On continue dans la lancée ! Restera, restera pas ?
Oui, je suis nulle pour les entrées de chapitre, ça se voit...
Mélissa était passée dans la matinée, simplement pour diagnostiquer une grippe et leur prescrire quelques médicaments pour Derek. Scott l'avait accompagnée pour prendre des nouvelles de son meilleur ami, mais Stiles avait fini par le mettre à la porte après avoir supporté ses hurlements de rire pendant trente minutes quand il avait vu l'homme allongé sur son canapé. Certains avaient besoin de se reposer, bon sang ! Son père était reparti au poste depuis plus de deux heures, leur connexion internet avait rendu l'âme suite à la tempête et Stiles avait déjà relu toute sa collection de comics.
Et il s'ennuyait à mort depuis.
D'accord, regarder Derek avait été sympa – vraiment très sympa – mais entre la veille et ce matin, il aurait presque pu le dessiner les yeux fermés. Allumer sa console était tentant, mais il ne voulait vraiment pas le réveiller s'il avait besoin de sommeil – même s'il avait hésité à le secouer pour le repas de midi. Affalé à l'envers sur son fauteuil, les pieds croisés sur le dossier et la nuque calée contre l'accoudoir, il pianotait furieusement sur son téléphone portable – dieu merci, le réseau passait toujours.
De : Scotty-chou
Essaie de violer personne aujourd'hui, ton père est suffisamment occupé et Maman m'a dit qu'elle ne voulait personne de plus à l'hôpital...
A : Scotty-chou
Faux frère ! Je te signale que le seul qui aurait à s'inquiéter de sa vertu, c'est moi !
De : Scotty-chou
Bien sûr
De : Scotty-chou
De la part d'un mec cloué au lit et terrorisé par ton Shérif de père
De Scotty-chou :
Je suis mort d'inquiétude pour toi
A : Scotty-chou
T'es qu'un TRAÎTRE, tu sais ça ? Et je vais PAS sauter sur Derek, il est MALADE et il a besoin de REPOS espèce de PERVERS PSYCHOPATATE !
De : Scotty-chou :
Donc, s'il était en forme, tu lui sauterais dessus ?
A : Scotty-chou :
Je te HAIS !
De : Scotty-chou :
Mais nan, tu m'aimes. Et j'essaie juste de t'aider
Stiles se contenta de grogner et reposa son téléphone, ignorant le bourdonnement du vibreur qui se déclenchait à intervalles réguliers. Scott n'était qu'un faux frère, de toute façon. Il voulait juste lui embrouiller l'esprit alors qu'il avait besoin de soutien ! L'adolescent poussa un soupir à réveiller les morts et se remit à observer le plafond avec une moue boudeuse.
- Je... m'em... merde...
- Allume la télé alors.
Stiles sursauta violemment lorsque la voix rauque s'éleva, battant un instant des jambes dans l'air, avant de réussir à retrouver son équilibre et de se retourner sur son fauteuil. Derek l'observait, toujours allongé sur le canapé et recroquevillé dans la couverture, les yeux mi-clos un peu brouillés par la fièvre. Le haut de ses pommettes était rouge alors que le reste de son visage était un peu trop pâle, mais même malgré ça, il avait juste l'air... adorable.
- Hey, Big Guy ! Tu dors plus ?
- Faut croire...
Mais au lieu de faire un geste pour partir comme il l'avait fait le matin même, Derek se roula un peu plus en boule en refermant les yeux avec un grognement douloureux. Stiles se releva immédiatement pour aller chercher un verre d'eau et les cachets de Mélissa leur avait laissés pour les poser devant lui.
- Tiens, ça devrait te faire du bien.
Le brun avala les médicaments sans poser de question et se rallongea, une main massant son front. Le plus jeune se balança un instant sur ses pieds, puis pris une grande inspiration.
- C'est ok pour rester alors ? Jusqu'à ce que tu sois guéri ? Tu vas pas t'enfuir si jamais je vais chercher des DVDs et de quoi grignoter ?
- Je...
