Hello les gens,

Tout d'abord un grand merci à : Cordelia sur "It is what it is" ; Vera spurnes, Aerastelle, Chocolategirl, Gargouilles déguisée en guest sur "Posthume".

Poster des reviews alors qu'on ne peut pas recevoir de réponse, est un acte tellement gratuit et généreux qu'il ne peut être que salué.

Je ne parle pas un mot d'italien donc d'avance pardonnez mes erreurs et soyez assez aimables pour me les signaler!

(Jeune chasseresse à la prose si fine, sache que je pense à toi...)


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Samedi.

Le soleil.

Sec, éblouissant, impitoyable.

Le problème, c'est le soleil.

Le problème, les problèmes, ça aurait pu être tout un tas de choses dont la liste est interminable.

Ça aurait pu être, en amont de tous ceux qui ont suivi, le refus catégorique de John d'affréter un jet privé, malgré la proposition affable de Mycroft, doucereux et désormais éternellement désolé Mycroft, sous le prétexte discutable que « non, ma fille ne prendra pas un avion privé, elle partira en vacances comme tout le monde ! ». Ça aurait pu être, conséquence prévisible de ce premier problème, de devoir faire la queue à l'enregistrement des bagages, une queue qui progressait à la vitesse d'un escargot vieillissant, de patienter deux heures dans le hall d'embarquement parmi une horde de touristes laids et bruyants, de faire encore une fois la queue avant de monter dans l'avion, de se plier en deux sur un siège placé de telle façon que l'espace qui le sépare du siège de devant ne permet pas d'allonger des jambes anormalement longues et aussi parce que « non, on ne va pas voyager en classe affaires », de réaliser que bien entendu, une fois en l'air, tous les portables basculent automatiquement en mode avion, de subir les applaudissements ridicules de plus de cent cinquante britanniques pour l'unique raison que le pilote a fait son job en atterrissant sans encombre à Fiumicino, de patienter encore devant le tapis roulant dans l'attente de récupérer leurs valises et ce, toujours mélangé à ses compatriotes dont il aurait fini par avoir honte.

Voilà, tout ceci, et Sherlock n'est même pas exhaustif, tout ceci aurait pu être un problème.

Mais cela n'a pas été le cas. Absolument pas.

Car ces plaintes et ces caprices éventuels participent d'une image dépassée et fausse de lui. Son impatience et son agacement ne sont que les facettes convenues de sa personnalité, il aime croire qu'il est plus surprenant que ça, et il ne les laisse s'exprimer que si son entourage fait preuve d'une mauvaise fois obstinée. John et Rosie ne sont jamais de mauvaise foi.

En bon britannique qui se respecte, il a su se comporter avec discrétion et savoir-vivre pendant toute la durée du voyage. Il s'est autorisé quelques remarques désobligeantes à l'égard de certains de leurs compagnons fortuits de vol mais à voix basse et dont le but premier était d'amuser John et de le rassurer aussi, « Non, John, il n'y a pas de terroriste sur notre vol… ». Rosie avait pensé à se munir de livres de littérature enfantine qu'il s'était empressé de lui lire, modulant sa voix selon les personnages qu'il était censé incarner. Il se demande parfois, quand il fait ainsi la lecture à Rosie, si, à lui aussi, on a lu ce genre de livres. Sa mère lui affirme que oui mais il ne s'en souvient pas, images perdues d'une histoire, son histoire, qu'il tente de reconstituer. Blanc total sur les cinq premières années de sa vie. Rosie, dans son goût prononcé pour la répétition que ses quatre ans expliquent, avait exigé que le même conte lui fût lu plusieurs fois de suite : l'histoire d'un loup qui décide de devenir végétarien par amitié pour un cochon. Il n'avait pas manqué, par esprit de taquinerie, d'émettre quelques doutes.

« Je ne crois pas qu'un loup, aussi bien intentionné soit-il, puisse échapper ainsi à son instinct. »

Rosie avait levé les yeux au ciel en soupirant devant sa bêtise.

« C'est un livre Sherlock… »

John avait souri, à moitié endormi à côté d'eux, et un peu crispé. John a un goût très modéré pour les voyages en avion et ce, malgré les explications techniques sur la portance et l'aérodynamisme qu'il se fait un devoir de lui donner à chaque embarquement.

« Tu peux bien me raconter tout ce que tu veux Sherlock, j'ai la trouille, c'est comme ça et ça ne changera pas. Rien ne m'ôtera de l'idée que voler, ça n'est pas naturel…

- C'est toi qui as eu l'idée de ce voyage.

- Je sais. Ça n'est qu'un mauvais moment à passer. »

Donc, entre personnes de bonne compagnie, tout s'est bien passé et Londres-Rome, ça n'est pas si long.

