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14 – L'affrontement

Alors qu'ils sortent de la salle de commandes, les trois hommes croisent Claire Dearing.

Nicolas et le lieutenant la saluent poliment.

Owen, qui arrive derrière eux, s'arrête à la hauteur de la jeune femme.

– Bonjour, Claire, dit-il. »

– Qu'est-ce que tu deviens, répond-elle sur un ton acide ? Depuis deux jours, par moyen de te voir. Aucune nouvelle de toi. J'aimerais bien savoir ce qui se passe exactement. »

– Que veux-tu, nous sommes en plein dans les préparatifs et, pour tout te dire, nous partons à la rencontre de nos adversaires. »

– C'était ça, l'explosion ? »

– Oui, ils ont ouvert une brèche dans le mur d'enceinte. »

– Vous allez donc vous battre contre des dinosaures, c'est ça ? »

– C'est exactement cela. »

– Et vous savez combien il y en a ? »

– Pas exactement. Dix à douze, sans doute, peut-être plus. »

– Vous allez au massacre ! »

– J'espère bien que non ! »

– Arrête ! Tu connais aussi bien que moi ces animaux : rapides, féroces, imprévisibles. »

- Il est inutile de discuter. Ils sont entrés dans la réserve et nous devons les arrêter. C'est aussi simple que cela.

« A propos, on a retrouvé Blue. Nicolas dit qu'elle peut nous aider. »

– C'est une bonne nouvelle ! »

– J'ai besoin de toi aussi ! »

– Ah, parce que tu te souviens que j'existe ? »

– Ce n'est ni le lieu, ni le moment pour ce genre de discussion. Je souhaiterais que tu assures une permanence dans la salle de commandes et que tu nous serves de relais, avec l'aide de Marvin.

« J'ai fait équiper les quelques gardes qui sont de l'expédition de caméras. Nicolas et moi aurons des micros branchés en permanence sur la fréquence de la salle.

« Aussi, j'aimerais que tu supervises l'opération et que tu transmettes aux équipes encore au centre les demandes de soutien que l'on pourrait te faire. »

– Je ferai de mon mieux. »

– Désolé mais je dois y aller maintenant. »

– Prends bien soin de toi ! »

- J'y compte bien ! »

Owen a un moment d'hésitation.

Mais il se détourne et se dirige vers le fond du couloir où l'attendent Nicolas et Jefferson.

– C'est ta petite amie, demande le français ? »

– N'importe quoi ! C'est une relation de travail, c'est tout. »

– Une relation de travail, vraiment ? »

– Qu'est-ce que c'est que ce sourire idiot ? »

– Oh ! Rien ! Rien du tout. »

– Alors, dépêche-toi de l'effacer, avant que je ne me fâche. »

– OK, OK, reste calme ! On a du boulot. »

Nicolas et le lieutenant éclatent de rire pendant qu'Owen les fusille du regard.

Quelques minutes plus tard, les trois hommes arrivent dans le hangar du sous-sol.

Les véhicules d'intervention sont déjà dans le sas de sortie.

Les hommes ont tous embarqués et les chauffeurs sont prêts à démarrer.

Une nouvelle fois, l'américain s'écarte et se dirige vers l'un des gardes qui ne fait pas partie de l'expédition.

– Mac Kenzie, dit-il, tu vas prendre quatre hommes avec toi et la jeep équipée de la mitrailleuse. Tu escorteras une équipe d'ouvriers qui partira avec le camion grue.

« Par le chemin de ronde, vous allez rejoindre la brèche. Pendant qu'ils relèveront et rafistoleront le grillage, tu assureras leur protection.

« Inutile que nos animaux s'évadent par là. On aurait du mal à les récupérer.

« Fais bien attention ! Il peut rester des gens d'en face dans les environs. Restez sur place le moins longtemps possible. »

– Bien compris, monsieur Grady. Je fais le nécessaire. »

Sans un mot de plus, Owen rejoint la colonne.

Déjà, les lourdes portes intérieures se referment.