- Nan parce que sinon, j'ai l'autorisation de mon père – enfin c'est pas vraiment une autorisation mais il sait que je sais où il planque son matériel à la maison et il est pas parti avec donc c'est comme une autorisation – pour aller chercher ses menottes et te garder ici autant qu'il le faudra !
Derek émit un son étrange, à mi-chemin entre la toux et le rire, mais Stiles campait fermement sur ses positions, les bras croisés sur sa poitrine et les sourcils froncés.
- Je blague pas.
- Ça s'appelle un enlèvement...
- M'en fous, chuis le fils du Shérif, chuis couvert.
- Je peux... vraiment ?
- Si je te le dis ! Faut que j'appelle mon père ? Non parce que je vais sérieusement le faire hein si c'est tout ce dont tu as besoin !
Derek se contenta de grogner et ramena la couverture sur son visage pour échapper à la lumière crue du plafonnier. L'adolescent en profita pour courir à la cuisine, attrapa une bouteille de jus de fruit, deux verres et un paquet de biscuits secs. Pas sûr que l'autre soit en état de manger un vrai repas, mais il avait besoin d'avaler quelque chose… et puis il avait faim lui aussi ! Dans le salon, Derek n'avait pas bougé. Il s'arrêta pour éteindre la lumière principale, allumer la télé et une petite lampe dans un coin, pour ne pas que la luminosité de l'écran leur éclate les yeux – et rende son nouveau colocataire malade encore plus grincheux que jusqu'à présent.
- Un Disney, ça te dit ? Ma mère me passait toujours ça quand j'étais malade, ça permet de pas trop réfléchir et puis de toute façon ce sont des intemporels donc tout le monde aime ça, c'est impossible de pas aimer Disney ! Et Star Wars. Et les films de super-héros. Mais ça fait trop de bruit alors je pense que c'est pas l'idéal pour toi, je te ferais voir les sagas une prochaine fois !
- Hmm…
- On commence par quoi ? T'as une préférence ?
- Grmbl…
- Ah j'ai trouvé ! Merci ! La Belle et la Bête, tu corresponds tout à fait au personnage !
La couverture se baissa et le brun le fusilla du regard. Stiles gloussa joyeusement avant de déguerpir dans sa chambre pour aller fouiller dans sa collection de DVD. Quand il redescendit à peine deux minutes plus tard, Derek était assis sur le bord du canapé et essayait de se lever. Immédiatement, le plus jeune fronça les sourcils.
- Je peux savoir ce que tu fous ? Il me semble pourtant qu'on venait tout juste de voir le fait que tu n'allais PAS essayer de te faire la malle dès que j'aurais le dos tourné ! Je te jure, je suis plus rapide que toi en ce moment, je vais vraiment aller chercher ces menottes !
L'autre leva les yeux au ciel en se mettant debout, vacillant légèrement au changement de position.
- J'ai besoin d'aller à la salle de bains.
- Ah. Oui. Dans le couloir, la deuxième porte à ta gauche. Pas sûr que tu te souviennes du chemin d'hier…
Seul un grommellement lui répondit alors qu'il s'éloignait lentement. Stiles jeta un rapide coup d'œil à la porte d'entrée – il avait quand même très envie d'aller la fermer à clé, histoire d'être sûr qu'il ne s'enfuirait pas – mais se contenta d'insérer le film dans le lecteur. S'il voulait que l'autre lui fasse confiance, il allait devoir lui montrer que c'était réciproque… Même si quand Derek revint, presque dix minutes plus tard, il était à deux doigts d'aller défoncer la porte de la salle de bains pour vérifier qu'il n'était pas passé par la fenêtre. Ou par le conduit d'évacuation. On savait jamais.
Mais le brun se contenta de se réinstaller dans le canapé, la couverture sur les épaules, et les yeux un peu vitreux rivés sur l'écran. Stiles lui versa un verre de jus avant de la faire doucement glisser vers lui, l'air de rien. Il mourrait d'envie de le bombarder de questions – comment était-il arrivé dans la rue ? depuis combien de temps ? et comment était-il arrivé jusqu'à Beacon Hill ? et… – mais il se mordait la langue pour se retenir.
