Octobre 2014

« Ça pue ! Nettoie ton placard ! » s'énerva Rosalie pour la troisième fois depuis notre réveil.

« Je vais aller t'acheter un peu de sucreries pour te calmer, chérie. »

« Arrête de me parler comme ça ! »

« Range tes petites griffes, chaton. Ce n'est pas de ma faute si ça pue partout ! »

« Non, c'est pire ici ! »

Elle marcha vers mon placard, je la poussai le plus fort possible vers son lit pour l'éloigner.

« Nettoie ! » cria-t-elle avant de partir.

Elle n'avait pas tort, ça puait et ça ne serait que le début, j'avais besoin d'un autre endroit de stockage mais ça impliquerait que je ne pourrais pas réagir au plus vite. À moins de trouver des poches plastiques... Finalement, j'allais devoir aller à l'infirmerie et vite !

Je n'étais plus maladroite comme lorsque j'étais adolescente mais ce jour-là, au petit-déjeuner, je tombais de tout mon long et en plein milieu de la cantine. J'allai ensuite me plaindre à un garde de m'être tordue la cheville. Le médecin s'occupa de moi, il remarqua sûrement que j'avais menti, ma cheville n'était même pas gonflée. Il me laissa tout de même me reposer une demi-heure tout en s'occupant de deux autres prisonnières qui s'étaient battues. C'était vraiment une aubaine pour moi car le gardien ne les quitta pas du regard.

Je pris deux poches de sérum et les installai dans mon soutien-gorge. La supercherie me paraissait visible mais je pus quitter l'infirmerie sans encombre. Je récupérai ensuite ma trousse de toilette et allai m'enfermer dans les toilettes. Cinq minutes plus tard, les poches étaient vidées, de nouveau dans mon soutien-gorge, je ne pourrais terminer qu'une fois le dortoir endormi.

« Izzy, tu vas bien ? » s'enquit Esmé à mon arrivée à l'atelier.

« Oui, beaucoup mieux. »

« Le docteur Cullen s'est occupé de toi ? »

Elle se mit à rougir rien qu'en prononçant le nom du médecin, c'était presque adorable.

« Il te plaît ? » m'enquis-je, amusée.

« Il est un ange dans cet enfer. »

« Ca ne répond pas à ma question. »

Esmé prétendit devoir travailler et échappa à mon interrogatoire. Cette nuit-là, tout à la réalisation d'une partie de mon plan, je pensai longuement à l'attirance qu'elle éprouvait pour le médecin. Il ne pourrait rien se passer, c'était non seulement contre les règles mais contre les lois. Il y avait des exceptions, dans les films ou les romans, dans la vraie vie, Carmen qui était là depuis longtemps, me confirma le lendemain que de telles histoires d'amour n'arrivaient pas.

« Et ce que fait Black avec Samantha ? » insistai-je.

« Chacun utilise l'autre, c'est certes illégal mais pas si rare. Mais ta question portait sur des histoires qui durent, non ? »

« Oui. »

Carmen prit quelques instants pour réfléchir avant de secouer la tête.

« Non, je n'ai jamais vu une prisonnière construire quelque chose avec un employé de la prison, que ce soit médecin, surveillant ou gradé. Pourquoi tu me demandes ça ? »

Rosalie qui avait assisté en silence à notre conversation, pensa pouvoir encore me vanner.

« Elle espère réduire sa peine en suçant, c'est sûr. »

« Non, je me demandais si tu avais vraiment une chance avec l'agent Mc Carthy. » répliquai-je.

Rosalie se mit à grogner, j'adorais la mettre en colère. C'était de bonne guerre, depuis mon arrivée, elle ne cessait de vouloir me rabaisser.

« Tu racontes que des conneries ! » cria-t-elle.

Elle quitta notre coin, nous laissant, Carmen et moi, hilares.

« Tu étais sérieuse ? » me questionna ma co-détenue.

« Pour Rosalie et le gardien ? Oui, mais je crois que c'est plutôt lui qui en pince pour elle. Je me demande si Rosalie n'est pas aveugle. »

« Tu devrais être moins vache avec elle, je peux te garantir que la plupart des gardiens ont essayé de se la faire. »

« Elle a porté plainte ? » grommelai-je, touchée par les épreuves de ma colocataire.

« Tu plaisantes ? s'esclaffa Carmen. Tu es là depuis quoi ? Quatre mois ? Tu crois franchement que si elle porte plainte, quelqu'un va la croire ? Tant qu'il n'y a pas viol et avec des preuves, il ne se passe rien, aucune sanction. »

Carmen avait raison, j'avais été trop loin avec Rosalie. Malgré sa mauvaise humeur constante et son mépris, je ne pouvais pas plus la blâmer. Ça n'avait pas été elle qui m'avait frappée, humiliée, piégée. Nous partagions quelques mètres carrés et si j'avais pu rester Bella Swan, peut-être aurions nous pu avoir des relations plus amicales.

