17
15 – Ne jamais crier victoire trop tôt
Surpris par l'attitude du français, Owen fait demi-tour et revient vers lui.
– Qu'est-ce que tu fabriques, demande-t-il sur un ton agacé ? C'est fini ! Les hommes sont fatigués et trempés, et nous aussi. Il est temps de rentrer.
« De plus, le bruit des combats a, comme je te l'avais dit, attiré nos grands prédateurs. Les Tyrannosaures sont à moins de huit cents mètres et les Allosaures à peine plus loin.
« Comme ils ne se pressent pas, on a largement le temps de rembarquer et de dégager. Mais il ne faut pas traîner. »
Harrys a fait demi-tour également.
– Que se passe-t-il, demande-t-il ? »
– Il y a que monsieur fait sa mauvaise tête ! Il n'y a plus personne en face et il ne veut pas s'en aller. »
Jetant un vague coup d'œil à son ami, Nicolas se retourne vers les véhicules.
– Monsieur Conway, appelle-t-il, rejoignez-moi, s'il vous plaît ! »
Le vieux garde du parc s'exécute instantanément et descend.
– J'ai besoin de votre caméra, lui précise immédiatement le français. »
– Mais enfin, lui dit Owen, excédé ! As-tu remarqué qu'il ne se passait plus rien ? C'est fini ! On s'en va ! »
– Non, répond laconiquement Nicolas ! »
– Comment ça, non ? On les a tous eus, il n'y a plus personne en face. Nous pouvons rentrer. »
– On n'a pas encore gagné. Nous avons vaincu l'infanterie. Maintenant, on nous envoie les chars. »
– Que veux-tu dire ? »
– Que quelque chose de vivant et de très lourd s'approche. Et d'intelligent en plus, car cela fait de gros efforts pour être le plus silencieux possible.
« Ne sens-tu pas ces vibrations dans le sol ?
« Alors, regarde ! »
Devant les quatre hommes, la surface d'une des multiples flaques d'eau est agitée à intervalles réguliers.
– Jette aussi un coup d'œil sur nos petits amis, poursuit Nicolas ! Ils sont figés. Certains tremblent. Ils ont compris, eux aussi. »
– Dois-je remettre mes hommes en position, demande Harrys ? »
– Cela ne servirait à rien, sergent. Nous ne sommes pas équipés pour lutter contre ce qui s'approche.
« Nous avons commis une grosse erreur, celle de ne pas prévoir que ceux d'en face pourraient ne pas avoir renoncé au « toujours plus grand, toujours plus fort, toujours plus féroce »
« Nos armes ne seront pas plus efficaces qu'une piqûre de guêpe.
« Faites partir vos hommes, sergent ! Et partez avec eux ! Votre mission ici est terminée. Vous l'avez fort bien remplie ! »
– Si ce qui approche est aussi redoutable que ce que tu prétends, notre présence ne servira à rien non plus. Autant s'en aller ! »
– Et laisser cette cochonnerie se déplacer librement dans le parc ? Si nous la perdons de vue, nous aurons toutes les peines du monde à lui remettre la main dessus car elle se cachera.
« Et si elle tue pour le plaisir, comme l'Indominus Rex dont tu m'as parlé, lorsque vous ouvrirez la réserve au public, les visiteurs découvriront des champs de cadavres !
« Pas question ! »
– Et que comptes-tu faire ? »
– Je ne sais pas trop. Bluffer, gagner du temps. »
« Claire, m'entendez-vous ? »
– Oui, Nicolas, très bien. Et je dois dire que je n'ai pas trop aimé ce que vous venez de dire ! »
– J'en suis désolé mais écoutez-moi bien car le temps nous est compté.
« Tout d'abord, faites venir Bryan Narrow, le paléontologue, dans la salle de commandes. J'aurais besoin de ses connaissances quand notre visiteur de dernière minute se montrera.