Les premières minutes du dessin animé s'écoulèrent, mais Stiles avait du mal à se concentrer dessus – de toute façon, il le connaissait par cœur alors… Sa jambe s'était remise à trembler, ses doigts pianotaient avec impatience sur l'accoudoir du fauteuil, et il pouvait sentir un tic nerveux déformer sa paupière. Merde. Il devait se tenir tranquille, mais… il avait oublié de prendre ses cachets ce matin. Il jeta un rapide coup d'œil à Derek qui fixait l'écran, son verre entre les mains, avant de se lever et de passer rapidement à la cuisine.
A son retour, Derek… Oh seigneur. Derek fredonnait l'air de Belle, avachi contre le canapé et la tête posée sur le dossier. Ça y est, il délirait totalement. Vraiment inquiet, l'adolescent se rapprocha rapidement pour pouvoir poser sa main sur son front. Chaud, mais pas assez pour expliquer son état… Un effet secondaire des médicaments ? Mélissa l'avait drogué ?
- Qu'est-ce que tu fous ?
- Tu chantes !
L'homme rougit encore plus et dégagea sa tête d'un mouvement agacé.
- J'ai grandi avec trois filles.
- Tu as été tellement torturé à coup de Disney que chaque parole est gravée dans ta mémoire, c'est ça ?
Le brun fit une moue boudeuse et hocha sèchement la tête. Stiles éclata de rire.
- Bienvenu au club, sauf que pour moi c'était volontaire ! Et c'est Scott que j'ai torturé. Tu me ferais une place sur le canapé ? Le fauteuil est pas super confortable, et j'arrive pas à rester en place dessus… Promis j'essaierai de pas trop te déranger !
Le regard bleu-vert-gris-rouille-peu-importe de Derek l'observa avec méfiance.
- Contagieux.
- Pas grave, ça me donnera une bonne excuse pour pas retourner en cours lundi ! Vacances gratuites !
- … T'es chez toi.
Stiles ne se le fit pas dire deux fois et se caler confortablement sur le canapé, les deux pieds croisés sur la table basse et les orteils s'agitant au rythme de la musique. Et si son coude était appuyé contre la hanche de Derek, c'était juste du hasard. Vraiment. De toute façon, il n'avait même pas l'air de le sentir, alors à quoi bon l'enlever…
Son portable vibra une nouvelle fois et il le récupéra pour remonter l'historique de ses messages.
De : Scotty-chou
Tu sais que quand je parlais de lui sauter dessus, je plaisantais quand même hein ? Pitié, dis-moi que vous êtes habillés tous les deux !
De : Scotty-chou
Maman veut repasser ce soir et je veux pas sentir le sexe dans ton salon !
De : Scotty-chou
Attends, tu boudes sérieusement là ?
De : Scotty-chou
Stiles, mon cerveau m'envoie beaucoup trop d'images indésirables. Je suis traumatisé à vie. REPONDS !
A : Scotty-chou
Tu es un pervers, tu sais ça ? Je plains Allison. T'es cordialement invité à notre marathon Disney si tu t'emmerdes tant que ça pour imaginer ma vie sexuelle qui n'existe PAS
De : Scotty-chou
Ok, je passerai demain, faut bien que quelqu'un vous surveille
De : Scotty-chou
Et Allison s'est jamais plainte de mon côté pervers, crois-moi…
A : Scotty-chou
YEURK !
...
Le reste du week-end se déroula à peu près de la même manière. Scott était arrivé le samedi matin avec un paquet de marshmallow dans la main, mais il s'était tenu tranquille toute la journée – visiblement, c'était beaucoup facile de taquiner Stiles quand le principal sujet de discussion n'était pas dans la même pièce. Derek n'avait pas beaucoup bougé. Le Shérif lui avait aménagé la chambre d'amis pour qu'il puisse s'installer plus confortablement, mais il passait quasiment tout son temps sur un coin du canapé, à somnoler ou à regarder la télé sans rien dire.
