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7 – L'arrivée à Isla Nublar
Au moment où Nicolas revient lentement à la réalité, s'extirpant de ses souvenirs, des mouvements sur le bateau et l'arrêt des moteurs le font sursauter.
Il ouvre les yeux.
Il fait grand jour, maintenant.
Les trois « affreux » sont sortis de la cabine.
Manifestement, ils s'apprêtent à quitter le bâtiment.
Un bruit lointain attire l'attention du français. Il regarde la mer et voit arriver un canot pneumatique.
Plus loin, l'île de destination se découpe sur le ciel.
Il se lève, s'approche du bastingage et, à l'aide de son œil artificiel, commence à observer ce qui s'y passe.
A première vue, tout est normal. Plusieurs tentes de camping dressées sur la plage, des chaises longues, des parasols, des tenues de plongée qui sèchent sur des fils, un homme qui transporte des bouteilles d'air comprimé. Quoi de plus normal, en fait ?
Pourtant, certains détails interpellent Nicolas. Les grèves qu'il a sous les yeux sont toutes constituées de sable fin. Pas de rochers, pas de barrière de corail dans cette partie de l'ïle. Mais alors, pourquoi plonger ? Pour voir quoi ? Pour chasser quoi puisque les pêcheurs du pays disent que le monstre marin du parc a fait fuir tous les poissons ?
Il décide donc d'examiner plus attentivement le paysage de carte postale qu'il a sous les yeux.
C'est ainsi qu'il aperçoit, à peine visible dans une zone d'ombre, une remorque rigide attelée à un gros 4x4. C'est un PC de transmission. Ses antennes sont largement déployées.
Pas bête ! Si les gardes côtes s'approchent, il suffit de dissimuler l'ensemble dans la forêt.
Tout à coup, quelqu'un sort de l'une des tentes de camping. C'est un homme vêtu d'une tenue camouflée.
Le français sursaute, c'est Trevor, toujours aussi athlétique, malgré son âge et ses cheveux blancs. Il n'a pas l'air d'avoir beaucoup changé depuis le Golfe.
Il fait de grands gestes et semble crier mais, à cette distance, l'oreille artificielle de Nicolas n'est pas suffisamment puissante pour entendre ce qu'il dit.
Bientôt, sortant de la forêt, de curieux bipèdes s'approchent en courant.
Il a beau ne pas être un spécialiste, Nicolas a bien vu qu'il s'agissait de petits dinosaures, à peu près de la taille d'un homme.
Il en aperçoit cinq ou six. Mais ils ne sont pas tous identiques. Apparemment, il y aurait deux espèces différentes.
Il ne comprend pas bien ce qui se passe. Il croyait que seule la nouvelle réserve Jurassic World, et la deuxième île de secours, dont il a oublié le nom, contenaient ce genre d'animaux.
Il est impressionné par les imposantes mâchoires des petits sauriens. Ce sont des carnassiers, c'est sûr ! Mais que font-ils là ? Et que font Trevor et ses hommes avec eux ?
Les bipèdes semblent leur obéir. Apparemment, des préparatifs sont en cours. Mais dans quel but ?
Pendant qu'il est perdu dans ses réflexions, les autres passagers ont commencé à embarquer… sauf Ignacio qui s'approche de lui.
– Tu as beau dire, annonce l'espagnol, je suis sûr que l'on s'est déjà vu.
– Je m'en rappellerais si c'était le cas !
– Je pense, en effet, que tu t'en rappelles, Hombre, mais que tu ne veux pas l'avouer. T'inquiète pas ! Cela finira par me revenir. Et peut-être que l'on se reverra.
– Cela m'étonnerait, répond Nicolas qui espère qu'il ne retrouve pas la mémoire trop tôt.
– Allez, Ernesto, crie soudain Jurgen, ramène-toi. On doit y aller !
– J'arrive, Johnny, répond l'espagnol !
Puis il tourne les talons et s'éloigne.
Ernesto ? Johnny ? Qu'est-ce que c'est que ce cinéma ? Pourquoi dissimulent-ils leurs vrais noms alors que personne ne les connaît ici ? Décidément, il y a beaucoup de zones d'ombre dans cette histoire. Très vraisemblablement, avec l'arrivée des trois hommes, le commando doit être au complet. Et il est accompagné de ces drôles de bêtes. Quelles peuvent être leurs intentions?
