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11 – Les grandes manœuvres
sont lancées.
J -1 sur Isla nublar - Partie sud de l'île - 6 h 30
Le jour se lève à peine. Trevor et ses hommes se préparent à lever le camp.
Ils n'ont, en effet, plus rien à faire dans ce secteur qui n'est, bien évidemment, pas celui où aura lieu la véritable attaque.
Ils se replient donc tranquillement vers la crique où sont restés, à les attendre, quelques hommes et un peu de matériel.
Ce matin, le ciel est d'un gris sale et uniforme. Le vent semble calmé, provisoirement, mais la pluie tombe sans discontinuer.
Après un long démontage et une marche harassante, compte tenu des mauvaises conditions, le commando rejoint ses camarades, profitant des derniers moments de la marée basse.
Tout le monde passera la journée dans le campement, soldats comme animaux, en attendant le prochain mouvement.
L'occasion pour les hommes de se sécher et de préparer soigneusement leur matériel pour le lendemain.
Arrivés dans la crique, ils sont accueillis par les quelques mercenaires restés là.
Des tentes les attendent à l'abri des falaises.
– Il est sept heures trente, crie Trevor. Rendez-vous dans une heure dans la tente principale pour l'exposé du planning d'aujourd'hui et de demain matin.
« Ne soyez pas en retard ! Et occupez-vous de vos animaux ! Ils doivent être en forme, eux aussi ! »
Soudain, Williamson, le radio, sort en courant de la salle de transmission.
– Ah, mon colonel, vous voilà enfin ! Depuis hier après-midi, « la Taupe » cherche à vous joindre. Apparemment, il a des infos importantes à vous communiquer. »
– Reçu, répond Trevor. Je te suis. Voyons ce qu'il a à me dire. »
Il pénètre à la suite de son soldat dans le caisson où sont disposés tous les appareils d'écoute et de communication.
Le mercenaire s'empare d'un micro et commence ses appels :
– Allo, ici « dinosaure 1 », j'appelle « chien de garde ». « Chien de garde » me recevez-vous ? »
– Je vous reçois fort et clair, « dinosaure 1 » »
– Le colonel vient d'arriver. Il est à côté de moi. Je te le passe. »
– Bien reçu, « dinosaure 1 ! »
« Pendant ce temps, branche tes écrans de réception car j'ai des images pour vous. »
– « Chien de garde », Trevor à l'appareil. Qu'est-ce qui se passe ? »
– Hé bien voilà, mon colonel. Hier après-midi, alors que le vent était encore acceptable, j'ai fait décoller un drone pour surveiller la mer au voisinage de l'île. C'est ainsi que j'ai vu arriver, vers 14 heures, un vaisseau de la marine américaine.
« Intrigué, j'ai fait cercler mon engin un peu plus loin pour ne pas le faire repérer, et j'ai continué à surveiller les mouvements du navire.
« Celui-ci a accosté et une soixantaine de « marines » a débarqué. Ils ont été accueillis par Grady et un autre type que je n'ai pas reconnu.
« Je vous envoie les images. »
– Elles sont bien arrivées, poursuit le colonel. On les a en visu sur l'écran.
« Chapeau, « La Taupe », c'est du super boulot. »
Trevor ne quitte pas l'appareil des yeux.
Une question le taraude. Pourquoi une unité de « marines » débarque-t-elle sur cette île, et justement au moment où lui s'apprête à passer à l'action ?
Pas question d'imaginer un seul instant qu'il s'agit d'une coïncidence.
Jurassic World 2 reçoit des renforts, et en quantité importante.
Donc, quelqu'un les a appelés. Mais qui ? Et pourquoi ? Puisque personne ne savait ce qui se tramait.
– Merci, Williamson, finit-il par dire !
« Et merci, « La Taupe » ! Il est bon de savoir à l'avance ce qui nous attend.
« J'ai horreur des mauvaises surprises.