Et Stiles rongeait son frein. Il savait qu'il devait être patient. Son père lui avait dit. Scott lui avait. Bon sang, même Mélissa lui avait demandé de ne pas trop bousculer son patient ! Mais il n'était pas patient de toute façon, et ça faisait trois jours que Derek vivait chez eux et il ne lui avait même pas posé une seule question ! Et personne ne l'avait félicité pour ça !
Grommelant entre ses dents, il hissa son sac de cours sur une épaule et jeta un dernier coup d'œil suppliant à son père. Celui-ci se tenait juste derrière lui, l'empêchant de repartir dans le salon ou sa chambre, les bras croisés sur la poitrine avec un rictus amusé.
- Mais...
- Non.
- Et si...
- Non.
- Tu peux pas...
- Non.
- Je...
- Non.
- Mais laisse-moi parler !
- Lycée, maintenant.
L'adolescent pouvait entendre Derek déjeuner dans la cuisine, le bruit de la cafetière qui se relançait. Et le Shérif reprenait son service dans moins d'une heure.
- Juste, je pourrais...
- Stiles, si tu n'es pas dans ta voiture d'ici deux minutes, je te traîne là-bas par la peau du cou.
- T'as pas le droit de faire ça, c'est un acte de violence envers mineur, tu devrais le savoir mieux que personne étant donné que c'est la loi et que tu es sensé appliqué la loi à la lettre et que...
- Une minute trente.
- C'est de la dictature !
- Totalement.
Et si Derek n'était plus là quand il rentrait des cours ?
Il avait l'impression d'avoir pris un coup de poing en pleine poitrine à cette idée... Mais son père posa une main sur son épaule et le poussa résolument vers la sortie.
- Laisse-moi gérer ça, d'accord ? Toi, tu vas en cours, tu écoutes tes professeurs, et tu obtiens ton diplôme à la fin de l'année. Et ne pense même pas à sécher les cours une fois que je serai parti travailler, j'ai demandé à Scott de me prévenir dès qu'il te perdait de vue pendant plus de cinq minutes.
- Le traître...
- Fais-moi confiance. Maintenant, dégage de là.
Stiles ouvrit la bouche pour protester un peu plus, mais la porte de la maison claqua dans son dos et il se retrouva seul sur le perron. Un instant, il pensa à se cacher dans les buissons jusqu'au départ de son père, appeler le lycée pour leur dire qu'il avait attrapé la grippe – ce qui était bien évidemment un mensonge malgré tous ses efforts – et se glisser à nouveau dans sa chambre, mais... Ce n'était pas vraiment le bon moment pour se faire punir.
D'ailleurs, Scotty l'attendait déjà sur le parking du lycée, à l'endroit exact où il avait l'habitude de se garer, une main dans la poche et le regard rivé sur sa montre, mort de rire. Stiles claqua sa portière en descendant et pointa un index menaçant dans sa direction, les sourcils froncés.
- Toi. Faux frère. Pas un mot.
- Désolé mon vieux, mais ton père a des arguments imparables. Comme le fait qu'il peut convaincre ma mère de me priver de sortie jusqu'à mes 35 ans pour toutes les bêtises qu'elle ignore et dont tu es entièrement responsable.
- Hey !
Le brun éclata de rire et passa un bras autour de ses épaules pour l'entraîner avec lui vers les salles de cours.
- Aie confiance. Et puis, tu peux pas rester enfermer chez toi à le surveiller comme un maton, il finirait par t'égorger. Et puis c'est les vacances de fêtes de fin d'années à la fin de la semaine, tu vas bien pouvoir patienter quelques jours !
- Il peut se passer beaucoup de choses en quelques jours…
- Exactement. Et pas que négatives. Alors arrête de faire la tête, ok ?
L'adolescent laissa échapper un ricanement peu convaincu. Comme si c'était aussi simple d'éteindre le fourmillement dans sa tête… Mais la main de son meilleur ami pressa son épaule avant de le lâcher pour s'asseoir à sa place.
- Franchement, Stiles, des fois je me dis qu'on voit pas les mêmes choses tous les deux. Parce qu'après vous avoir vu tous les deux ce week-end, crois-moi, t'as aucune raison de t'en faire.