« Ensuite, faites-nous envoyer un huit roues blindé avec de l'armement lourd. »
– Mais il va mettre au moins une demi-heure pour vous rejoindre, intervient la jeune femme ! Vous ne tiendrez jamais aussi longtemps ! »
– Vous avez sans doute raison mais je n'ai pas de meilleure idée ».
Puis, se tournant vers Conway, le vieux garde.
– Ecoutez Jasper, je vais devoir jouer à quitte ou double. Alors, si vous le voulez, vous pouvez me laisser votre caméra et rentrer avec les « marines »
« Je ne vous en voudrai pas car, ici, les chances de survie sont minces, pour ne pas dire quasiment nulles. »
– Désolé, monsieur Randanne, mais si vous restez, je reste aussi ! »
– Très bien ! Je vous en remercie !
« Et toi, Owen ? »
– Quelle question stupide ! Tu ne t'imagines tout de même pas que je vais te laisser tous les honneurs ? »
Les mots sont devenus inutiles.
Déjà, les véhicules s'éloignent, phares allumés, cette fois.
Dans la salle de commandes, Claire s'agite en tous sens.
Elle a transmis les ordres de Nicolas et, déjà, le lourd véhicule s'élance sous la pluie battante.
– Pourvu qu'il arrive à temps, dit-elle pour elle-même. »
– Je ne voudrais pas faire l'oiseau de mauvaise augure, dit Marvin, mais on est mal embarqué, sur ce coup-là ! »
– Taisez-vous, coupe la jeune femme, le regard mauvais ! Inutile de remuer le couteau dans la plaie. Je le sais que ces têtes de mules vont se faire massacrer !
« Et je ne peux rien y faire. »
Des larmes coulent lentement sur ses joues.
– Je suis désolé, dit Marvin à voix basse. Je ne voulais pas vous faire de peine. Peut-être que les choses vont s'arranger ! »
– C'est gentil de me dire cela. Mais vous savez bien que ce n'est pas vrai. »
Le téléphone sonne, coupant court à la discussion.
Le jeune homme décroche.
– C'est monsieur Harper, dit-il. Il vient aux nouvelles. »
– Bonsoir, monsieur Harper, dit Claire. »
– Bonsoir, madame Dearing. Alors, quoi de neuf ? »
– L'attaque a été contrée. »
– A la bonne heure ! Beaucoup de dégâts de notre côté ? »
– Oui ! Heureusement que nous avions reçu des renforts ! Mais… »
– Mais quoi ? »
– Il semblerait que cela ne soit pas fini. Apparemment, nos adversaires nous ont réservé une vilaine surprise. »
– De quoi s'agit-il ? »
– Nous n'en savons encore rien. Je vais vous permettre de voir notre écran de contrôle. Ainsi, vous pourrez découvrir, en même temps que nous, de quoi il s'agit. »
Pendant ce temps-là, sur le terrain, les trois hommes sont comme statufiés.
Owen et Jasper ne quittent pas des yeux Nicolas, qui, de son côté, observe intensément la lisière de la forêt, tous les sens en éveil.
Près de lui, le groupe de dinosaures s'énerve.
– N'y allez pas, dit soudain Nicolas ! Vous n'auriez aucune chance. »
Puis, s'adressant à l'américain.
– Il est là, dit-il. Il vient tout juste de s'arrêter et il nous observe. Il attend le bon moment.
– Tu le vois ? »
– Non, il a pris la couleur de son environnement mais, je l'entends respirer.
« Qu'est-ce que tu attends pour te montrer, hurle-t-il soudain dans le vent ? »
Alors, dans un bruit de tempête, projetant en tous sens des morceaux de branches brisées, le monstre sort du bois.
C'est un énorme bipède : neuf, dix mètres de long, peut-être, et quatre mètres à quatre mètres cinquante de haut. Lui aussi porte un collier.
L'animal pousse un cri effroyable qui résonne dans le vent.
Les trois hommes ont rentré la tête dans les épaules.
Dans la salle de commandes, tous ont sursauté et Claire a poussé un cri d'effroi.
