Anko se présenta à l'hôpital aux environs de midi, la paix était revenue sur le village depuis quelques heure et il était désormais en pleine effervescence. Les membres du clan Inuzuka menaient des équipes entières dans les décombres afin de venir en aide aux sinistrés. Un hôpital de campagne avait vu le jour au pied de la dernière grande structure du village, il y vaquait un grand nombre de médecins débordés. D'après ce que la Jounin en avait entendu, Tsunade s'était enfermée dans une chambre pour soigner Shinobi-san dès la fin des combats, il avait été durement touché pendant l'affrontement. Selon Sakura Haruno, c'était un miracle qu'il ne soit pas mort par empalement, mais Anko n'y voyait rien de bien surprenant. Il n'était pas rare pour un ninja de dépasser les limites de son corps sous le coup de l'adrénaline.
Mais ces petits babillages que servait Sakura n'intéressait pas l'ancienne élève d'Orochimaru, elle était venue pour Kakashi. Par l'intermédiaire de sa radio, elle avait assisté à sa prise de contrôle et se devait de le féliciter. Elle ne l'avait jamais vu comme un chef d'équipe, un bon ninja, mais au grand jamais un leader. Et pourtant, le Hatake avait su gérer la situation, sacrifiant ceux qui devaient l'être et opposant une volonté farouche sur les fronts où la victoire ne relevait pas de l'utopie. Il était probable que de nombreuses personnes reprochent au Ninja Copieur l'abandon des abris neuf et dix, mais qu'avait-il pu y faire ? L'unité de Genma avait été balayée par Kakuzu, la meilleur formation du village n'avait même pas tenu une minute face au criminel. Il était heureux que Kakashi n'ait détaché que son élève pour offrir un gain de temps salutaire à Shikamaru Nara.
L'adolescent, sûrement le Jounin le plus prometteur du village, avait su prédire sa mort et avait tout fait pour retenir les criminels. Il n'avait pas tenu longtemps, seul dans son royaume, mais au moins avait-il pu sauver Kurenai et son enfant, honorant par la même, la promesse qu'il avait fait à Asuma. C'était un honneur pour Anko de servir aux cotés de tels hommes, ceux qui n'hésitaient pas à s'abandonner à la cause qui les transcendait, ceux étant prêt à se sacrifier pour que leur prochain vive. A n'en pas douter, Shikamaru avait été l'un des plus grands héros de cette terrible bataille, et la Jounin ne pouvait qu'imaginer l'état de détresse dans lequel devaient se trouver ses parents.
Anlo entra dans la chambre de Kakashi sans s'annoncer, surprenant Tsunade qui était en train de défaire le bandage du célèbre pervers.
— Ha bah vous en avez fini avec le nabot, il était pas si amoché que ça, commença-t-elle sans se sentir gênée le moins du monde.
— Moi aussi je suis ravie de te voir Anko, comment va ta marque ?
— Elle me démange quand je suis de mauvaise humeur, sinon rien de nouveau sous le soleil. Il est comment Shinobi-san ? Je n'ai pu le voir que de loin et il avait l'air assez petit, pas le genre de mec qui va démolir un village caché à lui seul.
— Il est excellent, à n'en pas douter, se concentra Tsunade alors que ses mains s'agitaient sur le torse de Kakashi qui grimaçait au contact. Il était couvert de contusions, la plaie au ventre était la plus grave mais il a su se départir de la douleur pour continuer le combat, il souffrait de déshydratation et il avait faim. Il a du se battre pendant une dizaine d'heure avant d'être ramené à Konoha et il a rempilé avec un affrontement encore plus violent sans montrer le moindre signe de fatigue pendant ses passes d'arme, aucun ninja du village n'aurait pu soutenir un tel marathon sans s'effondrer avant le levé du soleil...
— Donc il est meilleur qu'Itachi Uchiwa ? S'enquit Anko, qui se sentait mal à l'aise par rapport au retour de cet autre déserteur.
— Je l'ignore, Itachi n'est pas comparable aux autres ninjas de toute façon. Il évolue dans un monde différent du notre, peuplé de chimères et d'illusions... Un affrontement en notre nouveau Hokage et Shinobi-san est la dernière chose que je souhaite, Konoha a bien assez à faire avec ses morts pour en rajouter. Les autres villages ne vont pas tarder à nous envoyer leurs éclaireurs, il ne fait aucun doute qu'Iwa va saisir cette opportunité pour frapper fort.
— C'est déprimant, remarqua Anko avant de s'installer confortablement dans un fauteuil.