- Scott, sans vouloir t'offenser, t'es le pire entremetteur que je connaisse.
Scott balaya cet argument d'un geste de la main avant de reporter son attention sur le professeur Harris. Stiles poussa un soupir boudeur en posant son menton sur la table, faisant tourner son téléphone portable entre ses mains cachées par le panneau de bois. Il pourrait peut-être convaincre les profs qu'il avait attrapé la grippe – si si, avec le temps d'incubation et tout c'est plausible – mais s'il ne revenait pas très vite de l'infirmerie, Scotty préviendrait immédiatement son père et il serait puni jusqu'à ses 40 ans.
Remarque, s'il parvenait à convaincre son meilleur ami de rentrer avec lui... Son père avait bien dit qu'il avait ordre de ne pas le quitter des yeux, pas vrai ? Mais si il venait jusqu'à la maison, il serait toujours dans son champ de vision et Scott ne briserait pas sa promesse ! Plein d'espoir, il reprit plus fermement son téléphone pour taper un sms… mais celui-ci vibra au même instant entre ses doigts.
De : Scotty
N'y pense même pas. Ton père m'a bien précisé au lycée
Stiles fit la moue instantanément et laissa son front retomber sur sa table avec un bruit sourd. Merde. Ces deux-là commençaient à le connaître trop bien, il était temps qu'il essaie de renouveler un peu ses idées… Une ombre devant lui lui fit relever les yeux pour découvrir Harris de l'autre côté de sa table, un rictus aux lèvres.
- Monsieur Stilinski, si mes cours vous ennuient tant que ça, je suis persuadé que vous pourrez rentabiliser votre temps dans le bureau du directeur, et rattraper vos leçons ce soir…
- Quoi ? Ce soir ? Non ! Non promis m'sieur, je vais vous écouter ! Chuis désolé, c'est juste le matin, et avec la tempête et tout ça a été compliqué à la maison et fallait que j'aide mon père !
- On ne crie pas dans ma classe, monsieur Stilinski.
L'adolescent se mordit aussitôt la langue, le cœur battant à mille à l'heure. Non, il ne pouvait pas se faire coller aujourd'hui, il fallait qu'il rentre et qu'il trouve Derek toujours sur leur canapé, il n'y avait pas d'autre possibilité, c'était stupide mais il fallait qu'il soit là, que son père ait réussi à le convaincre, qu'il n'ait pas à repartir le chercher partout en ville parce qu'il y avait quelque chose, il ne savait pas encore tout à fait quoi mais il fallait qu'il reste pour le découvrir…
Stiles ne réalisa pas tout de suite qu'il s'était mis à hyperventiler, les mains tremblantes, jusqu'à ce que sa vision se remplisse de points noirs et que Scott l'attrape brusquement par le bras pour le tirer dans le couloir. Hagard, il se laissa glisser le long du mur, toujours soutenu par son meilleur ami, et enfouit son visage entre ses jambes. Merde. Une crise de panique. Scott semblait lui parler, mais ses oreilles bourdonnaient et il était incapable de comprendre un seul mot… jusqu'à ce qu'un embout en plastique soit glissé entre ses lèvres de force. Surpris, il inspira profondément, sentant avec soulagement le nœud se défaire dans sa poitrine et ses poumons se remplir d'oxygène. Une deuxième pression, et sa vue s'éclaircit. Il repoussa doucement l'inhalateur que tenait Scott, les sourcils froncés par l'inquiétude, et esquissa un sourire – qui ressemblait plus à une grimace, mais bon, personne n'allait lui en vouloir.
- Je croyais que t'avais plus d'asthme depuis deux ans… J'espère que t'as pas déjà utilisé ce truc sur toi…
- Celui-ci est pour toi.
Le brun lui montra l'inscription « STILES » sur le côté un petit tube.
- Maman m'a demandé de le garder à portée de main au cas où. Pas sûr que ça marche à tous les coups, mais au moins cette fois ça a stoppé la crise…
- Hm… Merci…
- Je suis pour ça. Mais sérieusement mon vieux, faut que tu arrêtes de te mettre dans des états pareils pour cette histoire. Fais-nous un peu confiance pour une fois. Je te jure que tout va aller comme sur des roulettes.
