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12 – A la recherche de Blue
Surpris par la remarque, Owen s'est immobilisé, comme statufié.
– Qu'est-ce que tu as dit, demande-t-il enfin ?
– Tu m'as parfaitement compris ! Il faut retrouver Blue.
– Qu'est-ce que tu cherches ? Tu n'as pas écouté ce que je t'ai dit hier ?
– Si, parfaitement ! Et je sais que je réveille de douloureux souvenirs. Mais je n'ai pas le choix. J'ai absolument besoin d'elle.
– Mais on ne sait même pas si elle est encore vivante !
– C'est exact, mais rien ne prouve qu'elle soit morte. Alors je veux jouer cette chance à fond.
Owen se rembrunit.
– Tu sais, Nicolas, si les choses se passent mal, nul doute que cela portera préjudice à notre amitié.
– J'en suis conscient. Mais si les choses se passent bien, je pense qu'elle en sortira renforcée.
« Ecoute-moi bien ! Si ton animal est tel que tu me l'as décrit, il sera capable de repérer le déplacement de nos ennemis, sans attirer l'attention.
« Nous n'aurons plus alors qu'à le suivre à la jumelle.
« S'il s'arrête un long moment, cela voudra dire que nous avons atteint le champ de bataille choisi par ceux d'en face et que nous devons nous mettre en position.
– Tout cela n'est que spéculation !
– Peut-être ! Mais entre laisser complètement la main à nos adversaires et nous donner un peu d'initiative, je choisis la seconde hypothèse. Et, pour cela, j'ai besoin de Blue.
« Alors, cet après-midi, pendant que nos renforts s'habitueront à leur nouvel environnement et que nos gardes captureront nos prédateurs moyens et gaveront les gros, je vais quadriller tout le parc, et j'espère que tu viendras avec moi.
– Et si tu la retrouves, qu'est-ce qui te dit qu'elle acceptera de coopérer ?
– Mon dernier atout. Celui dont je n'ai pas encore parlé.
« Voyant que j'avais une propension naturelle à communiquer avec les animaux, ceux qui m'ont… « réparé » m'ont implanté un système qui amplifie cette capacité.
« Aussi, si je mets la main sur ton « rapidomachin… »
– Vélociraptor, corrige Owen.
– C'est ça, hé bien, si je mets la main dessus, je pourrais lui demander son aide.
– Lui demander ?
– Oui ! Le système de communication est intuitif. Il transmet des sensations et des sentiments, pas des mots. Donc, il n'y a pas de barrière.
J-1 - Isla Nublar – 14 H 00
Les hommes ont embarqué dans les véhicules.
Chacun sait ce qu'il a à faire.
Les lourdes portes se sont refermées derrière eux, dans un énorme fracas de verrous, aussitôt relayé par un autre qui annonce l'ouverture de celles de devant.
Le paysage du parc apparaît soudain, et les véhicules s'élancent : trois camions, transportant chacun une vingtaine d'hommes. Un quatrième, plus lourd, emmène une équipe de gardes de la réserve et le vétérinaire capturer les prédateurs.
Dans le même temps, profitant de la modération du vent, l'hélicoptère lourd a décollé. Il emmène deux carcasses de bovins. Son rôle est de gaver les Tyrannosaures et les Allosaures. Cela diminuera les risques de les voir s'attaquer aux hommes, s'ils étaient attirés par le bruit des combats.
Enfin, fermant la marche, une jeep emportant un chauffeur, Owen et Nicolas, accélère à son tour.
– Comment comptes-tu t'y prendre, demande l'américain ?
– De manière systématique. On fonce droit devant jusqu'à la limite sud. Puis, on remonte en balayant toute la largeur du parc.
– Et tu crois vraiment que ça va fonctionner ?
– Je ne sais pas, mais j'irai fouiller jusqu'entre les pattes des Tyrannosaures si c'est nécessaire !
« Sans vouloir nous donner de faux espoirs, j'ai ressenti certaines vibrations qui me donnent à penser que ta bestiole est toujours là.
« Mais la difficulté sera de la débusquer. Si j'ai bien compris ce que tu m'as raconté, elle a été déçue, ce qui expliquerait sa grande discrétion. Il va falloir renouer les liens rompus.
