'il a des pouvoirs magiques comme moi… souffla-t-il en enlaçant la taille d'Euphrosine et en la serrant dans ses bras, des étoiles plein les yeux.
- C'est super, dit la jeune femme en souriant. "Est-ce qu'il a déjà droit aux visites ? Tu veux qu'on t'emmène ? Arthur doit se rendre à l'hôpital aussi."
Michael hocha vigoureusement la tête.
- On… euh… on va vous accompagner, dit Dean, après un échange de sourcils froncés avec son frère.
Dehors, l'aube était magnifique. Il faisait frais et de petits nuages roses s'étiraient dans le ciel où s'évanouissaient les dernières brumes de la nuit. A l'horizon, au-dessus de Fitchburg, le soleil se levait en une ligne dorée.
- Prends Michael avec toi, dit Arthur à sa sœur quand ils s'approchèrent des véhicules. "Tu seras la plus vite arrivée et je pense qu'il a hâte de voir Asher."
Le garçon lui lança un regard brillant de reconnaissance et se dépêcha de grimper à bord de la Coccinelle.
- La "plus vite arrivée" ? répéta Dean en levant un sourcil et en tapotant négligemment la carrosserie noire de l'Impala dans laquelle s'était déjà installé Sam, une ironie flagrante tissée dans sa voix. "J'aimerais bien voir ça !"
- Oh, tu serais surpris, riposta Euphrosine très sérieusement en se glissant derrière le volant de sa petite voiture rose.
Son frère secoua la tête et se dirigea vers la grosse moto qui était apparue à son claquement de doigts. Sam se mit à rigoler. Il descendit la vitre et mit son coude sur la portière, se calant contre le dossier beige de son siège, prêt à la confrontation.
Le moteur de la Chevy rugit et la Coccinelle pétarada – puis elle décolla, le ventre littéralement collé au plancher, et disparut en quelques secondes à l'angle de la rue.
Dean était resté la bouche ouverte, stupéfait.
Arthur fit rouler la moto jusqu'à sa hauteur et se pencha pour lui adresser un sourire d'excuse qui n'était pas dépourvu d'amusement.
- Véhicule modifié par magie, tu avais perdu d'avance, mec.
Puis il s'élança à son tour dans un vrombissement de moteur, laissant Sam, hilare, tenter de consoler son frère déconfit.
A l'hôpital, les Winchester retrouvèrent Euphrosine à l'étage de la pédiatrie. L'air anxieux, elle faisait les cent pas à côté d'une chambre dont s'échappait des cris joyeux.
- Michael a retrouvé Asher, je suppose, dit Sam en souriant. "Cool. Il a l'air en plein forme !"
Dean scruta le visage tendu de la jeune femme, l'épisode des voitures déjà oublié.
- Est-ce qu'on sait à quoi est dû ce… miracle ? demanda-t-il prudemment.
- Oui, répondit-elle en arrêtant un instant de marcher et en se mettant à triturer nerveusement un de ses ongles. "Betty, la médicomage qui travaille ici comme infirmière, a dit qu'en voyant hier soir combien l'état d'Asher était grave par rapport aux autres, elle lui a injecté une triple dose d'essence vitale – composée à quatre-vingt-dix pour cent du don d'Arthur. Et dans la nuit, pouf, sa fièvre est tombée, il est revenu à lui et il s'est mis à grimper aux murs – littéralement."
- Waouh, dit Sam.
- Non, pas whaouh, protesta Euphrosine, un orage de détresse dans ses yeux gris. "Du coup, Betty veut faire la même chose pour les autres enfants et elle va ponctionner à Arthur encore plus d'essence vitale que la dernière fois ! Et la dernière fois, ça l'a rendu malade comme un chien !"
Dans le brusque silence qui suivit, quelqu'un toussota et les fit sursauter.
- Tout va bien se passer, Miss Malefoy, dit l'infirmière qui se tenait devant eux avec sur les bras un dossier qui portait un emblème composé d'un crane avec deux fémurs croisés – une image que Dean trouva de fort mauvais augure en dépit des formes avantageuses de ladite infirmière. "Votre frère nous a assuré que s'il ressentait le moindre malaise, il nous le dirait. Et dans ce cas, nous arrêterions immédiatement la ponction."
- Mais si les enfants ne reçoivent pas l'injection, que se passera-t-il ? demanda Sam.
Betty Zellweger baissa les yeux.
- Nous les perdrons, murmura-t-elle. "Ce n'est plus qu'une question d'heures pour eux."
