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16 – Ultime combat

Pendant que se déroulent ces évènements, la tension monte du côté de Nicolas et ses amis.

– Allons nous mettre à l'abri au niveau de ce rocher, dit-il. Inutile de faciliter la tâche à notre adversaire. »

Accroupis derrière le bloc, se confondant presque avec la masse minérale, les trois hommes attendent.

Les vibrations dans le sol sont de plus en plus nettes et le français écoute, avec angoisse, grossir le bruit des pas de l'IdR2.

Pendant qu'ils sont concentrés sur l'apparition imminente du dinosaure géant, un cri terrifiant, suivi presque immédiatement d'un second, se fait entendre dans leurs dos.

– Bon sang, dit Owen en se retournant, les Tyrannosaures. Il ne manquait plus qu'eux ! »

Sans ralentir, les deux puissants théropodes continuent leur marche sans même leur prêter attention.

Soudain, venant de la zone du bois, un nouveau hurlement retentit à son tour.

Un Allosaure apparaît, puis un deuxième.

Et les nouveaux venus semblent vouloir défier les premiers arrivés.

Autour des quatre prédateurs géants, les dinosaures du français s'agitent en tous sens puis convergent vers lui.

– Ils nous ont vite repérés, constate Jasper. »

– C'est normal, je les ai appelés. »

– Qu'est-ce que tout cela veut dire, demande Owen ? »

– Que j'ai choisi de combattre le mal par le mal, la puissance par la puissance.

« J'ai envoyé Blue et ses complices chercher ce qui se fait de mieux dans la réserve en matière d'aptitude au combat. »

– Tu joues avec le feu ! Ils ne t'obéiront pas et ils vont nous dévorer. »

– Peut-être ! Peut-être pas ! De toute manière, c'est la seule solution que j'ai trouvée pour gagner du temps et bloquer l'IdR2 ici, dans l'attente des renforts. »

Devant eux, les deux couples de théropodes se font face et se défient du geste et de la voix.

Nicolas se lève et s'avance vers eux.

– Ce n'est pas entre vous qu'il faut vous battre, hurle‑t‑il, mais contre lui ! »

Il tend alors le bras vers la forêt.

Les quatre prédateurs géants tournent la tête dans la direction indiquée.

Mais rien ne se produit.

Numéro 13 ne sort pas du bois.

Pourtant, il est là, arrêté, dissimulé dans la végétation, à épier ce qui se passe.

Ne voyant rien venir, les quatre dinosaures s'impatientent et commencent à se rapprocher dangereusement du français.

– Reviens, lui crie Owen ! »

Dans la salle de commandes, tout le monde retient son souffle, dans un silence de mort.

Le français scrute désespérément la lisière. Il sait que le temps lui est dangereusement compté, qu'il n'y a plus qu'une poignée de secondes avant l'inéluctable.

Mais il n'entend rien. Son oreille électronique ne capte aucun son.

Son œil artificiel ne distingue rien non plus.

– Il est là, crie-t-il à Owen ! Je sais qu'il est là ! Mais il ne fait plus aucun bruit, aucun mouvement. Il nous épie. »

Les grands dinosaures sont quasiment à sa hauteur.

Frénétiquement, Nicolas balaie, encore et encore, la lisière en face de lui.

Le désespoir commence à le gagner.

– C'est foutu, dit-il, avant tout pour lui-même. »

Alors qu'il n'y croit plus, il aperçoit soudain… l'œil de l'IdR2. Sa couleur rouge-orangé tranche sur le vert ambiant.

– Le voilà, hurle-t-il en étendant le bras ! Il est juste là ! »

Arrêtés dans leur approche, les grands dinosaures se retournent une nouvelle fois.

Se sentant démasqué, numéro 13 surgit, dans un énorme fracas de bois brisé.

A peine sorti, il s'arrête et pousse un terrible rugissement, auquel répondent les théropodes.

Ceux-ci se détournent du petit bipède et se déploient lentement autour de l'intrus.

Le combat est désormais imminent.

Les deux Tyrannosaures se trouvent face à l'énorme gueule et aux redoutables griffes.

Ils se limitent pour l'instant à une sorte d'intimidation, n'osant pas se jeter à l'assaut des terribles armes qui leurs font face.