« Toi et les gars qui sont avec toi, commencez à charger la péniche. Sitôt notre action terminée, il faudra déguerpir très vite car notre « Mère poule », au large, ne pourra pas nous attendre longtemps. »
– Bien reçu, mon colonel, on fait le nécessaire. »
– Bon courage ! Terminé ! »
Trevor est soucieux.
Il sort du caisson de transmission et se dirige à pas lent vers sa tente.
Il a beau passer et repasser les événements dans sa tête, il ne parvient pas à trouver à quel moment une faille a pu s'ouvrir dans son dispositif.
Une question le hante : par quels moyens ceux d'en face ont-ils eu vent de sa présence et de ses préparatifs d'intervention ?
J-1 sur Isla Nublar - plus au nord - 8 h 00
Dans la salle de commandes, l'équipe de nuit s'apprête à s'en aller.
Celle de jour n'est pas encore là, mais cela ne saurait tarder.
Assis dans un des coins supérieurs de la pièce, Owen est perdu dans ses pensées.
– Bonjour Owen, lui dit Nicolas. Je ne te demande pas si tu as bien dormi. »
– Inutile, en effet ! La tension monte, que veux-tu !
« Vues les images d'hier soir, ce ne sera pas une partie de plaisir.
« On n'aura pas droit à l'erreur.
« Et quand nos renforts visionneront le film, tout à l'heure, je ne suis pas convaincu qu'ils ne nous laisseront pas tomber. »
– il faut absolument éviter ça ! Avec nos maigres effectifs, on ne pourra pas espérer gagner. »
Soudain, un téléphone retentit.
Lorsqu'Owen décroche, le visage de son interlocuteur apparaît sur l'écran géant.
C'est Harvey Harper.
– Alors, monsieur Grady, dit-il, quelles sont les nouvelles ? »
Owen lui décrit alors les derniers événements : le dynamitage du mur et l'attaque des dinosaures. Il insiste sur la rapidité et la sauvagerie de leur intervention.
– Je crains un peu la réaction des gars que vous nous avez envoyés, quand ils verront les images, conclut-il. »
– Allons, répond Harvey, ce sont des professionnels aguerris, capables d'affronter n'importe quel adversaire, humain ou non !
« Ecoutez ! j'ai une idée ! A quelle heure est votre « conseil de guerre » aujourd'hui ? »
– A neuf heures, répond Nicolas. »
– Très bien ! Vous me ferez appeler à neuf heures trente, après la projection de vos images, et vous demanderez à l'un de vos informaticiens de me projeter sur grand écran.
« J'ai justement rendez-vous avec le général Magister, qui commande les forces de débarquement. Cela devrait vous faciliter la tâche. »
– Et s'il pouvait nous déléguer une certaine autorité sur ses hommes, poursuit Nicolas, cela nous aiderait beaucoup. »
– Je vais lui en parler. Nul doute qu'il saura quoi faire.
« De votre côté, tenez-moi au courant si des événements significatifs se produisent.
« Je tiens à être informé en temps réel. Je servirai de relais avec mes co-actionnaires. »
– Ce sera fait, répond Owen. »
– Dans ce cas, messieurs, à tout à l'heure. »
Dans l'intervalle, Marvin est arrivé.
Sans attendre, il a consulté les données météorologiques.
– Alors, lui dit Nicolas en posant la main sur son épaule ? »
– Alors, la perturbation a un peu accéléré. D'après-moi, votre heure H se situera aux alentours de seize heures demain.
« Mais ne vous réjouissez pas trop ! Vous échappez à la nuit mais la visibilité sera mauvaise et vous évoluerez dans une semi obscurité. »
– Merci, Marvin, pour ces infos qui me remontent le moral ! »
– Désolé, Monsieur Randanne. Je ne peux pas faire mieux. »
– Je sais, je plaisantais ! De toute façon, on fera avec, on n'a pas le choix ! »
J-1 – Campement des mercenaires - 8 h 55
Tous les hommes sont présents dans la tente principale, autour de la grande carte de l'île, dépliée sur la table.
