Itachi poussa un soupir quand Naruto s'éloigna, observant avec désarroi les restes fumants de Konoha. Il camoufla vite ses sentiments quand toute la garde rapprochée de l'ancien Hokage se porta à sa rencontre, l'entourant, armes à la main. Kakashi Hatake arrivait derrière eux, s'appuyant sur Mikoto pour tenir debout et se déplacer, il fit une pause près d'Hiruzen Sarutobi, juste assez longtemps pour fermer les yeux du vieil homme et de ramasser son chapeau. Le duo s'approcha du déserteur le plus craint de Konoha, celui qui avait alimenté les cauchemars de nombreux enfants, celui que plus de la moitié du village avait chassé lors de sa désertion. Mikoto Uchiwa ne chercha même pas à croiser le regard de son fils aîné, s'obstinant à garder la tête baissée alors que Kakashi se tenait la poitrine.
— Il voulait que vous receviez ce chapeau, commença le ninja copieur, la voix incertaine. Je ne sais pas pourquoi, mais il avait confiance en vous pour hériter du poste de Hokage. Je ne connais pas toute l'histoire à propos de la famille Uchiwa, je ne connais pas vos liens avec le Sandaime, je ne comprends même pas pourquoi vous nous êtes venu en aide pour repousser l'Akatsuki. Mais je sais qu'Hiruzen Sarutobi vous voulait à la tête de notre village, ça a été sa dernière volonté. En tant que son dépositaire, je ne peux le nier et je ne saurai y déroger, ainsi je vous donne ce chapeau, faites en ce que vous voulez, ça ne me concerne pas... Mais sachez, Uchiwa-sama, que je ne vous considérerai jamais comme un Hokage.
Itachi hocha la tête avant de prendre le chapeau, toisant Kakashi avec froideur. L'espace d'un instant, les deux hommes se confrontèrent, oubliant ce qui les entourait, puis le blessé détourna le regard, s'avouant vaincu devant le nouveau chef de Konoha. L'Uchiwa se détourna et s'éloigna, accompagné de sa nouvelle garde. Il devait voir les anciens du village afin de programmer la reconstruction, compter les morts, soigner les blessés et bien d'autres taches encore. Itachi savait que la journée serait longue, et déjà les regards pesaient sur lui, ne le quittant jamais, murmurant sur ses pas. A l'occasion, il put surprendre un « Meurtrier » ou encore un « Assassin », la transition entre le Sandaime Hokage et le Godaime ne se ferait pas en douceur, mais il ne le déplora pas. Il était la pour régner sur le village, pour le remettre sur le droit chemin et le garder au sommet de sa puissance, il n'était pas là pour se faire aimer de ses concitoyens.
— Réunissez le conseil, je veux que l'on puisse tenir une réunion dans moins d'une heure. Faites doubler les gardes aux murailles et renforcer la surveillance aux frontières. Je veux qu'aucune information concernant Konoha ne filtre, exécution.
— A vos ordres, s'inclinèrent Yagao et ses compagnons avant de s'éclipser, laissant Itachi se diriger seul vers la Tour du Hokage.
Ce qu'il en restait eut été un terme plus approprié, le rhinocéros de Pain avait bien endommagé le bâtiment et la contre-attaque de Tsunade avait réduit à néant ses fondations. Il ne restait désormais plus qu'un monticule de gravas rouges, héritage de son ancienne peinture rutilante. Les survivants de l'attaque s'en approchèrent petit à petit, s'amassant dans ce qu'il restait de la place centrale du village, attendant de savoir ce qu'il allait se passer. Itachi escalada la façade qui tenait encore debout, s'élevant au dessus de la foule et captant l'attention de tout le monde, la rumeur grossit, et bientôt l'indignation se fit entendre. Certains avaient pu voir le nouvel Hokage lors de son arrivé, d'autres lors de son combat, observant depuis leurs cachettes l'affrontement titanesque qu'avaient mené Pain, Hidan, Kakuzu, Konan, Jiraya, Hiruzen et Naruto. Un pierre traversa le ciel et le nouvel Hokage dut se décaler pour l'éviter, cherchant l'homme qui l'avait lancé, noyé dans la masse.
— Va-t-en assassin ! Hurla une jeune femme, le visage ravagé par d'épaisses marques sanguinolentes.
— Va crever ! Renchérit un vieillard. On veut pas de toi ici !
D'autres projectiles fusèrent, se révélant tous incapables d'atteindre leur cible. Itachi semblait imperturbable et nullement dérangé par ce déchaînement de fureur, de plus en plus de voix se joignaient à la cacophonie, à mesures que les abris les plus éloignés du village se vidaient. Des familles entières sortirent de la forêt, guidées par des Genin et des petits groupes de Chunin. Dix minutes s'écoulèrent doucement, la foule s'oubliant à la haine pour camoufler sa peur, abandonnant toute notion de réalité pour ne se concentrer que sur celui qui les menaçait de sa présence. Le Hokage resta de marbre alors que le village grondait tout entier contre lui, l'appelant par différents noms, lui hurlant sa rage et son ignorance.