Ils font mine, à tour de rôle, de tenter des attaques, mais ils s'arrêtent bien vite dès que l'IdR2 se montre dangereux.

Les Allosaures se trouvent derrière l'animal, légèrement décalés sur sa gauche.

Le premier à porter son assaut est le mâle.

Profitant du fait que le monstre est occupé par les Tyrannosaures, il se jette en avant et tente de s'accrocher sur les flancs de numéro 13, pour le saisir à la nuque.

Mais les rangées de cornes que celui-ci porte en guise de protection empêchent le théropode d'assurer sa prise.

Il tente néanmoins de s'agripper, mais sans succès.

Il glisse lentement sur les flancs de son adversaire, les labourant au passage avec ses griffes.

Tournant brusquement la tête, l'IdR2 saisit l'une des pattes arrière de son agresseur qui, faute d'un appui suffisant, pend dans le vide.

Puis, il tire violemment, décrochant le prédateur de son dos.

Les muscles de l'Allosaure sont arrachés. Les os craquent sous la pression des terribles mâchoires.

Puis numéro 13 projette sa victime au loin, lui labourant la gorge au passage de ses griffes.

Pour défendre son mâle, la femelle Allosaure s'est précipitée à son tour.

Mais, l'IdR2 pivote sur lui-même et l'accueille en lui assénant un formidable coup avec les deux masses osseuses situées au bout de sa queue.

La patte avant du théropode ne résiste pas au choc.

Un craquement sinistre indique clairement que des os sont brisés, alors que l'animal chute sur le sol.

Malgré sa blessure, il parvient néanmoins, au prix d'un effort douloureux, à se remettre debout.

Son mâle, par contre, n'a pas cette chance. Alors qu'il tentait, lui aussi, de se relever, le monstrueux dinosaure lui assène de nouveaux coups de ses terribles griffes, le renvoyant définitivement à terre.

En effet, grièvement blessé, l'Allosaure n'a désormais plus la capacité de se relever. Sa femelle, malgré ses blessures, s'est portée à sa hauteur et s'efforce, tant bien que mal, de le protéger.

De leur côté, les Tyrannosaures se sont avancés vers leur adversaire. Mais celui-ci réagit vite et pivote sur lui-même, fouettant l'air de sa redoutable queue.

La femelle, heurtée de plein fouet, est projetée au sol, alors que son mâle projette sa tête en avant, s'efforçant de saisir la nuque de l'IdR2.

Mais, encore une fois, celui-ci réagit rapidement et fouette l'air avec ses pattes avant, utilisant ses griffes tranchantes pour lacérer le museau et la gorge de l'assaillant.

Toujours près de leur rocher, les trois hommes assistent, impuissants, au combat dantesque qui se déroule sous leurs yeux.

– Ce n'est pas très bien parti, dit Jasper. »

– Cet animal est incroyablement puissant, s'étonne Owen ! On savait que nos adversaires avaient concocté un monstre redoutable, mais à ce point là !

« Le combat vient à peine de commencer et il nous a déjà endommagé la moitié de notre effectif, dont un est définitivement inapte au combat. »

– Que les survivants tiennent encore un peu et le blindé sera là, précise Nicolas.

« On pourra alors en finir avec cette horreur. »

– C'est tout ce que cela te fait, questionne l'américain avec un accent de reproche ? »

– Non, bien sûr ! Mais on n'arrête pas un char d'assaut sans y mettre le prix.

« J'aurais préféré que la bataille se limite aux petits dinosaures mais ce n'est pas le cas.

« Il faut donc s'adapter et s'il faut sacrifier nos quatre théropodes, on les sacrifiera. Quoi qu'il en soit, l'IdR2 n'ira pas plus loin. Il doit mourir ici ! »

Owen et Jasper dévisagent le français.

Celui-ci a le regard fixe, les dents et les poings serrés.

Il sait que la partie s'annonce délicate, comme il sait qu'il est en train de sacrifier les animaux du parc.

Mais avait-il un autre choix ?

Soudain, le tirant brutalement de sa concentration, Blue s'est élancée, suivie immédiatement par les autres dinosaures.