Dehors, les dinosaures se sont regroupés.
Ils attendent, calmement, le retour de leurs maîtres.
A l'intérieur, Trevor ouvre le briefing.
– Bien ! Messieurs, nous sommes désormais à la veille du jour J.
« Nous devons être fins prêts pour demain.
« Voici le programme !
« Aujourd'hui, nous ne bougeons pas d'ici.
« Ce matin, vous entraînerez vos animaux.
« Clifford a préparé quelques exercices pour eux, à la fois pour les maintenir en forme mais également pour renforcer leur degré d'obéissance et d'efficacité.
« Il vous expliquera tout ça lui-même tout à l'heure.
« Cet après-midi, chacun d'entre nous prépare et vérifie tout le matériel dont il aura besoin demain, en relation avec Buddy. Il sera là pour vous aider ou compléter votre équipement, si nécessaire.
« Mais il faut impérativement que, ce soir, tout soit calé. »
– Excusez-moi, mon colonel, mais si quelqu'un nous surprend dans la crique, un bateau ou un hélico ? »
- La probabilité est faible car la météo ne va pas cesser de se dégrader. Néanmoins, tu as raison ! Pour pallier ce problème, j'ai demandé à La Taupe d'assurer une certaine surveillance. Ce matin, il va, en canot pneumatique, installer quelques caméras sur la façade de l'île qui regarde le continent. Si quelque chose approche, en voguant ou en volant, nous serons prévenus. Et si, malgré tout cela, un irresponsable arrivait jusqu'à nous, alors, tant pis pour lui. On l'abat ou on le coule. Nous sommes trop près, maintenant, de notre heure H, pour que les autorités Costariciennes puissent interférer avec notre mission. »
– Et si ceux du parc tentaient de nous débusquer ? »
– Je ne crois pas qu'ils le feront, poursuit Trevor. Ils ne risqueront pas un bateau ou un hélico pour essayer de nous dénicher.
« Et une intervention terrestre serait particulièrement risquée.
« Ils ne savent pas exactement où nous sommes. S'ils devaient nous chercher dans la forêt, ils prendraient le risque mortel de se faire surprendre par nos petits amis sans même avoir le temps de les apercevoir.
« Je pense d'ailleurs que notre petite démonstration d'hier a dû les rendre prudents. »
– Mon colonel, intervient Luigi, pourquoi être revenus ici et ne pas être restés où nous étions ? »
– Parce que l'attaque de demain n'aura pas lieu au même endroit. De l'autre côté du mur d'enceinte, nous nous serions retrouvés au milieu d'une vaste plaine sans arbre ni buisson pour nous cacher, visibles « comme le nez au milieu de la figure ». C'est une situation qui ne me convient pas car nous serions trop facilement repérables et nos animaux ne pourraient pas exprimer leur vrai potentiel.
« Regardez la carte, poursuit Trevor après un moment de silence. Nous étions ici, au point A et nous sommes revenus dans la crique qui se trouve là, pile au sud de l'île. Demain, après avoir tout embarqué dans la péniche nous longerons la côte vers l'est et nous remonterons jusqu'au point B.
« D'après les images prises par nos drones, c'est une plage favorable, enchâssée au fond d'une minuscule crique.
« Nous y serons invisibles.
« C'est donc de là que nous partirons pour rallier le point C, ici, sur la façade sud-est de l'île.