– Mon Dieu, dit Harper ! Il ne manquait plus que ça !
– Docteur Narrow, dit Nicolas sans perdre son sang froid, j'ai besoin d'informations. Qu'est-ce que c'est que cette bestiole ? Quelles sont ses forces ? Ses faiblesses, s'il en a ? »
– Tout d'abord, ce n'est pas un vrai dinosaure. Il n'a jamais existé. Comme l'Indominus Rex, il y a quelques années, c'est un animal fabriqué de toutes pièces. Et ce que l'on peut dire, c'est qu'ils y ont mis le paquet !
« Pour gagner du temps, je vous propose de l'appeler IdR2.
« Tout se passe comme s'il avait été fabriqué à partir de pièces détachées d'autres sauriens.
« Les cornes, tout d'abord. Celle qu'il porte sur le nez rappelle celle du Cératosaure et celles situées juste au-dessus des yeux celles d'un Carnotaure. Tous les deux étaient des théropodes carnivores comme le Tyrannosaure.
« Les trois autres rangées de pointes qu'il a sur la nuque semblent avoir été empruntées à des stégosauridés.
« D'après moi, elles servent essentiellement à la défense, en protégeant le cou.
« Il y a deux terribles nouveautés par rapport à l'IdR de première génération.
« Tout d'abord les masses osseuses au bout de la queue, inspirées des ankylosauridés. Ce sont des armes redoutables. Compte tenu de la puissance de l'animal, elles peuvent agir comme des masses qui, à l'impact, peuvent briser les os les plus durs.
« Surtout méfiez-vous en !
« Enfin, les longues griffes au bout des membres antérieurs ont été empruntées au Thérisinosaure, un énorme bipède apparemment herbivore. Elles sont particulièrement longues et tranchantes comme des rasoirs.
« Pour finir, méfiez-vous des mâchoires. Visiblement, la dentition a été renforcée. Elle est encore plus redoutable que celle de l'IdR1. »
– Charmante bestiole, conclut Nicolas ! Merci, docteur pour cette description très précise. Si je comprends bien, nous avons en face de nous un char d'assaut au blindage renforcé et muni de toutes les armes possibles. Magnifique perspective !
– Votre résumé est un peu schématique mais, finalement, assez exact, répond le scientifique.
« Je vous souhaite bon courage et, surtout, beaucoup de chance, même si, à votre place, je m'en irais au plus vite. »
– C'est hors de question ! Mais merci tout de même ! »
– Tu sais, dit Owen, il parle le langage du bon sens. Que veux-tu faire contre ça ? »
Espérer, c'est tout ! »
Tu as une idée ? »
- Juste une dernière carte à abattre. L'avenir nous dira si c'est un as de cœur ou un modeste deux de pique. »
Le français s'est avancé de quelques pas tandis que le prédateur se dirige vers lui, la gueule menaçante.
Plus que quelques mètres séparent désormais les deux protagonistes.
Partout, sur le terrain, comme devant les écrans, chacun retient son souffle, s'attendant au pire à tout moment.
L'animal avance toujours.
Il est maintenant tout près de Nicolas.
– Reviens, crie Owen, tu vas te faire bouffer ! »
– Pas sûr, répond le français. »
Alors que l'animal s'apprête à se jeter sur lui, il tend son bras gauche en direction du prédateur géant.
Immédiatement, un jet de lumière bleue sort de sa main et va heurter, quasiment à bout portant, la poitrine du dinosaure.
Celui-ci se retrouve soudain projeté en arrière de plusieurs mètres avant de retomber lourdement sur le sol.
Fortement ébranlé, il peine à se remettre debout.
A la lisière de la forêt, un homme aux cheveux blancs, grand et élancé, vient d'apparaître, tenant un petit boîtier dans la main.
– Relève-toi, hurle-t-il ! »
Et, sans attendre, il presse l'un des boutons.
Aussitôt, l'IdR2 hurle de douleur et se remet péniblement sur ses pattes.