- Plus facile à dire qu'à faire…
- Tu te sens capable de retourner en cours ? Ou tu préfères que je t'amène à l'infirmerie ?
- Retour en enfer, ce connard de Harris serait bien capable de me coller malgré tout…
Scott avait encore l'air septique et un peu inquiet, mais il acquiesça et lui tendit la main pour l'aider à se remettre debout. Heureusement, Harris ne fit aucune remarque lorsqu'ils retournèrent à leur place – la crise avait dû être un tout petit peu plus spectaculaire qu'il ne le pensait, visiblement. Stiles baissa la tête vers son cahier et commença à griffonner un labyrinthe sur le coin de sa page.
Bon sang que la journée allait être longue…
...
La cloche marquant la fin des cours avait à peine terminé de sonner que Stiles grimpait déjà dans sa Jeep, balançant son sac sur le siège passager. Scott avait un entraînement particulier de lacrosse avec le coach, alors il n'avait eu aucun remord à le planter sur place avec un « salut à demain ! ». De toute façon, il savait pertinemment qu'ils allaient encore s'échanger au moins une dizaine de sms dans la soirée, donc bon… Il râla une nouvelle fois après son moteur qui peinait toujours à démarrer quand il faisait aussi froid avant de quitter – ENFIN – le parking du lycée. Stiles mourrait d'envie de rouler plus vite pour rentrer chez lui, mais ce n'était pas le moment d'avoir un accident, et encore moins de se faire arrêter par son père et entendre un énième sermon.
Le trajet jusqu'à chez lui ne lui avait jamais paru aussi long. Stiles se gara de travers devant le perron, sauta immédiatement sur le gravier, le cœur battant dans la gorge, et se précipita pour ouvrir la porte… Un grand fracas suivi d'un fort juron le stoppa immédiatement et il se figea, les yeux écarquillés. Derek se tenait juste dans l'entrée, assis par terre et une main frottant sa tête, un balai posé à côté de lui. Une agréable odeur de chocolat et de pâtisserie chaude flottait dans la maison.
- Qu'est-ce que…
- Bordel, tu peux pas faire attention !
- Tu… faisais le ménage ?
L'homme se redressa sans répondre, le regard fuyant et les joues légèrement colorées. Et puis Stiles percuta.
- T'es toujours là ?
Ses jambes lâchèrent. Trop de stress accumulé. Il avait l'impression qu'il allait se mettre à pleurer… mais deux mains solides l'attrapèrent sous les bras pour l'accompagner jusqu'au sol sans qu'il se blesse. Derek l'observait, les sourcils froncés, encore un peu pâle mais sans trace de fièvre dans les yeux.
- Hey, ça va ?
- T'es encore là…
- Bon sang, t'es vraiment bizarre comme type…
Un petit rire hystérique lui échappa et il pressa ses paumes contre ses yeux pour essayer de se calmer. Scott avait raison au final. Et son père avait réussi un putain de miracle. Les mains larges se déplacèrent pour se poser sur ses épaules.
- Respire.
- Ça va, ça va, ça va le faire, c'est juste… Je pensais que tu serais parti…
Il y eut un moment de silence où Stiles se concentra sur sa respiration et le contact entre eux. Super, il venait juste de se ridiculiser et de passer pour un fou devant celui qu'il voulait absolument garder en sécurité chez lui. Si après ça il ne partait pas en courant, c'est qu'il était aussi dingue que lui.
- Ça te préoccupait autant ?
- Hein ?
L'adolescent releva brusquement la nuque, grimaçant légèrement au craquement que ça produisit. Derek le fixait, visiblement perplexe.
- Que je reste ici.
- Bah ouais, t'es malade, tu vas pas aller courir dans les rues !
- Et après ?
Il se mordit la lèvre, incertain de ce qu'il devait – ou ce qu'il pouvait – lui répondre. Pourtant, bizarrement, ça semblait être la meilleure chose à faire, parce que l'autre esquissa un micro-sourire un peu timide avant de se relever et ramassa le balai.