Mais le français n'a pas le temps d'y réfléchir davantage, car le canot s'éloigne déjà.
Le moment est venu d'agir. Il ne faut surtout pas traîner !
– Manolo, dit-il soudain, es-tu marié ?
– Si senor, répond l'intéressé.
– Et tu as des enfants ?
– Euh ! Oui !
Le marin devient inquiet. Où son interlocuteur veut-il en venir ?
– Et tes amigos, ils sont mariés et ont des enfants ?
– Si, senor.
L'un des hommes, discrètement, s'est emparé d'un harpon, pour se défendre si nécessaire.
Leur angoisse devient palpable, mais Nicolas ne fait pas attention.
- Alors, amigos, dit-il soudain, si vous voulez les revoir, mettez plein gaz et tout de suite ! Il faut déguerpir d'ici !
- Je ne comprends pas, senor.
- C'est simple. Tes touristes, ce sont des mercenaires et ils ne sont sûrement pas en vacances ! En plus, certains d'entre eux me connaissent et, si jamais la mémoire leur revient, ce ne sera pas bon pour nous !
« Alors, un bon conseil, amigo : direction Isla Nublar et vite !
Manolo a compris.
Sans discuter davantage, il pousse à fond les moteurs.
De toute façon, les trois gringos le mettaient mal à l'aise. Cela le prédispose à croire son interlocuteur.
Pendant que le bateau file à grande vitesse, Nicolas pénètre dans la cabine.
Le soleil est déjà haut dans le ciel et un peu d'ombre sera la bienvenue.
Au moment où il va s'asseoir, il aperçoit sur le sol un objet insolite, qu'il n'arrive pas à identifier.
Il le ramasse et sort sur le pont.
– Ho, Manolo, dit-il !
– Si, senor ?
– C'est à toi, ce machin-là ?
– No, senor. Je pense que cela appartenait aux gringos. L'un d'entre eux transportait un gros sac. Peut-être que c'était dedans et que c'est tombé !
– Si tu veux bien, je vais le garder.
– No problemo, amigo. Qu'en ferais-je ? Je ne sais même pas ce que c'est.
Nicolas retourne s'asseoir dans la cabine, et commence à examiner l'objet.
On dirait une sorte de collier en cuir, portant différents accessoires : une caméra, sans doute pour filmer ce que son porteur voit, une mini bombe et deux aiguilles, orientées vers la partie interne et qui doivent être plantées dans la chair du cou, chacune d'entre elles étant reliée à un réservoir rempli de liquide.
Un mini récepteur complète l'équipement, ce qui semble indiquer que l'ensemble peut être commandé à distance.
L'observation de l'objet suscite plus de questions qu'elle n'apporte de réponses.
Qui pourrait bien accepter de porter un tel engin ?
Et pourquoi une bombe ?
Et que contiennent les deux réservoirs ?
Pendant que se déroulent ces événements, le canot à rejoint la plage et les trois hommes débarquent.
Ils sont accueillis par Trevor.
– Alors, les gars, vous avez fait bon voyage, demande‑t-il ?
– Sans problème, répond Jurgen.
– Vous avez les colliers ?
– Oui, mon colonel, ils sont dans ce sac, répond Luigi, et il passe devant lui avec son imposant fardeau.
– OK, alors ne perdons pas de temps. Occupez-vous d'équiper les bestiaux. Et n'oubliez pas ! Ne les mettez pas en place avant que le vétérinaire qui nous accompagne ne soit intervenu pour insensibiliser le cou de l'animal, sinon, la douleur ressentie au moment où vous enfoncerez les aiguilles risque de le rendre agressif. Et vous avez tous vu de quoi ces bestioles sont capables ! Pas besoin de vous faire un dessin !
– Compris, mon colonel. On fera attention.
Les hommes s'éloignent avec les appareils, tandis que Trevor se dirige vers la remorque de transmission.
Une demie heure plus tard, un des hommes vient voir Trevor.
– On a un souci, mon colonel, il manque un collier.
Sans répondre, l'interpellé fait appeler Bollini.
– Dis moi, Sergent, il manque un collier. Tu es sûr que tu les avais tous quand tu as embarqué ce matin ?