— Quelle déchéance...
Ses mots eurent l'effet d'une gifle et les habitants du village, qu'ils soient ninjas ou civils se calmèrent, absorbés par la voie sereine du jeune combattant.
- Je comprends votre incompréhension, je comprends votre peur, je comprends votre haine... Je peux la ressentir et je saurai m'en servir, mais je ne peux comprendre votre comportement. Je suis, à partir d'aujourd'hui, votre supérieur hiérarchique à tous. Je suis le nouvel Hokage de Konoha, ma tâche est de vous protéger contre les menaces, quelles soient extérieur au village où déjà en son sein. Ma tâche est de veiller au bien-être des habitants de Konoha, ma tâche est de vous diriger par devers cette guerre qui nous assaille, ma tâche est de vous faire survivre à ce qui s'en vient. Car n'en doutez pas, cette attaque n'était que le premier acte d'un futur sordide... Ma tâche, mon devoir et ma raison d'être seront de veiller sur Konoha.
Un nué de corbeau commença un ballet dans le ciel, couvrant la foule de son caquètement, entourant Itachi alors qu'il dominait le village. En cet instant, aucun homme présent ne put remettre en question le charisme que dégageait le ninja, aucune femme ne put nier sa présence aussi effroyable que rassurante, aucun enfant ne put se détacher de son regard carmin, frissonnants mais rassérénés. L'air se réchauffa et la pression se fit plus forte alors que tout Konoha écoutait celui qui avait su s'imposer comme son leader sans même demander l'avis du conseil. L'ombre d'Itachi grandit alors qu'il se trouvait à contre-jour, englobant la place dans son entier, faisant craindre à tous l'utilisation dangereuse de ses illusions.
— J'attends de vous une totale coopération dans les jours à venir, nous ne pourrons surmonter cette catastrophe en nous isolants les uns des autres. J'ai conscience de votre peine, vous avez tous perdu un être chère aujourd'hui. Un frère, une sœur, un père, une mère, un fils ou une fille, un ami ou une compagne, je ne saurais tous les citer tant l'attaque de Pain fut dévastatrice, mais nous ne survivrons pas en coupant les liens qui nous unissent dans la crainte illusoire de souffrir. S'attacher est difficile, perdre un être chère l'est encore plus, mais se retrouver seul est quelque chose que je ne souhaite à personne, encore moins dans cette période de deuil qui est la notre. Considérant cela, j'attends de vous une compréhension de la peine d'autrui, une solidarité sans faille et un respect sans limite envers les familles des victimes. J'attends de vous cette humanité que l'on a si souvent cherché à chasser de vos cœurs, j'attends de l'attention et de l'amour, j'attends de la tendresse et le pardon, j'attends énormément de vous... Vous êtes le plus grand village ninja du continent, ensemble, nous sommes la plus puissante force militaire de ce monde, mais sans repères nous ne sommes que des drones perdus et nous sommes condamnées à l'errance, personnelle comme professionnelle. Et vous le savez tous, un ninja errant est un ninja mort !
oOo
— C'était un bon discours, partagea Yugao quand Itachi quitta sa tribune improvisée.
— J'ai parlé comme l'aurait fait le Sandaime, il n'y a rien de remarquable. Le conseil sera bientôt prêt ?
— Il vous attend déjà.
L'ancien déserteur opina avant de détailler sa camarade, elle portait l'uniforme standard des forces spéciales et le fourreau de son sabre dépassait de son dos, vide. Elle semblait fatiguée, de ce qu'Itachi en savait, elle avait dû courir partout pour aider les gens et n'avait pas participé au combat. Elle n'était pas de taille pour affronter des criminels de rang S, c'était une bonne chose qu'elle ait conscience de ses limites. Itachi ne voulait pas d'une assistante qui mourrait bêtement en surestimant ses capacités.
— Enlève ton masque, je veux que l'on me voit comme un homme abordable, non pas comme un criminel escorté par des ANBU.
— Vous devriez changer de manteau, Hokage-sama, si telle est votre volonté.
— En effet, consentit à avouer le nouveau dirigeant.