Aussitôt après, celles de devant s'ouvrent et le convoi s'élance, emmené par la jeep conduite par Asensio et qui emmène les trois hommes.

Dehors, des torrents de pluie sont violemment rabattus sur les vitres par le vent, tandis que l'orage se déchaîne.

Bien qu'on soit en milieu de journée, la clarté est blafarde et les détails difficiles à distinguer. Les véhicules progressent tant bien que mal sur le chemin détrempé et transformé en bourbier.

– Ҫa promet, dit Jefferson ! »

– Quelque chose me dit que cette aventure va être compliquée, renchérit Owen.

« Ce qui me console, c'est que ceux d'en face progresse à pied sous la flotte. »

Les véhicules roulent lentement sur le terrain gorgé d'eau, tous feux éteints.

Soudain, après près d'une demi-heure de route, Asensio interrompt la conversation.

– Dinosaures, devant nous ! »

– C'est notre rendez-vous, précise Nicolas. »

Le français en descend et caresse les quatre reptiles qui l'attendaient.

Sans un mot, il échange avec eux.

Au bout d'un moment, ceux-ci s'élancent en direction de la forêt pendant qu'il remonte dans le véhicule.

– Tu m'avais promis de t'exprimer à haute voix, lui reproche Owen. »

– Au temps pour moi ! Tu as raison ! Je leur ai demandé de repérer le groupe ennemi et de le suivre à distance, en évitant de se faire repérer. »

– Et vous croyez qu'ils ont compris, demande Jefferson ? »

– Je ne le crois pas, j'en suis sûr ! D'ailleurs, regardez ! »

Le petit groupe de dinosaures se déplace maintenant parallèlement à la zone boisée, à bonne distance de celle-ci.

– Il nous suffit de trouver un bon poste d'observation et de les suivre à la jumelle, poursuit Owen. »

Pendant ce temps-là, Jurgen et ses hommes ont rejoint le point désigné par Trevor.

Après un déplacement au pas de charge, le long de la lisière, ils ont pénétré dans le sous-bois et ont continué leur progression à couvert.

Au bout d'une demi-heure environ, ils sont arrivés à l'emplacement choisi.

– Bien, dit le lieutenant aux hommes rassemblés autour de lui. Vous allez prendre position avec votre animal. Vous vous espacez d'environ dix mètres les uns des autres et vous vous placez en lisière militaire, de manière à bien voir ce qui se passe hors de la forêt.

« Vous vous camouflez avec soin et vous vous plaquez au sol. Rappelez-vous que le colonel ne veut pas que vous vous exposiez.

« Voilà comment nous allons procéder. Dès que l'approche de l'ennemi est repérée, Ignacio, tu fais sortir N° 8 d'une vingtaine de mètres à découvert, puis tu te montres à la lisière et tu le rappelles à voix haute. Il faut que ceux d'en face t'entendent.

« Dès que c'est fait, ton animal et toi, vous revenez vous cacher avec nous.

« Puis on attend que nos adversaires commencent à prendre position pour lancer la première attaque, de manière à les surprendre avant qu'ils ne soient prêts.

« Nos animaux déferleront par vagues successives. Nous les lancerons à l'assaut, tous ensemble ou une partie seulement, et nous les laisserons progresser jusqu'à ce qu'ils soient au contact de l'ennemi. Dès que ce sera fait, nous leur permettrons d'agir quelques instants puis nous les rappellerons avec nos sifflets à ultra-sons.

« Rappelez-vous que chaque sifflet est réglé sur une fréquence différente et que celui que vous avez en main correspond à VOTRE animal.

« Lors de la première attaque, nous enverrons nos onze dinosaures en une seule vague.

« Par la suite, on enverra, soit les Vélociraptors, soit les IdR, pour varier les comportements et, ainsi, tenter de désorienter nos adversaires.

« Evitez, autant que possible, d'utiliser les injections de produits, sauf si vous l'estimez absolument nécessaire.

« Si votre animal devient incontrôlable, voire dangereux pour vous, faites-le sauter sans hésitation.

