Chapitre 2
Elsa tourna deux fois la clé dans la serrure afin de verrouiller sa porte d'entrée, se dirigea avec la grâce d'un zombie sous cocaïne vers le frigo d'où elle tira une bouteille d'eau et une bière. Hésitant un court instant entre les deux boissons, elle se décida finalement pour la seconde option et ne prit pas la peine de prendre le décapsuleur qui se trouvait dans le tiroir en dessous de la gazinière (trop loin, flemme). Elle se contenta donc d'ouvrir, comme à son habitude la bière à la main avant d'allumer télé et console et de se laisser tomber lourdement sur le canapé et d'attraper sa manette d'une main experte. Depuis ce matin, elle ne faisait que penser à la jeune femme aux yeux verts saisissants et aux tâches de rousseurs absolument craquantes, il fallait absolument qu'elle se change les idées, et quoi de mieux qu'une petite partie d'Overwatch pour se déconnecter de sa réalité, bien trop obnubilée par une certaine étudiante rouquine à son goût ? Il ne lui fallut que quelques secondes pour retrouver le jeu dans l'interface de la console, et lancer le jeu. Le menu s'afficha aussitôt, ainsi que deux messages privés qui clignotaient dans sa barre des tâches. La jeune femme eut un sourire attendrit, et leva presque simultanément les yeux au ciel lorsqu'elle vit l'identité de la personne qui lui adressait la parole alors qu'elle venait à peine de se connecter. « Il ne fait rien d'autre de ses journées que jouer, ce n'est pas possible » songea-t-elle avec amusement. Ne prenant pas la peine de lui répondre, sachant que ce serait inutil, elle appela aussitôt son ami, qui, bien entendu répondit presque immédiatement.
- Bonsoir Olaf ! S'exclama-t-elle, sincèrement heureuse de lui parler.
- Salut princesse, ça fait un bail ! Comment tu vas ? Attends juste deux minutes, je finis ma game, j'arrive ! Répondit son meilleur ami avec sa précipitation habituelle lorsque sa partie était assez serrée pour qu'il daigne se concentrer un minimum sur le jeu, plutôt que sur le cul des avatars.
La jeune femme s'installa plus confortablement sur son canapé, mit ses lunettes et sirota sa bière, pianotant distraitement sur son téléphone en attendant patiemment qu'Olaf finisse sa partie. Elle décida de passer faire taire les évènements perturbants de la journée, et fit comme si de rien n'était. Le jeune homme avait beau être son meilleur ami, Elsa n'était pas certaine que dévoiler le fait qu'elle craque pour une étudiante dès son premier jour soit une solution des plus judicieuse. Elle fit donc comme si de rien n'était et se força à ne plus penser à cette étudiante. Le silence entre les deux jeunes gens, parfois entrecoupé de jurons que laissait échapper Olaf, était doté d'une complicité inexplicable, mais pourtant bien présente, comme si une bulle les enveloppait, les coupant de tout. Il n'y avait rien d'autre qu'eux deux, Elsa-Olaf, Olaf-Elsa, comme les rimes de deux alexandrins dans un poème, ou deux branches d'un même arbre : Complémentaires, vital l'un pour l'autre et indéniablement faits pour être ensembles, mais pourtant indépendant l'un de l'autre. C'était inexplicable et cela faisait souvent sourire les gens, mais ils étaient comme frère et sœur, c'était un fait, rien de plus, rien de moins. Sortant de la torpeur, dans laquelle elle s'était plongée sans le vouloir il y a plusieurs secondes déjà, grâce au cri de victoire poussé par Olaf lui indiquant qu'elle devrait bientôt reparler à son meilleur ami, la jeune femme savoura une dernière fois le souvenir de leur rencontre, plus qu'inhabituelle avant de se reconnecter à la réalité, comme si elle n'était jamais partie.
- Alors cette première journée, comment ça s'est passé ? Demanda Olaf en allumant la webcam.
Avec son éternelle curiosité digne d'un gamin, son charme naturel et son sourire ravageur qui lui dévorait perpétuellement la moitié du visage, il avait fait craquer plus d'une femme. Malgré tous ses attributs qui étaient loin de déplaire à la gente féminine et masculine, Elsa ne l'avait jamais vu profiter de ce que la nature avait eu la grâce de lui accorder, ce qui lui avait tout de suite plut. Ça et sa façon de s'émerveiller devant tout rien et n'importe quoi…
- J'ai eu l'impression de revenir à la fac, je ne te raconte pas l'horreur que c'est de se retrouver face à une centaine d'étudiants qui sont plus occupés à regarder le dernier épisode de Game of Thrones ou d'envoyer un sexto à leur copine plutôt que de se concentrer, rien qu'un un minimum sur le cours ! Je comprends mieux maintenant pourquoi les professeurs de fac sont-ils tous toujours aussi blasés… Lorsque j'étais à l'Université, j'ai toujours pensé que l'un d'eux allait faire une crise cardiaque avant la fin de l'année…
- Tu n'exagères pas un peu non ? Vu comme tu me le présente, on dirait que tu fais cours à une horde de zombies endormis ! Plaisanta le jeune homme en rigolant.
- Hé, ne te moques pas ! J'aimerai bien t'y voir tient ! Je te parie un restau que tu ne tiens pas deux heures en amphi avec ces étudiants pseudo-zombies sans en ressortir complètement dégoûter de la fac ! Rétorqua Elsa. Son plan « s'enlever la rouquine étudiante parce-que je ne suis pas sensée craquer sur elle » de la tête fonctionnait à merveilles, on pouvait toujours compter sur Olaf et son humour toujours placé impeccablement avec la dose de folie qu'il faut pour se changer les idées !
- Tenu ! Bon, maintenant que tu me dois un restau on fait une game ? Proposa le jeune homme avec entrain.
- Oulà, tu ne t'avances pas un peu trop vite là ? Attends de voir mes monstres avant de prendre ta victoire comme acquise ! Va pour la game, comme ça je pourrais t'humilier une fois de plus. Battu par une femme à Overwatch, ça sonne bien non ? Qu'est-ce-que tu en penses ? Rétorqua Elsa d'un ton faussement indigné.
Elle était vraiment heureuse de le retrouver. Après six mois passés à Londres, où ils n'avaient pu s'envoyer que quelques messages de temps en temps, cela faisait du bien d'être de retour à la maison. Elle ne l'aurait jamais avoué à voix haute mais les remarques cinglantes qu'ils s'échangeaient à longueur de journée lui avait atrocement manqué.
- Que du blabla, rien dans le pantalon !
Ils passèrent la majeure partie de la soirée, ainsi qu'une large période de la nuit à se raconter des anecdotes diverses et variées sur leurs vies respectives, à évoquer ce qui s'était passé en l'absence d'Elsa, tout en enchaînant les parties encore et encore. Si quelqu'un d'extérieur les avait vu ce soir-là, jamais il n'aurait songé à croire que ces deux-là venaient de se retrouver après six mois d'absence. C'était comme s'ils ne s'étaient jamais quittés… Vers deux heures du matin, la jeune femme prit congé de son meilleur ami et parti se coucher en baillant à s'en décrocher la mâchoire, et en se jurant de ne plus jamais veiller aussi tard, promesse qu'elle n'avait d'ailleurs, bien évidemment jamais tenue… Néanmoins, son meilleur ami avait réussi à lui changer les idées, c'est donc apaisée qu'elle s'endormit aussitôt la tête posée sur l'oreille d'un sommeil sans rêves...