- Vous voyez, dit Euphrosine d'un ton rageur, "Arthur ne vous dira rien, même s'il doit en mourir ! Il sait très bien que la vie des gamins dépend de lui. C'est exactement le genre de promesses qu'il fait quand il n'a aucunement l'intention de les tenir."
oOoOoOo
La petite salle de repos était paisible, baignée d'une douce clarté saumonée par le soleil que les persiennes inclinées ne bloquaient pas complètement. Sur l'un des murs, une horloge très simple tictaquait régulièrement.
Les aiguilles indiquaient la demie de quatre heures lorsqu'on toqua légèrement et que la porte s'ouvrit sans bruit après un instant.
- Salut, Potter, dit Dean en se glissant à l'intérieur sur la pointe des pieds.
- Salut, Winchester, répondit Arthur, surpris, en se soulevant légèrement sur un coude.
Il était pâle, les traits tirés comme s'il avait couru une douzaine de marathons depuis que le chasseur l'avait vu pour la dernière fois. Quelques gouttes de sueur perlaient sur sa lèvre supérieure et il y avait des marques d'ongles dans ses paumes.
Dean referma le battant derrière lui et mit ses mains dans ses poches, essayant de prendre un air dégagé :
- Je peux, euh… te tenir compagnie un moment ? Sauf si tu ne te sens pas bien. Cette infirmière super canon a dit qu'elle allait m'arracher la tête si je te fatiguais et tu vois, comme elle n'avait pas l'air de plaisanter et que, techniquement, elle a les pouvoirs pour le faire vraiment...
Arthur sourit, malgré la douleur qui marquait de petits plis les coins de ses yeux. Il se laissa retomber contre le dossier de cuir du lit médical sur lequel il était allongé et se cala aussi confortablement qu'il le put sans remuer son bras gauche.
- Fais comme chez toi.
Dean repéra une chaise en plastique dans un coin, l'attrapa par le dossier, la rapprocha et s'assit à califourchon dessus. Il donna un rapide coup d'œil aux alentours, puis fit la moue.
- C'est pas la joie, ici. T'as même pas la télé, remarqua-t-il avec un signe de menton en direction du poste suspendu dans un angle du mur, sur lequel un papier qui annonçait "hors service" était scotché.
- De toute façon, à cette heure-ci, il n'y a rien d'intéressant, articula Arthur d'une voix légèrement altérée, tandis qu'il se raidissait contre un spasme.
- C'est pas faux, dit Dean qui pourtant, quand il était immobilisé par une blessure, prenait sans vergogne une haute dose des soap-opéras qui passaient à ce moment-là, sous le prétexte de "travailler son espagnol".
Il examina un moment avec curiosité le cathéter en forme de papillon maintenu par un bout de sparadrap sur la peau marbrée du Traqueur, le tuyau translucide dans lequel remontaient de minuscules perles dorées, l'appareil en forme de chaudron chinois qui les recueillait, puis il se racla la gorge.
- Je ne sais pas si l'infirmière te l'a dit la dernière fois qu'elle est venue te voir, mais deux des mômes couraient déjà comme des lapins à l'heure du déjeuner et les autres ont l'air bien partis pour se remettre aussi, dit-il avec un geste du pouce en direction de la porte. "Sam et moi, on ne va pas tarder à reprendre la route, du coup. Notre rôle ici est terminé."
Arthur hocha le menton.
- C'était cool de bosser ensemble, dit-il.
- Ouais, dit Dean sincèrement.
Il tripota machinalement l'amulette qui pendait à son cou, puis sembla se décider à poser la question qui le taraudait.
- Pourquoi la Shtriga s'en est-elle prise à mon frangin, à l'époque ? Je peux à la limite comprendre qu'elle se soit plantée entre Michael et Asher, ils étaient dans la même chambre, mais… Sammy n'a…Il n'a jamais… euh…
Dean marqua une pause, cherchant les mots corrects. "Soulevé de tracteur à l'âge de trois ans ? Eu de feuilles de lierre qui lui poussaient sur les mollets ? Vu de fée se pencher sur son berceau ?" Ou alors les fées avaient sérieusement viré du côté obscur depuis la dernière fois qu'il avait lu un conte.
Arthur fronça les sourcils.
- Je ne sais pas, dit-il d'un air préoccupé. "Peut-être que cette créature ne peut pas vraiment sentir la magie et qu'elle s'en prend en fait aux gamins qui lui racontent qu'ils ont des pouvoirs."
