Oui, j'aime Scott the best friend, et je pense que vous allez l'aimer encore plus dans ce chapitre !

En espérant que ça vous plaise !


La jambe de Stiles tremblait nerveusement, et il avait définitivement abandonné l'idée de suivre son cours de sciences. Son regard était rivé sur les trombes d'eau qui s'abattaient sur le bitume de l'autre côté de la fenêtre, alors que les branches sans feuilles des arbres s'agitaient violemment. Cela faisait une heure que le temps s'était brusquement dégradé et il était sûr que ça n'allait pas s'arranger. Son père lui avait envoyé un sms quelques minutes plus tôt pour lui dire qu'il ne rentrerait pas immédiatement après ses heures, étant donné la situation. Scott l'observa d'un air inquiet et lui donna un petit coup de pied dans la jambe.

- Hey... ça va ?

- Hmm.

- Tu crois que Hale a trouvé un coin pour s'abriter ?

Super Scott. Il avait toujours eu un don pour deviner ce qui le tracassait. Stiles se contenta d'hausser les épaules, mordillant son pouce sans cesser de regarder la pluie qui tombait. Harris fronça les sourcils et ouvrit la bouche pour les réprimander sèchement... quand la voix du directeur, grésillant à travers les haut-parleurs, l'interrompit.

- Suite aux conditions météorologiques qui ne cessent de se dégrader, une alerte à la tempête a été déclenchée sur Beacon Hills.Tous les élèves sont invités à rentrer chez eux dès maintenant et à se barricader solidement. N'oubliez pas de garder une radio allumée pour vous tenir au courant de l'évolution des événements. Les cours de demain sont également annulés, et devraient reprendre en toute logique lundi matin. Rentrez bien et soyez prudents sur la route !

Stiles n'avait même pas attendu la fin du message pour commencer à ranger ses affaires, comme la plupart de ses camarades. Une fois la bretelle de son sac sur son épaule, il releva la tête vers son meilleur ami, préoccupé.

- Ça va aller toi ? Tu veux venir à la maison ? Ta mère doit être bloquée à l'hôpital au cas où, j'aime pas te savoir tout seul…

- Allison vient de me proposer de rentrer avec elle, son père ne me mettra pas à la porte. Je commence à l'apprivoiser ! Et toi ? Tu veux venir avec nous ? Vu le temps, ça ne posera pas de problème je pense…

- T'inquiète pas pour moi, mon père a bientôt fini son service. Et Chris me fait vraiment trop peur ! Va papouiller ta copine pour lui faire oublier la tempête va, et embrasse-la pour moi.

- Sûr ?

- Certain.

Il lui donna une bourrade amicale dans l'épaule, vaguement coupable à l'idée de lui mentir. Mais même s'il adorait Allison, parfois il en avait un peu assez de tenir la chandelle. Et il était trop préoccupé pour faire semblant de ne pas voir leurs regards énamourés. Dès qu'il fut dehors, il agita la main en direction de son meilleur ami qui montait dans le 4x4 noir de son « futur beau-père ». Stiles rejoignit sa jeep en courant, la capuche de son sweat ramené sur sa tête pour se protéger de la pluie battante.

Il claqua la portière derrière lui et tourna la clé de contact, priant pour que son moteur ne soit pas déjà noyé. La voiture trembla, toussa, mais finit par démarrer, arrachant un soupir de soulagement à son conducteur. Manquerait plus qu'il ait à rentrer à pied par ce temps ! Il sortit prudemment du parking, phares allumés et essuie-glaces à pleine vitesse, et prit la route qui menait jusqu'à chez lui... avant de faire brusquement demi-tour sur le bitume, les mains serrées sur le volant et les mâchoires crispées.

- Et puis merde !

La boulangerie était sûrement fermée vu le temps. Stiles priait pour que Derek soit au seul endroit auquel il pensait, avant d'attaquer la tournée des commerces de la ville : l'ancienne demeure des Hale. En espérant pour que le sentier dans la forêt soit encore praticable… Les balais sur son pare-brise peinaient à évacuer la pluie qui continuait de tomber de plus en plus fort et le tambourinement sur le toit de sa Jeep le rendait nerveux.