« Nous reproduirons nos attaques jusqu'à épuisement de nos troupes.

« Après quoi, nous dégagerons au plus vite et nous rejoindrons le mur d'enceinte. »

– On n'attend pas le colonel, demande Luigi ? »

– Non, il n'a pas besoin de nous ! On l'attendra une fois sur place.

« Est-ce que tout est clair ? »

Les hommes approuvent.

– Bien, conclut Jurgen ! Tous à vos postes ! »

Ce que le lieutenant Jurgen ignore, c'est que le stratagème qu'il a monté avec Ignacio est sans objet. Cela fait en effet un petit moment déjà que Blue et ses petits amis ont localisé le commando ennemi.

Cachés dans un repli de terrain, les camions transportant les « marines » sont à l'arrêt et attendent. Sur une butte, légèrement à contre-pente, Owen, Nicolas et Jefferson suivent les mouvements des dinosaures à la jumelle.

– Nos adversaires ne vont pas tarder à atteindre la pointe du bois, remarque le lieutenant. S'ils veulent continuer à progresser, il faudra qu'ils sortent en terrain découvert. »

– Ils ne sortiront pas, répond Owen. Je pense qu'ils vont se positionner légèrement sur notre droite, à deux heures.

« Le terrain leur sera particulièrement favorable car, compte tenu du relief, nous serons obligés de nous déployer à environ quatre-vingts mètres de la lisière au maximum, beaucoup trop près à mon goût.

« Leurs dinosaures attaqueront dans le sens montant, mais, compte tenu de la distance, ils seront très vite sur nous. Par contre, ils seront dans le sens descendant au moment de leur retraite, ce qui leur permettra de réintégrer très vite le couvert des arbres.

« En outre, ce que vous ne savez pas, c'est que juste derrière la lisière, le terrain s'incline rapidement vers une petite rivière. Leurs dinosaures se mettront à l'abri de nos tirs dans le creux. »

– Si je comprends bien, dit Jefferson en grimaçant, tout est pour le mieux ! »

– Bah, dit Nicolas en haussant les épaules, il fallait s'y attendre. »

Soudain, il s'arrête.

– Regardez, dit-il ! Blue s'est immobilisée. Manifestement, ceux d'en face se sont arrêtés. »

Les trois hommes ont les yeux rivés derrière leurs jumelles.

– Un dinosaure sort de la forêt, s'écrie Owen ! C'est un IdR miniature ! »

– Et derrière lui, poursuit Jefferson, un homme a surgi à son tour pour le récupérer. »

– C'est Ignacio, précise le français ! Donc, ils ont choisi ce secteur pour livrer bataille. Je crois qu'ils nous attendent. Il ne faudrait pas les décevoir. »

– Tu as raison, répond Owen. Nous allons déplacer les véhicules d'environ 400 mètres sur notre droite et les stationner à contre-pente derrière les rochers que vous voyez là-bas.

« Après, ce sera à vous de jouer, lieutenant Jefferson ! Il faudra positionner vos hommes rapidement le plus haut possible sur la pente.

« Malgré cela, ils seront très près de la forêt et je vous avoue que cela ne me plait guère. J'aurais préféré une distance plus longue.

« Il faut avouer que ceux d'en face ont bien choisi l'endroit. Leurs animaux seront tout de suite sur nous. »

Dans la salle de commandes, Claire s'inquiète.

Elle ne quitte pas un seul instant l'écran des yeux, en se tordant les doigts.

– J'ai peur, dit-elle soudain à Marvin. Oui, j'ai peur de ce qui se prépare. J'ai encore en tête les images du groupe qui pistait l'Indominus Rex et que cette sale bête a massacré sous nos yeux. »

– Les animaux d'aujourd'hui sont beaucoup plus petits, répond le jeune homme. Je ne pense pas que les conditions soient remplies pour que l'histoire se répète. »

Mais Claire l'écoute à peine.