_oOo_

Une bagarre éclata une semaine plus tard, lors d'une réunion de prisonnières au sujet de la fête d'Halloween. J'entendis les cris à l'autre bout du couloir et sans surprises, l'alarme retentit, nous forçant toutes à nous coucher à terre. Ce fut plus tard, au moment d'aller dîner que j'appris que trois prisonnières avaient été gravement blessées.

« Ça n'était pas arrivé depuis quelques temps, expliqua Esmé. Ils ont augmenté le nombre de caméras et de surveillants, je ne comprends ce qu'il leur a pris à ces filles. »

« Encore le gang des salopes. » commenta Rosalie.

« Il y a eu des meurtres ? » demandai-je à la tablée.

« Des tentatives en tout cas. » lâcha-t-elle.

« Allons au dortoir, les gardes sont sur les dents. » proposa alors Carmen.

Je n'eus plus l'occasion de reparler des précédents. Cette nuit là comme chaque nuit, je m'endormis en pensant à ma mère, toujours dans le coma.

_oOo_

Mon avocat s'annonça un samedi matin en tant que visiteur et il n'était pas venu seul. Angela attendait à ses côtés, tous les deux assis et mal à l'aise au milieu des autres prisonnières et leurs visiteurs.

« Salut Angela. Tu n'aurais pas du faire toute cette route. » la rabrouai-je doucement en me penchant pour lui parler discrètement.

Jane siffla, je gardais mes bras le long de mon corps. Mon amie ne comprit pas qu'il nous était interdit de nous toucher, et paraissait vraiment sous le choc de ce qu'elle voyait. La gardienne, un sourire mauvais sur les lèvres, marcha rapidement vers nous, elle se stoppa face à l'avocat et sembla décontenancée par son sourire.

« Séparez-vous, ce sont les règles. » dit-elle d'une voix neutre.

Je pouffai quand elle fut assez loin, ça me faisait mal de l'admettre mais l'avocat m'avait apporté un moment de joie pure, ça n'était pas tous les jours que je voyais Volturi calme.

« Angie, ne pleure pas. » soupirai-je, gênée.

« Bella, tu me manques tellement ! »

Masen lui tendit un mouchoir, il ne m'avait pas encore lancé un seul regard. Il s'attendait peut-être à une scène de ma part, comme le mois dernier.

« Je t'avais apporté à manger et des livres, continua Angela, mais je n'ai pas pu te les donner. »

« Tout doit transiter par le service des colis pour être inspecté, expliquai-je. Ça n'est pas grave. »

« Tu les auras dans quelques jours, oh Bella... tu as déjà changé. »

« Rien d'irréparable. »

« Vraiment ? » insista-t-elle.

Je la devinai inquiétée par mon apparence, je n'avais jamais été une reine de beauté mais là j'étais une sauvageonne. Je n'avais pas le choix, j'avais gagné une sorte de respect, mais c'était un combat de chaque jour. Si je relâchais mes efforts pour paraître dure et sans pitié, si je passais du temps à mieux me coiffer ou me maquiller, mes co-détenues se jetteraient sur moi comme des chiennes.

« Tu t'es battue ! » s'exclama-t-elle.

Je cachais à la hâte mon bras qui portait encore les stigmates d'un accrochage deux jours plus tôt pour avoir monopolisé le téléphone cinq minutes. Je n'avais pas laissé l'occasion à l'autre de me toucher après, la décorant de trois gros hématomes sur le corps.

« J'ai peur pour toi Bella. »

Elle devait partir et vite. Angela, non seulement était venue accompagnée de Masen mais de sa bible. Évidemment elle pensait bien faire, pourtant elle risquait de me faire passer pour une faible et une menteuse. J'étais censée être sans famille, sans amis.

« Angela, je t'appellerai mais tu dois partir. Merci pour le colis. »

« Attends ! »

« Au revoir. »

Je jetai un œil vers Masen, il ne bougea pas et ne chercha pas à me parler.

« Au revoir, Angela. Ne reviens plus, s'il te plait. »

« Bella ! »

Je courus hors de la salle des visite, personne ne m'appelait plus Bella, personne ne savait qui j'étais au fond de moi. J'allai directement aux toilettes et m'enfermai en faisant claquer la porte. Je mordis de longues minutes dans le rouleau de papier toilette pour étouffer mes sanglots.

Je n'étais pas morte, me répétai-je, Bella n'était pas morte, Bella avait du s'effacer et laisser la place à Izzy. Izzy seule était capable de survivre à cet enfer, Izzy savait comment se défendre, Izzy n'était pas moi, ça n'était qu'une mascarade. Je ne devais jamais l'oublier.


Edward est de retour, il est tenace, pour notre plus grand plaisir ;-)

Merci pour les reviews, continuez comme ça!