Décembre 2014
Je fus placée à l'isolement quatre jours pour avoir volé un yaourt, sacrée justice. J'y allai sans résister, sans crier, les gardiens ne comprirent pas mon comportement. Personne n'aimait être en cellule d'isolement, moi je pouvais y dormir et réfléchir. À ma sortie, évidemment je volais de nouveau et me ramenai en douce un plus gros butin, deux yaourts et plusieurs tranches de pain, celles que les cuisinières se gardaient pour elles, des tranches fraîches avec encore une bonne odeur. Mais j'avais raté mon appel du jeudi, je me rattrapai le dimanche.
« Bella, tu vas comment ? »
« Bien, Charlie. Et toi, quoi de neuf ? »
« Rien... Je me demandais si pour Noël je pouvais venir te voir. »
« Pas d'exception. » répliquai-je.
Il ne le faisait pas pour me faire culpabiliser, je savais que je lui manquais et comme le père merveilleux qu'il était, il s'inquiétait de me savoir en prison. De mon côté, j'étais réellement triste de le savoir si seul.
« Ok... je comprends. Au fait ton avocat m'a contacté. »
« Il m'énerve celui-là ! pestai-je. Tu lui as dit d'arrêter de fouiner ? »
« Je ne peux rien lui ordonner, c'est toi sa cliente. »
« Je dois y aller, il y a une dizaine de criminelles derrière moi. » plaisantai-je pour lui faire croire que tout allait bien.
« À la semaine prochaine, ma chérie. Je t'envoie un gros colis pour Noël, ça tu ne peux pas m'en empêcher. »
« Au revoir, Charlie. » soupirai-je touchée et vaincue.
_oOo_
« Personne ne viendra te rendre visite ? »
Alice m'avait suivie en me voyant avec un énorme carton, elle m'avait suppliée une heure durant de lui échanger une des mes nouvelles brosses contre une dizaine de barres chocolatées.
« Non. » répondis-je sans montrer la moindre émotion.
Je continuai de ranger les folies de mon père, j'allais avoir de quoi troquer pendant des semaines. En plus de nombreux produits d'hygiène, de livres et trois paquets de mes céréales préférées, il m'avait offert des choses que même hors de la prison je n'avais jamais achetées, des produits même pour certains un peu trop luxueux. Et j'allais lui demander qui avait bien pu l'aider, c'était impossible qu'il ait pensé seul à m'acheter une pince à épiler ou encore un gros pot de crème hydratante.
Les choses avaient évolué dans notre petite société carcérale. Samantha venait d'être transférée vers une autre prison et le gang des salopes faisait passer un casting ! Esmé avait contractée la grippe et avait du passer plusieurs jours à l'infirmerie, depuis son retour dans le dortoir, elle souriait plus souvent et rêvassait la plupart du temps.
Nous reçûmes peu avant Noël des chocolats offerts par des associations, devant l'appétit de ma co-détenue, je lui offris ma boîte.
« Non c'est pour toi. » refusa Esmé.
« J'en remangerai l'année prochaine et de meilleurs, répondis-je tristement. C'est le moins que je puisse faire pour te remercier. Et puis qui sait, si tu en fais une indigestion, tu n'auras qu'à demander à ce cher docteur Cullen de te guérir. »
Elle rougit instantanément puis accepta ma petite boîte en rechignant une dernière fois pour la forme.
« Partage avec Carmen si ça te dérange tant, lui dis-je. Où est-elle d'ailleurs ? »
« Avec son conseiller. »
« C'est lequel ? »
« Alec Volturi, le frère de la gardienne. »
Ainsi donc Jane avait un frère à a prison, raison de plus de me méfier d'elle.
Plus tard alors que les lumières étaient éteintes, Rosalie décida de m'accorder un peu d'attention.
« C'est gentil d'avoir offert des chocolats à Esmé. »
« Ouais. » répliquai-je, ne sachant pas vraiment si elle était sincère.
« Quand tu sortiras, ne l'oublies pas. »
« Non bien sûr... aucune de vous. »
« Esmé ne se lie pas facilement d'amitié mais quand ça arrive, pour elle ça dure toute la vie. La dernière fois c'était avec Renée, tu n'imagines pas comme Esmé souffre encore de ne pas savoir ce qui lui est arrivé. »
Elle se tut ensuite, me donnant matière à réfléchir non pas sur ma peine et ma rage, mais sur ce que les autres pouvaient ressentir envers ma mère. Esmé méritait de savoir.