Le problème, l'unique problème, c'est le soleil et, à peine a-t-il franchi les portes automatiques de l'aéroport de Fiumicino, qu'il recule pour se mettre à l'abri. John, qui ne s'est rendu compte de rien, continue d'avancer en poussant devant lui le chariot où s'entassent leurs valises et il faut que Rosie tire sur la manche de son père pour qu'il revienne en arrière.

« Quoi ? » fait John à travers les vitres qui se sont refermées.

Le moment d'aveuglement est passé, ce voile blanc qui s'est posé sur sa rétine, recouvrant tout, s'estompe et Sherlock parvient à faire le point, en plissant les yeux. Il accepte de faire un pas en avant.

« Le soleil, John, il est trop fort… dit-il en plaçant une main devant ses yeux.

- Ah ça ? C'est parce que tu as les yeux clairs. Tu vas t'y faire et le mieux c'est que tu fasses comme moi.

- C'est-à-dire ?

- Que tu mettes des lunettes de soleil. »

Et John sort de la poche intérieure de sa veste une paire de lunettes de soleil qu'il glisse sur son nez en un geste ostensible d'assurance et d'effronterie. Sherlock ne sait pas qui est Steve McQueen et encore moins ce que sont des lunettes Persol mais s'il l'avait su, peut-être se serait-il dit que le plus chic des acteurs américains venait de réapparaître devant lui. Non, Sherlock ne possède pas ce genre de références et même encore les aurait-il qu'il ne les utiliserait pas. Car tout en John, son corps et sa façon de se mouvoir, gestes empruntés ou assurés, tendre fragilité ou solidité confiante, tout en John est un gouffre, un abysse, dans lequel Sherlock n'est pas autorisé à tomber. Et cette irrémédiabilité, épaisseur compacte qui l'aspire et le hante, ne tolère aucune comparaison, les autres, tous les autres ne sont que des surfaces lisses, deux dimensions affreusement plates, sur lesquelles le regard de Sherlock glisse et ne s'accroche jamais. Alors la question n'est pas de savoir si John est plus ou moins beau avec ces machins aux reflets bleutés sur les yeux ou s'il ressemble plus ou moins à une vedette disparue il y a plus de trente ans, la question est : comment va faire Sherlock pour ne pas succomber un peu plus ? Parce que, et c'est une faiblesse honteuse, Sherlock juge que John est atrocement charmant en arborant sur son nez cet accessoire de mode. Son amour-propre est une carpette sur laquelle son addiction s'essuie les pieds.

« Tu n'en as jamais portées avant… » dit-il d'une voix neutre à défaut de la faire plus sèche.

« Non, tu as raison, je les ai achetées pour venir ici. Et puis… »

John sourit. Un sourire narquois qui ne laisse rien présager de bon.

« Et puis ? ne peut s'empêcher de demander Sherlock.

- Et puis, j'avais envie d'être séduisant. »

Une femme, italienne, la quarantaine, pantalon fluide en lin et veste bien taillée, cheveux bruns retenus en un chignon que son voyage récent a un peu chiffonné, passe, se retourne et jette un regard appréciateur sur John. Troubles du comportement alimentaire persistant encore à quarante ans, c'est navrant, période dépressive pas si lointaine, divorce sanglant.

Sherlock se fait plus grand et la suit des yeux. Cela ne dure que l'espace d'un court instant.

« Tu l'es… apparemment.

- Ah bon ? Tu trouves ? » se réjouit John qui n'a pas pu manquer cet échange de regards mais dont l'attention, étonnamment, s'est déjà reportée sur Sherlock.

D'un geste emphatique quoiqu'assez las, puisqu'il faut toujours tout expliquer, Sherlock indique la femme de dos et qui s'éloigne.

« J'avais vu Sherlock mais ce n'est pas forcément l'avis de cette jeune dame qui m'importe le plus… »

- Ah ? Et lequel alors ?

- Le tien… »

Ah !

Pourquoi, mais pourquoi John persiste-t-il à dire ce genre de choses ? Et quelle approbation quémande-t-il encore ? Alors, oui, c'est vrai, John est bien habillé : pantalon en toile beige, chemise à carreaux blancs et bleus dont les deux derniers boutons sont négligemment défaits et qui rehausse la luminosité de ses yeux, veste bleue marine un peu cintrée, mocassins souples. Aurait-il enfin acquis quelques notions d'élégance ?

« Tu as fait des efforts vestimentaires ? » hasarde Sherlock.

John éclate de rire puis lance :

« Bien, on ne va pas rester devant cette porte… Et si tu nous trouvais un taxi ? »

Incertain, Sherlock obéit puis se retourne.

« Et comment on fait ça ?

- Demander un taxi ?

- Oui John. Demander un taxi. »

La question paraît irréelle et saugrenue, il en convient, tant cette action élémentaire est pour lui de l'ordre du réflexe quand ils sont à Londres. Mais ils ne sont pas à Londres.

