Hello hello !

Contente de voir que le début vous a plu ! J'espère que ça va continuer...


Stiles fit tourner son stylo au bout de ses doigts avec une moue boudeuse. Trois semaines qu'il allait régulièrement voir Derek devant la boulangerie – pas tous les jours, non... il s'était fait jeter plutôt méchamment après quatre jours d'affilé, et son argent de poche n'aurait jamais pu tenir le rythme... mais tous les deux jours, par contre... – et pour l'instant il avait l'impression de piétiner. Bon, il avait tout de même appris que le plus vieux se postait uniquement devant chez Mrs Pastry, sauf le dimanche où il ne l'avait pas encore croisé en ville, qu'il aimait le mélange chocolat-pistache, mais pas la noix de coco, et qu'il avait au moins deux T-shirts différents. Et à part ça...

L'homme était ridiculement buté ! Bon sang, il ne savait toujours pas s'il avait un abri pour la nuit, ni comment il s'était retrouvé à la rue !

Un coup de pied dans son mollet le fit sursauter et il tourna la tête vers Scott, installé à côté de lui à la table de la bibliothèque.

- L'heure de colle est terminée. Et j'ai pas franchement envie d'en entamer une deuxième !

- Oooh que non ! Fuyons Harris ! Let's go ! J'ai faim !

- Menteur... Mais je viens avec toi.

- Oh. Pas de rendez-vous avec Allison ce soir ?

Le brun rougit légèrement et se frotta la nuque avec un sourire niais et embarrassé.

- Son grand-père est chez elle pour la semaine, donc elle veut en profiter... Et puis sérieusement, il a un regard de psychopathe chaque fois qu'il me voit, alors je préfère franchement éviter d'aller là-bas...

- Pauvre Scotty, ta belle-famille est totalement cinglée.

- Ouais, mais Allison, elle...

- Stop ! Pitié, j'en peux plus de ton couplet sur ta chérie, j'ai compris ! Elle est belle, elle est intelligente, elle est douce, elle sent bon, elle est drôle, et elle a un coup de langue magi...

- STOP ! Et si on allait voir le tien, de chéri, hein ?

Stiles se figea en écarquillant les yeux, les clés de sa Jeep à la main et son sac sur l'épaule.

- Quoi mon chéri ? Je n'ai pas de chéri. Tu délires totalement mon pauvre vieux.

- Hmhm. Donc tu vas voir Hale aussi souvent uniquement par pure charité chrétienne.

- Bien sûr ! Enfin, pas chrétienne. Mais par charité. Uniquement. Je ne vois pas ce que ça pourrait être d'autre. Aucune chance. Pourquoi est-ce que ça serait mon chéri ?

Scott se contenta de lever les yeux au ciel avec un petit sourire amusé et grimpa en voiture sans répondre. Bien, si son meilleur ami avait décidé de fermer les yeux sur ce genre de choses... Il allait pouvoir s'amuser un peu. Stiles s'était beaucoup trop moqué de lui quand il avait craqué pour Allison ! Ce n'était qu'un juste retour des choses !

Stiles haussa les épaules face à l'absence de réponse et s'installa au volant, babillant déjà sur ce qu'il allait bien pouvoir s'acheter – et sur ce qu'il pourrait essayer de refourguer à Derek cette fois-ci, même si le nourrir uniquement de sucré n'était pas la meilleure chose à chose. L'adolescent se mordit la langue. Faire accepter une pâtisserie de temps en temps au sans-abri était déjà compliqué, alors comme réagirait-il s'il lui proposait un sandwich ou un tupperware ?

Il avait déjà vu Derek debout – et non pas affalé contre le mur – une fois, et...

Vraiment pas une bonne idée de proposer ça s'il voulait garder sa dentition intacte.

Les deux garçons bavardèrent jusqu'au centre-ville, malgré la pluie qui tombait et qui résonnait dans l'habitacle. La météo n'était vraiment pas géniale ces derniers jours, et ils n'annonçaient pas d'amélioration pour la semaine à venir... Stiles se mordit la langue lorsqu'il n'aperçut aucune silhouette sombre et trempée contre le perron de la boulangerie, avant de froncer les sourcils. Qu'est-ce que la voiture de patrouille de son père faisait là ?