– Owen, dit-elle soudain, est-ce que tu m'entends ? »

- 5 sur 5, répond l'américain. Je te reçois fort et clair ! »

– Faites attention. Cet affrontement ne me dit rien qui vaille. Vous n'avez jamais combattu de dinosaures. »

– Ta confiance me va droit au cœur ! Détends-toi ! Nous ne sommes pas des enfants de chœur. Nous savons-nous battre, nous aussi, et nous sommes nombreux. Les bestioles d'en face vont trouver à qui parler. »

– Je souhaite ardemment que tu dises vrai. »

– Sois-en assurée. Par contre, reste bien à l'écoute car il est possible que, malgré cela, on ait besoin de renforts.

« Notre salut dépendra de ta réactivité ! »

– Tu peux compter sur moi ! »

– Je le sais, dit Owen.

« Bon, je te laisse car on m'appelle. »

Pendant que se tenait cette conversation, le lieutenant a rejoint ses hommes qui ont débarqué des camions.

Tout de suite, ceux-ci ont commencé à se déployer et rejoignent, avec vigilance, leurs positions de défense.

Nicolas se tient juste derrière eux, avec Blue et les Droméosaures. Il est tendu, tous ses sens électroniques en éveil. Son œil scrute la lisière tandis que son oreille, malgré la pluie, le vent et l'orage, analyse le moindre bruit.

– Attention, dit-il soudain, les voilà ! »

Tous les regards se tournent alors vers la forêt.

Quelques secondes plus tard, onze dinosaures surgissent en même temps et se précipitent sur les « marines ».

Ceux-ci sont surpris alors que leur déploiement n'est pas tout à fait terminé.

Ils ont à peine le temps de réagir que, déjà, les Vélociraptors, plus légers et plus rapides que les IdR miniatures, sont sur eux.

Le désordre est indescriptible, les hommes se défendant comme ils le peuvent.

Les dinosaures mordent à droite et à gauche, au hasard, provoquant de nombreuses et vilaines blessures.

Puis, aussi vite qu'ils sont arrivés, ils battent en retraite, rappelés par les sifflets à ultrasons.

Les IdR miniatures les remplacent aussitôt, provoquant davantage de désordre dans les rangs humains, puis retournent à leur tour vers la forêt.

De nombreux coups de feu sont tirés, mais de manière désordonnée, par des soldats désemparés. L'efficacité n'est pas au rendez-vous.

– Finissez de vous mettre en position, hurle Jefferson ! »

– Attention, les revoilà, crie Nicolas ! »

Cette fois-ci, seuls les Vélociraptors, au nombre de six, se ruent sur les hommes.

A cause de l'efficacité du mimétisme des animaux, ces derniers ont toutes les peines du monde à les repérer. Par contre, ils ont réussi à se mettre en place, et à tirer de manière coordonnée.

– Positionnez-vous en arc de cercle, hurle le lieutenant ! Ils essaient de nous déborder par les ailes ! »

En effet, les dinosaures situés aux extrémités de la ligne d'attaque essaient d'enclencher un mouvement de tenaille.

Mais les « marines » réagissent vite et le mouvement échoue.

Néanmoins, les Vélociraptors réussissent à se jeter parmi les soldats.

Les grognements des animaux se mêlent aux hurlements de douleur et aux gémissements des blessés.

De nouveau, les dinosaures battent en retraite et se réfugient dans le bois, sous une grêle de balles inefficace.

Le répit est de courte durée car, cette fois, ce sont les IdR miniatures qui se précipitent.

Malgré un tir de barrage qui en blesse certains, sans toutefois les arrêter, les animaux sèment une nouvelle fois le chaos dans les rangs des soldats, avant de repartir en arrière.

Mais, cette fois, le feu des « marines » est mieux ajusté.

Un des dinosaures, touché à une patte arrière, s'écroule, avant de se relever aussitôt. Mais il n'a pas le temps de reprendre sa course. Un déluge de feu s'abat sur lui, le criblant de projectiles.

Pour la deuxième fois, il s'abat, raide mort, cette fois-ci.

