Lundi 30 mai 2011

Stargate Atlantis

DE L'AUTRE CÔTÉ DU MIROIR

Épisode 216, Order


Carson posa son regard heureux mais inquiet sur le garçon libéré du tube de LP-plug. Le corps svelte allongé sur la membrane et recouvert de gélatine remuait en de légères convulsions tandis que les yeux demeuraient ouverts, presque exorbités. Le docteur se tourna vers le scientifique wraith dont le regard fixait les symboles holographiques.

- Dans quel état est-il ?

- Il n'a aucun dommage physique. Le scanner détecte cependant une intense activité cérébrale.

Xanto lâcha sa console et s'approcha de son humain. Le transfert d'esprit avait fonctionné, Alséidès s'était éveillé, malheureusement dans un état psychique critique. Il délirait et partait dans des excès de fureur proche de l'hystérie. Le docteur observa le wraith avec attention, le regard qu'il posait sur le jeune, aucune expression n'étirait ses traits, tout était dans ses yeux. Il le vit caresser la joue de l'humain en un geste tendre et se retint d'exprimer son étonnement. Quel lien unissait réellement ces deux êtres que tout opposait ? Il se surprit lui-même à se poser une telle question. Xanto se tourna vers lui.

- Je sens en lui un immense désordre psychologique. Je vais m'insérer dans son esprit et l'ordonner de force.

- L'ordonner de force ? Que voulez-vous dire ?

Xanto parcourait le torse de l'humain du bout des doigts, cette attitude figeait le docteur de stupeur.

- Son état ressemble au syndrome du Pandorum.

Carson leva un sourcil d'interrogation et n'eut pas à demander la suite.

- C'est un syndrome qui touche les wraiths forcés de rester éveillés plusieurs millénaires sans hiberner. Le cerveau a besoin d'inconscience pour gérer les informations. Dans le cas d'une espèce avec une longévité comme la notre, le nombre d'information à traiter est colossal. Raison pour laquelle, l'hibernation par tranche de dix siècles fait partie de notre cycle naturel. En l'absence d'hibernation, notre cerveau sature et nous délirons. Quelque soit notre supériorité raciale, nous ne pouvons ingérer indéfiniment des données et des informations. Nous devons mettre nos cerveaux en veille et manquer des pages de l'Histoire de l'Univers. C'est l'hibernation ou le Pandorum.

Le docteur avait bu ces explications avec fascination. Ainsi les wraiths pouvaient également souffrir de pathologies psychiatriques ? On en apprenait tous les jours !

- Mais Jashugan est un humain sortit du coma, il ne peut pas être victime du « Pandorum » !

- Vous avez raison, mais il peut en revanche être soigné par la même technique employée pour guérir le Pandorum.

- Et quelle est cette technique ?

- Une Reine, ou une princesse particulièrement douée, s'immisce dans l'esprit affecté. Elle le fractionne par tranche de vie, d'années, de siècles ou de millénaires. Elle les réordonne dans un ordre chronologique, effaçant au passage toutes informations superflues et sources d'instabilité. Elle récrée le passé de l'individu en se basant sur les souvenirs désordonnés de celui-ci. Elle reconstruit la psyché du wraith atteint, du début jusqu'à la fin.

- Il nous faudra donc le soutien d'une reine ou d'une princesse ?

Xanto eut un léger pli sur la joue. Carson saisit qu'il s'agissait d'une sorte de sourire.

- Alséidès n'est qu'un humain, il n'a pas vécu des millénaires sans interruption. Réorganiser un esprit humain est une chose très aisée pour un wraith expérimenté.

- Oui, je m'en souviens, vous lui avez effacé la mémoire à deux reprises. C'est ce que vous suggérez cette fois aussi ?

- À la manière d'un Pandorum, je vais sélectionner et réorganiser ses souvenirs. Et oui, si cela s'avère nécessaire et ça le sera sûrement, je supprimerai toutes les sources d'instabilité.

- Et d'après votre jugement arbitraire, quelles pourraient être ces sources d'instabilité ?