– Revenez, hurle-t-il soudain ! Vous ne pouvez rien faire. Il est trop fort pour vous ! Vous allez vous faire massacrer ! »

Il est déjà trop tard.

Les petits prédateurs sont à la hauteur du carnivore géant et se précipitent sur lui.

Mais ils ne sont pas de taille. En quelques coups de dents, de griffes ou des masses osseuses qui terminent sa queue, il a vite fait de se débarrasser des importuns.

Ceux-ci sont projetés en tous sens.

Pourtant cela a suffi à créer une diversion.

Profitant de l'inattention de l'IdR2, la femelle tyrannosaure s'est précipitée sur lui et s'apprête à le saisir au niveau du dos, en ouvrant grand son énorme gueule.

Mais, numéro 13 est rapide. Il a vite compris le danger et se dresse de toute sa hauteur.

Comme il est plus grand que son adversaire, il peut rabattre ses mâchoires sur la nuque de son assaillante.

Il n'hésite pas un seul instant et plante ses dents dans la chair.

La femelle théropode hurle et s'agite en tous sens pour essayer de se libérer de l'étreinte mortelle, mais n'y parvient pas.

De son côté, pour défendre sa compagne, le mâle place une attaque sur le flanc du monstre géant.

Celui-ci, sans lâcher sa proie, pivote rapidement sur lui-même et frappe violemment l'assaillant avec sa terrible queue, au niveau de la cage thoracique. Sous le choc, des os craquent. Des côtes se brisent.

Sans laisser le temps au Tyrannosaure de se ressaisir, il lui laboure la poitrine avec ses longues griffes.

Pendant tout ce temps il n'a pas lâché sa proie. Ses crocs s'enfoncent toujours plus profondément dans les chairs et les puissantes mâchoires se referment.

Malgré des tentatives désespérées, sa victime n'a pas réussi à lui faire lâcher prise. Pourtant, ses dents ont presque réussi à sectionner une des pattes avant de son adversaire, tandis que ses griffes lui labourent la poitrine.

Apparemment insensible à toutes ses blessures, le monstre continue à broyer les chairs.

Au bout d'un moment, des os craquent, comme du bois qui se brise. Les vertèbres cervicales ont été disloquées. La femelle Tyrannosaure cesse alors de bouger. Sa tête retombe mollement.

Elle est morte.

Fier de sa victoire, l'IdR2 lâche sa proie et pousse un nouveau cri, plus terrifiant encore que les précédents.

Autour de lui, le sol est jonché d'animaux, blessés ou morts.

Malgré leurs souffrances, les petits prédateurs, Blue en tête, sont revenus se positionner près de Nicolas.

Ils sont tous là, mais certains auront besoin de soins.

Pendant ce temps, numéro 13 se dirige vers son dernier adversaire.

Le Tyrannosaure s'est approché de sa femelle et touche sa tête avec le bout de son nez. Mais c'est inutile.

Alors, il se redresse et pousse un énorme cri, mélange de colère et de souffrance, et s'avance à son tour vers son adversaire.

Les deux titans sont maintenant face à face, puissance contre puissance, rage contre rage.

Pour faire diversion, et malgré ses blessures, la femelle Allosaure a profité de l'inattention de l'IdR2 pour se précipiter sur lui.

Elle n'a pas cherché à s'attaquer au cou, mais s'est ruée sur la queue qu'elle a bloquée entre ses mâchoires.

Malgré ses tentatives, le monstre ne parvient pas à se dégager, pas plus qu'il ne peut se retourner contre elle car le Tyrannosaure le menace déjà.

Les protagonistes sont fatigués et leurs gestes se sont ralentis mais le combat continue. Ce sera une lutte à mort.

Soudain, des coups répétés claquent dans l'air et des traits lumineux viennent se planter dans les flancs de numéro 13.

– Des balles traçantes, crie Owen ! »

– Les renforts sont là, jubile Jasper ! »

Avec précision, la mitrailleuse 12,7 du blindé tire sur le monstre qui hurle de douleur.

- Attention à nos propres dinosaures, conseille le chef de char ! »

- Ne t'inquiète pas, répond le tireur, je connais mon métier. Si l'un de nos animaux s'approche trop près, je cesserai le feu. »

Sous les impacts, l'énorme prédateur s'est redressé.