« Comme tu fais d'habitude et ça n'est pas moi qui suis polyglotte. »

John se bat un peu avec le rebord du trottoir et les roulettes du chariot devenu plus lourd par le poids de Rosie qui a escaladé les valises et s'est perchée tout en haut.

Sherlock baisse les yeux, un peu confus.

« Je ne parle pas italien… »

Le chariot tangue et manque de se renverser par terre mais John, d'une poigne solide, le stabilise et d'un doigt sévère, indique à sa fille qu'il est préférable qu'elle marche.

« Tu ne … quoi ? Oh bordel ! Mais je croyais que tu…

- Parlais italien ? Eh bien non… le français, le russe, l'arabe, le chinois, quelques mots d'espagnol, l'allemand aussi mais l'italien, non. »

John se masse le front au-dessus de ses oh-si-belles lunettes de soleil.

« Quand j'ai suggéré Rome pour partir en vacances, tu aurais pu me préciser…

- Tu n'as pas suggéré. C'était ici ou rien et si je dois toujours présumer que tu vas te reposer sur moi… »

D'une main virevoltante, John évacue la fin de cette conversation qui ne mènera nulle part.

« Ok, Ok… Débrouille-toi… »

En arpentant le trottoir et avisant les taxis, cherchant parmi eux celui qui serait le plus à même de le comprendre, Sherlock se surprend à lever le menton, offrant son visage à la caresse piquante du soleil.

Finalement, la tâche n'est pas si ardue : devant tous les aéroports, les chauffeurs de taxi baragouinent toujours quelques mots d'anglais. Et celui-ci semble ravi de montrer ses compétences linguistiques en voulant prolonger la conversation une fois que John lui a indiqué l'adresse de leur location.

« Trastevere ?... Très joli… vous allez voir… Rome est une très belle ville, vous ne serez pas déçus. »

Caricature de l'italien typique, sans que cela puisse être involontaire, il porte autour du cou une chaîne en or, simili-or c'est évident, et une croix. Cet attirail religieux est visible puisque la chemise, plus si blanche en cette fin d'après-midi, auréoles de transpiration sous les bras et sauce-tomates sur la manchette droite, est suffisamment déboutonnée pour laisser entrevoir aussi une moquette pectorale qui pourrait dégoûter certaines âmes sensibles. Il se trouve que, malgré les apparences, Sherlock a une âme sensible et que, même s'il apprécie la virilité, il la préfère blonde et moins ostentatoire. La force tranquille plutôt que les rodomontades.

Accroché au rétroviseur, pendouille un chapelet aux gros grains que Rosie observe avec circonspection.

« C'est pour faire des prières » explique Sherlock en se penchant vers elle.

La retenue anglicane comprend difficilement l'extravagance catholique.

Dans sa poche, son téléphone vibre et John lève sur lui un regard incrédule.

« Tu avais promis… » dit John sur le point de se fâcher.

« Je règle les dernières affaires en cours et j'arrête, je te promets.

- Est-ce que je peux faire ? Dis Sherlock, est-ce que je peux faire ? » demande Rosie, coincée entre eux à l'arrière du taxi.

« John ? » Car il n'accorde rien à l'enfant sans avoir l'aval du père.

« Allez-y mais juste le temps du trajet. Après fini ! » tente de gronder John en ouvrant son guide de voyage.

« Bien alors qu'avons-nous là ? » dit Sherlock en faisant défiler le contenu de sa boîte-mail sur l'écran de son téléphone. Avachie sur lui, Rosie parcourt des yeux tous les messages qu'il ouvre.

« Celui-là, celui-là ! » insiste-t-elle en pointant son index.

John, sans lever les yeux de son guide, lâche :

« Je ne comprends pas, vraiment je ne comprends pas, pourquoi tu la laisses choisir puisqu'elle ne sait pas lire. »

Rosie et Sherlock le regardent, scandalisés.

« Je suis son assistante, je l'aide… » explique Rosie en détachant tous ses mots, pour bien faire comprendre à son père combien il est stupide. Et Sherlock, d'un air théâtral, approuve.

Cet impénitent étant taclé, le détective et son assistante en reviennent à leurs affaires.

« Alors Sherlock ?

- Attends, attends, laisse-moi réfléchir… » Il fourre le téléphone dans les mains de Rosie, qui calmement patiente. Ses mains se lèvent d'elles-mêmes et se placent verticalement devant sa bouche.

« Fais gaffe, dit John, tu te pastiches toi-même… »

C'est un trait d'ironie dont le bord mordant ne cache pas le fond tendre. Sherlock tourne la tête pour croiser le regard de John mais il ne perçoit que son reflet dans les lunettes insolentes. Les lèvres, terribles lèvres qui malgré leur minceur savent tout exprimer, s'incurvent en un sourire taquin.

Il ose un air inquisiteur en haussant simultanément le menton et les sourcils.