Tsunade termina rapidement les soins sur Kakashi et laissa à la Jounin le loisir de bander la blessure. La Sanin avait de nombreux patients à voir, et se débarrasser des petits soins étaient le seul moyen qu'elle avait trouvé pour s'occuper des cas critiques. Anko quitta donc son cocon pour s'approcher de Kakashi, récupérant un bandage dans la petite pharmacie qui se trouvait au chevet du ninja.
— J'ai du mal à croire que tout soit terminé, commença l'homme en se redressant. J'ai cru que ça n'en finirait jamais, j'entendais les rapports qui venaient encore et encore, faisant état de plus de morts, de plus de combats, de plus de situations sans espoirs... J'ai cru que je n'allais pas y arriver à un moment, Mikoto et Sasuke mis sur la touche dès le début de l'affrontement, j'ai cru que nous allions tous mourir...
— Et pourtant, on est toujours là. J'ai couché avec Izumo et Kotetsu cette nuit, les deux en même temps, j'étais encore sous la douche quand l'attaque a commencé. Tout était si paisible, si calme, et d'un coup ça a été l'enfer. J'ai su avant même de sortir de chez les garçons qu'ils n'en réchapperaient pas, et pourtant je ne pouvais pas m'empêcher de me sentir excitée à l'idée de me battre... J'ai déchanté quand j'ai vu Pain attaquer, en quelques battements de cœur il n'y avait plus personne devant les portes.
— Oui, ce type est un monstre.
— Pire que ça, quoi que nous faisions contre lui, rien ne passait. Il voyait tout, entendait tout, savait tout. On a jamais pu le prendre par surprise, ses invocations ont dévasté le village sans que nous ne puissions les repousser, et cette technique, celle que Jiraya a bloqué... Je me suis sentie toute petite, écrasé sur le sol, j'arrivais plus à respirer.
— Bah, bailla Kakashi. T'façon c'est terminé, si jamais il revient il se mangera Itachi et on en parle plus, au pire ils s'entretuent et on en parle plus aussi... T'as fini ?
— Oui, tu crois que tu peux te lever ? Tsunade est partie tellement vite qu'elle nous a pas dit si on pouvait te bouger, marmonna Anko en prenant le bras de Kakashi pour l'aider à sortir du lit, le soutenant alors qu'il s'appuyait sur ses jambes vacillantes.
— On va libérer la place, j'imagine qu'il y a des gens qui ont plus besoin de la chambre que moi, marmonna le Ninja Copieur alors qu'Anko passait sous son épaule pour le soulever, l'accompagnant à chaque pas.
— Sage décision, on va chez toi ? Chez moi ça n'existe plus.
— C'est pour ça que t'es là alors ? Tu viens prendre soin du grand malade pour te trouver un lit ?
— Ouai, ça te pose un problème ?
Le duo arriva à la porte qu'il laissèrent ouverte en partant, avertissant rapidement une infirmière que la pièce était désormais libre. Cette dernière était pâle et semblait surchargée de travail, elle portait plusieurs dossiers dans ses bras et aboyait des ordres à tout va. Elle ne leur prêta qu'une attention dérisoire, le temps de hausser un sourcil devant l'état du ninja avant de hausser les épaule, décidant qu'il y avait sans doute plus important à faire que de s'occuper d'un homme ayant assez d'énergie pour fuguer.
— Pas vraiment, la chambre d'ami est libre si tu veux, maugréa le Ninja Copieur alors que Sasuke enfonçait presque les portes de l'hôpital, portant dans ses bras le corps d'un enfant.
— Konohamaru ? Interrogea Anko en voyant la longue écharpe de l'adolescent, elle avait trempé dans le sang, mais elle l'aurait reconnue entre mille et pour cause, c'était elle qui lui avait offert.
oOo
Itachi soupira de contentement en se laissant tomber sur le lit de camp que l'on avait installé dans sa tente. Le soleil s'était couché depuis longtemps et il rentrait d'un dernier tour de garde aux environs du village, il avait dressé une barrière de Genjutsu afin de détecter toute intrusion étrangère et cantonner les ANBU dans l'enceinte dévastée. Yugao s'annonça dans un raclement de gorge avant de le rejoindre, portant un plateau repas sur lequel se trouvait une maigre ration, un peu de riz et du poisson, ainsi qu'un verre d'eau. Les réserves du village avait été détruites, et parallèlement à la recherche des blessés, Itachi avait ordonné le rationnement général de toutes les denrées alimentaires retrouvées pendant les excavations.