Heureusement, il réussit à rejoindre le manoir brûlé sans trop de mal – Scott pouvait bien se moquer de « son vieux tas de ferraille », lui au moins avait des roues capables de passer les passages boueux sans s'enliser – et se gara devant le porche en ruines. Il descendit de la voiture sans couper le moteur, de peur de ne plus pouvoir repartir, plissant les yeux pour mieux voir à travers le rideau de gouttes.

- DEREK !

Le vent soufflait trop fort pour qu'il puisse s'entendre, et il jura plusieurs fois en rejoignant l'entrée. Il n'y avait plus de porte pour protéger la maison des intempéries et il pleuvait même à l'intérieur. Les murs et le sol étaient noircis, même après toutes ses années, et l'eau qui ruisselait dessus donnait un aspect vraiment lugubre à la pièce.

- DEREK !

Et sa voix qui résonnait malgré la tempête n'arrangeait pas le tableau. Inquiet, il observa le plancher au-dessus de sa tête, troué à certains endroits, qui vibrait sous les rafales de vent. Oh seigneur, et si Derek avait été tué par une chute de planche ? Sa gorge se serra de nervosité et il plaça ses mains en porte-voix pour donner plus de puissance à ses appels.

- DEREK, BORDEL !

- S... Stiles ?

Stiles en aurait pleuré de soulagement. La voix était encore plus rauque que d'habitude, à peine audible avec le vent, mais il y avait une silhouette qui bougeait sous l'escalier délabré – en un seul morceau, Dieu merci. L'adolescent se précipita vers lui. Derek était complètement trempé, presque noyé dans ses vêtements gorgés d'eau. Stiles plaqua ses mains sur ses joues pour l'obliger à le regarder. L'homme était brûlant. On n'était pas sensé irradier de chaleur alors qu'il devait faire moins de 10°C, pas vrai ? Et son regard était complètement flou, et peinait à rester fixé sur lui.

- Qu'est-ce...

- Nan mais t'es complètement MALADE de rester là par un temps pareil ?! T'aurais pas pu aller en ville ! Ok, les gens sont cons, mais y en a quand même qui t'auraient ouvert la porte !

- Tu...

- Allez mon grand, bouge-toi un peu, je te laisse pas tout seul dans un coin pareil. Tu viens chez moi.

- Non...

- C'est pas comme si t'avais le choix, sourwolf. Tu bouges ton cul de là et tu grimpes dans ma Jeep. Et interdiction de critiquer ma chérie, compris ?! Elle est très bien comme elle est !

Mais Derek se contenta de grogner, dodelinant de la tête, comme s'il n'arrivait pas à la maintenir droite. Stiles jura une nouvelle fois avant d'attraper son bras pour le passer sur ses épaules. Il le hissa difficilement debout, tituba un instant sous son poids – c'est qu'il pesait lourd, l'animal ! – avant de le traîner jusqu'à sa voiture. L'autre se laissa faire, bougeant mollement les jambes pour accompagner ses mouvements, et poussa un soupir quand il fut installé sur le siège passager.

Stiles courut se remettre au volant et augmenta aussitôt le chauffage, mouillé jusqu'aux os, et claquant des dents sans pouvoir s'en empêcher. Il haïssait le vent quand il pleuvait ! Il attacha soigneusement Derek, avant de boucler rapidement sa ceinture et de faire marche arrière. Un premier coup de tonnerre retentit, alors que l'orage n'avait pas encore éclaté depuis le début de la pluie, et il se mordit la langue. Si le temps ne s'améliorait pas, son père n'allait définitivement pas rentrer de la nuit.

La propriété des Hale n'était pas très loin de chez lui, et il réussit à rentrer sans complications. La chaleur de l'habitacle semblait avoir un peu réveillé Derek et il participa un peu plus à sa descente de voiture, même s'il continuait à s'appuyer de tout de son poids sur les épaules de l'adolescent. Stiles poussa un soupir de soulagement lorsque la porte d'entrée se referma dans leur dos. Même s'ils pouvaient toujours entendre la pluie et le vent dehors, l'ambiance familière de la maison le rassurait, et un grand sourire étira ses lèvres.