« C'est pire » cingle John qui conserve son sourire agaçant.

Sherlock abaisse ses mains.

« John, si je ne suis pas le compagnon que tu souhaitais pour ce voyage, il est définitivement trop tard pour faire demi-tour… »

John fait glisser ses lunettes sur le bout de son nez et par-dessus les verres bleutés, hasarde un regard dont l'intention est d'abord un réconfort affirmé mais où pointe une coquetterie charmeuse.

« Définitivement oui… et je n'en aurais voulu aucun autre. »

« Alors Sherlock, qu'est-ce qu'on répond à Greg ? » s'énerve Rosie.

« Montre les photos… » dit-il en reprenant son téléphone et, en le levant assez haut pour que Rosie ne puisse rien voir : « Quand apprendront-ils à prendre correctement des photos des victimes ? Bien… nous allons écrire cela : si le mari n'a pas de moustache, cherchez l'amant. Qu'en penses-tu Rosie ? Est-ce assez concis ? »

Rosie acquiesce gravement en fronçant les sourcils.

« Non mais quelle vision du couple tu donnes à ma fille ? Et comment fais-tu d'ailleurs pour savoir que le meurtrier est moustachu ? » s'offusque John en abaissant vivement son guide.

« Arrête John ! La plupart des copains de Rosie ont des parents divorcés, elle-même n'a plus de mère alors un mari ou un amant assassin, qu'est-ce que ça change ?

- Et le père de Tom, mon copain, il a dit que si ça continuait comme ça, il allait finir par tuer sa femme, c'est Tom qui me l'a dit » ajoute Rosie pour enfoncer le clou.

John soupire.

« Mais il ne va pas le faire, ma chérie. Ce sont des choses qu'on dit quand on est très en colère mais les gens ne le font pas… »

Sherlock tousse et John le foudroie du regard.

« Et faut-il vraiment que j'explique pour la moustache ? reprend Sherlock.

- Non, ce n'est pas la peine, je suis en vacances et d'ailleurs tu as toujours eu un apriori négatif sur les moustaches.

- Elles conviennent à certaines personnes et pas à d'autres. C'est une simple question d'esthétique et d'équilibre du visage. »

John effleure d'un index songeur le bord de sa lèvre supérieure.

« Peut-être… oui… »

Rosie dont le regard est passé de l'un à l'autre pendant ce ping-pong verbal, demande :

« Papa a porté la moustache ?

- Oui ma chérie… au moment où j'ai rencontré ta maman et pendant que Sherlock était mort…

- Et vu que ni ta maman ni moi n'aimions cette moustache, elle a été rasée. »

Rosie s'appuie davantage contre l'épaule de Sherlock et observe attentivement son père, qui, accommodant, se prête volontiers à cet examen en s'inclinant vers l'arrière.

« Je suis d'accord. Je pense que cela ne t'irait pas non plus. Je te trouve bien plus beau sans.

- La vérité sort de la bouche des enfants » conclut Sherlock en glissant son téléphone dans sa poche. Il peut sentir posé sur lui le regard amusé de John.

Le trajet est assez long et le paysage n'est pas distrayant. Avant d'arriver au cœur de la Ville Eternelle, il faut avoir subi des kilomètres d'autoroutes, aux abords desquelles s'essoufflent des banlieues poussives, des cultures à l'abandon et des centres industriels qui ont sans doute connu de meilleurs jours. Les périphéries urbaines ne sont pas faites pour charmer l'œil, et les capitales, dont le pouvoir d'attraction est trompeur, s'engraissent des pauvretés qu'elles laissent à leurs portes. Sur les flancs de la route et sur le point d'y déborder, dans une expansion que même les morts de certains ne peuvent arrêter, s'étalent des bidons-villes où l'on doit plus souvent pleurer en syrien ou en soudanais qu'en italien. Europe vieillissante qui s'arcboute sur ses années glorieuses et qui se refuse à partager les miettes d'un gâteau qu'elle a pourtant confectionné avec des richesses glanées ailleurs.

Indifférent au monde et à ses malheurs, Sherlock n'ignore pas cependant que son île n'est pas exempte de sanglots et d'appels, bloqués sur les côtes françaises mais dont les échos, que ses compatriotes ne voudraient pas entendre, montent au-dessus de la Manche.

Rosie, qui a grimpé sur ses genoux pour mieux voir, demande :

« Pourquoi ils n'ont pas de vraies maisons ? »

Tous deux adultes et rompus aux vicissitudes de la vie, ils ne savent que répondre.

« Roma ! » s'écrie soudain le chauffeur en lâchant son volant et en ouvrant les bras.