_oOo_
« Eh toi ! » m'apostropha Jessica un midi en s'approchant de notre table.
« Tu me veux quoi ? »
« Lauren veut te parler, va à sa table, maintenant. »
Je secouai la tête amusée puis me levai juste pour apercevoir la chef du gang. Elle me fusilla du regard, personne ne la défiait jamais, moi-même je n'avais pas eu de confrontation directe avec elle.
« Bouge ! » me cria Jessica.
Esmé et Alice se tenaient les mains, horrifiées.
« Ça ira, je reviens vite. » les rassurai-je avant de suivre Jessica.
Lauren ne m'accorda plus un seul regard, elle se délectait de son repas, évidemment bien meilleur et riche que celui de nous autres prisonnières de bas étage.
« Je te veux dans mon équipe. » annonça-t-elle.
« C'est une blague ? »
« Tu as prouvé que tu étais assez forte pour la fonction. »
« Je ne veux pas me compromettre avec un groupe de lycéennes attardées qui ont décidé de se rejouer leurs jours glorieux en prison. »
« Tu as une sacrée répartie, j'aime ça. » dit-elle en se donnant des airs de mafieuse.
« Tant mieux pour toi. »
« Tu sais que je peux te détruire. »
« Non justement, tu as essayé et tu as échoué. » me vantai-je.
Jessica me regarda comme si j'avais deux têtes, elle n'avait sûrement jamais entendu quelqu'un parler ainsi à sa chef.
« Quelle est ta réponse ? »
« Je serais au-dessus de cette connasse ? » désignai-je Jessica.
« Oui. »
Je ricanai et savourai ces quelques secondes où Jessica était humiliée par sa propre chef.
« Ma réponse est non, mais merci quand même. »
Lauren leva son visage avec dédain, son regard noir se détourna de moi en entendant haleter notre audience, une vingtaine de prisonnières qui avaient donc épié notre conversation. L'affront était terrible, j'aurais préféré refuser en privé, je regrettais déjà mon arrogance.
Les deux jours suivants, je fus félicitée par la plupart des détenues pour avoir tenu tête à Lauren. Beaucoup me jurèrent de me prévenir quand la chef des salopes préparerait sa revanche, parce qu'il était évident qu'elle ne laisserait pas passer ça. Pour assoir son autorité, Lauren devait m'éliminer.
« Tu t'es foutue dans une sacrée merde ! » me glissa l'agent Mc Carthy quand je le croisai dans un couloir.
« Vous devez l'arrêter. » éludai-je, le forçant à s'arrêter pour me répondre.
« Lauren ? »
« Évidemment ! Je suis sûre aussi qu'elle est responsable pour l'agression de Renée Dwyer. »
« Tu as des preuves ? »
« Ça n'est pas normal que personne n'ait été inquiété pour ça, il y a des caméras partout. »
L'agent réfléchit une minute puis soupira.
« Je n'étais pas encore là quand ça s'est passé. »
« Vous ne pouvez pas enquêter ? »
« Tu plaisantes ? »
« Non, Lauren est dangereuse. » plaidai-je.
« Et intelligente et prudente. » compléta-t-il.
« Je l'ai défiée devant toute la prison, elle va devoir sortir de sa tanière et attaquer un grand coup, j'ai besoin de vous. »
« Je vais voir ce que je peux faire, en attendant, va en salle des visites. »
« Edward Masen ? » le questionnai-je en râlant à l'avance.
« Ne le fais pas attendre. »
« Merci... C'est quoi ton prénom ? » osai-je.
« Emmett. »
Voilà un renseignement qui vaudrait de l'or auprès de Rosalie.
« Merci, Emmett. »
« Je ne fais pas ça pour toi mais pour le bien de tous. »
Songeuse, je rejoignis mon avocat. J'espérais ne pas avoir fait d'erreur en demandant l'aide de l'agent Mc Carthy. Pourtant de tous, il me paraissait le plus intègre et j'avais besoin d'aide.
« Bonjour, Bella. »
Jamais il ne m'avait appelée par mon prénom.
« On est ami ? » ironisai-je en le dévisageant.
Il était encore habillé normalement, enfin pas en costume trois pièces. Il haussa les épaules, eut-être un peu vexé.
« Que me vaut le plaisir ? » poursuivis-je.