Et surtout, pourquoi est-ce qu'il pouvait voir Derek à l'intérieur de la boutique, alors que Mrs Pastry ne le supportait pas ?

Echangeant un regard inquiet, les deux adolescents pressèrent le pas pour rejoindre la boulangerie. Le Shérif releva la tête en entendant la porte carillonner et les salua d'un sourire. Son adjoint Jordan Parrish était en train de noter quelque chose sur son petit calepin alors que Mrs Pastry lui parlait à voix basse. Et Derek attendait dans un coin, le menton baissé d'un air revêche et les poings enfoncés dans ses poches.

- Papa ?

Les épaules du sans-abri tressaillirent, mais le Shérif se contenta de lever une main pour empêcher son fils de démarrer une série de questions en rafale.

- On se calme. On est simplement là pour leur poser quelques questions. Pas d'arrestation arbitraire ou de leçon de morale.

- Qu'est-ce qu'il se passe alors ?

- Les commerçants se sont plaints d'avoir été... ennuyés par un groupe d'adolescents ces dernières semaines. Ils n'ont pu nous donner aucun nom, ni aucune description physique à cause des casquettes ou sweat à capuche qu'ils portent sans arrêt. Sauf que la situation commence à dégénérer. Certains ont porté plainte pour vandalisme.

- Oh merde, Mrs Pastry, vous allez bien ?

La vieille femme releva la tête en entendant son nom, esquissa un faible sourire crispé, et reporta rapidement son attention sur Parrish. Le Shérif soupira en levant les yeux au ciel et posa une main sur l'épaule de Stiles pour l'obliger à rester sur place.

- La boulangerie est la seule à ne pas s'être manifestée, c'est pour ça qu'on est venus voir. Et Mrs Pastry jure connaître tous les jeunes qui passent par ici. On s'est dit qu'il devait y avoir une raison à son immunité.

- Papa, je te jure que Derek ne ferait jamais...

- Je sais. Visiblement, il leur a fait peur les seules fois où ils se sont approchés. On a simplement besoin de lui pour l'identification.

- Oh.

Derek sembla se crisper encore plus à ces mots, le regard fermement rivé sur le carrelage de la boutique. Stiles ne put s'empêcher de pousser un soupir de soulagement et ses épaules se relâchèrent. Scott lui donna une tape amicale dans le dos en jetant un rapide coup d'œil au SDF qui les ignorait toujours, raide comme un piquet.

- On va laisser tomber les cookies pour aujourd'hui, ok Stiles ?

- Mais nan ! Je veux…

- Stiles.

Son père le prit par les épaules pour le faire pivoter et le poussa vers la sortie, aidé par Scott qui ouvrait la porte.

- Rentre à la maison. J'apporte les cookies.

- MAIS… !

- Viens mon vieux, ce serait plus raisonnable.

Stiles ouvrit la bouche encore plus grand pour protester, mais le Shérif se pencha pour lui murmurer à l'oreille.

- On a des sandwichs au poste.

- Oh…

Il jeta encore un dernier coup d'œil par-dessus son épaule avant de pousser un lourd soupir.

- Ok, ok, c'est bon… Vous êtes tous des traîtres d'abord, vous vous liguez contre moi ! Je me vengerai, soyez-en sûrs ! D'ailleurs, Papa, je veux double dose de cookies ! Et des muffins ! Et…

La porte se referma dans son dos, coupant court à sa liste de sucreries. L'adolescent fit la moue et se retourna pour voir que Derek s'était légèrement détendu depuis qu'ils étaient dehors. Boudeur, il donna un coup de pied dans un caillou avant de rejoindre sa Jeep où Scott l'attendait en levant les yeux au ciel.

- Arrête de faire ta drama-queen…

- Je te proute toi.

- Tu l'as au moins vu, ton chéri. Et puis au poste, il pourra passer un moment au chaud. Et manger quelque chose. Tu fais confiance à ton père pour prendre soin de lui, non ?

Stiles ne répondit pas, se contentant de démarrer la voiture. Il conduisit en silence jusqu'à chez lui, ses dents mâchonnant nerveusement sa lèvre inférieure. Une fois affalés sur le canapé du salon, Scott s'étira longuement, expirant bruyamment l'air contenu dans ses poumons, et donna un coup de poing amical dans l'épaule de Stiles.