Owen ne répond pas. Il se perd dans ses pensées, mû par un espoir insensé. Il aimerait tellement que son ami ait raison ! Mais, d'un autre côté, son pragmatisme lui dit que tout cela n'est qu'un rêve et que sa désillusion sera terrible.
Très vite, les véhicules se séparent, chacun gagnant sa zone d'activité.
Au bout d'un petit quart d'heure, les « marines » débouchent au milieu de la grande plaine, près des plans d'eau.
Les hommes descendent des véhicules et se regroupent autour des gardes du parc.
– Qu'est-ce qu'on fait là, mon lieutenant, demande Milton, toujours grincheux ?
– On va se familiariser avec le terrain et ses habitants, répond Jefferson. Il faut que, ce soir, nous soyons parfaitement à l'aise dans cet espace et, pour cela, nous devons être capables d'identifier, au premier coup d'œil, les espèces qui nous entourent, et d'adopter instantanément la bonne attitude.
– Quand même, dit l'un des soldats à son voisin, quelle idée loufoque d'avoir ressuscité ces bestioles ! Et quelle idée encore plus nulle de nous envoyer les défendre !
– Je ne suis pas d'accord avec toi, répond son vis-à-vis. Combien de fois, étant enfant, j'ai rêvé devant des bouquins qui montraient ces « bestioles », comme tu dis, ou devant des dessins animés à la télé.
Soudain, le soldat se tait et lève les yeux.
– Regarde, dit-il à son collègue, en pointant quelque chose du doigt !
L'autre « marine » se retourne alors et reste bouche bée.
Derrière eux, trois énormes Brachiosaures passent nonchalamment. Le sol vibre sous leur pas.
Chez les militaires, le silence s'est fait. Tous regardent, fascinés, le lent défilement des êtres démesurés.
- Tu vois, reprend le soldat, maintenant, je sais pourquoi je suis là : pour protéger ces animaux fabuleux. C'est tellement beau !
Déjà, les trois dinosaures géants s'éloignent.
Dans le groupe, l'inquiétude s'efface, laissant place à l'émerveillement.
- Alors, sergent Milton, dit un garde, qu'en pensez-vous ?
– Que ces bestioles auraient dû rester où elles étaient.
– Vos petits-enfants ne diront certainement pas ça, quand ils vous demanderont de les amener ici.
Le sergent ne répond pas. Il ronchonne dans son coin.
Rompant le charme, Martin Norfolk intervient :
– Bien, messieurs ! Vous allez former six groupes de dix hommes. Vous serez accompagnés chacun par deux d'entre nous qui veilleront sur votre sécurité et vous fourniront toutes les informations nécessaires. Nous partirons dans des directions différentes.
« En effet, une unité de la taille de la nôtre perturbe les animaux.
« Comme vous pouvez le voir, ils se sont éloignés. Notre nombre les inquiète.
« Par petits collectifs, nous serons beaucoup plus discrets et nous passerons plus facilement inaperçu.
« Ecoutez-moi bien ! Quoi qu'il arrive, restez groupés ! Ne vous éloignez jamais les uns des autres.
« Le danger ne viendra pas des herbivores, dont nous vous détaillerons le comportement au fur et à mesure de la visite, ni des prédateurs de taille moyenne, que des collègues vont capturer, ni des gros prédateurs car l'hélicoptère que vous avez vu décoller leur porte de la viande fraîche, pour les rassasier.
« Non ! Le danger peut venir des tous petits prédateurs. Individuellement, ils ne sont pas dangereux, surtout si nous sommes regroupés. Par contre, ils se déplacent souvent en nombre, ce qui leur donne le courage d'attaquer des proies beaucoup plus grosses qu'eux, un ou deux hommes isolés, par exemple.
« Surtout, ne les sous-estimez pas, ce sont des petits fauves mais des fauves quand même !
« Avez-vous des questions ?
Le lieutenant Jefferson jette un coup d'œil sur ses hommes.
Personne ne bouge.
– Non, finit-il par dire, tout est clair.
– Bien, dit Martin. Action, alors ! Messieurs, formez-vous par groupe de dix.
Il ne faut pas longtemps pour que les « marines » se répartissent.
Pendant ce temps-là, le travail de l'équipe 2 avance vite.
Le premier à avoir été capturé est le Dilophosaure.
– Forcément, dit l'un des gardes, dès qu'il entend un bruit de moteur, il faut qu'il rapplique !