Il l'accompagna pendant qu'elle le conduisait vers le bâtiment où s'était réuni les vieux conseillés. C'était sur le domaine des Nara, leur demeure ne comportait aucun étage, elle avait donc été épargnée par le Shinra Tensei de Pain. Tout en marchant, Itachi se débarrassa de sa veste qui semait la confusion dans le village, dévoilant une silhouette fine et osseuse, bien éloignée de ce que laissait imaginer son épais manteau. Yugao ne fit aucun commentaire mais elle remarqua la maigreur de ce ninja de légende, le bas de son visage désormais découvert, dévoilait des joues creusées et d'épaisses cernes violacées qui soulignaient l'onyx de ses yeux. Itachi Uchiwa était malade et épuisé, pour l'ANBU, cela ne faisait aucun doute.
— Est-ce que vous avez retrouvé la trace de Kakuzu ? Demanda-t-il, rompant le silence confortable qui s'était installé pendant qu'ils marchaient.
— Il s'est éloigné vers le Nord, nous l'avons perdu à l'entrée de la vallée de Taina. Pour Pain, nous n'avons rien trouvé, il a disparu dans la nature.
— Pain est un marionnettiste, il partage la vision de chacun de ses corps, c'est pour ça qu'il est nécessaire de faire usage du Genjustu pour le vaincre. Ceci étant dit, il a dû se retirer dès mon intervention, il n'avait qu'à révoquer ses invocations. Il nous faudra les sceller au prochain affrontement, afin de mener une autopsie pour voir s'il existe un moyen de perturber sa technique.
— Kakashi pense que chacun des corps à une directive propre, accompagné d'un pouvoir de circonstance.
— Il est dans le vrai, mais il n'a pas poussé le raisonnement assez loin.
Ils arrivèrent rapidement chez les Nara, la mère de Shikamaru était effondrée dans les bras de Kurenai et Shikaku cachait difficilement les tremblements de sa main droite. Il s'inclina prestement devant le Hokage avant de l'inviter à le suivre, n'adressant qu'un simple signe à Yugao, surprit de la voir sans masque. Il ne prononça pas un mot, absorbé par son chagrin et Itachi ne chercha pas à le rompre. Il aurait pu intervenir plus tôt, tenter de repousser Hidan et Kakuzu quand ils s'étaient approchés des abris, mais il avait choisi de veiller sur le Jincuriki. Sacrifiant par son choix des centaines d'innocents, mais cela, personne n'avait besoin de le savoir et personne ne le saurait jamais.
— C'est inacceptable ! Tonna une voix par devers les murs.
— On ne peut pas laisser un meurtrier diriger le village, faisons preuve de bon sens !
— Nous sommes tous des assassins, répondit froidement Hiashi Hyuga.
Le Hokage leva la main, arrêtant son escorte et patienta dans le couloir faiblement éclairé. Il écoutait le débat qui avait cours dans la pièce attenante, la prise de position du chef des Hyuga le surprenait plus que de raison. Leurs deux clans ne s'étaient jamais entendus et les utilisateurs de Byakugan avaient la rancune tenace, surtout depuis que les Uchiwa avaient fait main basse sur les services de police.
— Je ne vous comprends pas, s'insurgea un conseillé civil. Cet homme a massacré sa famille, il a laissé sa propre mère aux portes de la mort et a quasiment rendu fou son petit frère. C'est un déséquilibré, un malade mental ! Sa place n'est pas à la tête d'un village, mais dans un asile !
Il y eu une vague d'assentiment et de nombreuses voix se joignirent à celle du civil. Certaines appartenant même à des ninjas, à l'image de Tsume Inuzuka qui était très proche de sa famille et qui ne pouvait concevoir un tel massacre.
— Pourquoi ce n'est pas Jiraya-sama qui prend le poste ? Demanda Inoichi avec le désir de calmer le jeu.
— Il a été blessé et évacué chez nos alliés Grenouilles le temps qu'il reprenne des forces, répondit calmement Homura.
Homura était l'un des deux anciens du village, avec Koharu. Tous deux avaient servi dans la même équipe qu'Hiruzen Sarutobi, c'était des ninjas d'expérience aussi ne laissaient-ils pas la peine influer sur leur jugement.
— Et Tsunade-sama ? Reprit le Yamanaka, décidé à trouver le fin mot de l'histoire.
— Elle a bien assez à faire avec l'hôpital, il y a des centaines de blessés, elle ne pourrait diriger efficacement son service si elle devait en plus s'occuper de la reconstruction du village.
— Et Kakashi ? Nous avons eu de nombreuses conversations à son sujet et il semblait être un candidat plus qu'acceptable. Il a réussi à rester maître de lui même pendant l'assaut et nous a dirigé efficacement.
— Efficacement ? S'étrangla Tsume. Il a laissé mourir des centaines de personnes en refusant d'envoyer nos hommes évacuer les abris au début de l'attaque !
— S'ils étaient sortis de leurs cachettes, Pain les aurait pris pour cible.