- Allez big guy, à la douche maintenant ! Bien chaude celle-ci, ça va te faire du bien ! Nan mais t'es complètement dingue d'être resté là-bas, sérieux, t'aurais pu y rester ! Heureusement que je suis venu à ton secours ! Super Stiles à l'action... J'aurais fait un super héros génial, tu sais ? Même sans super pouvoirs ! Un peu comme Batman !

Un nouveau grognement le fit glousser et il traîna Derek jusqu'à la salle de bain pour le laisser glisser contre le mur. L'homme repoussa sa main et reposa sa tête contre le carrelage, clignant plusieurs fois des paupières pour éclaircir sa vision.

- Qu'est-ce que... tu fous ?

- Je fais chauffer l'eau, Einstein. Enfin, pas trop non plus, on va éviter le choc thermique, tu augmenteras la température au fur et à mesure, ok ?

- Hmm...

- Y a du savon et du shampoing dans le coin, si tu veux et... ah euh...

Stiles rougit brusquement et se gratta la nuque, nerveux.

- Tu... penses que tu vas être capable de le faire tout seul ou... ? 'fin, tu pourrais garder ton boxer et... Je voudrais pas que tu t'assommes dans ma salle de bains, hein, ça la ferait mal alors que je suis venu te chercher...

- Ça ira.

A la mention de la douche, Derek semblait avoir eu un regain d'énergie et observait la cabine avec des yeux brillants. Bon, peut-être que c'était l'effet de la fièvre aussi... mais il pouvait comprendre que l'idée d'une vraie douche devait lui plaire. Stiles hésita encore un instant, avant d'acquiescer et sortir des serviettes propres d'un placard.

- Je vais aller te chercher des affaires sèches, tu peux prendre ton temps, ok ? On est en sécurité ici. Je vais nous faire chauffer un truc aussi. J'ai la dalle !

Derek acquiesça vaguement, et l'adolescent attrapa une autre serviette pour lui avant de sortir de la salle de bain. Il se déshabilla rapidement dans le couloir, abandonnant ses vêtements en un tas trempé dans un coin pour éviter de trop mouiller la maison. Grelottant en caleçon, il frotta vigoureusement la serviette sur ses cheveux en rejoignant sa chambre. Il enfila rapidement un jogging confortable, un Tshirt et un pull chaud. Farfouillant au fond de son armoire, il sortit une deuxième tenue propre ainsi qu'un sous-vêtement, les joues rougissant à nouveau. Mais bon, il avait un mec à poil dans sa salle de bains quand même !

Redescendant, il donna un coup contre la porte avant de l'entrouvrir et déposer les vêtements sur le lavabo. L'eau coulait déjà, et il pouvait entendre le frottement de ses mains contre sa peau. Une bouffée de chaleur finit de le réchauffer complètement et il se dépêcha de ressortir. Bon. Peut-être que Scott avait raison et que son obsession dépassait un peu la simple charité chrétienne...

Avant de se lancer dans la cuisine, Stiles fouilla les poches de son jean pour récupérer son portable. Glissant son pouce sur l'écran, il fronça les sourcils en voyant les cinq appels manqués de son père, et composa immédiatement son numéro. Le Shérif décrocha à la deuxième sonnerie.

- Stiles ?

- Papa ? Y a un problème ? Tu vas bien ?

- Bon sang, ce serait plutôt à moi de poser cette question ! Tu n'étais pas à la maison quand j'ai appelé, et impossible de te joindre ! Et tu n'étais pas avec Scott, j'ai croisé les Argent ! Tu peux m'expliquer à quoi tu joues ?

- Désolé, j'ai fait un détour...

- Un détour ? Avec la tempête ? Tu trouves que j'ai pas déjà assez de cheveux blancs pour mon âge ?