- Déstresse mon vieux, ça peut être une bonne chose au final, si Mrs Pastry réalise qu'il la protège, elle sera sans doute plus généreuse avec lui.

- Mouais…

- Et puis, si ton père lui pose quelques questions, il devra sans doute ouvrir un dossier et noter certains renseignements…

A cette idée, l'adolescent se redressa comme un ressort, les yeux écarquillés, et son meilleur ami poussa un grognement de mécontentement lorsqu'il le bouscula. Bon sang, comment est-ce qu'il n'avait pas pu penser à ça tout seul ! Il jeta un coup d'œil à sa montre et grimaça.

- … Tu penses qu'ils vont en avoir encore pour longtemps ?

- Stiles.

- Quoi ?

- Sérieusement ? Allume ta console et va nous chercher un jeu. Ton père aura intérêt à me remercier pour te tenir occupé pendant ce temps...

La voix de Scott était boudeuse, mais le petit sourire amusé qui étirait ses lèvres ne le rendait pas très crédible. Stiles se contenta de le frapper en plein visage avec un coussin avant de se lever pour allumer la télé et lancer sa console vidéo, jetant l'une des manettes à son meilleur ami. Mais ouais, si Scotty n'avait pas été là, avec lui, il aurait peut-être harcelé son père de messages jusqu'à son retard. Probablement. Sans aucun doute, en fait.

Il demanderait à son père de l'inviter pour une soirée pizza. A ses frais.

Ramenant un énorme paquet de bonbons au passage, il s'affala à nouveau sur le canapé, les pieds croisés sur la table, sa manette entre les mains, et un marshmallow gonflant sa joue.

- Prêt pour ta raclée ?

...

Au final, ils jouèrent pendant plus de trois heures, jusqu'à ce que Scott s'endorme sur leur canapé et que Stiles appelle Mélissa pour qu'elle vienne récupérer son fils. Une fois son meilleur ami parti, l'adolescent avait tenté de s'occuper devant un film, mais sa jambe n'arrêtait pas de trembler et il jetait un coup d'œil à sa montre toutes les deux minutes. Il avait déjà pris deux cachets d'Aderall pour éviter de partir en tachycardie et commandé du chinois en livraison, incapable de se concentrer sur la cuisine.

Et son père ne répondait toujours pas à ses sms !

Un crissement de pneus sur les graviers le fit bondir, et Stiles courut ouvrir la porte à son père. L'homme soupira lourdement en retirant le blouson de son uniforme. Il détacha le holster de son aisselle, retira les balles de son arme avant de la ranger dans le tiroir du meuble d'entrée et se pencha pour défaire ses lacets. Stiles poussa un gémissement de désespoir.

- Alleeeeeeeeeez, Papa quoi ! Agis comme un adulte responsable et arrête de me faire tourner en bourrique !

- Laisse-moi souffler juste… deux minutes, d'accord ? Tu pourras ensuite me poser toutes les questions que tu veux. Deux minutes.

- Très bien.

Le jeune homme se mordit la langue pour ne pas insister trop lourdement sur le moment et partit chercher une bière dans la cuisine, écoutant son père s'affaler dans le canapé. Après avoir compté jusqu'à quatre-vingt-dix – et vérifié trois fois le contenu de chaque placard pour s'occuper les mains – Stiles revint dans le salon pour offrir la canette au Shérif et sauta dans le fauteuil en face, faisant tambouriner ses doigts sur l'accoudoir.

- Cent vingt cinq secondes. Je t'ai même laissé du rab.

- Trop aimable. Vas-y, je t'écoute…

- Qu'est-ce que c'est que cette histoire de voyous ? Pourquoi tu ne m'en as pas parlé plutôt ? Mrs Pastry ne va avoir aucun problème, pas vrai ? Et Derek ? Parce que Derek ne ferait de mal à personne ! Il grogne beaucoup mais il ne mord pas ! Est-ce qu'il t'a dit où est-ce qu'il dormait ? Ou pourquoi il s'est retrouvé à la rue ? Sa famille ne devrait pas être à sa recherche ? Tu as pu lui donner à manger au fait ? Tu as dit qu'il y avait des sand…

- Ok, respire fiston. On va déjà commencer par celles-ci, ok ?