- Si tu as faim, y a de quoi goûter dans la cuisine. Faut que je finisse ça.
- Ok.
- Bien.
- Vais juste rester encore un peu par terre. C'est bien le sol aussi, ça oblige à se tenir droit, c'est bon pour le dos et tout. Le sol et moi, on est plutôt copains.
- Comme tu veux.
Toujours un peu hébété, Stiles l'observa se remettre au ménage. Derek était chez lui, encore un peu mal rasé et étriqué dans ses vêtements, en train de balayer le parquet, comme si la situation était parfaitement normale. Dire qu'il avait paniqué toute la journée… Lorsque les franges du balai heurtèrent ses doigts, il réussit tout de même à se secouer. Il devait encore aller récupérer son sac de cours pour faire ses devoirs, et verrouiller sa voiture.
Mais d'abord, il avait faim – l'estomac trop noué pour terminer son repas le midi – et ça sentait vraiment trop bon.
Sauf qu'une fois arrivé dans la cuisine, Stiles faillit s'écrouler à nouveau. Il y avait un gâteau au yaourt sur la table – une de ces préparations toute faite à verser dans un moule et mettre au four, mais un putain de gâteau quand même – avec une casserole de chocolat chaud qui mijotait tout doucement sur la gazinière.
Et merde.
Il sortit son portable de sa poche en se laissant tomber sur une chaise – pas sans avoir attrapé le pot de miel au passage et s'être coupé une part de gâteau avant, fallait pas pousser.
A : Scotty-chou
Je crois que je pourrais tomber amoureux s'il continue comme ça…
Il savait qu'il ne pourrait pas le lire tout de suite, mais c'était juste histoire de l'écrire – à défaut de le dire à voix haute, trop dangereux. Mais il y avait quelque chose d'incroyablement familier dans ce genre de situation. Ça lui rappelait quand sa mère était encore là et l'accueillait à la sortie de l'école avec un sourire et une pâtisserie encore chaude et moelleuse. Mais même s'il ressentait une pointe de douleur, comme à chaque fois qu'il pensait à elle depuis dix ans, c'était plus agréable. Non pas qu'il voyait Derek comme une nouvelle mère, hein, beaucoup masculin et viril et sexy comme l'enfer, mais… C'était sympa d'avoir quelqu'un qui s'occupait de lui.
Perdu dans ses pensées, il sursauta lorsque Derek s'installa face à lui avec un verre d'eau dans lequel pétillait furieusement une pastille.
- Ça va pas ? Tu veux que je rappelle Mélissa ? Ou que je t'emmène chez le médecin ? Non parce que ça me pose pas de problème hein, on peut être à l'hôpital dans cinq minutes et…
- C'est rien. Fin de mon traitement.
- Oh… Partant pour un film ? Avez pizza, si ton estomac peut le supporter ? T'as déjà vu les Star wars ?
- J'ai pas vécu dans une grotte au Mexique jusqu'à présent, tu sais. Je pense que je connaissais la saga avant que tu saches marcher.
Ça aussi, c'était quelque chose qu'il découvrait ces derniers jours – au fur et à mesure que sa fièvre baissait. Derek avait de l'humour. Bourru, sec et il avait vraiment l'impression que parfois il était à deux doigts de le mordre, mais de l'humour quand même.
- Et puis t'as des devoirs à faire avant de te coller devant un écran.
- HEIN ? Nan mais j'ai pas besoin d'un baby-sitter, j'ai plus cinq ans ! je sais parfaitement gérer mon temps ! Et ce sont bientôt les vacances ! D'ailleurs, tu… Enfin…
Le brun haussa une épaule, le regard rivé sur son aspirine qui finissait de se dissoudre. Stiles avala nerveusement une gorgée de chocolat chaud.
- Tu… Mon père t'a dit quoi ce matin ?
- Que tu devais faire tes devoirs en rentrant le soir, et pas à deux heures du matin.
- Ah. Ah. Très drôle.