- ça paraît un peu maigre si on considère qu'il avait besoin précisément de sept gosses et pas de n'importe lesquels pour… pour quoi que ce soit qu'il voulait.
Dean eut un petit grognement mi ironique mi frustré.
- Enfin, on ne saura jamais ce qu'il voulait exactement, vu que le KGB l'a emmené, maintenant.
- Le MACUSA n'est pas ce genre d'organisation, protesta Arthur, indigné.
Dean leva les mains devant lui en guise d'excuse.
- Si tu le dis.
- Mais peut-être que Sam a quelque chose de spécial et que c'est ça qui l'a attiré à l'époque, reprit le Traqueur en scrutant du regard le Chasseur.
Dean resta muet. Sam était un véritable aimant à mauvais esprits, mais à part ses visions bizarres – et son frère n'était pas prêt à se pencher sur cette question-là – il n'avait jamais manifesté le moindre pouvoir magique.
En tout cas pas tant qu'il était enfant.
Potter essaya de se redresser et retomba. II étouffa un gémissement et ses mains se crispèrent sur les barres de chaque côté du lit. Dean eut un mouvement maladroit pour l'aider, puis il se ravisa, reconnaissant l'éclair de fierté dans les yeux verts de l'autre.
Il attendit que le seul son dans la pièce soit à nouveau celui de la machine en train de buller doucement et que celui de la respiration hachée se soit calmé en regardant partout sauf vers le lit, puis se racla la gorge et prit un ton détaché.
- Et sinon, ça fait quoi de savoir que ton sang est le nouveau remède contre le cancer ? lança-t-il, un poil narquois.
- Mon essence vitale, corrigea Arthur à qui le changement de conversation n'échappa pas. "Et je ne pense pas qu'elle puisse guérir le cancer ou même un simple rhume, d'ailleurs."
- Dans ce cas, comment tu expliques que ces gosses se réveillent les uns après les autres de leur coma ?
- Aucune idée, dit le Traqueur en s'intéressant soudain de très près à l'un des accrocs de son jean.
Dean comprit que, comme lui, Arthur ne souhaitait pas partager tous ses secrets, et il n'insista pas.
- ça fait combien de temps que vous faîtes ce boulot ? demanda-t-il à la place. " Vous êtes combien d'Oi… de gens comme vous aux USA, en fait ? Ce n'est pas trop dur de vivre dans l'ombre ?"
Potter se mit à rigoler.
- C'est toi qui me demande ça ?
Winchester rit avec lui.
- Les choses ont changé depuis le siècle dernier, expliqua Arthur qui, comme Sam, semblait oublier fatigue et douleur quand il était occupé à étaler sa culture générale. "Je ne pense pas qu'on en reviendrait aux bûchers si le reste du monde apprenait que nous vivons côte à côte depuis si longtemps. Et ceux de chez nous qui sont très attachés au secret sont de moins en moins nombreux. Avant on ne pouvait pas se marier hors de la communauté magique en Amérique, par exemple, mais maintenant si quelqu'un s'avisait de ramener cette loi, il y aurait une montée au créneau. Il faudra du temps. Mais j'ai bon espoir qu'un jour, moldus et sorciers seront capables de vivre ensemble et que votre boulot de protection ne se fera plus en cachette mais sera honoré à sa juste valeur. Vous êtes, après tout, le maillon manquant entre nos deux communautés."
Dean sourit à l'expression, mais il doutait qu'un tel rêve soit possible.
- Mon père ferait un bond en l'air si tu lui disais un truc pareil, grogna-t-il.
- Le mien y croyait, dit Arthur en essayant de trouver une position plus confortable sur le lit médical étroit. "Mon grand-père aussi, il a travaillé toute sa vie dans ce sens."
- Ils étaient dans la même ligne de métier que toi ?
- Mon grand-père oui, plus ou moins. C'était un homme politique. Il avait un poste assez important en Grande-Bretagne. Il aurait peut-être préféré être sur le terrain, comme à ses débuts, mais il n'avait pas le choix.
Potter s'assombrit.
- Mon père, lui, il était magizoologiste – il s'occupait d'animaux fantastiques, c'était sa passion. Ce n'était pas du tout le genre à aller se castagner avec des monstres ou des cinglés amateurs de magie noire.
- Mon paternel est mécano de formation. Il s'est retrouvé dans ce job par accident, ce n'était pas vraiment ce qu'il avait prévu de faire de sa vie, dit Winchester.