Stiles referma brusquement la bouche et son père en profita pour avaler une gorgée de bière.

- Bien. Même si je sais que tu pries pour ça tous les soirs, je n'ai pas à te raconter ce sur quoi je travaille. Mais si ça peut te rassurer, aucun de tes amis n'est concerné.

- Oh. Cool.

- Mrs Pastry va très bien également, elle a été un peu secouée par ce qu'on lui a raconté, mais maintenant que Derek Hale nous a donné une bonne description, on va pouvoir agir. Donc, pas la peine de vouloir monter la garde devant chez elle. Derek s'en occupait très bien.

- Il…

- On l'a simplement ramené au poste pour qu'il nous explique calmement la situation. On lui a offert un café et un panini. On a ouvert un dossier à son nom, on a noté la description des types et je l'ai raccompagné. Fin de l'histoire.

- Où ça ?

Le Shérif hésita une seconde, puis soupira et se frottant le front.

- La vieille maison Hale.

- La grande bâtisse à moitié brûlée jamais reconstruite, dans laquelle on se faufilait gamin pour se foutre la trouille le soir d'Halloween ? Cette baraque là ?

Seul un regard blasé lui répondit, et il écarquilla les yeux.

- Mais c'est pas un endroit où on peut vivre ça !

- Pas plus que dans la rue…

- Elle est dangereuse, Papa ! Vu le nombre de fois où tu m'as engueulé quand on allait y jouer avec Scott…

- Stiles.

- Mais… !

- C'est chez lui. Je sais, qu'elle est dangereuse, et que tu t'inquiètes, mais c'est sa maison. C'est tout ce qu'il a ici.

Stiles poussa un gémissement, dépité par le ton raisonnable de son père. Il se souvenait très bien de l'état du – presque – manoir Hale la dernière fois qu'il y avait mis les pieds… La plupart des murs porteurs étaient encore debout, mais noircis par les flammes, et les planchers s'effondraient par endroit. Sans compter la tonne de poussière et de toiles d'araignée qui s'y était accumulée. Le jeune homme s'affala un peu plus dans son fauteuil en grognant.

- T'as appris d'autres choses ?

- Tu l'auras sans doute remarqué, mais ton petit-copain n'est pas un grand bavard.

- Ce n'est PAS mon petit-copain ! Tu vas pas t'y mettre toi aussi !

L'homme se contenta de ricaner, portant une nouvelle fois sa bière à ses lèvres.

- Je n'y verrai aucun problème, tu sais. Garçon ou fille… le principal c'est que tu sois heureux.

- Tu… détournes totalement la conversation là.

- Ecoute. Je lui ai proposé de passer au poste quand il le voudrait. Je ne peux pas l'obliger à accepter mon aide… C'est en quelque sorte ta spécialité ça.

Stiles haussa les épaules. Difficile de contredire ça. Mais au moins, il était un minimum rassuré. Derek avait pu manger un – quasiment – vrai repas, et il avait un endroit où se réfugier en cas de pluie. Ce n'était pas l'idéal, loin de là, surtout avec l'hiver qui arrivait de plus en plus, mais il avait bon espoir de le sortir de là d'ici quelques temps. Mais il y avait encore une chose qui le dérangeait...

- Pourquoi est-ce qu'il a eu l'air aussi mal à l'aise quand il m'a vu ? Bon ok, je peux comprendre que c'est jamais super de se faire interroger par des flics, mais quand je suis arrivé, on aurait limite dit qu'il se mettait à paniquer !

A sa grande surprise, son père éclata de rire.

- Visiblement, Monsieur-je-suis-incapable-de-me-taire-pendant-dix-minutes, tu as dit beaucoup de choses à ce jeune homme... Excepté le fait que j'étais Shérif, et pas un adjoint. Derek ne parle pas beaucoup, mais il a tenu à m'assurer qu'il ne t'avait jamais entraîné dans quoi que ce soit et que tu étais celui qui revenait sans cesse.

- Ah.

- La prochaine fois, penses-y.

- Pourquoi, tu m'autorises à aller fouiner pour trouver un nouveau sans-abri et faire les choses bien cette fois-ci ?

- Ne commence pas, garçon.