« Il suffisait d'attendre qu'il se montre.
La chasse aux Herrerasaures a été un peu plus compliquée car ils restaient cachés dans les buissons. Heureusement, les puces de géolocalisation ont bien rempli leur rôle. Il a été facile ainsi de les suivre à la trace, même sans les voir.
Il ne reste plus maintenant que les trois Droméosaures. Ils se trouvent beaucoup plus au nord, près de l'ancienne volière aux Ptérosaures.
C'est justement dans cette zone que se trouvent Owen et Nicolas. Ils ont balayé l'essentiel du parc, pour un résultat toujours négatif.
Les deux hommes sont descendus du véhicule et le français s'est un peu éloigné.
– Ne vas pas trop loin, lui crie l'américain ! D'après mon appareil, il y a trois Droméosaures devant nous.
– Qu'est-ce que c'est, interroge le français ?
– Une sorte de Vélociraptor, mais en plus petit. Un prédateur qui chasse en bande, comme son grand frère.
– Tiens donc, répond Nicolas, qui continue à marcher loin de la voiture.
Mais l'américain ne l'a pas remarqué car il lui tourne le dos.
Le moment est venu pour lui de prendre des nouvelles des autres groupes.
– Allo, équipe 1 ! Ici Grady. Comment cela se passe-t-il chez vous ?
– Allo, ici équipe 1, Norfolk à l'appareil !
« Très bien monsieur Grady.
« Les hommes sont très réactifs. Ils ont vite compris et ils s'acclimatent sans peine à leur environnement.
« Tout va bien de ce côté-là. Nous allons bientôt rentrer.
– Merci, équipe 1, terminé !
« Equipe 2 ? Grady appelle équipe 2.
– Allo, ici équipe 2, Winter à l'appareil, j'écoute.
– Où en êtes-vous des captures ?
– C'est quasiment terminé. Il ne nous manque que les trois Droméosaures.
« Faites attention, ils sont dans votre secteur ! Ne descendez pas de votre véhicule !
– Nous les avons repérés aussi, répond Owen. Ils sont un peu plus loin.
C'est alors qu'il se retourne.
Nicolas, légèrement penché en avant, les bras tendus devant lui, fait face à l'un d'entre eux.
Nul doute que les deux autres vont surgir d'un instant à l'autre.
Comme en réponse, les deux petits prédateurs sortent des buissons par les côtés, l'un à droite et l'autre à gauche du premier, dessinant une sorte de tenaille.
C'est leur technique d'attaque classique.
– Nicolas, reviens, crie Owen ! Et sors ton arme !
Lui-même a déjà son pistolet en main.
Mais le français, comme statufié, n'a pas bougé.
– Ce ne sera pas nécessaire, finit-il par dire doucement. On n'oppose pas la peur à la peur.
« Ils sont inquiets, c'est tout.
« Manifestement, ils n'ont pas l'habitude de côtoyer l'homme.
– Tu parles ! On ne les rencontre quasiment jamais. Ils sont pratiquement invisibles. Sans la géolocalisation, nous les aurions crus morts depuis longtemps.
Curieusement, les trois bipèdes se sont calmés. Leur attitude agressive a disparu.
L'homme qui leur fait face leur pose manifestement un problème. Ils ressentent des ondes qu'ils ne comprennent pas mais qui, malgré tout, les rassurent.
– Nous ne sommes pas beaucoup plus avancés, dit Owen.
– Au contraire, répond Nicolas d'un ton très doux, je crois qu'on touche au but !
Mais l'américain ne l'a pas entendu.
Reprenant son micro, il appelle.
– Allo, équipe 2, nous sommes au contact des Droméosaures. Dépêchez-vous car ils nous menacent ! Venez les chercher !
– On arrive, répond la voix. Au fait, ils sont bien tous les trois ?
– Affirmatif, répond Owen. Ils sont là tous les trois.
– Rectificatif, intervient Nicolas, tous les quatre !
L'américain suspend son contact radio.
– Qu'est-ce que tu racontes, dit-il, nous n'en avons toujours eu que trois !
– Peut-être ! Je ne sais pas. Mais ici, il y a quatre dinosaures.
– Tu ne sais plus compter ? Moi je n'en vois que trois !