– Bonjour, colonel Trevor, crie soudain Nicolas ! »
– Ainsi donc, on se connaît. Ignacio avait raison ! Pourtant, ta tête ne me dit rien. »
– C'est normal ! C'est très vieux. Mais si je vous dis : hommes-grenouilles et Bassorah ?
– OK ! Je vois ! Si je me souviens bien, tu avais pris une volée à l'époque. Je te croyais mort. Apparemment, la leçon ne t'a pas servi. Tu es venu en prendre une deuxième ? »
- A votre place, je ne prendrais pas les paris. La chance finit toujours par tourner. »
– Désolé mais je n'ai pas de temps à perdre en bavardages stériles.
« Et toi, numéro 13, je t'ai donné un ordre ! »
Mais le monstre hésite. Il ne comprend pas ce qui lui est arrivé, ni comment le petit bipède, devant lui, a pu être aussi fort. Il craint manifestement de voir la chose se reproduire.
Derrière lui, Trevor s'impatiente.
– Je t'ai donné un ordre, hurle-t-il ! »
Et, une nouvelle fois, il presse le bouton, injectant ainsi une nouvelle dose de peptide de la douleur au monstre qui crie alors de souffrance.
De son côté, Nicolas a, lui aussi, sorti de sa poche son petit boîtier.
L'animal est suffisamment près pour qu'il puisse l'actionner.
– Ecoute, dit-il en s'adressant à l'IdR2, tout ce que tu endures, c'est cet homme qui te l'infliges. »
Sans hésiter un seul instant, il appuie sur le petit bouton et le voyant s'éteint instantanément sur le collier du dinosaure.
– Tu vois, reprend le français, maintenant, il ne peut plus te faire de mal. »
Effectivement, bien que Trevor s'énerve sur son boîtier, plus rien ne se passe.
L'animal semble avoir compris.
Il a tourné la tête vers son tortionnaire et pousse un cri de rage.
Puis, faisant volte-face, il se dirige vers le colonel, l'air menaçant.
– Alors, Trevor, crie Nicolas ! Il paraît que vous êtes resté très sportif. Vous allez pouvoir le démontrer car il va falloir courir très vite si vous voulez lui échapper. »
– Salopard, hurle le colonel qui dégaine son colt et tire à deux reprises dans la direction des trois hommes, mais sans grande précision. »
Puis il se jette dans la forêt.
Sans attendre, l'IdR2 se lance à sa poursuite.
Le bruit de sa course diminue progressivement.
– Il va se faire dévorer, conclut Jasper. »
– Ce n'est pas certain, rétorque Nicolas. Ce type est très malin et son poursuivant ne peut pas courir très vite, dans cet entrelacement de branches, à cause de sa grande taille.
« De toute façon, nous n'avons gagné qu'un court répit car, qu'il rattrape ou pas Trevor, le monstre finira par revenir vers nous. »
– Tu peux lui refaire le coup de la décharge électrique, demande Owen ? »
– Malheureusement non. J'ai épuisé en un coup la quasi-totalité de ma réserve d'énergie pour bousculer cet animal, et le rechargement va être assez long. »
– Et ce blindé qui n'arrive pas, ronchonne Jasper. »
– Ne sois pas injuste, rétorque l'américain. Je suis sûr que les gars font le maximum pour arriver au plus vite, mais la circulation est compliquée. »
Dans le bois, la poursuite continue.
Malgré sa rapidité et les nombreux obstacles entre lesquels il se faufile, Trevor à toutes les peines du monde à maintenir une distance suffisante entre son poursuivant et lui.
Regardant par-dessus son épaule, sans ralentir sa course, il constate avec angoisse que l'IdR2 est presque sur ses talons.
Il faut pourtant qu'il parvienne à disparaître du champ de vision de l'animal s'il veut pouvoir mettre son plan à exécution.
Heureusement pour lui, la pente s'accentue.