- Je... suis allé chercher Derek Hale. Il est à la maison là.

Le vent qui soufflait derrière l'empêchait d'entendre correctement tout ce qu'il se passait à l'autre bout du fil, mais il était persuadé d'avoir entendu son père pousser un soupir de soulagement.

- J'allais partir le chercher, mais s'il est déjà à la maison…

- Je t'aime.

Son père était décidément génial.

- Dans quel état il est ?

- Vraiment… hot.

- Pardon ?

- Euh non ! Je veux dire, il a de la fièvre, il est chaud, c'est tout !

- Bien sûr.

- Tu penses rentrer dans combien de temps ?

- On a un arbre qui est tombé avec le vent et qui s'est pris dans des fils électriques au-dessus de la nationale, et je pense que c'est que le début. Donc pas avant très tard dans la nuit, ou au petit matin.

- D'accord, je te laisserai un truc dans le frigo. Sois prudent.

- Promis.

Il raccrocha comme un de ses adjoints l'appelait. Stiles glissa son téléphone dans sa poche et se dirigea vers la cuisine pour fouiller dans les placards. Avec l'adrénaline, il n'était pas sûr de réussir à beaucoup manger, même s'il avait faim, et puis l'estomac de Derek ne supporterait peut-être pas de reprendre un régime normal dans l'immédiat. Un peu flemmard, il sortit une soupe lyophilisée et un paquet de biscottes, avant de mettre de l'eau à chauffer dans la bouilloire.

Un bruit dans son dos le fit sursauter et il se retourna brusquement, le cœur tambourinant. Mais ce n'était que Derek qui sortait de la douche en fronçant les sourcils, torse nu et un T-shirt rayé bleu et orange à la main.

- Bordel, tu m'as fichu la frousse ! Préviens la prochaine fois que tu sors ! Et tu te fous de moi, tu comptes sérieusement attraper la mort en te baladant comme ça ?

- Trop petit.

- Quoi ?

- Ton T-shirt. Trop petit.

Stiles sentit ses joues s'embraser et repoussa ce qu'il avait sortit pour leur dîner.

- Le mec il est fiévreux et il se préoccupe de la taille de son T-shirt quoi… Et puis d'abord c'est pas juste, comment est-ce qu'il a pu se tailler des abdos comme ça, hein ?

Il brandit un index menaçant devant le visage de Derek qui se contenta d'hausser un sourcil amusé.

- Retourne dans la salle de bains, homme des cavernes, je vais t'en chercher un autre. Et t'as intérêt à mettre ce sweat en suivant ! Et on va essayer de s'occuper un peu de ta barbe, histoire de te redonner figure humaine.

Cette fois-ci, Derek passa une main songeuse sur la broussaille qui ornait son menton. Son regard était un peu plus vif après la douche, mais il semblait toujours vaciller un peu. Stiles leva les yeux au ciel, et l'attrapa par le coude pour le ramener dans la salle de bains, avant de ramener un autre T-shirt – le plus grand de son armoire. Malgré cela, le tissu se tendit sur la musculature de l'homme et Stiles déglutit une nouvelle fois. Définitivement pas de la charité chrétienne…

- Bon ben j'ai pas plus grand, alors tu vas faire avec. Le sweat devrait mieux t'aller. Assieds-toi sur les toilettes aussi, je vais m'occuper de ta barbe !

- Pourquoi tu fais ça ?

- Quoi, tu veux franchement garder ça ? Je vais pas te raser de près, hein, chuis pas suicidaire, juste raccourcir le tout, mais ça t'empêche pas de la laisser repousser après ! Je t'aurai bien laissé faire, mais je pense pas que t'aies les mains assez sûres pour utiliser une lame aussi près de ta gorge…

- Non. Pourquoi tu fais… tout ça. La douche. Les fringues.

- T'aurais préféré que je laisse dehors ? Et de toute façon, si je ne l'avais pas fait, mon père se serait pointé lui-même pour te sortir de cette baraque à coup de pieds dans le cul. Et crois-moi, avec moi, il a eu de l'entraînement !