– Moi aussi ! Mais il y a celui qui me remonte discrètement par la droite, sans sortir des buissons. Malgré les précautions qu'il prend, je l'entends parfaitement.
« Il n'est pas comme les autres. Il est un peu plus lourd, donc il doit être plus gros.
Puis, après un court silence, le français ajoute avec un large sourire :
– Tu vois, Owen, je crois qu'on a trouvé celle qu'on est venu chercher.
– Non, rétorque l'américain, tu crois que ce serait… ?
– On va bientôt le savoir. Il, ou elle, s'est arrêté(e) sur mes deux heures et s'apprête à bondir hors des buissons.
– Comment as-tu su ?
– Tu sais, j'arrive ici avec un œil neuf. Tu m'as expliqué que Blue devait vivre dans un groupe. Plus tard, tu m'as dit que les « dra… » « dromo… » enfin, les machins qui sont en face de moi vivaient en bandes et avaient sensiblement les mêmes mœurs que les « vélocitrucs ».
« Dernier indice : j'apprends que les « droquelquechoses » sont discrets et insaisissables. Ils ont tout pour plaire à un animal qui se cache.
Soudain, dans un bruit de branchages secoués violemment, le quatrième dinosaure surgit de la végétation, mâchoires menaçantes, face à Nicolas.
– Bonjour Blue, dit le français. Te voilà enfin !
Au même instant, un bruit de moteur se fait entendre. C'est un lourd véhicule.
L'équipe 2 arrive pour capturer les trois Droméosaures.
– Tenez-vous prêts, dit Owen, alors que les hommes descendent du camion.
– Surtout pas, répond Nicolas ! Il s'agit de ne pas tout gâcher.
Sans geste brusque, il s'avance vers le Vélociraptor. Celui-ci est menaçant. Les mâchoires grandes ouvertes, il s'est placé en position d'attaque.
Le français a tendu son bras gauche devant lui. Centimètre après centimètre, il l'approche du museau de Blue.
L'animal ne sait pas quoi faire. Il n'arrive pas à déterminer quelle attitude il doit adopter. Il hésite. Les sensations qu'il ressent perturbent son jugement.
Au bout d'un moment, la main du français se pose sur le nez de Blue, puis se referme, lentement et régulièrement, comme une mécanique de précision, au point de bloquer complètement les mâchoires du dinosaure.
Autour d'eux, les Droméosaures restent calmes, car celle qui les dirige ne tente pas de se dégager, ne se débat pas.
Nicolas a continué à se rapprocher du Vélociraptor. Lorsqu'il est assez près, il appuie son front sur celui de Blue.
Alors, le temps semble s'arrêter. Plus personne, homme ou saurien, n'ose remuer. Il n'y a plus désormais que les assauts du vent et de la pluie.
Une profonde osmose est en train de naître.
Le français communique avec le dinosaure, sans prononcer un mot, sous une forme intuitive. Un pacte de confiance s'établit lentement.
Progressivement, Nicolas lâche le museau et passe ses deux mains sur les joues de l'animal, avec lenteur et affection, sans retirer son front.
Pendant ce temps-là, le vent redouble de violence et secoue énergiquement la végétation, tandis que la pluie s'intensifie.
– Il vaudrait mieux rentrer, maintenant, dit Owen avec effort, secouant ainsi la chape de silence qui recouvre la scène.
– Tu as raison, répond le français. De toute façon, l'accord est scellé. Nous venons de trouver les alliés qui nous manquaient.
– Doit-on injecter une puce au Vélociraptor, demande le vétérinaire ?
– Non, répond Nicolas ! L'alliance est fragile. Il convient d'éviter tout geste que Blue pourrait prendre comme une attaque ou une trahison.
– Je pense que, maintenant que tout est réglé, nous ferions bien de partir, dit Owen.
« Allez devant, équipe 2, on vous suit.
Puis, prenant son talkie-walkie :
– Grady appelle équipe 1
– ici, équipe 1 ! Norfolk à l'appareil !
– Où en êtes-vous ?
– Nous avons fini. Tous les groupes sont de retour.
« Comme la lumière baisse rapidement, nous nous apprêtons à rentrer.
– Rien de particulier à signaler ?
– Non, tout s'est bien passé.
– Très bien. A tout de suite. Terminé !
Owen retourne à la voiture avec le chauffeur.
