— Tu es devenue une très jolie femme, affirma Jiraya en arrivant près de Konan.

Il s'était traîné sur le sol retournée de l'allée principale de Konoha, rampant alors que les armes de Pain déchiraient encore sa chaire. Il lui adressa un faible sourire, mélange de tristesse et de compassion alors qu'elle gisait tremblante devant lui. Le Sandaime Hokage baignait dans son sang à quelques mètres, ses yeux morts braqués sur le combat que livrait Shinobi-san, Kakuzu et Pain. Il s'était sacrifié pour vaincre Konan, l'Hokage avait perdu goût a la vie quelques mois plus tôt, quand Shikamaru lui avait annoncé qu'Asuma ne reviendrait pas de mission. L'attaque sur les abris qu'avaient orchestré les Frères Zombies avait scellé la décision du vieil homme : il mourrait aujourd'hui.

— J'aurais tant voulu vous revoir toi, Yahiko et Nagato, poursuivit le Sanin en se redressant au dessus de Konan, la dominant de son impressionnante carrure. J'aurais tant aimé venir à Âme pour prendre de vos nouvelles, mais je ne l'ai pas fait. Si vous avez fait tous ces choix, c'est en partie de ma faute.

— Vous n'y êtes pour rien sensei, murmura Konan, résignée à l'idée de mourir. Nous combattons pour nos idéaux, nous avons un rêve.

— Quel rêve peut justifier pareil massacre ? Demanda Jiraya, cherchant à comprendre les motivations de ses anciens élèves. Je me souviens juste de trois petits enfants, perdus et désespérés. Je vous ai recueilli, je vous ai enseigné et je vous ai aimé, plus qu'aucun enfant de mon propre village... Et que vis-je des années plus tard ? Deux de ces enfants sont devenus de dangereux criminels et que non content de détruit mon foyer. Ils ont fondé une organisation dont le but inavouée est d'instaurer le règne d'un tyran.

Konan ne répondit pas de suite, se laissant le temps de réfléchir alors que la douleur dans ses bras l'abrutissait. Son regard parcourut Konoha, s'arrêtant sur chaque cadavre. Ils étaient tous différents, leurs dernières poses racontant l'histoire de leurs fins. Une larme solitaire roula le long de sa joue alors qu'elle voyait le bras d'une fillette pendre à une fenêtre, ses doigts tordus et les ongles arrachés, des sillons sanglants marquaient le mur. L'enfant avait du être emprisonné quand le toit s'était effondré, l'écrasant mais la lassant consciente, avec juste assez de force pour essayer de survivre.

— Nous voulons la paix. La véritable paix, pas cette comédie que joue les grands pays avec leurs cessez-le-feu. On veut mettre fin à la guerre pour ne plus jamais avoir à enterrer des innocents.

— Vous n'empruntez pas la bonne voie, expliqua Jiraya. Je ne sais pas pourquoi vous cherchez les Démons à Queues, mais sache que si la paix découle de la guerre et de l'imposition de la vision du fort sur le faible, alors le conflit reviendra. Pendant l'espace de quelques années, une illusion de paix s'installera fugacement, mais déjà, les vaincus nourriront de la rancœur. Leurs enfants grandiront et prendront les armes contre l'instigateur de cette paix éphémère, et la guerre reprendra son cours.

— Vous avez tord, Jiraya. Nous créerons une arme si puissante qu'elle sera capable de détruire un pays, les guerres s'arrêteront d'elles mêmes une fois que nous en aurons fait la démonstration. Nous ne laisserons que deux options aux pays en mal d'expansion, la reddition ou la destruction. Commencera alors une ère de paix où tout un chacun pourra vivre sans craindre l'ombre de son voisin ou la soif de pouvoir de quelques psychopathes.

— Et comment ferez vous pour choisir qui détruire ? Comment juger de qui était dans son bon droit ? Vous allez concentrer un grand pouvoir dans les mains d'un seul homme, il pourra être abusé, il pourra se tromper car nul n'est parfait.

Kyubi disparut, laissant place à un Naruto épuisé mais pas vaincu. Jiraya avait reconnu l'homme qui l'avait sauvé, grand, blond avec des yeux d'un bleu à faire se damner les femmes. C'était le fils disparu d'un autre de ses élèves : Minato Namikaze, le quatrième Hokage de Konoha. Jiraya l'avait cherché pendant quelques mois après sa disparition, un ninja de la racine qui perdait les pédales était intéressant par nature. La destruction de Kiri avait conforté le Sanin dans ses réflexions, le Kyubi était bel et bien vivant, scellé dans un Jincuriki. C'est alors qu'il s'était mis à douter de la mort du fils de Kushina, ne faisant part de ses soupçons à personne le temps de vérifier sa théorie.