Derek ne répondit rien, finissant de s'habiller avant de s'installer. L'adolescent fit claquer sa langue contre son palais d'un air satisfait et attrapa la tondeuse dans l'un des placards. Il la brancha, se tourna vers son invité… et se mordit la langue. Ça, par contre, c'était quelque chose à laquelle il n'avait pas entièrement réfléchi… Prenant une grande inspiration, il posa sa main contre la mâchoire de Derek pour incliner son visage vers l'arrière et dégager son cou.

- Bon… T'as confiance, hein ?

- Non.

- Hey ! Je te rase pas au couteau non plus !

Seul un sourire amusé lui répondit et l'autre ferma les yeux. Stiles était presque déçu de ne plus pouvoir voir ses incroyables iris, mais d'un autre côté… Il arriverait sûrement mieux à se concentrer s'il ne le fixait pas à 15cm de son propre visage. Avec une dernière grande inspiration, il alluma la machine et rapprocha la tête de la gorge de Derek. Les premiers poils tombèrent en silence et l'adolescent se détendit au fur et à mesure. Sa main se faisait un peu plus sûre pour lui bouger la tête, veillant à obtenir un résultat le plus homogène possible.

Les contours du visage de Derek se révélaient comme sa barbe fournie disparaissait, laissant juste quelques millimètres recouvrir ses joues et sa mâchoire. Stiles sentit sa gorge s'assécher. L'autre l'attirait déjà quand il ressemblait à un bûcheron des cavernes préhistoriques, mais maintenant qu'il retrouvait figure humaine... Glups.

Lorsqu'il éteignit la tondeuse, Derek ne broncha pas, les yeux toujours fermés. Le plus jeune se sentait un peu déconnecté. Il leva la main pour épousseter son sweat – s'il avait réfléchi deux secondes, il lui aurait mis une serviette autour du cou. Ses doigts remontèrent le long de sa gorge pour continuer à enlever les poils tombés, frôlant doucement la peau, avant de glisser sur sa joue. Le sans-abri se contenta de frissonner et pencha la tête en avant. Stiles avala nerveusement sa salive… avant de froncer les sourcils. Sa peau était trop chaude, et il pouvait entendre sa respiration siffler en passant dans sa gorge.

Merde. Sa fièvre remontait. L'adolescent reposa la tondeuse et attrapa Derek par le coude pour l'obliger à se relever.

- Hey mon vieux, tu peux pas rester là. On va aller t'installer plus confortablement, et puis ça serait pas mal que tu avales un truc aussi avant de prendre des médicaments… Et puis te réchauffer un peu, ok ?

- Hm…

- Tu restes avec moi, compris ? Nan parce que je vais pas réussir à te porter jusqu'au salon !

Seul un grognement lui répondit, mais l'homme se redressa légèrement et le suivit jusqu'au canapé ou il s'affala sans aucune grâce, les genoux traînants sur le sol et un bras tordu sous lui. Stiles leva les yeux au ciel, avant de soulever ses jambes pour l'allonger correctement sur les coussins, tirant sur son biceps pour éviter qu'il ne se froisse un muscle. Derek s'agita vaguement, grommelant avec mauvaise humeur, mais poussa un soupir quand la couverture le recouvrit.

L'adolescent frotta ses paumes contre son pantalon, la bouche un peu sèche. Il fallait vraiment qu'il fasse à manger avant que l'autre ne s'endorme pour de bon. Il aurait bien allumé un feu aussi, mais vu le vent qui continuait de souffler, il allait éviter d'utiliser la cheminée. Monter le chauffage serait plus intelligent.

Et puis après… S'il passait la soirée à observer l'homme sur son canapé, c'était uniquement pour remettre de l'ordre dans ses idées… Pas vrai ?

...

- … Stiles... ? …. min faut te... au dos... Stiles... STILES !

L'adolescent sursauta violemment, avant de perdre l'équilibre et de s'écrouler au pied du fauteuil avec une exclamation de surprise. Le Shérif secoua la tête de désespoir et l'attrapa par le bras pour le hisser sur ses pieds.