Stiles sourit et se releva pour aller chercher leur repas, avant de s'installer sur le canapé à côté de son père pour allumer la télé. Celui-ci passa un bras autour de ses épaules pour être confortable, et l'adolescent se blottit un peu plus dans le câlin.

- Quand la maison Hale a brûlé, j'ai été appelé là-bas. Je les connaissais pas mal, Talia était avocate et on a travaillé sur deux ou trois affaires ensemble. Derek était un bon garçon, un peu arrogant et buté, mais pas méchant. J'ai retrouvé un peu ce gamin. Donc crois-moi, ce qui lui arrive m'ennuie tout autant que toi. Et si je peux l'aider, je le ferai sans hésiter. Alors essaie de faire les choses bien, d'accord ?

- Tu sais, présenté comme ça, on dirait que tu me donnes ta bénédiction pour fréquenter quelqu'un.

- Parce que ce n'est pas le cas ?

Stiles se redressa avec une exclamation outrée, arrachant un rire à son père qui le ramena rapidement contre lui pour passer une main dans ses cheveux. Il se laissa faire en ronchonnant, se mordant les lèvres pour s'empêcher de sourire. Les choses ne pouvaient qu'aller qu'en s'arrangeant, maintenant qu'il avait tout le commissariat de Beacon Hill dans la poche – bon, il avait juste son père, mais c'était la même chose !

Il allait trouver un moyen de ramener Derek dans un endroit sûr. Et pourquoi pas en apprendre plus sur lui et sa situation...

...

Stiles s'installa dans un coin tranquille de la cafétéria, calant son dos contre le mur pour laisser de la place à Scott et Allison. La jolie brune lui sourit gentiment... avant de claquer sa main sur son plateau pour l'empêcher de le bouger. Immédiatement, le jeune homme avala sa salive et se recroquevilla sur lui-même.

- Je te jure, Alli, j'ai rien fait, c'est la faute de Scott de toute façon, c'est toujours lui qui...

- Hey ! Faux frère !

- Respire, Stiles, je veux juste qu'on discute tous les deux...

- Ouais bien c'est bien ça qui me fait peur... Sérieusement, Scotty, qu'est-ce que t'as encore été raconter à ta copine, je me tenais tranquille moi d'abord...

Les deux autres esquissèrent une moue sceptique, mais Allison retira sa main pour poser son menton dans sa paume et le fixa sérieusement.

- Donc... Derek Hale.

- Quoi Derek ? Tu le connais ? Il t'a parlé ? Je sais que ton père est ultra protecteur mais tu sais c'est un brave type, il fait de mal à personne, il a aidé Mrs Pastry alors vraiment il ne crée pas de problèmes et...

- Je vois ce que tu disais, Scott.

Stiles s'interrompit brusquement. La jeune fille l'observait avec un petit sourire amusé, alors que Scott essayait d'étouffer son fou rire derrière sa main. Il fronça les sourcils.

- Quoi ? Tu vois, je savais que c'était ta faute si elle me sautait dessus comme ça !

- Premièrement, le seul sur lequel je saute, c'est mon petit-copain...

- TROP D'INFOS ! IMAGE MENTALE !

- … et deuxièmement... tu réalises que ça fait plus d'un mois que tu ne parles plus que de lui ?

Le jeune homme referma brusquement la bouche. Quoi ? Non, pas que de lui, la preuve, il avait eu une conversation passionnante avec Scotty sur les jeux vidéo par plus tard qu'hie... lund... bon, d'accord, la semaine dernière peut-être. Ou celle d'avant. Mais ils discutaient de plein de choses ! Tout le temps ! C'était simplement qu'en ce moment, c'était le sujet qui tournait le plus dans sa tête, ce n'était pas sa faute ! Il se mordilla la lèvre inférieure avant d'hausser les épaules.

- C'est juste que c'est le seul truc intéressant qui se passe ici en ce moment, c'est normal que j'en parle !

- Vraiment ?

- Évidemment. Tu devrais le savoir pourtant depuis le temps, j'aime bien fouiner et surveiller ce qu'il se passe ici, d'ailleurs ça rend mon père complètement dingue. C'est tout. Juste de la curiosité.

- Et le fait que Derek soit incroyablement séduisant n'a rien à voir avec tout ça.