Un cri sauvage monte alors des poitrines des « marines ». Ils ont tué un de leurs ennemis. En leur prouvant que c'était possible, ce fait d'armes a galvanisé les énergies et renforcé leur détermination.

Mais, soudain, un cri vient tempérer cet enthousiasme.

– Le lieutenant Jefferson est blessé ! »

En effet, l'officier gît sur le sol, baignant dans son sang, la gorge ouverte.

- Restez tous à vos postes ! Je prends le commandement, hurle le sergent Milton ! »

– Aïe, fait Nicolas à voix basse. Avec ce fou furieux à la tête des troupes, il y a tout à craindre. »

– Le lieutenant a donné des ordres clairs avant le départ, objecte Owen. »

– Tu as raison ! Mais Jefferson est hors course, même si, a priori, il a des chances de s'en tirer. »

Soudain le français se redresse.

– Attention, hurle-t-il, les voilà qui reviennent ! »

Surgissant une nouvelle fois, les six Vélociraptors se ruent de nouveau à l'assaut.

Mais ils sont accueillis par un véritable tir de barrage. L'un d'entre eux s'écroule avant d'avoir atteint les « marines ». Un autre, touché aux pattes, vient s'abattre juste devant la ligne de défense.

Il n'a pas le temps de se relever. Les soldats les plus proches se précipitent sur lui et le massacrent à coups de crosse.

Un troisième, emporté par son élan, vient s'empaler sur le poignard qu'un « marine » tenait tendu devant lui. Ses collègues lacèrent l'animal avec leurs couteaux, lui donnant beaucoup plus de coups que nécessaire.

Pendant ce temps, les trois derniers dinosaures poursuivent leur œuvre destructrice, blessant tout homme se trouvant à leur portée.

Soudain, comme ils sont venus, ils retournent vers la forêt.

Pendant quelques instants, le calme est revenu, jusqu'à ce que les quatre derniers IdR miniatures surgissent à leur tour.

Au milieu de ses hommes, le sergent Milton est surexcité. Il court en tous sens en hurlant.

– Massacrez-moi tout ça, qu'il n'en reste pas un seul ! »

C'est alors que les dinosaures s'arrêtent et, aussi vite qu'ils sont sortis de la végétation, ils font demi-tour et retournent s'y dissimuler.

– Qu'est-ce que ça veut dire, demande soudain Owen ? »

– Que celui qui commande en face est dangereusement intelligent. Il fait semblant d'hésiter pour nous obliger à bouger. »

– Là-dessus, il se trompe lourdement. »

– Je n'en suis malheureusement pas si sûr. D'ailleurs, regarde ! »

Le sergent Milton a franchi la ligne de défense et se tourne vers ses troupes.

– Tous les hommes de la deuxième section encore en état viennent avec moi. On a réussi à faire peur à ces ordures. Maintenant, on va aller les déloger !

« On se déploie en largeur. Un homme tous les cinq mètres. Personne dans la ligne de tir de son voisin.

« La première section reste en appui feu. Tir à neutraliser. Exécution ! »

– Ne faites pas cela, lui hurle Owen ! Vous allez au massacre ! »

– La ferme, répond Milton ! C'est moi qui donne les ordres à présent, et je n'en ai pas à recevoir de deux pseudo tacticiens de bazar ! »

Coupant court à la discussion, il se retourne et commence à descendre la pente, suivi par son unité.

Plus rien ne bouge, d'un côté comme de l'autre. Le silence est total. Tout semble figé.

– Ceux d'en face vont attendre qu'ils pénètrent dans le bois. Ainsi, les « marines » n'auront plus d'appui feu et les animaux seront invisibles dans la végétation. »

Bientôt les soldats disparaissent.

Au début, rien ne semble se passer, mais, soudain, l'enfer se déchaîne. Poussant des cris de rage, les dinosaures se jettent sur les hommes. Aux grognements succèdent des cris de souffrance et des bruits d'armes automatiques.

Le carnage a commencé.