Entrer dans Rome, c'est un peu voyager dans le temps puisqu'une fois qu'on est sûr d'y être, le regard est happé par les Thermes de Caracalla. Etonnantes par leur couleur, le rouge de la brique, qui contredit l'idée première que l'on se fait des ruines antiques, plutôt blanches ou grises, elles annoncent qu'on arrive dans une ville impériale où ont régné, des siècles durant, le sens de la démesure et la certitude d'être le centre du monde. Imposantes et mégalomanes, elles vous font littéralement tourner la tête et vous cherchez encore à les voir quand vous vous êtes engagé sur la via del Circo Massimo. C'est un avertissement efficace et immédiat : ici il est préférable d'oublier le temps.

oooOOOooo

Dimanche.

Le Trastevere est un village et quand vous vous perdez, non sans un certain délice, dans le labyrinthe de ses ruelles, vous avez de la peine à croire qu'à quelques encablures de là se dresse, majestueux, le Colisée ou que plus loin se pressent des foules de pèlerins, impatients de toucher le pied du Saint Pierre.

John se dit que c'est cette Rome-là qu'il veut voir, celle dans laquelle il est en train de déambuler et il se félicite d'avoir loué un appartement en plein milieu de ce quartier populaire qui, malheureusement, n'échappera pas à une gentrification prochaine.

Ce matin, en sortant assez tôt pour trouver de quoi faire du thé, du café et un petit-déjeuner potable pour Rosie, il avait su profiter, le nez au vent, du linge qui séchait aux fenêtres, ce n'est donc pas une image de carte postale, du chatoiement du soleil sur le velours des façades jaunes et oranges, de la nonchalance des glycines qui donnent au pavé des allures de jardinet. Il s'était un peu perdu, surpris que la rue dans laquelle il croyait tourner n'était pas celle indiquée sur son plan, pas mécontent de musarder encore un peu alors que les deux énergumènes l'attendaient en trompant leur ennui sur le téléphone de Sherlock.

Quand il était remonté à l'appartement, les bras chargés de viennoiseries, cornetti et fagottini, il les avait trouvés, le grand et la petite, lovés l'un contre l'autre, sur le canapé du minuscule salon qui sert aussi de cuisine, concentrés sur des vidéos qu'avait téléchargées Sherlock pour la petite fille.

« Je n'ai pas faim, je ne prendrai qu'un café, avait dit Sherlock en levant les yeux, avec deux sucres.

- Ça tombe bien. Je ne t'ai pas acheté de croissants. »

Mais Sherlock, dont John ne tient plus l'inventaire des contradictions, avait mordu dans un croissant après avoir vu Rosie se barbouiller la bouche de chocolat.

Rosie s'égaille devant eux, cheveux fins et blonds, coupés courts sur la nuque comme sa mère et il ne craint pas de la laisser aller ainsi seule. Le Trastevere, par l'étroitesse de ses rues, ne facilite pas l'accès aux véhicules motorisés. Ils vont sans but et John a remisé son plan dans son sac à dos.

« Est-il nécessaire que tu t'encombres de cet accessoire ? » avait demandé Sherlock en voyant John passer l'anse du sac sur son épaule.

Autant les critiques les plus acerbes ou les plus cruelles le concernant glissent sur lui comme l'eau sur les plumes d'un canard, s'en délectant même avec une certaine perversité, comme le diable rit quand on lui dit qu'il est méchant, autant le détective s'offusque qu'on puisse lui attribuer des fautes de goût. Et cette exigence dans l'esthétisme s'étend à John si celui-ci l'accompagne.

« Oui, c'est nécessaire. Sinon où veux-tu que je mette… » Et John avait sorti, pour appuyer son propos, le contenu du dit sac : « mon plan, mon guide, mon portefeuille, une bouteille d'eau et un paquet de biscuits si Rosie a faim ou soif, son gilet si elle a froid ? Dans tes poches ? »

Sherlock avait regardé, dubitatif, tous ces objets exposés sur la table et dont l'utilité allait de de soi.

Puis John, devant l'absence de contestations, avait tout remis dans son sac et fermé le zip.

« Mais ne t'inquiète pas, je ne te demanderai pas de le porter.

- Encore heureux… J'ai l'impression d'assister à la réapparition de tout un pan de ta garde-robe dont je pensais que Mary t'avait très judicieusement débarrassé.

- Mary aimait bien mes pulls.

- Tout comme ta moustache. »

Sherlock avait souri, content de son petit effet et il lui avait souri en retour, ne se méprenant pas sur le sens de la remarque : sous la pique, le rappel de l'importance de sa femme dans leurs vies. Sherlock en parle toujours avec un humour délicat et respectueux mais John soupçonne que ce n'est pas un souvenir doux et tendre de Mary qui préoccupe Sherlock. Distribution ironique des rôles : il avait fallu un seul jour à Sherlock, incandescent et perdu, pour débarrasser John du fantôme de Mary, et quand on y songe, ce seul jour où le détective avait tout risqué, et sa vie et sa santé mentale, drogué jusqu'aux yeux, choisissant consciemment de se brûler et de se jeter dans la gueule du loup pour sauver John contre lui-même, ce seul jour qu'indique-t-il, si ce n'est l'emprise démesurée que Sherlock exerce sur John, à leurs corps défendant, mais dont John désormais ne veut plus se défendre. Oui, il n'avait fallu qu'un seul jour pour que le fantôme de Mary le quittât et depuis, ce spectre qui prend la forme d'une culpabilité gangréneuse, harcèle Sherlock. L'ami plus hanté que l'époux.