– Sûr et certain, mon colonel. J'ai vérifié plusieurs fois avant de partir. Il a dû tomber sur le bateau. Je l'avais pourtant dit que ce sac mal fermé ne convenait pas.
– C'est OK, Bollini. Mais va dire à l'informaticien qui à les boîtiers de commandes de le faire sauter immédiatement.
– J'ai bien peur que le bateau ne soit trop loin, mon colonel. La télécommande n'aura pas assez de portée.
– Dans ce cas, répond Trevor, vous prendrez un canot et vous vous approcherez le plus près possible du bâtiment qui vous a amené ici et vous déclencherez l'explosion.
– Cela risque d'attirer les garde-côtes, fait remarquer Jurgen. Et on a besoin de discrétion.
Le colonel réfléchit quelques instants.
– Tu as raison, finit-il par dire. De toute façon, ces marins incultes seront incapables de déterminer le rôle de l'objet. Par contre, comme il nous manque un collier, une de nos bestioles n'en aura pas. Ce sera numéro 8 car c'est la plus docile. On pourra la commander directement, à la voix. Fais le nécessaire pour que tout soit prêt ce soir. Nous devons tout tester avant de passer à l'action.
– A vos ordres, mon colonel.
Isla Nublar est en vue. Nicolas, sur le pont du bateau, regarde au loin les imposantes falaises qui barrent l'horizon.
Il touche au but. Il va enfin pouvoir souffler.
Le terme de son voyage est là, tout près. Il va chercher son sac à dos, dans lequel il glisse le collier, pendant que Manolo amorce la manœuvre d'accostage.
Sur le quai, des gardes en armes les regardent s'approcher.
– Holà, hombre, dit l'un d'eux, que viens-tu faire ici ?
– J'amène un passager, senor.
– Tu es sûr ? On n'attend personne.
- Je viens voir Owen Grady, intervient Nicolas. Je sais qu'il m'attend.
– Pas de souci, dit l'homme, je vais vérifier tout de suite !
Puis, saisissant son talkie-walkie :
- Poste 6 appelle QG, Poste 6 appelle QG.
– Ici QG, parlez poste 6, répond une voix.
– J'ai ici quelqu'un qui débarque d'un bateau et prétend que Monsieur Grady l'attend.
– Comment s'appelle-t-il ?
- Quel est votre nom, demande la sentinelle ?
– Randanne, je suis le capitaine Nicolas Randanne.
- Capitaine, maugrée l'homme d'un air dédaigneux, on aura tout vu !
Puis, parlant dans l'appareil :
- Il dit s'appeler Nicolas Randanne.
A l'autre bout, la voix a changé.
– Poste 6, dit-elle, je suis Owen Grady. J'attends effectivement cet homme, amenez-le moi !
– Bonne nouvelle, dit le garde en s'adressant à Nicolas ! Vous êtes connu et on vous attend. Venez avec moi !
Et il le guide vers le bâtiment principal, jusqu'à l'étage où se situe la salle de commandes.
– C'est ici, dit-il !
Puis il se détourne et s'éloigne.
Nicolas pénètre dans l'immense pièce, qui descend en pente douce vers un mur couvert d'écrans.
De part et d'autre de l'allée centrale, s'agitent des hommes et des femmes devant leurs ordinateurs.
Owen s'est avancé en souriant.
– Bienvenue, dit-il ! Je ne t'espérais plus.
– Il faut dire que mon périple a été un peu compliqué.
– Mais tu es là, c'est l'essentiel, dit l'américain en le prenant par les épaules. Viens ! Je vais te présenter aux propriétaires du parc. Ils sont là, justement.
Il se retourne, passant le bras autour du cou de son ami.
– Madame, messieurs, je vous présente Nicolas Randanne, un ami français. Nous nous sommes connus à la base de Coronado. C'est moi qui lui ai proposé de venir ici.
– Mais, c'est un clochard, murmure un jeune homme à sa voisine !
– Non, rétorque Nicolas, pas clochard, mais vagabond, par nécessité.
L'interpellé sursaute.
– Comment a-il fait pour m'entendre, chuchote-t-il ? J'ai parlé tout bas.
– Oui, mais pas assez pour moi, poursuit le français qui se détourne et suit Owen en direction des quatre personnes dont il serre la main.