– Retraite, crie à plusieurs reprises Owen, qui a mis ses mains en porte voix ! Repliez-vous ! »

Mais ses appels sont couverts par le bruit de la tempête.

Un des « marines » restants ouvre alors son sac à dos et sort un clairon, vieux souvenir qui ne le quitte jamais.

Se mettant debout, il se met à sonner la retraite de toutes ses forces.

L'appel est entendu et, l'un après l'autre, les soldats désemparés réapparaissent en désordre.

Ceux qui sont restés en position, sous les ordres du sergent Harrys, ouvrent un feu nourri juste au-dessus des têtes de leurs collègues, pour couvrir leur retraite.

Le sergent Milton est le dernier à revenir.

– Aidez-moi ! Protégez-moi, hurle-t-il, en proie à une folle panique ! »

Quelques mètres derrière lui, un IdR miniature vient de surgir.

Sans laisser au sous-officier le temps de réagir, il saute sur son dos et le plaque au sol. Puis, d'un coup de ses terribles mâchoires, il lui broie les vertèbres cervicales.

Les trois autres IdR miniatures arrivent à leur tour.

– Couchez-vous, hurle le sergent Harrys aux hommes en retraite ! »

Ceux-ci s'exécutent instantanément et leurs collègues en place déclenchent un tir meurtrier.

Sous ce déluge de feu, un IdR miniature s'abat, touché à mort. Les autres font volte face.

Aussitôt les soldats en repli se relèvent et remontent en courant vers ceux qui les ont protégés.

Légèrement en retrait avec les dinosaures, Nicolas enrage.

– On a trop de dégâts, dit-il soudain à Owen. Si cela continue comme ça, on va tous y passer. »

– Tu as une idée ? »

– Malheureusement non, répond le français qui enfonce nerveusement ses mains dans ses poches ! »

Il sent alors quelque chose de dur dans l'une d'entre elles.

C'est le petit boîtier de télécommande que lui a construit l'informaticien du centre.

– Si, j'en ai une, dit-il enfin, avec un énigmatique sourire. Viens avec moi !

« De toute manière, le sergent Harrys est un bon soldat. Il n'a pas besoin de nous pour diriger ses troupes. »

Puis, se redressant :

Alerte, les revoilà, hurle-t-il soudain ! »

Quelques secondes après, tous les dinosaures survivants réapparaissent et se lancent à l'assaut.

La mêlée devient confuse. L'épuisement des combattants commence à se faire sentir, d'un côté comme de l'autre.

Pendant ce temps, Nicolas et Owen, accompagnés de leurs quatre animaux, se sont écartés d'une cinquantaine de mètres sur le flanc gauche.

– Qu'est-ce que tu comptes faire, demande l'américain ? »

– Tu vas voir ! »

Puis, se tournant vers le Vélociraptor :

– Blue, tu vas appeler tes petits camarades d'en face. Arrange-toi pour qu'ils viennent vers nous.

« Owen, préviens Harrys de concentrer son tir uniquement sur les animaux qui le chargent directement, et pas sur ceux qui vont se diriger dans notre direction. »

– Compris, dit l'américain qui repart en courant. »

A ce moment précis, les dinosaures survivants se trouvent dans le sous-bois, à reprendre leur souffle.

C'est alors que, brisant le silence d'une accalmie temporaire de la tempête, Blue lance son appel.

Comme en écho, des réponses lui parviennent de la forêt et, tout à coup, deux Vélociraptors émergent en courant et se précipitent vers eux.

Immédiatement, Nicolas entre en communication avec eux et les rassure, leur indiquant ses intentions.

Dès qu'ils sont suffisamment proches, il appuie sur le bouton de son petit appareil. Sur le collier des animaux, un petit voyant lumineux vient de s'éteindre.

Le français court alors vers eux, tout en sortant son couteau de plongée, un vieux souvenir.

A ce moment, un IdR miniature sort du bois à son tour.

– Non, crie Nicolas, ne viens pas ! Tu vas te faire tuer ! »

Mais il est trop tard. Une violente explosion retentit et l'animal s'effondre, la gorge tranchée.