Xanto parcourra lentement du regard les membres tremblants. Il se remémorait les coups, la fureur, la violence, le désir, le mépris.

- Quand il se réveillera, vous lui direz qu'il était captif. Il l'a été durant quarante longues années. Vous avez obtenu sa libération au moment de la signature du cessé le feu. Il n'aura pas de souvenirs de cette captivité car les wraiths les auront effacé pour éviter qu'il ne vous livre des informations secrètes. Il ne portera aucune cicatrice, ni celles que je lui ai faites, ni celles qu'il avait avant notre rencontre.

Ses griffes parcouraient les scarifications ornementales anciennes que le jeune portait au bras et sur les cuisses.

- Dites lui qu'il était un cobaye, que nous lui avons fait endurer des expérimentations en tout genre et qu'il vaut mieux qu'il ne se souvienne de rien. Il porte certains de mes gènes, tenez le à distance de notre race. Des échanges de pensées pourraient avoir lieu. S'il vous pose des questions sur ses nouvelles capacités physiques, rappelez lui qu'il était un cobaye. Et ne prononcez pas mon nom devant lui.

Carson resta muet. Bien sûr, il n'envisageait pas de laisser Jashugan repartir avec ce wraith, mais il ne s'attendait pas à ce que cela vienne de lui.

- Laissez nous.

L'humain sortit de la pièce sans protester.


Quinze ans plus tard…

- Ta capacité de guérison m'étonnera toujours, ta plaie est quasiment refermée !

Le jeune homme baissa les yeux sous ses cheveux châtains.

- Je t'avais dit que ce n'était rien. Pas la peine de gâcher du bandage pour si peu.

Carson lui lança un regard patient et imbiba une compresse d'éosine. Jashugan se tourna vers lui agacé.

- Qu'est ce que tu veux faire avec ça ?

- En recouvrir ta plaie bien sûr !

- Mais pourquoi tu t'obstines ? J'ai pas besoin de ça !

Carson déglutit en entendant la colère dans la voix de son protégé.

- Il y a deux jours une balle t'a traversé le bras ! J'applique le protocole et tu le sais très bien.

La colère stria le front du jeune homme, il ne retint pas un kick dans la table à ustensiles qui traversa la pièce en un fracas métallique.

- Foutaises ! Si tu fais ça c'est uniquement à cause des autres ! Tout le monde sait que je ne suis pas normal, à quoi bon cette comédie ?

- Tu te laisses aller. Maitrise toi.

Jashugan ravala la fureur qui lui battait aux tempes, mordu de culpabilité. Ce tempérament semblait faire partie des particularités observées chez lui en plus de sa force physique, de sa capacité de régénération, de ses sens sur aiguisés et de son apparence… Carson vit les yeux bleus profonds s'humidifier. Il soupira et posa sa main sur son épaule.

- Respire, laisse le redescendre.

Quelques secondes passèrent.

- Voilà, tu te sens mieux ?

- Hum.

Carson renonça à lui mettre un bandage et lui adressa un sourire amusé.

- Tu as rappelé Lalita ?

- Elle fait chier. Elle ne répond pas.

- Dommage, j'aimais bien cette petite, tu n'es pas trop triste ?

Jashugan leva les yeux au plafond.

- Pourquoi je le serai ?

Carson prit son air moralisateur.

- Mais quand vas-tu te décider à te caser ?

Une mine de dégout lui répondit.

- Je suis sérieux, à ton âge tu devrais au moins avoir une petite amie, une relation sérieuse !

- Ne recommence pas avec ça.

- Pourquoi te comportes tu de cette manière ? Tu crois que j'ignore tes déboires ? Tu devrais te décider à grandir un peu !

Jashugan serra les poings en sentant la colère trembler en lui.

- Grandir ? Tu peux me dire quel âge j'ai ?

- Tu le sais très bien.

- Rappelle le moi, avec cette figure j'ai tendance à l'oublier trop souvent ! Quel âge j'ai ?

- Trente ans.

Jashugan eut un sourire ironique.