Il y eut un silence. Dean venait de se rappeler qu'Arthur lui avait dit que son père était mort et Arthur, à qui Dean n'en avait rien dit du tout, savait très bien à quel accident celui-ci avait fait allusion.
La question suivante, cependant, prit le Traqueur par surprise.
- Tu crois que mon père a vraiment fait de la magie, ce jour-là, pour faire fuir la Shtriga ? Honnêtement, je ne pense pas que des balles de gros sel ou des chevrotines consacrées auraient suffi à s'en débarrasser s'il était persuadé que Sam était son septième goûter.
Arthur réfléchit un moment.
- Tu sais, ça fait un moment que je fais ce boulot et… euh… j'ai fini par piger quelque chose, dit-il enfin, tournant ses yeux verts fatigués mais limpides vers le chasseur. "Bien sûr, on peut se sortir d'un tas de situations gênantes avec l'enchantement approprié, mais… aucune sorte de magie ne peut vraiment sauver le monde, Dean. La force qu'il y a dans un amour sincère, ça, en revanche… c'est plus puissant que n'importe quel sortilège. Le courage de se sacrifier… la compassion… le pardon… personne ne peut quantifier ces choses-là ou les arrêter quand elles se mettent en action. Je suis certain que c'est l'amour qu'il ressentait pour vous deux qui a permis à ton père de chasser le Détraqueur ou quelle que soit la créature qui avait pris cette forme."
Dean remua inconfortablement sur sa chaise, parce que la conversation devenait beaucoup trop émotionnelle à son goût, mais qu'il ne pouvait se résoudre à l'interrompre.
- Tu sais, mon père disait souvent que les moldus sont capables de repousser de bien plus grands ténèbres que les sorciers, continua Arthur. "Sans magie, on est obligé de puiser dans ses tripes pour se tenir debout, affronter ses peurs et réussir à embrasser un autre jour."
Il sourit.
- Ça fait de toi quelqu'un de bien plus courageux que moi.
- J'sais pas, marmonna Dean avec une grimace gênée. "J'pense pas."
L'entrée de Betty Zellweger le sauva de cette situation embarrassante et il se dépêcha de se lever et de quitter la pièce pour la laisser travailler.
La médicomage éteignit la machine et procéda au transvasement de son précieux contenu dans des poches à transfusion dont elle modifia les étiquettes, comme elle l'avait fait plusieurs fois déjà dans la journée, avant de les expédier d'un coup de baguette magique là où elles allaient sauver les vies des petits malades à l'insu de ses collègues moldus.
Puis elle enleva le cathéter et examina longuement son patient.
- Nausée ? Migraine ? interrogea-t-elle en l'autorisant enfin à s'asseoir.
Arthur remua prudemment la tête.
- Non, dit-il, un peu surpris. "Vaguement barbouillé, mais c'est tout."
Betty fronça les sourcils.
- Bizarre. Tout semble normal. Vous n'avez aucun des effets secondaires que vous aviez subis la dernière fois… J'ai pourtant prélevé beaucoup plus d'essence vitale aujourd'hui !
Elle gribouilla quelque chose sur un bloc-notes surgi de nulle part qu'elle fit disparaître aussitôt après, puis elle lui adressa un large sourire.
- Vous êtes libre et je n'ai aucune idée de comment vous remercier, Agent Potter, dit-elle avec ferveur. "Je sais que vous ne voulez pas que les parents sachent le rôle que vous avez joué, mais…"
- C'est normal, doc, coupa Arthur d'un ton sec. "Je suis au service du public. N'importe lequel de mes co-équipiers aurait fait de même."
Elle mordilla l'intérieur de sa joue, l'air sceptique, puis rangea une mèche de cheveux derrière son oreille.
- Ouais, dit-elle finalement. "Euh, encore une chose, M. Potter. Si dans les prochains jours, il y a le moindre truc qui cloche, je vous en prie, promettez-moi de consulter un médicomage."
- Comptez sur moi, dit le jeune homme d'un ton léger.
Il garda deux doigts appuyés sur le pansement au creux de son bras et se leva. Ses jambes tremblèrent sous lui et il serra les dents en voyant danser des points noirs devant ses yeux pendant quelques secondes, mais il ne tomba pas.
- J'suis juste un peu fatigué, marmonna-t-il quand il s'aperçut qu'en fait c'était Betty qui le gardait debout. "Mais ça va aller."