L'ancien déserteur et nouveau Kage se releva quand elle entra, se dirigeant vers le bureau, et rangea les différentes piles de dossiers qui s'y entassaient. La jeune femme avait troqué son équipement et son uniforme contre un pantalon noir plus ample ainsi qu'un haut mauve, de la couleur de ses cheveux. Il lui désigna une chaise pour qu'elle s'installe pendant qu'il commençait à manger, savourant le calme en même temps que son repas, il avait oublié à quel point la vie à Kooha était bruyante, il ne se sentait plus à sa place, entouré de tous ces gens. Pendant plus de dix ans il avait erré sur les routes, seul avec lui même, voyageant parfois avec d'autres criminels à la triste renommée, mais au grand jamais il n'avait approché de centre urbain, c'était trop dangereux. Itachi était un excellente ninja, capable de s'infiltrer n'importe où si l'envie lui en prenait, mais il restait avant tout humain, et une des caractéristiques fondamentales de l'homme était son indubitable capacité à se fourvoyer.
— La promenade était bien ? Questionna l'ANBU, mécontente.
— Je ne me promenais pas, répliqua posément Itachi quand il eu avalé ce qu'il était en train de mâcher, détaillant son homologue.
Yugao soutint l'examen et son regard confronta celui du Hokage, elle avait été désignée par son équipe comme porte-parole. Les ANBU ne pouvaient protéger Itachi convenablement s'il passait son temps à disparaître pour régler quelques problèmes.
— Et que faisiez-vous ?
— Est-ce un interrogatoire ?
Le silence revint et Itachi soupira une fois de plus, finissant rapidement son plat avant de tendre le plateau à Yugao, dans l'idée de lui faire comprendre que sa présence n'était plus désirée. Elle ne bougea pas d'un pouce et ses yeux chocolats ne quittèrent pas le Hokage, ses lèvres s'étirant d'un sourire sarcastique.
— Ma mission est de veiller sur vous, si je dois m'attacher à vous pour y arriver, je le ferais.
— Ce serait ennuyeux.
— Ce serait plus ennuyeux de vous perdre, Konoha est fragile depuis la perte du Sandaime, n'y ajoutez pas la votre par excès de prétention.
— Si tel est ton désir, conclut Itachi en se redressant, lui tournant le dos.
Le Hokage fit glisser son sabre sur le sol, ne cherchant même pas à le ramasser puis il retira son pull, dévoilant son dos à Yugao. Surprise, elle ne sut pas comment réagir, et avant qu'elle ne puisse se reprendre, Itachi était nu et s'étirait langoureusement. Pendant un bref instant, la Jounin se perdit à admirer la silhouette du combattant, traçant les courbes de son corps et suivant ses diverses cicatrices.
— Le spectacle te plaît ? Demanda Itachi avant de se s'avancer, comblant la distance qui les séparait, ses yeux noir brillants d'un désir refréné.
— Je ne suis pas là pour ça, asséna-t-elle en se détournant.
— Nous en avons donc fini avec l'interrogatoire, chuchota le Hokage en se rapprochant encore, son souffle chaud caressant sa nuque. J'avais tant de chose à t'avouer...
Yugao tenta de se défaire de l'étreinte d'Itachi mais celui si la resserra, se collant à elle et la plaquant contre le bureau.
— Allons, c'était toi qui voulait t'attacher à moi, ça fais à peine trente secondes et tu en à déjà assez ? Quel piètre ANBU tu fais.
Sous l'insulte, la femme se révolta et décocha un coup du coude à son supérieur. Itachi para l'attaque aisément mais Yugao en profita pour se retourner, remontant son genou dans le but de lui pulvériser l'entrejambe. Itachi étouffa un petit rire en se décalant, attrapant les cheveux de sa gardienne avant de les tordre dans sa main, la faisant crier et la mettant à genoux, c'est à nouveau sérieux qu'il la toisa du regard.
— Et tu te crois capable de me protéger ?
— Le plateau, était-il empoisonné ? Grogna-t-elle alors qu'Itachi la soulevait, son bras se gonflant sous l'effort.
Elle réussit à ne pas crier quand la pression se magnifia, endurant en silence alors que le Hokage réfléchissait, soupesant son argument. Il poussa un dernier soupir avant de la lâcher, il ne lui prêta plus d'attention, la laissant prostrée sur le sol. Il partit se coucher, éteignant la seule lampe qui éclairait encore la tente. Yugao ne bougea pas, ne voulant pas provoquer cet homme qui avait un pouvoir de vie et de mort sur elle, la prise de conscience avait été rude, elle ne pouvait rien faire face à Itachi Uchiwa. Seul les mots lui permettraient de raisonner le froid ninja de Konoha, celui qui avait été connu comme son plus grand génie mais aussi sa plus grande honte.