C'est le moment que choisit le Tyrannosaure pour porter son attaque.

Il se glisse sous la tête de son adversaire et le saisit à la gorge.

Les terribles dents sectionnent les chairs et, tirant brusquement, le théropode égorge l'IdR2.

Celui-ci s'effondre sur le côté et reste immobile sur le sol.

La mort a fait son office.

Le dinosaure carnivore pousse alors un énorme cri de triomphe.

Puis le silence revient.

Plus rien ne bouge, comme si le temps s'était arrêté.

Les deux derniers grands prédateurs encore valides se dirigent vers le monstre terrassé et commence à le dévorer, comme s'ils voulaient se nourrir de sa force.

Pendant ce temps-là, partout chez les hommes, c'est le grand soulagement.

Jasper, Owen et Nicolas se sont précipités vers le blindé.

– Merci, les gars, dit l'américain. Vous êtes arrivés juste à temps. »

– Quel carnage, répond le mitrailleur, visiblement marqué par le paysage qu'il a sous les yeux ! »

– Oui, dit Nicolas, avec un curieux accent de tristesse dans la voix, il a fallu y mettre le paquet. Espérons qu'on nous laissera le temps de panser nos blessures.

« De toute façon, on n'a plus les moyens de faire face à une nouvelle attaque.

« En tout cas, bravo les gars ! Sans vous, je ne suis pas sûr qu'on aurait pu en venir à bout. »

– On a eu beaucoup de mal à arriver jusqu'ici, répond le chef de char. La piste était vraiment mauvaise. On a failli s'enliser plusieurs fois, malgré les qualités de l'engin.

« Heureusement que Bradley est un pilote hors pair. »

- Monsieur Grady, dit soudain une voix dans l'oreillette de l'américain ! Monsieur Grady, m'entendez-vous ? »

– Je vous entends fort et clair, docteur Narrow. »

– Si j'ai bien suivi le combat, un de nos théropodes est mort et les trois autres sont blessés dont un Allosaure grièvement. C'est bien cela ? »

– C'est tout à fait cela, toubib. Où voulez-vous en venir ? »

– Ces animaux ont besoin de soins urgents. On ne peut pas les laisser ainsi. J'ai fait préparer le char de dépannage avec la remorque équipée. Demandez au blindé de ne pas bouger jusqu'à notre arrivée.

« Nous donnerons les premiers soins aux dinosaures sur place, après les avoir anesthésiés. C'est pourquoi ils auront besoin de protection. »

– Vous risquez d'avoir du mal à arriver jusqu'à nous. »

– Nous mettrons le temps nécessaire. Nous prendrons la piste qui se situe a mi-pente. Elle est beaucoup plus longue que celle empruntée par le « huit roues » mais le sol est nettement plus portant.

« Nous rentrerons par le même chemin. »

– J'ai tout entendu, dit le chef du blindé. Pas de souci, on reste là. On vous attend. »

A l'autre bout, la voix a changé. C'est maintenant celle de Claire.

– Owen, le garde de la salle de vidéosurveillance vient de me prévenir. Le commando est sorti de l'enceinte. Les hommes ont escaladé le grillage, posé des madriers entre celui-ci et le mur de béton pour se faire un pont, puis sont redescendu à l'extérieur grâce à des cordes fixées à des grappins.

« Le dernier à passer a même fait un geste obscène aux caméras. »

– Qu'ils aillent au diable ! Ils nous ont fait assez de mal comme ça.

« Nous, on rentre. On a grand besoin de se mettre au sec et de souffler. »

– Enfin, dit Claire ! »

– Je t'avais dit qu'avec nos petits bras musclés, on y arriverait ! »

– Sale vantard ! Mais tu es resté en vie. C'est tout ce qui compte. »

Pendant ce temps-là, Nicolas a examiné un à un ses petits protégés.

– Alors, lui dit Jasper ? »

– Cela ira. Les blessures ne sont pas trop graves et je ne pense pas qu'il y ait des fractures ou des lésions internes.

« Mais je leur ai demandé de rester ici. J'aimerais que le toubib puisse les examiner.

« Ils se laisseront faire.