Stiles plissa les yeux d'un air suspicieux alors que Scott se tournait vers sa copine, bouche bée. Allison leva les yeux au ciel avec un petit sourire amusé.

- On se calme, les garçons, c'était une simple observation. Le style « ténébreux » n'est pas trop mon genre, et je suis parfaitement heureuse avec ce que j'ai.

Presque immédiatement, le visage de son petit-ami s'illumina et il noua ses doigts aux siens, penchant la tête pour presser un baiser dans son cou. Stiles fit une grimace exagérée. Bon, ok, il était content pour eux. Ils étaient vraiment un couple super mignon et très assorti, mais… sérieusement, au bout d'un an, ils pourraient lui épargner de tenir la chandelle chaque fois qu'ils étaient tous ensemble ? La jeune fille rougit légèrement au geste affectueux avant de reporter son attention sur lui.

- Donc, vraiment aucun rapport avec son physique.

- Non, bien sûr que non ! Pourquoi ça en aurait un, hein ?

- Stiles.

Oh seigneur, si même Scotty se mettait à le regarder d'un air aussi sérieux, il n'était pas sorti de l'auberge… Avec un énorme soupir désespéré, l'adolescent croisa les bras sur la table pour y enfouir son visage.

- J'en sais rien, ok ? C'est juste… Il me poursuit !

- En fait, c'est plutôt toi qui le poursuis actuellement, mais je vois ce que tu veux dire.

- Oh ça va hein, je suis au courant... Ça craint à mort là quand même... J'ai l'impression d'être un véritable stalker ! Mais j'arrive pas à m'en empêcher ! Même mon père me fait des remarques, alors que d'habitude j'arrive super bien à l'embobiner pour ce genre de choses et…

- Ou tu penses l'embobiner.

- … il a menacé de m'enlever ma radio de police qu'il ne sait pas que j'ai – merci pour ton intervention indispensable Scotty – sous prétexte que je surveille trop les communications au cas où il y aurait un problème avec Derek alors que je ne le surveille même pas ! Je sais que c'est un grand garçon et qu'il n'a pas besoin d'un ange gardien ou d'une connerie de ce genre, mais je sais pas, c'est juste que j'aime pas le savoir là-bas mais c'est une foutue tête de mule et je ne sais pas comment l'aider alors que…

- Hey, hey, Stiles, stop !

La main de son meilleur ami se posa sur son front pour repousser sa tête de ses bras, interrompant son débit de plus en plus accéléré. Stiles prit une grande inspiration, la bouche ouverte comme s'il cherchait à avaler l'air, et cligna plusieurs fois des paupières. Scott le fixait d'un air inquiet, et même Allison semblait soucieuse, et non plus amusée comme en arrivant. Il se frotta le visage à deux mains pour reprendre ses esprits et leur adressa un pauvre sourire.

- Désolé. Je me prends un peu la tête avec toute cette histoire.

- On a vu. Tu sais… que ça nous pose aucun problème si tu craques pour un mec, pas vrai ?

- Mais je sais même pas si je craque pour lui !

- Attends, t'es sérieux quand tu dis ça ?

Stiles se contenta de grogner. Il ne savait pas, ok ? Derek était clairement canon, ça il fallait être complètement stupide ou aveugle pour ne pas le remarquer. Même avec sa barbe de plus en plus importante et ses fringues en piteux état. Mais ce n'était pas son genre de s'arrêter juste au physique. Sauf que même s'il ne le connaissait pas vraiment il y avait clairement un truc. Ça ne voulait pas forcément dire qu'il était en train de craquer !

Scott finit par lui donner une tape amicale sur l'épaule et poussa son plateau vers lui.

- Mange, on va continuer à en parler dehors, on commence à attirer pas mal de monde.

Effectivement, plusieurs de leurs camarades avaient tourné la tête dans leur direction, intrigués par son manège. Le reste du repas se poursuivit dans une ambiance un peu plus légère, Allison enchaînant immédiatement sur le dernier film qu'elle avait été voir avec des amies. Stiles dévora son burger élastique – la cuisine du self n'était pas franchement la meilleure du monde, mais il était encore un adolescent et il avait faim. Lorsque la cloche sonna la première reprise des cours, Allison les quitta avec un dernier sourire. Ils étaient tous les trois dans la même classe, mais son option reprenait toujours plus tôt.