— De plus, créer une nouvelle arme ne fera que relancer les scientifiques dans leurs recherches. Je ne sais pas combien de temps il faudra, mais l'homme inventera une bombe qui surpassera la puissance des Bijuu. Vous serez alors revenus au point de départ de cette sombre histoire. Les seuls choses qui auront été acquises, ce sera plus de destruction, plus de haine et plus de tristesse. Non, la paix ne s'impose pas, que ce soit par la volonté d'un homme ou de tout un peuple. La paix se conclut, elle se tisse.

— Et comment pourrions nous faire la paix alors même que nos cœurs crient vengeance ? Tout à l'heure, j'ai revu des visages, ceux des hommes et des femmes qui ont détruit mon village. Je les ai tué, tous autant qu'ils étaient, cracha la jeune femme alors que la colère et la haine déformaient son visage. J'ai vu leurs enfants, bien nourrit et choyés alors que nous mourrions de faim. Comment pourrions nous vivre et oublier alors même que ceux qui nous ont fait souffrir sont heureux ? Moi, je ne peux pas, c'est au dessus de mes forces.

— Alors, est-ce là le fond de cette histoire ? Une banale vengeance, briser le cycle de la haine en tuant tous ceux qui vous ont fait du mal ? Pour faire quoi ensuite ? S'aveugler afin de ne pas remarquer les orphelins ? Tu vaux plus que ça Konan, sais-tu ce que j'ai ressenti quand je vous ai recueilli ? De l'espoir, j'avais l'espoir que vous puissiez pardonner mon pays pour ce qu'il avait fait... L'espoir de voir une nouvelle génération plus sage que la mienne, instruite et animée d'un véritable idéal de paix. Mais il est manifeste que je me sois fourvoyé, en ce sens je le concède, j'ai eu tord. Mais sois assurée Konan, que si je devais refaire ce que j'ai fait il y a vingt ans pour vous, même en sachant que cela conduirait à la destruction de Konoha, je le referais.

— Pourquoi ? Demanda-t-elle, confuse mais pas imperméable au discours de cet homme qui avait déjà tant fait pour elle.

— Parce que je suis intimement persuadé que c'est la chose à faire. Je ne saurais te l'expliquer avec mes mots, mais voir vos trois visages à Âme m'avait chamboulé. J'étais révulsé par ma conduite sans pour autant vouloir la changer. Je reste persuadé que l'on ne peut changer le système que de l'intérieur. Mais savoir que trois enfants innocents allaient disparaître, c'était trop pour moi. Ou alors, s'ingénia l'écrivain en prenant le temps de réfléchir. Il est possible que j'eus deviné que tu deviendrais une véritable beauté et que j'eus décidé de te nourrir pour que tes formes se développent correctement. Et que bien plus tard, on serait amené à se retrouver et que pour me manifester ta reconnaissance, tu accepterais de devenir ma femme. C'est tout à fait envisageable.

— Je n'en doute pas un seul instant, finit par sourire Konan.

— Bon, nous ferions mieux de partir avant que les affreux de Konoha ne te trouvent ici. On va avoir pas mal de chose à se raconter et un peu d'intimité ne nous fera pas de mal.

C'est à cet instant que Naruto comprit qu'il affrontait des marionnettes. Le combat se mua en une course poursuite ininterrompue. L'ancien ANBU essayant de passer la garde coalisée de Pain et de Kakuzu alors qu'Hidan abandonnait le combat, incapable de résister à l'appel d'un massacre. Jiraya attrapa la main de Konan alors qu'une grosse grenouille orange apparaissait devant lui.

— Salut ! Moi c'est Gamakichi, qu'est-ce que je peux faire pour vous aider ?

— Nous ramener à la maison, intima l'invocateur.

Il désigna sa joue du doigt en regardant Konan avec gravité, sur le point de lui révéler une information capitale.

— Le prix à payer pour accéder au Sanctuaire du Mont Miyoboku est un baisé. Aussi commenceras-tu par m'embrasser sur la joue.

— Mais c'est gratuit, s'indigna Gamakichi. Et même si il y avait un prix, se serait à moi de le recevoir vu que je suis celui qui fait office de taxi.

— Silence jeune batracien, n'as-t-on pas pris le temps de t'enseigner les coutumes ancestrales ?

— Ce sera le dernier, prévint Konan en déposant fugacement ses lèvres sur la joue de Jiraya qui sembla se liquéfier de bonheur.

— Elles disent toutes ça...