Le français, fébrilement, coupe le collier des deux animaux qui sont arrivés jusqu'à lui et les jette au loin.

Il était temps ! Car, de nouveau, deux détonations se font entendre.

– Je n'ai pas bien compris ce qui s'est passé, lui dit Owen qui vient de le rejoindre. »

– C'est très simple. Quand j'ai appuyé sur l'appareil pour protéger les deux Vélociraptors, je l'ai bloqué pour la durée de la neutralisation des colliers. Je ne pouvais donc pas le manœuvrer une nouvelle fois pour le retardataire. S'il avait attendu deux minutes de plus, j'aurais pu le sauver, lui aussi. »

Mais, alors que les deux hommes parlent, les trois dinosaures restant surgissent.

Un Vélociraptor et un IdR miniature se précipitent vers les soldats tandis que le deuxième IdR miniature choisit de rejoindre le groupe de Blue. Celui-là n'a pas de collier. Mais il a à peine le temps d'incurver sa course que deux sifflements se font entendre et deux poignards viennent se planter dans son corps : Le premier au niveau de cou et le second dans le ventre.

Le dinosaure s'écroule, gravement blessé.

– Ça, c'est signé, dit Nicolas ! »

– Ignacio, n'est-ce pas ? »

– Ce ne peut être que lui pour lancer les poignards avec une telle précision. »

De l'autre côté, le combat touche à sa fin. Le dernier IdR miniature a été abattu et le Vélociraptor, bien que gravement blessé, a réussi à rallier le couvert forestier.

Et soudain, le calme revient. Plus rien ne bouge.

Incrédules, les « marines » sont figés et ne détachent pas leurs yeux de la lisière.

Mais plus rien ne se produit.

– On reste en position et vigilants, crie le sergent. »

Déjà, dans la forêt, Jurgen s'apprête à quitter les lieux.

Il a parcouru en courant la ligne de ses soldats, pour les rameuter.

Ils sont maintenant regroupés autour de lui.

– On dégage, dit-il ! Notre mission est finie ! On n'a plus rien à faire ici.

« Direction le mur d'enceinte. Arrivé là-bas, on se déploie et on attend le colonel, de manière à franchir les clôtures tous ensemble. »

– Et s'il ne revenait pas, demande Luigi ? »

– On peut lui faire confiance, il a de la ressource !

« De toute façon, il a prévu cette éventualité.

« Si, au bout d'une heure, il ne nous a pas rejoint, on s'en va.

« On va se déplacer à couvert jusqu'à ce qu'on soit hors de vue de l'ennemi. Je ne voudrais pas avoir leurs bestioles à nos trousses.

« Dès que cela sera possible, on sortira du bois. Cela nous permettra d'aller plus vite.

« Si vous n'avez pas de question, on y va.

« Luigi, tu ouvres la marche. On se déplace en file indienne. Vingt mètres entre chaque homme. Je passerai le dernier. »

Aussitôt, la colonne se met en marche.

Un des hommes s'approche de Jurgen.

– Qu'est-ce qu'on fait de lui, mon lieutenant ? »

Il désigne le dernier dinosaure qui, boitant bas, essaie désespérément de les suivre.

– C'est le tien ? »

– Oui, mon lieutenant. »

– Tu as encore le boîtier ? »

– Affirmatif. »

– Alors, fais exploser la bombe ! Tue-le ! »

Mais l'homme hésite. Il a passé des mois à côtoyer l'animal. Il a tissé des liens avec lui.

Celui-ci le regarde fixement.

Agacé, Jurgen lui arrache le boîtier des mains.

– Ce n'est pas le moment de faire du sentiment ! On est pressé ! »

Sans plus attendre, il presse le bouton fatidique.

L'engin mortel explose, décapitant pratiquement le dinosaure.

Le soldat regarde ce dernier, qui gît dans son sang.

Le lieutenant le saisit par le col.

– Fous le camp, lui dit-il ! Et c'est un ordre ! »

Pendant ce temps, Owen et Nicolas sont revenus, avec leurs animaux, vers le groupe des « marines ».