« C'est à cet endroit qu'Ernst fera sauter le mur d'enceinte. »
– Quel type de passage voulez-vous, mon colonel, demande alors le dernier nommé ? »
– Je veux que tu m'ouvres un passage sur toute la hauteur et d'environ trois mètres de large. »
– Il faudra donc que je place plusieurs charges à différentes hauteurs et j'aurai besoin d'une échelle pour installer les plus hautes. »
- Pas de problème, tu l'auras, répond Trevor. Et pour la clôture ? »
– J'ai prévu d'utiliser des lasers, répond Ernst. Un de chaque côté. On les a testés. Ils coupent les barreaux comme si c'était du beurre ! C'est Antoine et Giovanni qui les manipuleront. Ils ont l'habitude. Cela ne devrait pas prendre plus de deux à trois minutes. »
– Parfait. Messieurs, préparez-bien tout cela. Je ne veux pas le moindre pépin au cours de cette mission.
« Demain matin, nous ferons un dernier briefing ici avant de tout démonter. Je vous donnerai le détail de l'opération : objectifs et déroulement.
« Avez-vous des questions ? »
Seul le silence lui répond.
– OK, conclut-il. Dernière chose avant de nous quitter. La Taupe m'a indiqué que ceux d'en face avaient reçu des renforts, une soixantaine de « marines ».
« Comme je ne crois pas au hasard, j'en déduis qu'il y a eu des fuites chez nous.
« Impossible que cela vienne du groupe principal qui est venu ici avec moi car le cargo qui nous a amenés, armé par nos commanditaires, nous a largués en pleine mer sur les deux péniches de débarquement et a continué sa route vers le continent.
« Donc, il ne reste plus que vous trois, messieurs. Pendant que vous étiez à Puntarenas, vous n'avez pas parlé de la mission ? »
– Négatif, mon colonel, répond Jurgen. Ignacio, Luigi et moi-même avons joué les parfaits touristes. Pas d'armes, tenues décontractées, faux noms et nous avons toujours parlé de sujets sans intérêt, mais, en tous cas, jamais de la vraie raison de notre présence. »
– Et devant les marins qui vous ont amenés ? »
– Non plus. Dès le départ, nous nous sommes enfermés dans la cabine et nous n'en sommes sortis que pour monter dans le canot que vous aviez envoyé nous chercher. »
– Donc, rien non plus de ce côté-là ! »
– A moins que…, dit soudain Ignacio qui semble réfléchir à voix haute ! »
– A moins que quoi, tonne Trevor qui l'a saisi par le tee-shirt ? »
– Le clochard sur le bateau ! »
– Qu'est-ce que c'est que cette histoire, demande le colonel en se tournant vers Jurgen ? »
– Quand on a réservé le bateau, une sorte de vagabond nous a demandé si on pouvait l'emmener sur Isla Nublar. Il disait qu'il allait y chercher du travail. Ne voulant pas éveiller les soupçons, j'ai accepté sa présence.
« Mais il ne s'est jamais approché de nous. IL est resté assis à l'extérieur, à l'avant du bateau, pendant tout le trajet. »
– N'empêche, reprend Ignacio, je suis sûr de l'avoir déjà vu, ce gars-là, mais je n'arrive pas à me rappeler où ? »
– Oh, toi ! Réplique Jurgen, tous les prétextes sont bons pour chercher querelle aux autres ! »
– C'est pas vrai ! D'ailleurs, quand je lui ai posé la question, il avait l'air tendu. »
– Bon, ça suffit, tous les deux, interrompt Trevor ! A quoi ressemblait-il, votre gars ? »
– Dans nos âges, répond Jurgen, cheveux longs grisonnants, lunettes teintées constamment sur les yeux, même la nuit, habillé d'anciens effets militaires. »
– Moi j'ai tenté de lui enlever ses carreaux. Il m'a attrapé le poignet avec sa main gauche. J'ai cru qu'il allait le broyer. J'ai jamais vu une poigne pareille. Sans compter que sa main était à peine tiède.
« D'ailleurs regardez, mon colonel, je porte encore la trace du serrage ! »
En effet, le poignet de l'espagnol porte la marque d'une forte pression.