Le trio disparut, laissant le champ de bataille aux derniers combattants qui continuaient la lutte. Jiraya ne pourrait plus rien faire pour le village mais il avait confiance. Il avait vu Naruto se battre et le savait capable de remporter la victoire, tout ce qu'il faudrait à l'adolescent, ce serait une aide inopinée. Et Konoha apportait toujours son aide à ses représentants. L'envolé de corbeau que vit l'Ermite avant d'être emporté au loin lui le prouva une fois de plus.

oOo

Kakashi Hatake resserra les bandages qui lui comprimaient la poitrine, ils étaient tachés de sang. Il ignora les injonctions de Sakura qui lui interdisait de quitter le fauteuil roulant depuis lequel il avait assisté à la bataille de Konoha. Quand il réussit à se relever, tanguant sous les effets de la perte de sang, Mikoto vint le soutenir, l'aidant à enfiler sa veste de protection. Le ninja copieur adressa un signe de reconnaissance à la mère de Sasuke alors qu'il se jetait dans le vide, se laissant glisser le long du mur de l'hôpital. Les trois ANBU de la garde rapprochée du Hokage arrivèrent après lui, le regard fixé sur Hidan qui approchait en marchant. L'immortel semblait calme et serein, plongé dans ses pensées et ne semblaient pas voir le regroupement que formaient les blessés autour de l'hôpital.

— N'oubliez surtout pas, commença le dirigeant temporaire du village. S'il arrive à vous arracher une goûte de votre sang, ne le laissez pas tracer de cercles sous ses pieds.

— A vos ordres, répondirent en cœur les trois hommes, dégainant leurs armes et se préparant à charger.

Hidan s'arrêta, rouvrant les yeux et analysant la situation. Sa faux était endommagée mais tout le monde savait qu'elle demeurait l'arme de prédilection du déserteur, il ne la quittait jamais. Le temps s'arrêta alors que l'immortel toisait l'hôpital, ne faisant pas attention à Kakashi et son équipe, puis il se retourna, marmonnant pour lui même qu'il détestait sentir l'odeur du sang et de n'avoir personne à tuer. C'est le pas traînant qu'il se dirigea à nouveau vers le combat que menait Naruto. Au bout de quelques mètres il s'arrêta et se retourna subitement, pointant son doigt vers la batisse avant de se figer, abasourdit. Il reprit alors sa marche, visiblement mécontent sous le regard intrigué des ninjas de Konoha.

— Puis-je savoir pourquoi aucun d'entre vous n'a pensé à installer un Genjutsu sur un lieu aussi sensible que l'hôpital ? Questionna Itachi, faisant se retourner les quatre hommes qui s'étaient préparés à affronter Hidan.

La surprise fut telle qu'aucun ne pensa à lever son arme. Devant eux se tenait un autre ninja de rang S, portant un manteau aux couleurs de l'Akatsuki. Seul ses yeux dépassait de son col, rouges et noirs, la lueur du Mangekyô Sharingan les illuminant alors que des larmes de sang glissèrent le long de son visage. Seul un silence choqué lui répondit mais il n'en fit pas grand cas, il explosa en un nuage de corbeau, laissant derrière lui un mutisme qui ne fut brisé que par Mikoto.

— Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?

Hidan rejoignit rapidement le combat une fois qu'il comprit qu'il n'y avait plus rien de vivant à Konoha, mis à part Naruto. Il ne prêta aucune attention aux corbeaux qui accompagnèrent ses pas alors qu'il se rapprochait de Pain. Kakuzu par contre ne fut pas aveugle et se s'éloigna quand les oiseaux fondirent sur lui. Pain tendit son bras et envoya une onde de gravité qui fut sans effets sur les volatiles, ces derniers passèrent entre ses rangs, attirant son regard dans tous les sens. Une lame jaillit soudainement de l'essaim et Jigokudô s'effondra, la gorge tranchée.

Naruto fit une pause le temps d'admirer le phénomène, observant cette lame qui semblait apparaître et disparaître dans un concert de croassement. A la seconde attaque, ce fut Tendô qui perdit la vit, le corps lacéré de multiples entailles. Il fut rapidement suivit par le robot et le corps capable d'aspirer le chakra ne laissant que Ningendô et Chikushôdô. Dans un même réflexe, tous les ninjas présent exécutèrent le même signe et un Kai général retentit, faisant disparaître les corbeaux. Itachi Uchiwa se tenait derrière un Hidan concentré, sa pupille tourbillonnait quand il annonça d'une voix sentencieuse sa prochaine technique :

— Amaterasu...