Le sac est léger, son dos gardera toujours en mémoire le poids du barda du soldat et il ne quitte pas sa fille des yeux. A ses côtés, mains dans les poches, le détective à la foulée habituellement plus longue, se prête docilement à son pas. Finalement, il n'est pas si étrange que Sherlock accepte cette flânerie romaine, adepte lui-même des errances londoniennes. Ce qui est nouveau, c'est son acceptation, pour le moment sans rébellion, d'être guidé. Car John, sans qu'il le soit dit, mène la marche.

Devant eux s'ouvrent des ruelles, que le soleil matinal et printanier n'inonde pas encore. Les façades aux tons ocres et burinées par le temps ne sont pas droites, elles se bombent et s'incurvent. Derrière les fenêtres étroites, on devine une vie qui s'anime et les romains, malgré les intrusions barbares, poursuivent leurs activités journalières : les mamas, jeunes femmes brunes et élégantes, conduisent leurs enfants à l'école, les commerçants ouvrent leurs boutiques, véritables pièges à touristes, les restaurateurs, à grand renfort de seaux d'eau, nettoient leurs terrasses. Rome est une belle ville mais elle est sale, et le pavé, partout, est jonché des déchets qu'a laissé la nuit précédente une foule cosmopolite et impolie. Des agents municipaux, au volant d'un triporteur désuet mais seul véhicule adapté à la largeur des rues, ramassent les bouteilles vides et les poubelles sauvages que d'autres viendront remplacer plus tard. Danse sans fin et injuste d'un peuple qui nettoie ce qu'un autre salit.

A un carrefour où apparaît un trottoir inopiné, ils découvrent une épicerie sans charme et observent, un instant interloqués par tant de laideur, le boutiquier installer sans vergogne sa marchandise jusque dans le caniveau où s'écoule une eau grise. Le contraste est saisissant, la bâtisse, aux éclats jaunes d'or et sur laquelle serpente du lierre grimpant, délicate harmonie des couleurs, semble grimacer devant la verrue qui défigure son pied : pyramides instables de bouteilles en plastique, amoncellement de conserves aux teintes criardes, bric-à-brac d'objets inutiles.

« Prenons de la hauteur » dit John et il appelle sa fille, qui s'approchait déjà d'un étale où brillent de faux diamants.

En s'engageant dans la via Garibaldi, ça grimpe un peu, ils débouchent sur la Passeggiata di Gianicolo, avec des efforts et en poussant sur leurs mollets, promenade qui longe le sommet de la colline du Janicule. Retraite qui pourrait être champêtre, bordée de pins, si la ville ne se rappelait pas à eux, et par la saleté, à laquelle il faudra se faire et qui frelate les pans de verdures, et par sa présence, immense et ondoyante, sur leur droite. Du haut du mont Janicule, le point de vue est imprenable. Tout le long de la rue, comme une ponctuation, se dressent des bustes de Garibaldi.

« Cette manie qu'ont les peuples d'adorer leurs maîtres, commente Sherlock.

- Celui-là était plutôt un libérateur. Il a unifié l'Italie, répond John qui a sorti fort à propos son guide.

- Peu importe. Je n'ai jamais cru aux contes dont nous abreuvaient nos profs d'Histoire.

- Tu devais être d'un chiant ! »

Et puis, s'arrêtant soudainement, comme si marcher et parler lui était impossible, Sherlock demande, en posant sa main sur le bras de John :

« Y as-tu cru une seule fois quand tu étais là-bas ?

- Tu veux dire : la Reine et la patrie ? »

John a perdu depuis longtemps l'envie d'être fier de sa période afghane. Sherlock le regarde avec sincérité, ne connaît-il pas déjà la réponse à cette question ?

« Oui… »

Ils reprennent leur marche et John avance à l'abri de l'ombre de Sherlock.

- Au début, oui, j'y ai cru et c'était plus facile.

- Pourquoi ?

- Pour accepter l'engagement. J'étais jeune, je marchais un peu à l'instinct, je ne réfléchissais pas beaucoup à mes choix. »

John attend une réplique qui ne vient pas. Il se mord la lèvre. Il s'étonne toujours de croire qu'il le connaît.

« Et après ? » demande Sherlock en plissant les yeux. Le soleil, qui perce à travers l'ombrage des pins, demeure un problème.