– Randanne… Randanne, dit Harvey Harper. Vous ne seriez pas ce soldat français que nous avons reconstruit et qui nous a faussé compagnie ?
Nicolas hésite à répondre, ne sachant pas trop où son interlocuteur veut en venir.
– Euh, oui, finit-il par dire. C'est bien moi, en effet.
– Hé bien, cher monsieur, j'ai une excellente nouvelle pour vous. Vous pouvez rentrer en Californie. Plus personne ne vous cherche, désormais, et l'accusation de désertion a été levée. Vous êtes de nouveau libre d'aller où il vous plaira.
– Et ceux qui cherchaient à lui mettre la main dessus, demande Owen ?
– Ah ! Vous voulez parler de ce groupe non identifié ? Hé bien, ses membres n'ont pas eu de chance. Ils sont tombés un jour, par hasard, bien sûr, sur des agents de nos services secrets, et ils ont eu, comment dirais-je… ?, une sorte d'accident. En tous cas, ils sont définitivement hors course.
– C'est une bonne nouvelle, en effet, poursuit le français. J'ai beaucoup couru, ces dernières années et j'en ai assez. J'ajoute que j'ai maintenant des raisons très précises de rester dans ce secteur. Alors, si vous n'y voyez pas d'inconvénients, je m'attarderais bien un peu.
– Vous m'en voyez ravi, conclut Harvey. Voyez-vous, Monsieur Randanne, nous allons bientôt ouvrir ce parc au public, et nous avons besoin d'hommes efficaces et bien formés pour assurer la sécurité. Je pense que vous pouvez nous apporter beaucoup.
– Qu'en savez-vous, répond Nicolas ?
– Je suis général de réserve et j'ai mes entrées dans beaucoup d'endroits secrets. Quand Monsieur Grady m'a parlé de vous, j'ai consulté votre dossier militaire.
« Bravo ! Il est brillant ! Et je sais que, depuis votre… réparation, vous avez des capacités supérieures à n'importe quel être humain.
– Vous êtes effectivement bien renseigné.
– Changeons un peu de sujet, cher monsieur, interrompt Sir Humfrey Mordegan. Vous y connaissez-vous en dinosaures ?
– Malheureusement, non. Comme beaucoup d'enfants de ma génération, j'ai beaucoup rêvé sur quelques livres où on voyait des dessins de ces animaux. Mais, à l'époque, l'information était restreinte. Je ne connais que très peu d'espèces, les plus célèbres : Tyrannosaure, Tricératops, Stégosaure, Brontosaure et quelques autres. Je n'imaginais pas qu'on pourrait leur rendre la vie un jour.
– Alors, regardez sur votre gauche, par la grande baie vitrée, intervient Jacqueline Mordegan, et dites-moi ce que vous voyez.
Nicolas regarde par l'immense fenêtre. Sous ses yeux, de grands animaux se déplacent, lourdement. Il en reconnaît quelques uns mais pas tous.
– C'est fascinant, s'émerveille-t-il !
– Hé bien, cher monsieur, c'est ce trésor-là que vous serez chargé de protéger et, si besoin, de défendre.
– J'ai bien peur que ça n'arrive plus tôt que vous ne le pensez.
– Que voulez-vous dire, dit Toshiro Nakagoshi ?
– Ce que je…
Soudain, Nicolas s'interrompt. Il regarde dehors un point précis.
– Un drone vient vers nous, finit-il par dire.
– Où cela ? Je ne vois rien, répond Jacqueline.
– Moi, non plus, surenchérit Harvey !
– C'est normal, leur répond Owen, mon ami à une acuité visuelle beaucoup plus développée que la nôtre.
– Il me semble que je l'aperçois, dit Toshiro, car ce n'est qu'un minuscule point noir, à peine visible sur le ciel ! Vous êtes sûr que c'est un drone ?
– Tout à fait sûr ! Il en vient souvent ?
– Depuis quelques temps, oui, répond Owen, trois à quatre fois par jour.
– Et cela ne vous gêne pas ?
– Oh ! Sans doute quelqu'un qui veut des photos de dinosaures, répond Sir Humfrey.
– Avez-vous donné des autorisations pour cela ?
– Non, répond Owen. De fait, les prises de vue seront inutilisables sur le plan commercial car les avocats de ces messieurs dames sauront rappeler ce qu'est le droit d'image.