— C'eut été mieux que d'être capturé par ce fou de Kakuzu ! Ils ont été étranglés ! Ils sont morts à petit feu ! Ils ont été torturés... Et quand enfin, le grand Kakashi a décidé d'envoyer son Ô combien talentueux élève, ce dernier n'a rien trouvé de mieux à faire que de les achever pour sauver sa peau !
— C'était la seule chose à faire ! Se récria Inoichi. Je sais ce que peut faire Kakuzu. Je connais la folie d'Hidan pour l'avoir observé en train de dévorer ma fille unique ! Ces enfants étaient condamnées et blâmer celui qui leur a offert une mort rapide et honorable serait hypocrite de notre part.
— Ce ne sont que des hommes ! Nous aurions pu les tuer si on nous avait envoyé nous ! Plutôt que de choisir un bébé incapable de quitter les jupons de sa salope de mère !
Les portes coulissèrent et Itachi entra silencieusement, se mouvant entre les chefs de clan sans attirer l'attention alors qu'Inoichi et Tsume en étaient venus aux mains. Hiashi semblait dépité dans son coin et se refusait d'intervenir dans ces querelles enfantines, il avait activé son Byakugan depuis bien longtemps et il savait que le chef du village avait attendu derrière la porte pendant plusieurs minutes. Shikaku ne réagit pas et se contenta de prendre sa place près d'Homura qui lui apporta son réconfort en le serrant dans ses bras, il n'avait jamais eu d'enfant mais il avait toujours considéré les habitants de Konoha comme tels. Le Hokage prit place au coté de ses conseillés, les saluant calmement.
— Itachi-san, bon retour à Konoha, j'aurais aimé que les circonstances soient autres... Commença Koharu.
— J'aurais aimé ne jamais revenir, je patientais dans les environs depuis le dernier message de Jiraya-san.
— Moi aussi, j'espérais que nous n'aurions plus besoin de tes services, comment vont tes yeux ?
— De plus en plus mal, murmura le Kage. Je ne vois quasiment plus rien.
— C'est pour cette raison que vous avez tant tardé ? Vous ne vouliez pas risquer de faire usage de vos techniques avec des ninjas de Konoha dans les environs ?
— En quelque sorte oui... En quelque sorte.
— Il va falloir les calmer, intervint Homura qui s'était détourné de Shikaku, ce dernier ayant repris ses esprits et regardant froidement ses compatriotes.
— Laissons-les vider leurs sacs, rien de bon ne sortira de cette pièce si tant de rancœur couvent entre eux, proposa Itachi.
Tsume s'était jetée sur Inoichi et lui mordait le mollet pendant que ce dernier tentait d'échapper à son étreinte, aidé par Chôza. Les conseillers civils s'invectivaient entre eux, cherchant à savoir qui était à blâmer dans cette triste histoire. Pour eux, il paraissait inconcevable qu'Itachi puisse devenir Hokage, il devait faire les frets d'une exécution rapide en place publique, certains parlaient même de confisquer la fortune des Uchiwa en compensation financière du massacre.
— Que vas-tu faire pour ta mère et ton frère ? S'enquit Homura, qui s'était désintéressé des enfantillages du conseil.
— Je vais envoyer Sasuke en mission au loin, avec un Jounin qualifié pour le surveiller psychologiquement et veiller à son équilibre. Et pour mère, je l'ignore, elle aurait du mourir cette nuit là, je ne comprends pas pourquoi vous n'avez pas fini le travail après mon départ.
— Kakashi veillait sur elle, personne n'aurait pu déjouer sa vigilance.
— Il est devenu un excellent ninja et un homme de confiance, comment l'avez-vous arraché à ses démons ? S'intéressa Itachi, en posant son nouveau chapeau sur la table devant lui, croisant ses mains dessus. Je me souviens encore de cet homme qui passait son temps à veiller sur la pierre des héros, l'esprit perpétuellement absorbé par les œuvres pornographiques de Jiraya-san... Et aujourd'hui, nonobstant ses erreurs, j'ai découvert un homme plein de volonté, un bon commandant. Si vous m'aviez demandé ce que je pensais de Kakashi il y a des années, ce qu'il aurait pu devenir, j'aurais répondu un cadavre au font d'un ravin, mais aujourd'hui, j'aperçois en lui l'âme d'un Hokage, probablement mon successeur.
— Allons, tu viens juste de prendre le poste et tu penses déjà à ta succession ? Tenta de dédramatiser Koharu en souriant.
— Des jours sombres approchent, et les Hokages sont connus pour leurs fins prématurées... Pain me tuera Koharu, il me tuera car je l'ai trahi et le jour où il viendra me chercher, je mourrai.
— Ne sois donc pas si pessimiste, Pain est fort c'est certain, mais tu l'es aussi.
— Plus que tu ne le crois Itachi, ajouta Homura avant de taper sur la table, attirant l'attention du conseil.