Rosie qui marche à leurs côtés, s'évertue à suivre le rebord du trottoir et John lui donne la main pour l'aider à garder son équilibre. Ils ralentissent.

« Après ? Après, il y a eu le premier type que je n'ai pas réussi à sauver.

- Et ?

- Et… les discours que les gradés nous servaient, ils pouvaient se les carrer où je pense. »

La vulgarité dont John use parfois pour imager ses propos, ne fait plus hausser les sourcils de Sherlock.

« Et pourtant, tu aimais ça…

- Quoi ? Etre là-bas ? Oui, j'aimais ça… »

Les raisons que l'on a de vivre ne sont pas toujours les plus avouables. Et John, depuis longtemps, sait ce qu'il aime et ce qui lui plaît.

« Tu as un instinct de survie déplorable, juge Sherlock.

- Tu trouves ? Moi, je ne dirais pas ça, je dirais plutôt que j'ai un instinct de survie extrêmement développé. D'ailleurs, si ça n'était pas le cas, je ne serais pas là avec toi.

- Justement, peut-être aurais-tu dû…

- J'aurais dû quoi ? »

C'est un regret qui échappe ainsi, à mots couverts, des paroles de Sherlock. Car John sait, pour l'éprouver régulièrement, que son ami oscille continuellement entre le désir qu'il ne peut tempérer de continuer à lui offrir les aventures, aussi dangereuses puissent-elles être, qui le feront palpiter et vibrer avec lui, et le jugement critique, lucidité tranchante qui pointe la toxicité de cette association, étalant devant ses yeux horrifiés tous ces moments où John aurait pu être blessé.

Lâchant sa fille, qui continue toute seule en écartant les bras, John s'arrête.

« J'aurais dû rien du tout. J'ai juste un instinct de survie différent des autres. Tu comprends ?

- Oui je comprends. Cela fait longtemps que j'ai compris. Ça n'est pas plus rassurant… »

Le regard de Sherlock, sous la main qu'il a placée en visière pour se protéger du soleil, est trop sombre pour que John puisse le lire. Que veut-il entendre ? Qu'il n'est pas trop dangereux et que tout ira bien ou qu'il est trop dangereux et que c'est encore mieux ? La compassion parfois a le goût d'une aumône, elle est ce qu'on donne quand on craint qu'en donnant plus, l'autre se brise. John ne craint pas que Sherlock se brise.

« Oui bien sûr que tu comprends… Et je crois que foncièrement tu n'as pas envie d'être rassuré.

- Qu'est-ce que tu sous-entends ?

- Je sous-entends que tu aimes bien ce que tu me fais.

- Ça ne veut pas dire que c'est bien.

- Pour qui ?

- Pour toi.

- Ça, c'est moi qui décide. Et il me semble que j'ai pris ma décision il y a suffisamment longtemps pour que je n'aie pas à revenir dessus. »

Ils arrivent sur la piazzale Garibaldi, promontoire qui domine le mont Janicule et où se dresse, victorieux, le général italien. Rosie, attirée par l'espace et par le parapet, se précipite, John court derrière elle pour attraper sa main. Devant eux, s'étend la ville, prodigue sous le soleil. Aussi loin que porte le regard, elle est là, bordée par ses sept collines, plantureuse désormais et non plus close, ancienne maîtresse qui regrette l'époque où elle était un empire. John a l'intelligence de ne pas sortir son plan et de ne pas chercher à identifier les différents monuments qui jaillissent parmi les toits. Il préfère l'ignorance à la connaissance et laisse dériver son regard, suivant d'un œil rêveur les méandres des rues que l'on devine à leurs percées sinueuses entre les bâtiments. Puis, Sherlock, à voix basse, demande : « Tu veux savoir ? ». Les histoires que d'autres nous racontent ont parfois plus d'attrait que les informations que l'on peut lire alors John répond : « Oui, c'est mieux quand c'est toi qui expliques. » Et Sherlock pointe son doigt et indique : là le château Saint-Ange, là le Vittoriano, plus loin le Colisée, ici le dôme du Panthéon.

« Et pourtant tu n'es jamais venu, s'étonne John.

- J'ai regardé le plan cette nuit.

- Pendant que je dormais ?

- Oui.

- Tu as appris le plan.

- Toutes les villes se ressemblent, elles répondent à la même logique. Il suffit d'avoir quelques points de repère.