– Et tu n'as pas insisté ? Cela m'étonne de toi ! »
– Voyez-vous, mon colonel, nous n'avions pas d'arme et j'ai remarqué que ce mec avait constamment la main droite enfoncée dans sa poche. A la déformation du tissu, il ne faisait aucun doute qu'il tenait un pistolet. Et du gros calibre, encore ! Je dirais du 11,43 mm. Je pense qu'il ne m'aurait pas laissé la moindre chance. »
– Bon, OK, dit Trevor. On sait maintenant d'où vient la fuite. Ce type vous a reconnus, c'est certain !
« Sans doute a-t-il également récupéré le collier perdu qu'il aura fait analyser une fois arrivé sur l'île.
« Les responsables du parc auront alors senti le danger et demandé des renforts.
« Les choses sont à peu près claires. Sauf que j'aimerais bien savoir qui est ce gars.
« Pour le reste, maintenant que je sais à quoi m'en tenir, la situation me convient très bien.
« Notre mission est de tester nos animaux. S'il n'y avait eu que les gardes du parc, ils auraient quasiment combattu à un contre un. Avec les renforts, cela fera plutôt du un contre cinq. On pourra donc mieux voir ce qu'ils ont dans le ventre !
« Avez-vous quelque chose à ajouter ? »
– Non, mon colonel, répond Jurgen. »
– Parfait, si vous voulez me voir, je suis dans ma tente. Rompez ! »
Aussitôt, les hommes rejoignent leurs postes de travail, sous la pluie qui recommence à tomber.
J – 1 sur Isla Nublar - Plus au Nord - Même heure (à quelques minutes près)
Tous les hommes sont présents dans le grand amphithéâtre.
Mais l'atmosphère est tendue.
Comme la veille, Nicolas, Owen et le lieutenant Jefferson sont assis à la tribune.
– L'ambiance n'est pas terrible, dit le français ! »
– Ne vous méprenez pas, répond l'officier des « marines ». Ce n'est pas la peur qui les rend ainsi, mais le manque d'action. Ne les laissez pas gamberger trop longtemps ! »
– Aucun souci de ce côté-là, dit Owen. L'inactivité est terminée. »
Puis, se levant :
– Bonjour messieurs. Rassurez-vous ! Nous n'allons pas passer la matinée ici, même si les sièges sont confortables !
« Pour commencer, je vais vous faire un point rapide sur les dernières informations dont nous disposons.
« Puis nous emprunterons le monorail qui nous permettra de visiter le parc et de vous présenter les principales espèces et ce qu'il faut savoir sur elles.
« Cet après-midi, nous nous rendrons à l'intérieur de la réserve. Vous vous mettrez par groupe de dix et vous serez accompagné par un guide de chez nous.
« Mais, avant toute chose, je voudrais que mon adjoint se présente à vous un peu plus en détails.
« Nicolas, s'il te plaît ! »
L'interpellé se lève lentement.
- Bonjour, messieurs. Je suis le capitaine Nicolas Randanne, ancien nageur de combat français, aujourd'hui, officier des forces spéciales de la marine américaine, base de Coronado en Californie. C'est d'ailleurs à cet endroit que j'ai rencontré monsieur Grady.
« Si j'ai les cheveux longs et que je porte des lunettes teintées, ce n'est pas par hasard.
« Mais voyez plutôt ! »
Médusés, les soldats découvrent les améliorations électroniques que le français a subies.
« Vous comprenez maintenant pourquoi je porte les cheveux « sacrément longs pour un officier », comme l'a chuchoté hier l'un d'entre vous à son voisin, et pourquoi je l'ai entendu.
« Je m'adresse au jeune soldat qui est assis au fond à gauche. Levez-vous, je vous prie ! »
L'interpellé s'exécute.
« Avez-vous remarqué que votre montre retarde de dix minutes ? »
Le « marine » regarde le cadran fixé à son poignet.