Dans un geste désespéré, il se jette en avant et se laisse rouler jusqu'à la rivière. Arrivé dans l'eau, il se relève sans attendre et remonte le courant de quelques dizaines de mètres.
Puis il se laisse tomber à plat ventre. Jetant un dernier regard au grand prédateur, il s'aperçoit que celui-ci est quasiment masqué par la végétation et qu'il a nettement ralenti sa course.
Apparemment, il a perdu sa trace. Le colonel constate également, par un trou du feuillage, que le voyant du collier est de nouveau allumé.
Sans attendre, il appuie sur l'un des boutons avant de se dissimuler sous le rebord de la berge.
Une explosion se fait entendre… suivie d'un effroyable cri de douleur.
Mais les vibrations du sol n'ont pas cessé pour autant.
Apparemment, le dinosaure est toujours vivant.
Dissimulé dans les herbes, Trevor se risque à jeter un coup d'œil.
Le prédateur le cherche toujours, mais il porte une importante blessure au cou, qui saigne abondement.
Manifestement, l'engin explosif n'a pas parfaitement fonctionné. Peut-être que les nombreux chocs qu'il a reçus dans la forêt l'ont endommagé.
La détonation a été beaucoup plus faible que prévu.
Mais cela importe peu car l'animal, lassé de sa recherche infructueuse, a fait demi-tour et remonte maintenant vers la lisière.
Dès qu'il est hors de vue, Trevor sort de l'eau et s'éloigne en courant en direction de son point de rendez-vous avec ses hommes.
Il n'a en effet plus rien à faire sur place. Sa mission est terminée.
– Que les autres se débrouillent avec n°13. Je leur souhaite bon courage. Il faudra bien qu'à un moment ou un autre, ils acceptent de l'affronter. S'ils ne le font pas maintenant, cette sale bête est suffisamment tordue pour aller se cacher dans les zones boisées, où elle sera invisible. Je pense qu'ils auront alors du mal à la dénicher et leurs pertes risquent fort d'être importantes.
« Dommage que la caméra soit fichue, j'aurais bien aimé voir ça. »
– L'IdR2 n'est pas mort, dit soudain Nicolas, qui brise ainsi le silence tendu des trois hommes.
« La bombe n'a pas dû remplir son rôle. »
– Peut-être s'était-elle détachée, propose Jasper ? »
– Je ne pense pas car on a nettement entendu un cri de souffrance juste après l'explosion.
« Et puis, je l'entends se déplacer dans le sous-bois. Il sera sur nous dans quelques minutes. »
Sans participer à la discussion, Owen s'est un peu écarté.
– Allo Claire, dit-il dans son micro ? »
– Je t'entends, répond la jeune femme. »
– As-tu des nouvelles des renforts ? »
– Pas récemment. Attends, je les contacte. »
Quelques instants plus tard, elle reprend la parole.
– Le déplacement est très difficile malgré les qualités de l'engin. Ils ont réussi à parcourir plus de la moitié de la distance et devraient vous rejoindre d'ici une grosse dizaine de minutes. »
– Qu'ils soient vigilants, car l'animal risque de se porter à leur rencontre. »
– Que veux-tu dire par là ? »
– Qu'on ne pourra pas le retenir le temps nécessaire, malgré nos six petits bras musclés ! »
– Je n'aime pas ton humour ! »
– C'est tout ce qu'il me reste, je n'y peux rien. »
– Monsieur Grady, ici Harvey Harper, laissez tomber et fichez le camp ! On se débrouillera pour traquer cette horreur d'une autre manière. »
– Moi, je veux bien, mais mon adjoint est têtu. Il ne voudra pas partir. »
– Alors, laissez-le ! C'est son choix, qu'il l'assume ! Vous n'êtes pas obligé de vous sacrifier avec lui ! »
– A un détail près : C'est mon ami et c'est à cause de moi qu'il est là. »
– Et moi, dit Claire, les yeux pleins de larmes, as-tu pensé à moi ? »
Mais Owen ne répond pas. Il n'a pas entendu la question car il avait l'esprit ailleurs. Il cherchait Nicolas du regard.