Scott en profita pour l'entraîner jusqu'aux gradins vides du stade, lançant son sac par terre pour pouvoir s'allonger sur l'un des bancs. Stiles s'installa juste un rang au-dessus de lui, balançant ses pieds dans la planche de bois pour emmerder son meilleur ami. Ce dernier se contenta de lever les yeux au ciel, avant d'attraper l'une de ses chevilles.

- Bon. Explique-moi ce qui se passe dans ta tête maintenant.

- Scott…

- Je veux juste t'aider, ok ? Je sais que j'ai tendance à ne pas voir ce qu'il se passe sous mon nez, mais là c'était quand même trop gros pour que j'ignore ça.

- C'est bon, c'est bon…

Stiles soupira et dégagea son pied pour reprendre ses mouvements, incapable de rester immobile. Scott se tourna tant bien que mal vers lui, calant un bras sous sa tête.

- Derek te plaît.

- Il m'intrigue, nuance.

- ET il te plaît.

- Possible.

- Pourquoi tu ne le lui fais pas comprendre ?

Le jeune homme ricana et écarta les bras. Son meilleur ami attendit quelques secondes dans le silence, avant d'hausser un sourcil perplexe.

- Mais encore… ?

- T'as vu comment je suis foutu ? Aucune chance. Pour lui, je suis juste le petit emmerdeur qui le harcèle pour le gaver de sucreries.

- Mec… Crois-moi, si tu l'emmerdais tant que ça, il te l'aurait vite fait comprendre. Je te rappelle qu'il a fait fuir les cinq types que ton père a fini par arrêter et mettre aux travaux d'intérêt général. Alors qu'il te laisse venir depuis des semaines sans rien dire.

- Sans rien dire… T'es vraiment avec moi parfois ?

- Ok, il râle beaucoup, il grogne, mais tu sais ce qu'on dit… Il aboie beaucoup, mais il ne mord pas.

- Mouais…

- Je pense qu'il est aussi mal à l'aise. Vu sa situation, on peut comprendre, non ?

Stiles acquiesça lentement, le regard rivé sur ses genoux. Il n'avait pas vraiment vu les choses comme ça… En même temps, il n'avait pas vraiment d'expérience en relations amoureuses. Il avait déjà embrassé une fille un peu ivre lors d'une soirée, mais ça n'avait jamais été plus loin. Il était le bon copain, le type un peu bizarre, incapable de rester tranquille et fana de comics. Pas l'homme de leurs rêves. Et s'il avait parfois jeté un coup d'œil dans les vestiaires après les entraînements…

Il soupira une nouvelle fois avant de se frotter rageusement la tête.

- Tu m'embrouilles encore plus, Scotty !

- Mais non, mais non. Tu sais que j'ai raison.

Le jeune homme lui lança un regard noir pour son ton amusé avant de joindre ses mains devant son menton dans une supplique.

- On arrête là ? Je caille !

- C'est bon, on rentre… Mais tu promets de réfléchir à ça ? Tenter un truc avec Hale ?

- … Okay.

- Bien !

Scott se redressa rapidement, ramassa son sac et donna une tape amicale sur l'épaule de son ami. Ils rentrèrent rapidement, le bout des doigts déjà engourdi par l'air froid, et se calèrent dans la bibliothèque pour avoir un peu de tranquillité.

Stiles ouvrit son manuel d'histoire sans grande conviction, encore préoccupé par la conversation qu'il venait d'avoir avec son meilleur ami. Scott était presque son frère et même s'il était parfois d'une incroyable naïveté – il avait mis presque six mois avant de sortir avec Allison alors que toute la ville savait qu'ils étaient faits l'un pour l'autre! – il lui faisait confiance. Et puis, ça devait de plus en plus difficile de se convaincre qu'il ne se passait rien avec le sans-abri.

Sa main passa dans ses cheveux et il grogna. Il commençait à en avoir assez de se prendre la tête là-dessus… Il lui suffisait de continuer à aider Derek, et d'observer comment il agissait face à lui ! En attendant, il avait un contrôle à réviser !


On se retrouve samedi prochain !