– Mais c'est vrai, dit-il ! »
– Lorsque nous serons en opération, ces atouts me permettront de pister l'adversaire, même si le bruit du vent, de la pluie et peut-être de l'orage, ainsi que la mauvaise visibilité les perturberont sans doute.
« Mais il y en a un qui nous servira sûrement. »
Un jeune homme arrive.
Il porte une noix de coco dans une bassine.
– Vous allez nous payer l'apéro, mon capitaine, dit un soldat en riant ?
Toute la salle s'éclaffe.
– Et pourquoi pas, répond le français ? Mais pas ici et pas maintenant. »
Il saisit la noix de coco dans sa main gauche et se met à serrer. Son geste est incroyablement régulier, presque mécanique, et, soudain, le fruit explose, déversant son lait dans le récipient.
Nicolas, se rassied tranquillement.
– Voilà ce que nous voulions vous montrer, reprend Owen, c'est lui et moi-même qui dirigerons l'opération de demain. »
– Hé la, s'indigne le sergent Milton ! Nous avons notre lieutenant. Je ne vois pas ce qui vous donne la légitimité de le remplacer. »
– Vous voulez une raison ? Pas de souci, vous allez bientôt l'avoir ! De toute façon, personne n'a parlé de le remplacer.
« Mais avant, un point sur l'actualité d'hier. Vous avez certainement, en fin d'après-midi, entendu une explosion assez forte ?
« C'étaient nos futurs visiteurs qui effectuaient leurs derniers réglages avant l'action véritable de demain.
« Celle-ci devrait se dérouler entre 15 et 17 heures, car ce sera le moment où l'ouragan qui nous arrive dessus sera le plus violent.
« Nos caméras de surveillance ont filmé l'action d'hier.
« Regardez attentivement cette vidéo ! »
Owen se tait pendant que Marvin plonge l'amphithéâtre dans la pénombre.
Le film, assez bref, est projeté dans un silence de mort.
Puis les lumières se rallument.
– Hier, reprend le responsable de la sécurité, nous vous avons présenté l'ennemi.
« Aujourd'hui, vous venez de le voir à l'œuvre. Il y avait un représentant de chacune des deux espèces.
« Alors, messieurs, quelles sont vos réactions ? »
– C'est rapide et violent, énonce un jeune soldat. »
– On ne les a pas vu venir. Ils ont surgi d'un coup et se sont repliés aussi vite, dit un autre. »
– Ils avaient pratiquement la même couleur que la végétation environnante, précise un troisième. »
– Si je comprends bien, renchérit Milton qui s'est calmé, il faut s'attendre à des combats au corps à corps contre un ennemi fuyant. »
Le silence revient dans la salle.
– Autre chose, demande Owen ? »
Mais tout semble avoir été dit.
– L'action que vous venez de voir, poursuit-il, n'a duré qu'une poignée de secondes. Pourtant, elle nous a coûté deux hommes : un mort et un blessé grave qu'il a fallu évacuer d'urgence.
« Vous avez parfaitement résumé la situation. En face de nous, nous aurons des animaux rapides, féroces et insaisissables.
« Ils attaqueront d'un coup, frapperont tout ce qu'ils rencontreront et se retireront aussi vite.
« Quand ils seront au milieu de nous, il sera quasiment impossible de tirer, si l'on ne veut pas s'entretuer.
« Dans ce contexte les armes lourdes seront peu efficaces. Prévoyez plutôt fusils, pistolets, baïonnettes et poignards, car, vous avez raison, sergent Milton, il faut s'attendre à d'impitoyables corps à corps.
« Nous prévoirons également des fusées éclairantes au phosphore et des grenades.
« Prenez également des lunettes amplificatrices de lumière.
« Mais le point important dans ce que vous avez dit, c'est la capacité qu'ont ces dinosaures à se fondre dans leur environnement. Ils deviennent quasiment invisibles. On les verra donc très mal et au dernier moment.