Au moment de monter, il se tourne vers nicolas.
– On y va, dit-il !
– Pas encore, répond le français. Il nous reste quelque chose à régler.
– Quoi ?
– Tu dois te réconcilier avec Blue ! Elle t'attend.
L'américain pousse un profond soupir, et claque la porte du véhicule. Puis il avance à pas lent en direction de l'animal. Il est embarrassé. Il ne sait pas bien comment il va s'y prendre.
A son approche, le Vélociraptor se penche en avant et ouvre les mâchoires en poussant un sifflement agressif.
Nicolas lui passe la main sur la tête et lui « parle », sans mots.
Petit à petit, le dinosaure se calme.
– Voilà, dit le français, mon rôle est terminé. C'est désormais entre vous deux que ça se passe. A toi de jouer, Owen !
Puis il tourne les talons et s'en va.
– On y va, dit le chauffeur ?
- Encore quelques minutes !
Pendant ce temps, Owen, s'est avancé vers Blue. Il est tout proche, maintenant.
Que lui dit-il à ce moment-là ? Personne ne le saura jamais.
Mais la réconciliation a bien lieu.
– Je crois qu'on va pouvoir rentrer, dit Nicolas en souriant.
Owen, revient vers eux. Il est ému et cela se voit.
– Bon ! Qu'est-ce qu'on attend pour partir, dit-il d'un ton grincheux.
Personne ne lui répond.
Tous ont embarqué en silence et le véhicule s'élance.
Un peu plus loin dans le parc, les « marines » se sont regroupés près des véhicules.
– Tout le monde est là, demande Norfolk ?
– Non, répond un caporal ! Il manque deux hommes. Ils se sont un peu éloignés par là-bas car l'un des deux a des problèmes intestinaux.
De petits cris aigus se font entendre dans la direction indiquée.
– Bon sang, dit le vieux garde ! Il n'y a pas un instant à perdre !
Il se précipite vers un camion dont il ouvre un des coffres pour en extraire cinq tazers.
– Toi, toi, toi et toi, reprend-il en désignant quatre gardes du parc, prenez cela et venez avec moi !
– Que se passe-t-il, demande le lieutenant Jefferson ?
– Il y a que vos gars ont maille à partir avec une bande de petits carnivores. Ce sont eux qui font le bruit que vous entendez.
« On va aller les récupérer avant qu'il ne soit trop tard !
« Allez, les gars, dépêchons-nous !
Les cinq hommes s'éloignent en courant.
Se guidant au son, ils arrivent rapidement sur place.
Les deux soldats sont bien là mais ils sont entourés de petits bipèdes qui les harcèlent sans arrêt.
L'un des « marines » est debout et se défend comme il peut avec la crosse de son arme.
Le second, empêtré dans son pantalon baissé, est tombé et subit des attaques multiples et incessantes.
Norfolk et les gardes s'avancent sans hésiter. Les tazers ont vite fait de calmer les ardeurs des prédateurs et de les mettre en fuite.
– Ҫa va aller, demande le chef des gardes en examinant rapidement les deux hommes ?
– Pas de problème. On est couvert de morsures mais rien de bien grave. Heureusement que vous êtes arrivés !
– Ne restons pas là ! Une fois que nous seront rentrés à la base, le toubib s'occupera de vous.
« Allons-y, maintenant !
De leur côté, Owen et Nicolas sont également sur le chemin du retour.
Pendant un long moment, seul le bruit du moteur se fait entendre dans le véhicule.
L'américain est perdu dans ses pensées. Il se remémore tout ce qu'il vient de vivre, lui qui n'espérait plus.
– Je te dois des excuses, finit-il par dire. Je n'ai pas voulu croire que ce qui vient de se passer était possible, et j'ai essayé de t'empêcher de le tenter.
« C'est toi qui avait raison !
– C'est sans souci ! Je suis heureux d'avoir été dans le vrai… pour toi, tout d'abord, pour nous tous ensuite car, maintenant, on peut dire que l'on a fait tout ce qui était possible, dans le peu de temps dont nous disposions, pour mettre toutes les chances de notre côté.
« Demain, il faudra jouer serré, mais je pense que nous avons de bons atouts.
« Pour l'heure, je te propose de profiter encore un peu de l'instant présent.
Tout est dit. Le silence revient dans la jeep.