« Pour ce qui nous concerne, on rentre se mettre au sec. »

Voilà une excellente nouvelle, répond le garde ! »

Mais, alors que les trois hommes commencent à se diriger vers la jeep où les attend Asensio, le mâle Tyrannosaure passe à quelques dizaines de mètres à peine.

Il avance difficilement, sa respiration est sifflante.

– Il faudra s'occuper de lui aussi, précise Owen. Il n'est pas en très bon état. »

– C'est le moins qu'on puisse dire, poursuit Jasper. Regardez sa patte avant et sa cage thoracique. Les boules osseuses de l'IdR2 ont dû lui fracturer quelques os. Peut-être même des organes internes ont-ils été touchés. »

L'animal s'arrête à la hauteur des hommes et les regarde fixement.

Le français lui parle alors, sans mot, cette fois. Il échange des sentiments et des émotions : sa reconnaissance et son admiration d'un côté, sa tristesse et sa compassion de l'autre.

Puis, silencieusement, le théropode géant reprend son chemin et s'éloigne sous la pluie.

Alors que les trois hommes parviennent à proximité de la jeep, Blue, qui s'est éloignée, lance un cri d'appel.

Elle paraît étrangement excitée. Elle secoue la tête de haut en bas et fait mine, à plusieurs reprises, de faire demi-tour, comme si elle voulait s'éloigner.

– On dirait qu'elle veut nous montrer quelque chose, dit Owen. »

– Je pense que tu as raison. Allons voir ce qu'elle veut. »

– Je t'accompagne. »

– Moi aussi, surenchérit le garde. Au point où nous en sommes, on n'est plus à quelques minutes près. »

Les trois hommes se dirigent vers l'animal qui s'éloigne en direction de la forêt et disparaît dans un repli de terrain.

Couché sur le sol, numéro 8, l'IdR miniature sans collier, poignardé par Ignacio, gît sur le flanc.

– Il est toujours vivant mais il est mal en point, dit Owen après avoir examiné l'animal. »

- J'ai bien peur qu'il ne tienne pas jusqu'à l'arrivée du véto, ajoute Jasper. »

Pendant que les humains observent le blessé, les dinosaures se sont approchés et disposés en cercle autour d'eux, attentifs à ce qui se passe.

– Il faut tenter quelque chose MAINTENANT, dit soudain Nicolas. »

- Que comptes-tu faire, demande l'américain ? »

– Il me reste encore un peu d'énergie dans le bras gauche. Si l'Idr miniature m'accorde sa confiance, je vais essayer de le soigner. »

Puis il fixe longuement le petit théropode couché, sans bouger ni prononcer la moindre parole.

Après un moment d'attente, le français saisit le poignard planté dans le cou.

– Je vais certainement te faire mal, dit-il à l'IdR miniature. »

Puis il retire l'arme d'un seul coup. Le petit carnivore sursaute mais ne pousse aucune plainte, et ne montre aucun signe d'agressivité.

– Je vais te retirer le deuxième maintenant. Cela va être plus difficile et, sans doute, plus douloureux. »

D'un geste précis, il enlève le second poignard, arrachant un cri plaintif à l'animal.

La plaie saigne abondamment.

Sans attendre davantage, Nicolas pose sa main gauche dessus, bien à plat, doigts écartés. Une vague de chaleur irradie dans le corps du blessé tandis qu'une curieuse vapeur s'élève.

Lorsque le français termine se manipulation, la plaie est quasiment cicatrisée.

– Il me reste un peu d'énergie, explique-t-il à ses deux comparses, je vais donc essayer de cautériser la plaie du cou. En fait, je peux me servir de l'électricité accumulée dans mon bras de deux façons : pour combattre, comme contre l'IdR2, en la libérant d'un seul coup en un jet puissant, ou pour apaiser, comme ici, en la laissant se diffuser dans ma main, lentement.

« Mais je ne sais pas s'il m'en reste assez. »

Effectivement, lorsqu'il retire sa main, la blessure n'est pas tout à fait refermée.

– Je pense que ce sera tout de même suffisant. »

Comme en réponse, l'animal se remet debout.

Il est aussitôt accueilli par les autres dinosaures.

– On peut s'en aller, maintenant, conclut Nicolas. »

Le trajet du retour est silencieux.