« L'esprit de Noël vous a donc touché ? Vous êtes aimable aujourd'hui. » remarqua-t-il, ironique.
« Pourquoi vous vous obstinez ? »
« Je n'ai rien de mieux à faire. »
« J'ai de quoi vous occuper. » lui annonçai-je soudain motivée par un nouvel objectif.
« J'écoute. »
« Une co-détenue, Esmé Platt, a été accusée à tort d'avoir tué son mari. »
« En quoi ça vous concerne ? »
« En rien. Elle est en prison depuis presque dix ans, elle est innocente. Son mari était une brute et un alcoolique qui la battait. Un jour il est tombé raide mort, personne n'a cru Esmé et le mari avait des potes dans la police locale. »
Masen me posa ensuite des dizaines de questions auxquelles j'étais parfois incapable de répondre.
« Demandez-lui de m'ajouter sur sa liste de visiteurs, je viendrai la semaine prochaine. Vous ne me menez pas en bateau, n'est-ce pas ? » insista-t-il encore.
« Juré, je veux vraiment l'aider. »
« Ok. Et dites-lui de m'appeler, voici mon numéro. »
Il griffonna sur un ticket de caisse qui était dans sa poche et quand il me le tendit, Volturi se matérialisa à côté de nous.
« Je dois vérifier. » expliqua-t-elle en prenant le papier.
« Mon numéro de téléphone, rétorqua Masen agacé. Rendez-le à ma cliente, s'il vous plaît. »
« C'est fini pour toi, la rebelle. » me cracha-t-elle après que j'ai mis dans mon soutien-gorge le ticket de caisse.
Elle m'escorta vers la porte puis retourna vers mon avocat, un grand sourire aux lèvres.
« Eh Izzy ! C'est qui ce canon ? » me demanda Leslie, qui était aussi dans mon dortoir, en quittant la salle de visites.
« Juste le petit con d'avocat commis d'office. » répliquai-je en haussant les épaules.
Esmé ne me crut pas quand je lui racontai avoir parlé d'elle à mon avocat. Le sien, malgré sa réputation, ne l'avait pas correctement défendue et elle l'avait renvoyé après son procès en appel qui avait échoué.
« Il est du genre requin mais incorruptible. » lui promis-je.
« C'est vraiment gentil de sa part d'accepter de regarder mon dossier. »
« J'ai le sentiment qu'il veut juste assoir sa réputation, s'il te fait libérer, il va être célèbre. Et je ne te parle même pas de la prime qu'il touchera sur tes indemnités ! Imagine, l'État va devoir te verser une fortune pour toutes ces années en prison. »
« Merci, Izzy, merci de croire en moi. »
« Appelle-le dès ce soir. »
Elle me prit dans ses bras et me fit une grosse bise. Elle sursauta quand je la serrais encore plus fort, pendant quelques minutes, c'était comme être câlinée par ma mère.
_oOo_
« Joyeux Noël ! » s'écria Alice le matin du 25 décembre.
Le dortoir tout entier s'anima rapidement et même les surveillants partagèrent la joie de cette fête. Je m'habillai rapidement puis allai voir Esmé. Je lui tendis une enveloppe puis lui demandai de s'isoler pour la lire. Une demi-heure plus tard, elle revint des toilettes, les yeux rouges et un sourire reconnaissant sur sa mine triste.
« Merci, Izzy... merci. Tu n'imagines pas comme je me sens mieux de savoir. Comment as-tu réussi à avoir ça ? »
« J'ai demandé au docteur Cullen. » chuchotai-je.
«Tu es une vraie amie, d'abord tu me prêtes ton avocat et maintenant tu me donnes enfin des nouvelles de Renée. Je vais écrire à son mari, pour le soutenir et lui parler d'elle. »
J'avais réussi à parler discrètement au médecin et lui avais exposé les faits. Esmé avait reçu une longue lettre pour lui expliquer ce qu'il était arrivé à Renée après son départ de la prison et où lui écrire.
« Elle aurait dû être libérée la semaine dernière, tu sais, continua Esmé. Je me souviens qu'elle avait prévu de passer la fête avec sa... euh son mari. »
Esmé me sonda, elle resta silencieuse jusqu'à ce qu'Alice nous interrompe. À vouloir jouer à la bonne fée, je m'étais peut-être démasquée.
Merci d'avance de me laisser une review.