- C'est ce que j'essayais de te dire, gamin, tu es trop mal installé... Ça va ?

- Papa ? Euh ouais ouais, je... Attends, l'est quelle heure ?

- Sept heures et demi, fiston. Tu peux monter te recoucher si tu veux.

- Hmmm... Viens d'rentrer ?

- Oui, mais j'ai dormi au poste pendant un moment, t'en fais pas.

- 'Kay…

- Tu veux que je t'aide à monter ?

- Nan nan c'est b… DEREK !

Stiles vacilla à nouveau, mal réveillé, et son père raffermit sa prise sur son bras pour le stabiliser.

- Ça va, il dort toujours. Calme-toi.

- Ok, ok...

- T'es sûr que tu veux pas aller te recoucher ?

- Non non, ça va aller, promis.

- Bon... Je vais préparer le petit-déjeuner, d'accord ?

L'adolescent se contenta d'acquiescer avant de se laisser retomber dans son fauteuil et de se frotter vigoureusement le visage pour mieux se réveiller. Derek était toujours dans son salon, emmitouflé dans la couverture et recroquevillé sur le canapé, comme s'il essayait de prendre le moins de place possible malgré sa carrure. Et Stiles n'avait pas envie de penser à ce qui avait pu le pousser à adopter une position pareille pour dormir.

Un peu plus alerte, il se rapprocha de l'autre homme pour poser une main sur son front. Encore chaud, mais il semblait avoir moins de fièvre qu'hier, c'était déjà ça... Derek remua avec un grognement au contact et le plus jeune retira ses doigts comme s'il s'était brûlé. Le sans-abri trembla un instant, puis se redressa en clignant des yeux, visiblement perplexe.

- Qu'est-ce que...

- Hey. Bien dormi ?

- S... Stiles ?

- Bah ouais. Tu te souviens quand même d'hier soir ? Tu sais, la toute petite ridicule tempête de rien du tout qui a déclenché une alerte dans toute la ville et que tu voulais t'obstiner à affronter tout seul dans la ruine familiale ?

Le brun fronça les sourcils... mais finit par hocher lentement la tête. Il repoussa la couverture et s'assit sur le bord du canapé, les épaules crispées.

- Je vais... y aller...

- Quoi ? Mais non ! Il pleut encore et de toute façon tu es malade !

- Je vais rentrer.

Oh bon sang. Vu le regard dur et la mine renfermée que l'autre affichait, il fallait bien sûr qu'il soit buté comme un troupeau de mules – même si bon, d'accord, il s'en était déjà un peu douté, mais il avait espéré que vu les circonstances... Stiles poussa un gémissement de désespoir, quand une voix grave et ferme retentit dans son dos.

- Tu laisses tes fesses là où elles sont, garçon. Je viens de rentrer chez moi après une nuit horrible et j'aimerai ne pas avoir déjà à te courir après pour te ramener ici par la peau du cou. De toute façon, on va bientôt manger.

Derek se figea avec un regard de bête traquée. Le Shérif se tenait dans l'encadrement de la porte de cuisine, un sourcil haussé et une poêle encore grésillante dans la main... et l'autre homme reposa son dos contre le dossier du canapé, les yeux rivés sur le sol. Stiles allait définitivement ériger un autel à la gloire de son père.

- Comment tu te sens ?

L'autre lui lança un regard noir, avant de passer une main sur sa mâchoire.

- ... Propre.

- Oh. Ouais. C'est bien. Mais sinon, mal à la tête ? courbatures ? nausées ?

- Ça va.

Le ton sec lui fit lever les yeux au ciel. Dire qu'il avait cru que les choses seraient plus simples une fois qu'il serait chez lui... Mais bon, il n'était arrivé que la veille ! Son père les rejoignit avec un plateau lourdement chargé, et déposa une tasse de café devant Derek.

- Tiens, ça ne peut pas te faire de mal. Evite juste de laisser mon fils le prendre, crois-moi, tu n'as vraiment pas envie de voir Stiles sous l'emprise de la caféine.