Dans leurs écouteurs, la voix de Claire se fait entendre.

– C'est fini, dit-elle ? »

– On dirait bien, répond l'américain. Il semblerait qu'on les ait tous eus.

« Je pense qu'on va pouvoir ramasser nos blessés et quitter les lieux. »

– Tant mieux ! Quand j'ai vu les dégâts que vous subissiez, j'ai craint le pire. »

– Il est vrai qu'on a payé le prix fort. Mais ceux d'en face vont devoir revoir leur copie. »

Changeant de sujet, Claire reprend :

– Nicolas, votre bras gauche émet une sorte de lumière bleue. »

– C'est normal, répond l'interpellé. Avec l'orage, il se charge en électricité. »

– Et ça sert à quoi, interroge Owen ? »

– Je peux, si nécessaire, utiliser cette charge pour me défendre.

« Surtout, ne pose pas la main dessus ! Tu risquerais l'électrocution. D'ailleurs, moi aussi, je dois faire attention. »

– Et si tu ne t'en sers pas ? »

– C'est très simple. Je peux le décharger en posant la main sur le sol. »

– Et pourquoi ne le fais-tu pas ? »

– Par prudence. Si rien ne se passe, je le ferai au moment de rembarquer dans la jeep ».

Tout en parlant, les deux hommes ont rejoint Harrys.

Celui-ci est un peu indécis.

– Vous pensez que c'est fini, demande-t-il ? »

– Oui, répond Owen, ceux d'en face ont annoncé leur départ. »

– Qu'est-ce que c'était que cette explosion ? »

– Ils ont dû achever leur dernier animal, celui qui était blessé.

« Je pense qu'on peut se replier.

« On récupère nos blessés et nos morts, en commençant par ceux qui se trouvent dans le bois.

« Mais restons prudents. Prenons suffisamment d'hommes pour que certains puissent assurer la protection de ceux qui ramasseront les corps.

« Nicolas et moi allons vous accompagner. Mon adjoint assurera la surveillance grâce à ses appareils. Il nous avertira du moindre bruit ou mouvement suspect. »

Harrys donne les ordres en conséquence et le groupe descend la pente en direction de la forêt.

Il ne lui faut pas longtemps pour récupérer les corps.

Au passage, les soldats découvrent le cadavre du dernier dinosaure.

– Vous aviez raison, dit Harrys. »

– C'est bien dans leurs méthodes, répond laconiquement Nicolas. »

Quelques minutes plus tard, le groupe est revenu à son point de départ.

– On peut y aller, demande Harrys ? »

– Oui, répond Owen, on embarque morts et blessés dans un véhicule qui part immédiatement. Je vais prévenir le centre.

« Les soldats valides se regroupent près des deux autres véhicules.

« On s'en ira tous ensemble.

« A propos, sergent, a-t-on un état de nos pertes ? »

– Affirmatif. Vingt-sept blessés dont six graves et cinq morts. »

Owen fait la grimace.

– C'est lourd, dit-il. Heureusement que mon adjoint a permis d'abréger le combat. »

Sans discuter davantage, Harrys s'éloigne.

– Allo, Claire ? Est-ce que tu m'entends, poursuit l'américain ? »

– Très bien. »

– Préviens l'antenne médicale.

« Qu'ils se tiennent prêts, un véhicule transportant les blessés va arriver d'ici un petit quart d'heure. Certains hommes ont besoin de soins urgents. »

– Pas de problème, je fais le nécessaire. Et vous, vous rentrez quand ? »

– Aussitôt après. Le temps de nous regrouper et d'embarquer. »

Petit à petit, le terrain se vide des combattants.

Owen et le sergent Harrys partent les derniers.

– Tu viens, dit l'américain à Nicolas ? »

Mais celui-ci ne lui répond pas. Il a le regard fixé sur la lisière de la forêt.

Assez curieusement, le groupe de dinosaures, près de lui, regarde dans la même direction.