– Et s'ils ne venaient pas prendre des photos, rétorque Nicolas ?
« D'ailleurs, regardez !
L'objet volant vient d'incurver sa course et commence un balayage systématique d'une zone précise.
– Ils font cela à chaque fois, précise Toshiro. Ils ont commencé tout au fond et remontent lentement vers nous.
– Et vous ne vous êtes pas demandé pourquoi, interroge le français ?
– A vrai dire, pas plus que cela.
– Owen, poursuit Nicolas, peux-tu faire abattre cet engin ?
– Pas de souci, j'ai d'excellents tireurs.
Puis, saisissant un téléphone intérieur.
– Allo, poste 12 !
– Poste 12, j'écoute.
– Abattez le drone qui nous survole et amenez-le ici !
– Bien reçu !
S'ensuit un long silence. Tous les yeux sont rivés sur l'engin volant.
L'attente semble interminable, quand, soudain, un coup de feu retentit.
Aussitôt, l'objet volant incurve sa trajectoire vers le sol.
Moins de dix minutes plus tard, un garde entre et dépose, sur une table, l'engin abattu.
Nicolas jette un rapide coup d'œil sur l'objet puis se tourne vers Owen
– Qu'en penses-tu, dit-il ?
– Tu avais raison. Ce n'est pas un appareil photo que l'engin transporte mais une caméra à transmission instantanée.
– Ce qui veut dire, monsieur Grady, demande Jacqueline ?
– Que cet appareil filmait de manière systématique la réserve et transmettait les informations à un ordinateur. Celui-ci ne doit pas être très loin car ces appareils n'ont pas une longue portée.
– Je ne comprends pas, surenchérit Toshiro, Nos hélicoptères n'ont signalé aucun navire, petit ou gros, dans les parages.
– Je pense qu'il n'y en a pas, tranche Nicolas. J'ai fait la route en bateau avec trois personnes peu recommandables. Elles rejoignaient, soi-disant, des amis sur une petite île très proche de la vôtre
– Et alors, poursuit Toshiro ?
– Alors ? Les amis en question, comme ceux qui m'ont tenu compagnie, ne sont ni plus ni moins que les hommes du colonel Trevor, que j'ai d'ailleurs vu sur place.
– Trevor, dit Harvey ? Le colonel qui a tant fait parler de lui au moment de la guerre du golfe ?
– Lui-même, répond le français.
– Vous le connaissez, demande Sir Humfrey ?
– De réputation, et pas en bien, répond l'américain. Depuis son évasion, il a monté un commando de mercenaires qui est devenu, au fil du temps, le plus célèbre et le plus efficace de la planète… et sans doute l'un des derniers, car il a éliminé, petit à petit, presque toute la concurrence. Sa présence ici n'annonce rien de bon. S'il est venu, c'est pour une mission précise, certainement grassement payée.
– Je dois ajouter quelque chose, dit Nicolas. Je l'ai vu en compagnie de dinosaures comme les vôtres.
Un long moment de silence suit cette dernière information.
– Comme les nôtres, dit Owen ?
– Oui, mais des petits, à peu près de la taille d'un homme, avec des mâchoires impressionnantes. Malheureusement, je n'y connais pas grand-chose.
– Si on te montrait des images, tu pourrais les reconnaître ?
– Je pense que oui.
– OK ! Marvin, dit Owen en s'adressant à un de ses informaticiens, fais défiler des images d'animaux.
Aussitôt, une succession d'illustrations, photos ou dessins, défile sur un grand écran.
– Celui-là, dit Nicolas tout à coup, j'en ai vu quelques-uns qui ressemblaient à cette photo.
– Ce sont des Vélociraptors, précise Harvey.
– Mais il y en avait d'autres, à peu près de la même taille.
Les images défilent. Pourtant, le français n'en reconnaît aucune.
Marvin a pourtant centré ses recherches sur les petits carnivores, mais rien n'y fait.
Au bout d'un moment, l'écran redevient noir.
– Tu es sûr qu'aucun des animaux ne correspondait à ceux que tu as vus ?
– Sûr et certain, je suis désolé.
Dépité, le français laisse traîner son regard sur les murs de la salle, quand, soudain il s'arrête sur une affiche.
– Et celui-là, dit-il ?