- Hey !

- Tais-toi et bois ton jus de raisin.

L'adolescent gonfla les joues dans une moue boudeuse, mais attrapa le verre qu'il lui tendait. Derek n'avait pas bougé. Il se contentait de fixer le petit-déjeuner avec envie, une main crispée sur son estomac pour essayer de faire taire ses grondements.

- Pourquoi vous faîtes ça ?

Le Shérif haussa les sourcils, la main tendue vers l'assiette de pancakes – Stiles en profita pour lui fourrer une pomme entre les doigts.

- Pardon ?

- C'est pas parce que vous êtes le shérif que vous devez vous sentir obligé de...

- Est-ce que tu as vraiment l'impression qu'on se sente obligés de faire quoique ce soit ?

Le brun referma la bouche avec un claquement de dents audible et rentra la tête entre les épaules.

- Je vous sers à rien ici.

- Sérieusement, Derek. Tout ce que je veux que tu fasses, dans l'immédiat, c'est que tu manges quelque chose, que tu avales un cachet et que tu retournes dormir. Tu as vraiment une tête à faire peur. Et si tu es malade, tu as besoin de repos. C'est tout. Ok ?

Derek le regarda, tendu. Pendant un moment, Stiles crut qu'il allait les envoyer bouler, qu'il allait sortir en claquant la porte en leur hurlant qu'il n'avait pas besoin de leur pitié... mais il se contenta de prendre une gorgée de café et d'attirer une assiette remplie d'œuf frit et de bacon sans rien ajouter. L'adolescent eut un large sourire avant de se jeter sur les pancakes.

- Au chait, Pffapffa, y a pffas eu frop de 'égâts ch'te nuit ?

- Stiles, combien de fois que je vais devoir te dire de ne pas parler la bouche pleine. Pitié, y en a qui aimerait ne pas avoir l'appétit coupé.

- Y a eu des dégâts avec la tempête ?

- Pas mal oui. La moitié de la ville est sans électricité à cause des arbres tombés, et on a deux maisons qui ont été touchées. Les urgences ont été énormément sollicitées, mais heureusement, on n'a pas de victime à déplorer. Une grosse nuit, mais on a vu pire.

Stiles hocha la tête et continua de manger en écoutant son père détailler sa nuit, mais il n'arrivait pas à s'empêcher de surveiller Derek du coin de l'œil. Le brun avait ralentit le rythme, clignant lentement des paupières comme s'il s'efforçait de garder les yeux ouverts le plus longtemps possible, la tasse de café à la main sans la porter jusqu'à ses lèvres. Le Shérif sembla le remarquer lui aussi puisqu'il reprit doucement le récipient pour lui glisser deux cachets dans la paume à la place.

- Avale ça et rallonge-toi. On verra le reste quand tu auras les idées plus claires, ok ?

- Je...

- Derek.

Ah, le retour du ton de c'est-moi-le-père-ici-et-le-Shérif-de-la-ville-alors-tais-toi-et-fais-ce-qu'on-te-dit. Depuis le temps, Stiles était immunisé contre cette voix, mais Derek la découvrait pour la première fois depuis ce matin et en plus il était malade. Il se contenta d'avaler les médicaments et de se recoucher – ou plutôt, de s'effondrer – sur le canapé, déjà dans les vapes. L'adolescent s'essuya les mains – pleines de miettes et de sirop d'érable – avant de reprendre la couverture pour l'en recouvrir comme la veille.

Son père gloussa doucement en le voyant faire et il le fusilla du regard, le bout des oreilles rougissant.

- Quoi ?

- Rien, rien.

- Il est malade. C'est bien toi qui me dis toujours de me couvrir quand je suis malade !

- Je sais, Stiles. Tu as eu les bons réflexes en le ramenant ici. Et au moins, il a une tête un peu plus présentable maintenant, même si une bonne coupe ne ferait pas de mal à ses cheveux.