Derek émit un petit reniflement moqueur avant de boire son médicament et de tirer un peu sur le pull pour l'ajuster au mieux sur ses épaules. Le Shérif lui avait prêté quelques affaires, mais il semblait que tout était trop petit pour sa carrure…
- Il… m'a proposé quelque chose.
- Et tu as accepté ?
Aucune réponse. Stiles serra sa tasse entre ses mains, faisant crisser sa peau contre la porcelaine. L'autre finit par soupirer en passant une main sur sa nuque.
- J'y réfléchis.
- Oh. C'est déjà pas mal. C'est toujours bien de réfléchir. 'Fin, faut pas trop réfléchir trop longtemps non plus, parce qu'après ça tourne en boucle et on se prend la tête et ça prend des proportions énormes et crois-moi je suis un pro là-dedans ! Mais prendre des décisions sur des coups de tête, j'ai fait aussi et c'est pas forcément toujours une bonne idée !
Derek esquissa un rictus étrange, presque désabusé.
- Je sais.
Oh. Merde, il avait peut-être mis les pieds dans le plat. Mais l'autre se secoua, comme pour se débarrasser de ses pensées, et termina son verre.
- Si… je devais rester un peu plus longtemps… ça ne te dérangerait vraiment pas ?
- Tu te fous de moi ?
Mais le brun lui jeta un regard noir. Stiles leva les yeux au ciel. Sérieusement ? Il réfléchissait parfois ? Non, parce que c'était bien connu qu'il harcelait les gens pour les ramener chez lui – sans utiliser la force, bien sûr, ce n'était pas son style –, qu'il menaçait de les menotter et qu'il piquait des crises d'angoisse tous les jours à l'idée de rentrer sans trouver personne.
- Tu pourrais vouloir ramener une fille. C'est pas super pour un rencard d'avoir un clochard qui traîne chez soi.
- Tu n'es pas un clochard !
- T'as compris l'idée. Ce n'est pas comme si tout le monde ignorait ma présence en ville.
- Les gens sont des cons de toute façon. Et puis, à part Scott – qui t'a déjà vu, je te rappelle, donc ce n'est absolument pas un argument valable – y a personne d'autre qui va venir pour moi.
Derek resta encore silencieux pendant que Stiles engouffrait une deuxième part de gâteau – il était en train de devenir un peu trop accro au sucré, après toutes ses visites à Mrs Pastry.
- Pourquoi tu fais tout ça ?
- Roooh, sérieux, t'es encore là-dessus ?
- Ce n'est pas de la pitié, ni pour obtenir quelque chose…
- Bien sûr que non !
Sauf que ça n'avait pas l'air de le convaincre… et il semblait vraiment se prendre la tête sur cette question. L'adolescent soupira et commença à balancer ses jambes sous sa chaise, nerveux. Déjà qu'il n'avait pas su quoi lui répondre plus tôt, pourquoi est-ce qu'il insistait comme ça ? Tout le monde se liguait contre lui ! Et il venait de le dire en plus, que ce n'était pas bon de trop réfléchir ! C'était de la torture là !
Une main saisit brusquement son genou et il sursauta.
- Désolé, je t'ai frappé ?
- Presque.
- J'ai pas la réponse à ta question. Donc pas la peine de continuer à la poser.
- D'accord.
Encore une fois, Derek sembla plutôt content de son hésitation et serra doucement sa jambe avant de se relever.
- Je crois que je vais dire oui à ton père.
- HEIN ?! Super ! Donc tu restes ? Mais euh, au fait il t'a proposé quoi exactement ?
Le brun ricana.
- Tes devoirs d'abord. Après, on pourra parler.
- C'est du chantage ça !
- Oui.
Bouche bée, il le regarda sortir pour reprendre son ménage. C'était quoi cette blague encore ? Son portable vibra au moment même sur la table.
De : Scotty-chou
Je crois que tu as déjà commencé à tomber
De : Scotty-chou
Mais c'est bien si tu t'en rends compte
Hum, j'aime le Shérif et Scott... ça se voit non ? J'espère que ça vous a plu !
Exceptionnellement, le chapitre de la semaine prochaine arrivera vendredi soir (je serai très certainement sur la route toute la journée de samedi) !