Celui-ci s'est éloigné et semble en grande conversation avec « ses » dinosaures.
Soudain, les petits prédateurs se séparent et s'éloignent en courant dans des directions différentes.
– Tu as enfin compris, l'apostrophe Owen ? Tu as fait partir nos petits amis et, maintenant, cela va être notre tour ? »
– Tu as raison, vous devriez partir, Jasper et toi. Inutile que l'on risque notre peau tous les trois.
« Quant à nos dinosaures, je ne leur ai pas dit de s'en aller, je leur ai confié une mission. »
– Ah bon ! Et laquelle ? »
– Une idée folle qui n'a pas une chance sur cent de réussir, mais que je vais tenter quand même.
« Quant à toi, tu devrais écouter l'appel de Claire. Inutile de la rendre malheureuse pour rien.
« Elle t'attend, rejoins-là ! »
– Et toi, as-tu pensé à Magdalena ? »
– Je ne pense qu'à elle. Mais, vois-tu, c'est tellement récent que j'ai encore du mal à croire que ce n'est pas un rêve. Et puis, j'ai passé ma vie à la risquer pour des choses en lesquelles je croyais. Je ne vais pas changer maintenant.
« Cela se passe désormais entre cette horreur et moi. »
– Tu es fou ! Tu vas affronter un animal de près de neuf tonnes tout seul et les mains nues ! »
– Pas exactement. Mais il est trop tard pour en discuter. L'IdR2 n'est plus très loin. Je pense que sa blessure doit le faire souffrir car il se déplace lentement.
« Néanmoins, il ne devrait pas tarder à apparaître. »
Pendant ce temps-là, le colonel Trevor a poursuivi sa course folle.
Parvenu hors de vue de ses ennemis, il a pris le risque de sortir du bois pour se déplacer plus vite.
Tout va bien pour lui.
D'ici une dizaine de minutes, il aura rejoint ses hommes près de l'enceinte.
Ils pourront ainsi franchir la clôture tous ensemble et disparaître dans la jungle pour rejoindre la péniche.
Perdu dans ses pensées et emporté par son élan, il arrive au milieu d'un groupe de Coelurus.
Surpris, les dinosaures se sont écartés sur son passage mais ils se ressaisissent aussitôt et le prennent en chasse.
C'est en effet une proie tentante et à la portée du petit groupe.
Déjà, les premiers spécimens se jettent sur le fugitif, au niveau des jambes et du dos, et le mordent avec férocité.
Tout en courant, Trevor a sorti son pistolet de son étui. Avec son poing gauche et la crosse de l'arme, il frappe sauvagement les animaux qui s'accrochent à lui.
Il tire également sur ceux qui tentent de le déborder, par la droite ou par la gauche, avec une redoutable efficacité.
Un peu plus loin, le lieutenant Jurgen est alerté par le bruit des coups de feu.
– Il y a des problèmes par là, dit-il soudain. C'est peut-être le colonel qui a des ennuis.
« Cinq hommes avec moi ! On va au-devant de lui.
« On se déploie en tirailleurs et on ouvre l'œil ! »
Sans un mot de plus, les six hommes se sont lancés en avant, tous les sens aux aguets.
Il ne leur faut que peu de temps pour rejoindre Trevor.
Celui-ci a dû s'arrêter et se défend comme il le peut.
Malgré la précision de ses tirs, il a du mal à contenir les assauts des Coelurus.
L'arrivée de Jurgen et de ses hommes est providentielle.
Grâce à ce renfort, les petits prédateurs sont rapidement mis en fuite, laissant de nombreux cadavres derrière eux.
– Merci, lieutenant, dit le colonel, vous êtes arrivés à point nommé. »
– Ne restons pas là, mon colonel, nos coups de feu pourraient attirer nos ennemis
– Tu as raison, le moment est venu de tirer notre révérence.
« Allons-nous en !