Les trois hommes, ruisselants d'eau, sont perdus dans leurs pensées.

A peu près au même moment, Trevor et son commando ont rejoint la plage et commencent à embarquer dans la péniche.

– Mon colonel, annonce Williamson. J'ai reçu un message de la Taupe. Leur péniche a déjà rejoint « Mère poule ». Le cargo est actuellement en train de les charger à bord.

« Dès qu'il aura fini, il obliquera son itinéraire pour venir nous récupérer.

« On peut y aller ! »

– OK ! Répond l'officier, alors ne traînons pas ! »

Un à un, ses hommes embarquent.

Gunther est l'un des derniers à se présenter, suivi à faible distance par numéro 11, l'IdR miniature blessé.

– Toi, tu restes là, dit Trevor ! »

Et, sans hésiter, il dégaine son pistolet et lui loge une balle dans la tête.

- Pas question de supporter ces sales bestioles un moment de plus.

« De toute façon, celui-là ne nous a servi à rien. »

Personne ne bronche.

Déjà, la porte de la péniche se relève, laissant sur la grève le cadavre du dinosaure.

L'engin recule lentement puis se tourne face à l'océan.

Ce dernier ne semble guère plus agité que lors du dernier trajet.

De toute façon, le voyage sera court.

Dans un premier temps, le pilote longe la côte au plus près jusqu'à l'extrême pointe sud de l'île.

Ce n'est qu'à partir de là qu'il se dirige vers la haute mer, pour rejoindre « Mère poule », qui les attend au large.

Compte tenu de la houle, la récupération risque de s'avérer délicate.

Williamson, le radio, ouvre brusquement la porte du poste de pilotage où Trevor a rejoint Miroslaw.

– Tout va bien, mon colonel ! Je viens d'avoir « Mère poule ». Ils ont récupéré la première péniche.

« On peut y aller franco. La place est libre. »

– Parfait, dit l'officier. Alors droit sur le point de ralliement.

« Tu as les coordonnées ? »

– Pas de problème, répond le pilote. On devrait l'atteindre d'ici un petit quart d'heure. »

– Tiens-moi au courant au moindre souci ! Je vais rejoindre les hommes. »

– A vos ordres ! »

A peine plus de dix minutes plus tard, l'embarcation élonge les flancs du cargo, par tribord.

Les deux embarcations se sont orientées face aux vagues, pour avoir à peu près le même mouvement de tangage et éviter le roulis.

A bord du navire, les marins ont fait sortir les bras télescopiques de deux grues et fait descendre les câbles.

Les hommes de Trevor les fixent aux points d'amarrage situés au quatre coins de la péniche.

Sans attendre, celle-ci est hissée avec précaution, en évitant tout choc malgré la houle, puis elle est déposée sur une plate-forme qui, grâce à des vérins, est entrée dans un container fixé sur le pont, parmi d'autres, puis dissimulée derrière un décor fait de caisses.

Une fois ses portes refermées, il ne reste aucune trace de l'embarcation.

Et le lourd vaisseau peut reprendre tranquillement son cap.

De son côté, la jeep a rejoint les bâtiments et a pénétré dans les hangars par le sas.

Une partie des locaux, dégagée de tout véhicules, a été transformée en infirmerie où sont soignés les blessés les moins atteints.

– On a été obligé de s'adapter, dit un des infirmiers à Owen. Nos locaux étaient trop petits. On les a réservés pour les soldats les plus amochés. »

Assis par terre, quelques « marines » valides sont prostrés. Ils peinent à se persuader de la réalité de ce qu'ils ont vécu.

Le sergent Harrys est avec eux.

Il leur parle, les réconforte, les secoue, parfois.

Voyant arriver la jeep, il s'en approche.

– Vous vous en êtes sortis, finalement. Chapeau ! »

– Oui, mais quel carnage ! Heureusement que le « huit roues » est arrivé à temps, répond Owen. Sinon, nous ne serions plus qu'un vague souvenir.

« Je n'ai plus qu'un désir, maintenant, aller me sécher et déguster une bonne bière. Si le cœur vous en dit, je vous invite. »

- Et comment ! »

Ainsi se termine le jour J. Enfin !