Hidan éclata de rire quand les flammes léchèrent son dos, détruisant ce qu'il restait de sa cape. Il fut bien le seul, Pain regardant gravement la scène alors que Kakuzu tournait les talons, s'enfuyant de Konoha sans demander son reste. Quand le feu atteignit les jambes du déserteur, son dos commença à se liquéfier, dévoilant la colonne vertébrale de l'homme qui avait malmené Konoha. C'est alors que les rires se changèrent en plaintes. Il finit par se rouler en boule sur le sol et ce fut de véritables hurlements qui s'entendirent dans tout Konoha, attirant l'attention des quelques ninjas encore présent et faisant frissonner les civils regroupés près de l'hôpital. Quand les cris cessèrent, faute de poumons pour les alimenter, le calme s'instaura sur le village, Pain observant ses deux adversaires alors qu'il se retrouvait seul.

— J'ai perdu, concéda-t-il en se tournant vers le dernier endroit où il avait vu Konan.

Il remarqua la disparition de la jeune femme et les poings de ses deux corps se crispèrent.

— Elle a été emmenée par Jiraya, elle est désormais un otage de Konoha.

— Peux-tu m'assurer qu'il ne lui sera fait aucun mal ? Demanda Ningendô alors que les quatre corps morts disparaissaient dans un nuage de fumé.

— Il ne lui sera fait aucun mal tant que tu ne nous donneras aucune raison pour la molester.

— Alors nous avons un accord, s'inclina Pain avant de se retirer.

Le squelette noircit d'Hidan remua alors que les flammes finissaient de le consumer, il tenta de ramper vers la porte du village. Itachi enfonça son arme dans son crane, brisant la fine couche d'os. C'est avec lenteur que l'immortel continua d'essayer de se traîner, ne réussissant qu'à creuser la terre sous lui alors que ses doigts disparaissaient, dévorés par la Lumière Céleste. Personne n'approcha le duo, les ninjas de Konoha sortant lentement de leurs cachettes pendant que la nouvelle de la victoire se rependait, murmurée et non pas scandée. Il y avait eu bien trop de morts pour que l'on se réjouisse de la fin du calvaire, seul restait le chagrin et la tristesse.

Naruto se sépara d'Itachi, errant dans les ruines du village à la recherche de son chapeau qu'il avait perdu dès le début de l'affrontement. Tsunade était entrain d'opérer Kushina pendant que Sasuke souffrait de ne pas savoir ce qu'il se passait. Il avait entendu les hurlements d'Hidan, il avait rêvé de faire crier l'immortel, mais force était de constater que quelqu'un l'avait fait à sa place.

— Je jure d'embrasser celui qui a tué ce fou, grommela-t-il pour lui même pendant que Tsunade retirait doucement la lame qui transperçait le cœur de son amie.

— Tu iras le faire dès qu'elle sera sauvée, je veux être là pour voir ça, chuchota la Sanin alors que ses mains luisaient, entourant la poitrine de Kushina d'un cocon salvateur.

— Je jure de vous embrasser aussi...

— Ne me fais pas rire le mioche, pouffa Tsunade. J'ai quatre fois ton age et je suis sûr que t'as jamais vu une femme nue.

Un sourire étira les lèvre du médecin quand la lame fut complètement retirée, ne laissant qu'une fine plaie dans le poitrail de la kunoichi. Cette dernière ne saigna pas et sembla se rétracter, ne laissant derrière elle qu'une mince cicatrice.

— Gamin, tu viens de voir quelque chose pour lequel Jiraya donnerait sa fortune et la moitié de son espérance de vie, remarqua Tsunade avant d'enrouler Kushina dans une couverture, cachant sa poitrine. Avoue que t'as aimé ça, tu l'as planté juste pour voir son soutient-gorge et tu as eu le droit de voir tout le paquet. T'as une érection ? T'es tout dur ? Tu vas te branler ce soir ? Tu vas tout raconter à ta petite maman chérie ? Ta petite amie va être jalouse ? Elle va faire une crise ? Tu vas la planter aussi ?

L'adolescent ne répondit que par un borborygme et il jeta l'arme de Yugao au loin. Tsunade s'arrêta quand la lueur rouge déserta les yeux de Sasuke, son sharingan retournant au repos. Une telle arme dans des mains inexpérimentées était plus que dangereuse et elle avait voulu distraire le garçon avant qu'il ne replonge dans ses idées noires. Elle poussa un soupir satisfait et accepta la main que lui tendit Sasuke pour l'aider à se relever, la journée ne faisait que commencer et elle était déjà épuisée. Maintenant que les gros bras avaient fait leur show, elle allait devoir les soigner, à commencer par le déserteur qui avait repoussé Pain et qui venait dans sa direction, son immense épée posée sur l'épaule.

— Vous avoir vu mon chapeau ?