— Viens te coucher, appela le Hokage. Je comprends que tu ne veuilles pas sortir, mais tu n'as pas à passer la nuit sur le sol non plus, il y a assez de place pour deux.
Elle obéit sans poser de question, se séparant de ses scandales avant de s'allonger au coté d'Itachi qui reposait sur le dos, les mains croisées derrière la tête, observant la toile sombre, perdu dans ses pensées. Elle resserra sa prise sur son sabre, qu'elle avait récupéré pendant la journée, ne sachant pas comment se comporter avec son nouveau supérieur.
— Poses tes questions, et essayes de te détendre, tu m'empêches de dormir.
— Est-ce que l'on peut vous faire confiance ?
Itachi ne répondit pas, fermant les yeux et se replongeant dans son passé tumultueux, renouant avec la chasse aux Bijuu et la traque de criminel. Il se revit en train de massacrer son clan, sa famille, car il obéissait aux ordres du vieux conseil, sacrifiant tout pour Konoha. Il aperçu le village dévasté alors qu'Hidan se précipitait dans les abris, et Kakuzu courant à son massacre.
— Je ne sais pas.
— C'est honnête, concéda l'ancienne amante d'Hayate.
Elle joua avec son arme pendant quelques instants, cherchant une position plus confortable, serrée contre Itachi sur le lit qui était initialement prévu pour une seule personne. Savoir qu'il était entièrement dévêtu ne la dérangea pas, ce n'était pas la première fois qu'elle voyait un homme nu, mais jamais encore elle n'avait été dans une telle situation.
— Les Uchiwa, pourquoi sont-ils morts ?
— C'est un secret de rang S.
— Je suis votre assistante, je connaîtrais bientôt tous les secrets du village. A ce titre, j'aimerais connaître les vôtres, avant de m'engager plus loin à vos coté, je ne saurais travailler à coté d'un homme en qui je n'ai pas confiance.
— Et toi, pourquoi as-tu repris les armes après la mort d'Hayate ? Je croyais que tu avais abandonné ta carrière...
Le silence revint, à peine dérangé par le bruissement du vent et le souffle régulier d'Itachi. Yugao ferma les yeux, ignorant la douleur qui l'habitait toujours au souvenir de son défunt camarade, elle déposa son arme sur le sol en se rasseyant, toisant la silhouette sombre de son compagnon d'infortune.
— Et si nous oublions ces deux questions ? Espéra-t-elle avant d'embrasser le Uchiwa, cherchant à mettre fin à la discussion.
Il l'enserrera de ses bras, avec douceur, se collant contre elle afin de combler au mieux l'infime distance qui les séparait. Leurs deux corps s'accrochèrent, cherchant désespérément des réponses dans celui de l'autre, partageant leur chaleur alors que le baiser se transformait. Les mains d'Itachi parcoururent le dos de Yugao, vénérant le corps de son amante alors qu'il prenait le dessus, ne séparant jamais ses lèvres des siennes. Il la coucha sur le lit avant de basculer sur elle, son regard se bloquant dans celui de sa compagne.
— Nous y répondrons plus tard, si tu le veux bien.
Elle répondit en l'enlaçant, ramenant Itachi contre elle alors qu'il la débarrassait de son haut, elle se noya un bref instant dans les cheveux libérés du Kage. Profitant de son odeur et de sa présence pour oublier le fantôme d'Hayate qui ne la quittait plus depuis sa fin tragique, aux mains de Baki pendant une opération dans le désert de Suna. Son chagrin marbra le dos d'Itachi alors que ses ongles le labouraient, en proie à un désir depuis longtemps retenu. Un gémissement lui échappa quand l'Uchiwa explora sa gorge, parcourant sa peau chaude de froides caresses, il lui apposa un doigt sur les lèvres, lui intimant le silence.
— Pas de bruit, avait-il murmuré à son oreille.
Les derniers vêtements que portaient Yugao rejoignirent bientôt ceux d'Itachi, abandonnés depuis bien longtemps, et le déserteur sourit contre le visage de son amante. Frottant son corps froid contre celui, brûlant, de Yugao, profitant de cette étreinte pour assouvir ce désir qui l'habitait depuis son retour au village. Un sentiment de culpabilité naquit au fond de lui alors qu'il se plongeait plus profondément dans l'union, s'abandonnant au plaisir et à la douceur de Yugao, imperméable au monde extérieur. La tension se fit plus forte entre les deux corps, les galants se mouvant avec de plus en plus d'ardeur, tous deux tirés vers une jouissance salvatrice.
Au loin, sept ombres franchirent le mur de protection, se fondant dans la nuit et évitant les gardes, glissant le long des toits et évoluant silencieusement dans les rues, s'approchant de l'hôpital.