– Oh, répond Owen, celui-là, c'est la cause de l'échec de Jurassic World. C'est un animal créé de toute pièce. Par mercantilisme, il l'avait appelé Indominus rex.
– Et il était petit ?
– Tu veux rire ? Une douzaine de mètres de long et tout en férocité.
– Pourtant, c'est lui que j'ai vu, en trois ou quatre exemplaires, mais de la taille d'un homme.
– Cela ne te rappelle rien, Owen, dit Claire Dearing, qui, jusque là, n'avait pas pris la parole ?
– Que veux-tu dire, répond l'intéressé ?
– La théorie de Vic Hoskins. Tu te souviens, comme il avait admiré ton dressage des Vélociraptors et comment il avait imaginé des Indominus rex miniatures, intelligents, et que l'on pourrait envoyer au combat à la place des soldats. Pas besoin d'armement, leurs armes naturelles étant suffisantes. Pas besoin de les nourrir, ils dévoreraient leurs ennemis. Pas besoin de les payer. Sans compter leur rapidité, leur capacité de dissimulation, leur puissance physique. L'arme idéale, quoi !
– Sauf qu'Hoskins s'est fait dévorer.
– Mais peut-être avait-il rédigé un rapport sur le sujet, qu'il aura transmis à ses chefs.
– C'est possible, en effet.
– Pourriez-vous éclairer quelque peu notre lanterne, demande Jacqueline, interloquée ?
– Excusez-nous, lui répond Claire. Monsieur Hoskins était le responsable de la sécurité chez In Gen, les anciens propriétaires de ce parc. Ebloui par le potentiel des animaux, il avait imaginé d'en faire des armes qui pourraient servir les hommes. Et les révélations de monsieur Randanne nous font nous demander si cette société, qui a récupéré tous les embryons et tous les dossiers en partant, n'auraient pas donné corps à son rêve.
– Mais cela ne nous dit toujours pas ce qu'ils sont venus faire dans les parages, poursuit Lord Humfrey.
– A mon avis, tester leur matériel vivant, répond Nicolas.
– Que voulez-vous dire ?
– Dans quel endroit de la planète pouvez-vous lâcher des dinosaures sans que cela se remarque… Si ce n'est dans un parc à dinosaures ? Et, si vous souhaitez leur faire affronter des hommes qui connaissent bien ce type d'animaux, qui n'en ont pas une peur viscérale et qui sont bien entraînés, y a-t-il un meilleur endroit qu'ici ?
– Je dois reconnaître, Monsieur, dit Toshiro, que vous venez de marquer un point. Et c'est très inquiétant.
– Bah, on verra bien, dit Harvey. Comme l'a dit monsieur Randanne, nous avons des gardes bien préparés et nos ennemis, si vraiment ce sont des ennemis, ne sont pas encore là. Pour l'heure, je propose que monsieur Grady fasse découvrir nos installations à notre hôte qui, si j'ai bien compris, souhaite travailler pour nous.
– Tout à fait, répond Nicolas !
- Bien ! Pendant que vous visiterez votre nouveau domaine, nous allons préparer votre contrat. Puis notre responsable vous montrera vos quartiers et vous fera donner une tenue plus adaptée à vos nouvelles fonctions.
Une fois sorti de la salle de contrôle, Nicolas arrête Owen.
– Pourrais-tu me faire rencontrer un chimiste et un spécialiste en électronique, s'il y en a ici ?
– Pas de soucis ! Viens avec moi !
Arrivés dans la zone des laboratoires, Owen présente son ami à deux des scientifiques.
– Voilà ce qui m'amène, dit le français en sortant le collier de son sac à dos. Cet objet est doté d'une caméra, d'un récepteur électronique et d'une charge d'explosif, que je vous engage à neutraliser au plus vite ! Il contient également deux flacons reliés à des seringues hypodermiques qui doivent certainement êtres insérées dans les veines du cou du porteur. J'aurais besoin de connaître la nature et l'usage des deux produits et le mode de fonctionnement de l'appareil récepteur. Et si vous pouviez regarder ça assez vite, ce serait fabuleux.
– On va voir cela, dit le chimiste.
– Apparemment, l'appareil à l'air assez simple. A priori, cela ne devrait pas poser de problème particulier, surenchérit l'électronicien.
– Merci, messieurs.
« OK, Owen, on y va quand tu veux !