- Tu as appris le plan. »

Le Janicule n'est pas haut, à peine soixante-dix misérables mètres, et pourtant, monté sur ses épaules, vous avez l'impression de toucher le ciel. En tout cas, c'est l'impression de John, quand, se détournant de la vue, il s'écarte un peu, tout en maintenant serrée dans la sienne la main de sa fille, et regarde Sherlock. Sur le bleu azuré, à la limite un tel bleu ça n'est pas réel, on n'aurait presque envie d'interpeller le peintre, quel qu'il soit, et de lui dire « hé mec, la prochaine fois, dilue un peu plus tes couleurs ! », sur le bleu irréel se détachent les boucles brunes, spirales au noir onctueux, au cœur desquelles, par un effet de trompe-l'œil s'insinue et vrille la texture du ciel. Ce ne sont pas les cheveux de Sherlock qui sont posés sur le ciel, c'est le ciel qui est dans les cheveux de Sherlock. Une brise inopportune et légère vient perturber ce tableau et jusque dans sa nuque, de petites mèches espiègles palpitent. Le détective, tout à sa contemplation, ferme lentement les yeux sous la caresse conjointe du vent et du soleil et John voit, sur les creux des cernes que soutiennent les pommettes, s'abaisser les longs cils obscurs. Sur le profil, découpe parfaite où alternent les angles et les courbes, passe un frémissement et John, lui aussi, ferme les yeux.

Rosie, que le panorama n'intéresse plus, tire sur la main de son père, « papa… » et désigne, à l'autre bout de la place, un marchand ambulant. Sous un parasol rectangulaire autrefois d'un rouge pétant mais que le soleil a délavé, le camelot, aussi italien que les objets qu'il propose à la vente sont de fabrication locale, albanais pour l'un, chinois pour les autres, s'entassent, dans un ordonnancement aléatoire, des ustensiles aussi inutiles que laids. Boules à neige dans lesquelles, après que Rosie les a secouées, une poudreuse artificielle tente de recouvrir un Colisée minuscule et triste, briquets aux couleurs disparates sur lesquels, avec un gros effort d'imagination, on se convainc de reconnaître soit une peinture célèbre, soit un paysage romain, porte-clés où s'accroche, désespérée d'être tombée si bas, une louve en plastique qui a perdu depuis longtemps l'envie d'allaiter les deux jumeaux fondateurs pendus à ses mamelles et un tas d'autres choses : portes-feuilles en simili cuir, poudriers, tee-shirts « I love Roma », foulards de polyester et non de soie, lunettes de soleil.

« Je veux celles-là » commande Rosie.

« Bella bambina… » commente le marchand avec un sourire usé où manquent quelques dents.

John acquiesce et sort de sa poche quelques billets puis Rosie ajoute :

« Celles-là aussi…

- Oui tu as raison, elles sont parfaites. »

Ils rejoignent Sherlock et Rosie se pavane, sautillant de plaisir, car sur son nez sont posées de magnifiques lunettes de soleil, plastique blanc, verres roses, au coin desquels scintillent des papillons argentés.

Entre les mains de John, le deuxième article qu'il a acheté et dont il retire l'étiquette en brisant le fil qui la retient.

En voyant revenir l'enfant, Sherlock pousse un soupir las.

« Rosie, tu as les mêmes goûts esthétiques que ton père, c'est-à-dire aucun.

- Tais-toi, elle est contente, sourit John.

- Est-ce que j'ai le droit alors de ne pas marcher sur le même trottoir que vous ?

- Tais-toi encore. Je te veux juste à côté de moi.

- Je savais que ce voyage serait une pénitence. »

D'un geste lent et réfléchi, John déplie les branches de lunettes noires, imitation Ray Ban, et les glisse sur le nez de son ami, qui abasourdi se laisse faire. Action qui se prolonge, nonchalante et délicate, et les doigts de John frôle les tempes de Sherlock, les petits cheveux frisés qui les bordent, la peau tendre des oreilles. Leur course finie, ils s'attardent, enclins encore à sentir la matière soyeuse et précieuse de la chevelure.

John, assez sûr de lui, et il s'étonne lui-même de son audace, savoure l'instant. Ce contact anodin, qu'il serait présomptueux de qualifier de caresse, et pourtant pour John c'en est déjà une, contracte son ventre. Sherlock, la tête prisonnière mais il lui suffirait d'une inclinaison vers l'arrière pour se libérer, ne bouge pas.

John abaisse ses mains, et il se demande fugacement pourquoi il ne les pose pas sur le visage en face de lui puis dit fièrement « Maintenant, tu es aussi beau que moi… »

Sherlock, impressionné et surpris, ne répond pas et garde les lunettes sous lesquelles les pommettes rosissent. C'est charmant et John pourrait presque rougir aussi.

« Merci… » murmure le détective en retrouvant son souffle.

« On continue ? » demande John en indiquant la route du menton.

Ils reprennent leur promenade et Rosie, pas rancunière, met sa main dans celle de Sherlock. La Passeggiata di Gianicolo offre au promeneur, après le plaisir d'avoir surplombé la ville, la récompense de la descente. Plus bas, rues rectilignes et emplies d'une foule peut-être croyante mais surtout grégaire, les attend la cité papale.

« Les camées du Vatican, dit Sherlock tout bas.

- Les camées du Vatican » répète John.


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