Stiles acquiesça distraitement, les doigts le démangeant de passer dans les mèches sombres un peu trop longues. Il était mal. Mat... Observer Derek la veille n'avait peut-être pas été une si bonne idée, en fait, parce que maintenant il avait du mal à se rappeler pourquoi craquer pour lui n'était pas une bonne idée, malgré les encouragements de Scott. Et le sourire de son père. Et le regard presque exaspéré d'Allison quand il parlait du sans-abri. Et...

Pourquoi c'était pas une bonne idée déjà ?

L'adolescent se réinstalla dans son fauteuil avec un soupir désespéré.

- Comment tu comptes faire pour qu'il reste ici, Papa ? Non, parce qu'il avait l'air plutôt pressé de partir...

- Déjà, tant qu'il a de la fièvre, ce sera facile. Après... je pense que tu peux réussir à le convaincre bien mieux que moi.

- Quoi ?

- S'il te plaît, gamin.

Le Shérif haussa un sourcil moqueur et Stiles sentit avec horreur son rougissement s'étaler sur ses joues et son cou.

- Je...

- Je t'ai déjà dit que ça ne me posait pas de problème, tu sais. Et puis je pense que Derek t'aime bien.

- Hein ?

- Il t'a suivi jusqu'ici.

- Je lui ai pas vraiment laissé le choix non plus…

- Et tu penses sincèrement que si c'était Scott qui était allé le chercher, il serait chez les McCall en ce moment ?

Le plus jeune grimaça. Oui, non, peut-être pas… mais Scott n'était pas le meilleur exemple non plus ! Il adorait son meilleur ami, mais même s'il avait un côté Saint Bernard, il n'était pas non plus le type le plus convainquant de la ville… Lui était juste obstiné, ce n'était pas la même chose. Il jeta un regard à Derek qui dormait profondément les sourcils légèrement froncés. Il avait envie de passer sa main sur son front pour effacer les rides qui se formaient. Peut-être que s'il disait à son père qu'il voulait juste vérifier sa température…

Mais le Shérif lui sauva la mise en se relevant et en prenant le plateau.

- Je vais aller me recoucher, je vais devoir repartir au poste à midi pour aller aider à dégager les routes. Je peux te laisser t'occuper de notre… invité ?

- Ouais ouais, c'est bon, je gère. Va te reposer.

- Merci mon grand.

Il posa le plateau en équilibre sur un bras pour lui presser l'épaule et repartit dans la cuisine. Stiles déglutit nerveusement et se rapprocha du canapé pour s'agenouiller devant, croisant les bras sur le coussin de l'assise. Il entendit vaguement son père mettre en route le lave-vaisselle et monter l'escalier grinçant pour rejoindre sa chambre, entièrement focalisé sur le visage de Derek. Bon, il l'avait peut-être légèrement scruté la veille mais...

Mais zut, voilà !

L'adolescent tendit la main pour passer son pouce sur les rides qui déformaient son front. Derek marmonna dans son sommeil, avant de pousser un soupir et de tourner la tête, frottant sa légère barbe contre la peau fine du poignet de Stiles. Celui-ci sentit son cœur rater un battement et se recula brusquement. Ah non mais c'était de la triche ça ! Les joues en feu, il jeta un rapide coup d'œil à l'escalier pour vérifier que son père n'était pas descendu chercher quelque chose et l'avait surpris, mais personne.

Prenant une grande inspiration, il se rapprocha à nouveau et glissa ses doigts dans les cheveux noirs, dégageant quelques mèches de ses tempes couvertes de sueur. Il devrait appeler Scott, savoir s'il avait survécu à son futur beau-père et s'il avait pu rentrer chez lui en entier. Et il pourrait peut-être lui demander si sa mère pourrait passer, histoire d'examiner un peu Derek. Sa main s'enfonça un peu plus dans les cheveux sombres et le plus âgé laissa échapper un souffle soulagé.

Bon. Son coup de fil pouvait bien attendre, il était quand même très tôt…


Voilà, je pouvais pas laisser Derek dehors trop longtemps non plus...

A la semaine prochaine !