La jeune femme leva les yeux au ciel.
- Je vois, dit-elle d'un ton amusé.
Elle le conduisit dans le couloir où attendaient les frères Winchester, puis s'éloigna d'un pas sautillant en direction du service pédiatrique, suivi du regard appréciatif de Dean.
Sam, qui avait pris le coude d'Arthur pour le soutenir, l'aida à s'asseoir sur un des bancs devant la baie vitrée.
- Où est Euphrosine ? s'enquit le Traqueur.
- Le type de ce matin est revenu, expliqua le cadet Winchester. "Euh… Mustang, c'est ça ? Il a dit qu'il devait lui parler, que c'était important."
Arthur fronça un sourcil.
- C'était quand ?
- Il y a une heure, je pense, dit Sam. "Ils ne vont sûrement pas tarder à revenir."
Dean se tourna vers eux et se frotta les mains, l'air satisfait.
- Bon, ben, on va y aller, annonça-t-il. "Prêt à reprendre la route, Sammy ?"
- C'est Sam. Et on doit retourner au motel chercher nos affaires, fit remarquer son frère.
- Ouaip. Et dire au-revoir à Michael, ajouta le chasseur dont les yeux pétillaient, heureux de voir se terminer sans victimes une affaire qui avait commencé de façon aussi dramatique.
Il donna une tape joyeuse sur l'épaule d'Arthur.
- Je te donnerais bien mon numéro de téléphone, mais…
Le Traqueur fouilla dans sa poche et lui tendit quelque chose. Dean sourit en voyant de quoi il s'agissait, puis loba l'objet à Sam qui l'attrapa au vol.
- ça ne va pas vous manquer ? demanda ce dernier en faisant tourner le spinner magique entre ses doigts.
- Nan, assura Arthur en souriant malgré l'épuisement qui creusait son visage. "On nous en fournit régulièrement des nouveaux. Les Briseurs de sorts méritent leur surnom, vous savez. Ils ne cassent pas que des formules magiques."
Les deux autres pouffèrent de rire avec lui. Sam rendit le petit appareil à Dean qui le fit sauter dans sa paume avant de le glisser dans sa propre poche, puis qui releva la tête, redevenu sérieux.
- Si tu as le moindre problème, un jour…
Arthur hocha le menton.
- Toi aussi, mec.
Il serra la main qui lui était tendue, puis celle de Sam, et ensuite les Winchester prirent la direction de l'ascenseur.
- Hé, Dean, les rappela Potter alors qu'ils commençaient à peine s'éloigner.
L'aîné des deux frères se retourna.
- Ouais ?
- J'espère que vous retrouverez rapidement votre père et que tu pourras… tu sais.
Dean acquiesça silencieusement, conscient du regard curieux que Sam posait sur lui, puis il se remit en route, levant simplement une main au-dessus de sa tête en guise de salut.
Mais il devait être écrit quelque part que ce n'était pas le moment de se séparer, car la sortie fut interrompue encore une fois quand Mustang se matérialisa soudain avec un bang dans le couloir.
- Mauvaises nouvelles, Potter, dit-il d'une voix grave. "Il n'y a aucune raison de penser que ce soit vraiment de votre faute alors je vous interdis de vous consumer de culpabilité comme vous savez si bien le faire. Vous m'avez bien compris ?"
Arthur pâlit. Il se leva péniblement en s'aidant de l'accoudoir du banc, tandis que les frères Winchester se rapprochaient en fronçant les sourcils.
- Que se passe-t-il ? demanda-t-il d'une voix altérée.
Mais avant que le colonel Mustang ne puisse répondre, Euphrosine se précipita vers eux, hors d'haleine après avoir grimpé quatre à quatre les escaliers de l'hôpital.
- Arthur ! s'écria-t-elle sur un ton désespéré. "Je viens de parler avec Miss Avocette et les enfants – tous, sauf Asher – les six enfants qui sont tombés malades et qui ont eu une transfusion grâce à toi… les relevés de la Trace sont formels maintenant qu'ils se sont réveillés : ce sont des cracmols."
Sam toussota dans le silence pétrifié qui suivit.
- Euh… ce qui veut dire ?
- Qu'ils ont perdu leurs pouvoirs magiques, dit sombrement Mustang. "Tous ces gosses sont en vie, mais aucun d'entre eux ne fera sa rentrée à l'école de sorcellerie d'Ilvermorny."
A SUIVRE…
Le prochain chapitre sera aussi le dernier.