« C'est là que les particularités de mon adjoint nous serons utiles. Un léger bruit de feuilles, une branche qui se casse lui seront suffisants pour localiser les animaux.
« Et puis, il y a une chose qui ne change pas de couleur chez eux et que Nicolas pourra repérer avec sa caméra. »
– Et c'est, demande Jefferson ? »
– Leurs yeux, lieutenant. Leurs yeux les trahiront. »
Soudain, une voix résonne dans l'amphithéâtre.
– Excusez-moi de vous interrompre, monsieur Grady, mais j'ai appelé comme convenu monsieur Harper et il est en ligne. »
– Merci Marvin. Envoyez-nous l'image sur l'écran géant et branchez-moi le micro. »
– C'est fait. »
Aussitôt, l'imposante silhouette apparaît.
Pour l'occasion, il a revêtu son uniforme de général. Instantanément et d'un seul et même élan, les soldats se sont levés et mis au garde-à-vous.
– Repos, messieurs, dit Harper. Vous ne le savez sans doute pas, mais c'est à cause de moi que vous êtes ici. J'avais besoin de renforts pour défendre ce parc et j'ai sollicité l'aide de mon vieil ami, le général Magister, avec l'accord du haut Etat-Major, bien sûr. »
Pendant qu'il parle le champ de l'image s'élargit et un deuxième officier supérieur apparaît.
Tous les hommes ont reconnu le général Mike Neuville Magister.
Sans attendre, celui-ci prend la parole.
– Soldats, vous étiez partis pour effectuer une manœuvre de débarquement, un exercice de plus, en quelque sorte.
« A la place, vous allez avoir l'occasion d'effectuer une véritable mission et de prouver votre valeur.
« Vous êtes des combattants d'élite, entraînés à faire face à toutes les situations.
« Même si celle-ci est un peu particulière, c'est un combat comme un autre, et une occasion pour vous de prouver votre professionnalisme, votre réactivité et vos compétences.
« Aussi, je compte sur vous !
« Pour cette opération, et en accord avec le général Harper, j'ai décidé d'adjoindre au lieutenant Jefferson deux conseillers : messieurs Grady et Randanne.
« Je vous demande de leur obéir comme au lieutenant lui-même.
« Et c'est un ordre !
« Terminé ! »
Aussitôt, l'écran s'éteint, la communication a été coupée.
– Toujours aussi expéditif, notre général, soupire Jefferson. »
– Qu'est-ce qu'on fait, mon lieutenant, demande le sergent Milton à son officier ? »
– Vous avez entendu les ordres ? Alors, pas question de discuter. On les applique ! »
Puis, se tournant vers Owen et Nicolas.
- Je suis ravi de travailler avec vous, messieurs. J'écouterai vos avis pour tout ce qui concernera ce parc et les animaux. Par contre, je vous demanderai de me laisser commander mes soldats au combat. Il n'y a rien de pire que de recevoir des consignes de plusieurs personnes quand il faut agir vite. »
– Nous sommes bien d'accord, répondent tour à tour les deux hommes. »
Puis, Owen s'adresse à la salle.
– Messieurs, la réunion est terminée. Nous allons nous diriger vers la salle d'embarquement du monorail.
« Chaque rame pouvant accueillir cent personnes, nous pourrons tous tenir dans la même.
« Les conditions météo ne sont pas encore trop dégradées. Nous pouvons donc sans risque effectuer la visite.
« Ce parcours vous permettra d'avoir une vue d'ensemble du parc et de prendre ainsi connaissance de votre futur champ de bataille.
« N'hésitez pas à poser vos questions, à moi-même ou à mes hommes. Chacun se fera un plaisir d'y répondre. »
Moins d'un quart d'heure plus tard, le véhicule suspendu démarre.
A la fois ludique et pédagogique, le voyage permet aux hommes d'étudier la topographie et la couverture végétale du site.