- Trente ans. Ça fait maintenant quinze ans que vous m'avez libéré de ce vaisseau wraith et regarde moi ! J'en peux plus de ce visage ! Quinze ans que j'étale des types deux fois plus grands que moi, que je guéris quand tous les autres morflent, que je vois plus loin, que j'entends plus loin et que je sens la peur et le mépris des autres ! Pourquoi ? Parce que ce visage ne prend pas une seule foutue ride ! Quinze ans, père et c'est à peine si j'ai pris quelques centimètres ! Et tu me parles de me caser ? Mais qui voudrais de quelqu'un comme moi ?

Jashugan quitta l'infirmerie en claquant violement la porte. Il entra dans son appartement où il se dirigea aussitôt sur le balcon, face à l'Océan d'Atlantica. Appuyé sur la rambarde, le visage fouetté par le vent marin et les oreilles bourdonnantes du rugissement des vagues, il songea une fois de plus à sauter, à se noyer. Il était le meilleur combattant d'Atlantis, invaincu à mains nues ou à l'arme blanche, il avait dix ans de carrière militaire derrière lui, mais avait difficilement été promu major. Pour se sentir intégré, il s'était coupé les cheveux courts et avait adopté le treillis. Mais rien n'y faisait. Il comprit qu'il ne serait jamais considéré comme un atlante à part entière.

À quoi bon faire des efforts ? Alors ses cheveux repoussèrent et il s'enferma dans la solitude. Il avait parcouru son dossier des milliers de fois. Le rapport faisait état d'un jeune docile, calme et espiègle. D'une captivité aux mains des wraiths d'une durée de quarante ans et dont il n'avait pas le moindre souvenir. D'une restitution à son peuple d'origine après la signature du cessé le feu entre les deux civilisations. D'un coma dont il se serait réveillé métamorphosé. D'un adn modifié, de gènes wraiths qui lui donneraient toutes ses capacités et qui figeraient son image dans la jeunesse.

Il entra dans la pièce sommaire et se regarda dans le miroir mural. Il ne se donnait pas plus de dix-sept ans. Son duvet avait à peine épaissi, sa voix n'avait toujours pas muée. Il mettait mal à l'aise les personnes avec qui il tentait un rapprochement. Mais cela aurait pu être surmontable s'il n'avait pas toujours eu le sentiment qu'on lui avait caché certains faits. Ainsi, pourquoi le meilleur combattant d'Atlantis n'avait jamais été sélectionné pour la garde diplomatique en déplacement sur les ruches ? Pourquoi n'était t-il tout simplement jamais affecté aux missions impliquant un contact direct avec des wraiths ? Pourquoi son protecteur avait-il reçu un don de vie de la part des wraiths ? Il peinait à croire qu'il s'agissait d'un cadeau de paix, obtenu en même temps que sa restitution.

Pourquoi le tenait-on à l'écart des wraiths alors qu'il s'était montré désireux de les côtoyer ? Était ce réellement pour lui épargner la remontée de souvenirs douloureux ? Mais s'il désirait se souvenir à tout prix, les atlantes avaient-ils le droit de le lui refuser ?

Tu voulais entrer dans l'armée ? Obéis sans poser de questions à présent.

Et ses questions restèrent sans réponses. Il soupira et ouvrit son courrier. Il resta interdit en découvrant sa nouvelle affectation de mission, la nouvelle administratrice de la cité, Mme Fairbuke l'intégrait à son corps de garde personnelle. Prochaine mission : l'escorter sur « Death Cloud ».

Il leva les yeux dans le vague, Death cloud, un vaisseau célèbre pour avoir été le premier à se poser sur Atlantis, mais aussi et surtout pour son commandant. Ce wraith génial qui avait créé l'EVA et permis la paix entre les deux races. Ce même wraith qui avait signé le cessé le feu et conçu les grandes lignes de la Convention de Pégase. Il allait le rencontrer.


Note de l'auteur !

Nous voici à l'épisode 216, j'espère qu'il vous aura plu, même s'il fut plutôt tranquille ! Mais promis, il y aura une dernière phase d'action avant de conclure cette aventure !

Merci à tous de me suivre ! À bientôt pour de nouvelles aventures !