Lorsque Owen l'estime nécessaire, le véhicule s'arrête totalement car il a été placé, pour l'occasion, sous commande manuelle.
– Même si les animaux sont différents, dit-il au micro, la nature n'a rien changé au fil des âges. Il y a toujours des proies et des prédateurs, des carnivores et des herbivores.
« En ce qui concerne les herbivores, le danger, pour nous, est relativement faible, à condition de ne pas les approcher de trop près et de rester constamment vigilants.
« Le bruit des combats et la présence de petits carnassiers les éloigneront, de toute façon.
« Le problème des carnivores est un peu plus compliqué.
« Schématiquement, il y en a de trois catégories :
« * Les petits, qui peuvent être dangereux s'ils sont en bandes. Mais comme nous serons nombreux aussi, ils ne s'approcheront pas. Dans le cas contraire, mes hommes veilleront à les éloigner.
« * Les moyens, comme ceux que vous allez affronter. Pour éviter que les nôtres ne viennent interférer ou nous tomber dessus par surprise, nous allons les retirer. Ils seront faciles à localiser sur nos écrans. Aussi, pendant les manœuvres de cet après-midi, certains de mes gardes vont les capturer et les placer dans des enclos jusqu'à la fin des hostilités.
« * Enfin, il y a les grands prédateurs. Nous en avons deux couples qui ne cohabitent pas car ils sont territoriaux. Je ne sais pas si ceux d'en face savent où ils se trouvent mais, si c'est le cas, ils prendront soin de les éviter.
« Les combats n'auront donc pas lieu dans leur voisinage.
« Dans le cas contraire, ils s'exposeront au risque de tomber dessus à l'improviste et je vous avoue que cela résoudrait notre problème.
« Il est pratiquement impossible d'engager une opération pour les capturer et soyez certains que le bruit que nous allons faire va les attirer.
« Mais nous pourrons toujours suivre leur approche sur nos écrans et leur laisser la place si nécessaire. »
Lorsque le monorail, un peu plus tard, traverse la zone forestière, Owen reprend la parole.
– Je pense, dit-il, que nos ennemis vont se déplacer dans un milieu comme celui-ci, qui convient très bien à leurs animaux, notamment à cause de leur mimétisme. Ils savent que nous ne prendrons pas le risque de venir les y chercher. Il faudra donc que nous nous positionnions de telle manière qu'ils soient obligés d'en sortir pour venir nous affronter. »
La visite se poursuit tranquillement.
Alors que le monorail se range le long d'un quai, Owen reprend la parole.
– Très bien, messieurs. Rendez-vous à quatorze heures. Nous manœuvrerons dans le parc et vous aurez ainsi l'occasion de voir tous ces animaux de très près. »
Pendant que les soldats s'éloignent pour aller déjeuner, Nicolas s'approche de son ami.
– Tu sais, lui dit-il, tes explications m'ont interpellé.
« En fait, pour mettre un maximum de chances de notre côté, il nous manque quelque chose. »
– Quoi, demande Owen ? »
– Un limier ! Une créature capable de pister les dinosaures. »
– Il y a toi ! »
– Ne plaisante pas ! Bien sûr, je peux apporter mon aide mais les conditions seront mauvaises et je n'ai pas de flair. »
– Je comprends, dit Owen. Mais il va être difficile de trouver de bons chiens d'ici demain. Il faudra aller les chercher en catastrophe sur le continent. »
– Pas question de chiens, objecte Nicolas. Ils ont une peur panique des sauriens.
« Non, ce qu'il nous faut, c'est un dinosaure intelligent, habitué à l'homme et qui soit d'une espèce proche de celle que nous allons affronter. »
– Nous n'avons pas cela, malheureusement, et pas assez de temps pour en dresser un. Je ne vois pas où tu veux en venir. »
– C'est pourtant simple. Il faut retrouver Blue ! »
