Les Années Sombres

Disclaimer : Voir prologue

Résumé : UA Big Four Poudlard. Le Projet A a pris fin. Pourtant, ce n'est que le début de nouvelles aventures. Et tandis qu'Harold, Mérida, Raiponce et Jack reviennent à Poudlard pour leur sixième année, de sombres nuages s'amoncellent à l'horizon.

Note 1 : Aux petits nouveaux. Ceci est la suite directe d'une fic nommée « Le Projet A » que vous trouverez sur mon profil. Vous risquez fort de ne pas comprendre grand-chose si vous ne la lisez pas avant.

Note 2 : Cela risque d'être un peu moins rose que dans les films et beaucoup moins que dans Le Projet A, qui était au rating T. Ne vous attendez pas à des effusions de sang et à des morts toutes les deux lignes comme dans Games of Thrones, mais le M n'est pas là pour faire joli. Cela signifie que techniquement, vous devez avoir plus de 16 ans pour lire la fic. (Techniquement. Je ne suis pas naïf, j'ai été jeune avant vous.)

Un grand GRAND merci à Emmawh qui prend de son temps pour corriger mes fautes (n'oubliez pas non plus qu'on est humains, donc parfois, il en reste ^^)

Merci à son.y, mc arno, Un Fan Accro, Paquerette-san, Plume de Pan, Sheria Pie, LadyWyvern et Zora324 pour leur review !

Merci aussi à tous ceux et celles qui ont rajouté la fic dans leurs favoris et/ou liste de follow.

Son.y : Hello ! Merci pour ta review ! Réaction de Charlie dans ce chapitre.

Bonne lecture !

Un Fan Accro : Hello ! Merci pour ta review ! Je suis content que le chapitre t'ait plu. Pour ce qui est du couple Harold/Charlie, avec Emmawh, on était tombé d'accord sur « Dragon's Lovers ». Parce qu'Hicclie ou Charliccup, c'est bof ^^

Bonne lecture !

LadyWyvern : Hello ! Merci pour ta review ! Je pense que tu recrieras « Enfin » après ce chapitre ^^ Je suis content que la seconde Tâche t'ait plu et j'espère que la suite le fera tout autant :)

Bonne lecture !

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Chapitre 17 : Retombées

C'était l'esprit occupé qu'Harold nettoyait l'enclos du Suédois à Museau Court resté à Poudlard. La magie ne pouvant être utilisée, le fumier de dragon y réagissant très mal, c'était un travail long et pénible. Mais les stages à la Réserve l'avait habitué et il avait même fini par apprécier. Cela lui permettait de réfléchir.

Seulement, aujourd'hui, comme depuis un mois, il n'avait pas vraiment envie d'avoir l'occasion de réfléchir. Encore moins avec Charlie qui était soudainement devenu beaucoup moins loquace et tactile, ce qui était limite effrayant quand on connaissait le bonhomme, et ce depuis la sortie à Pré-au-Lard. Qui remontait à presque un mois. Un mois que les deux hommes se contentaient d'échanger le strict minimum, chacun dans sa zone de sécurité.

Jusque-là, la préparation de Jack pour la Seconde Tâche l'avait occupé, le Gallois avait donc mis ce problème de côté. Mais maintenant que la Tâche était passée et qu'il ne restait plus qu'à attendre la révélation de la nature de la dernière épreuve, le problème lui revenait en pleine face.

Embrasser Charlie avait été une idée idiote. Ecouter le Chat, qui n'était d'ailleurs plus apparu depuis, lui dire qu'il ne perdait rien à essayer, une erreur. Croire qu'il avait la moindre chance, une bêtise monumentale. Résultat, il avait foutu en l'air une des relations qui lui était la plus précieuse. Et il ne savait pas quoi faire pour arranger ça. Si encore il avait craqué après une des nombreuses soirées alcoolisées qui suivaient les soins apportés au dragon, il aurait pu prétexter ne pas tenir l'alcool. Mais après la journée à Londres ? Qu'aurait-il pu dire ? « Désolé, le chocolat m'est monté à la tête » ?

D'un geste rageur, il balança une nouvelle pelletée de bouse.

« - Le but, c'est de le mettre dans la brouette, pas à côté. »

Surpris, Harold se retourna pour se retrouver face à Charlie, qui arborait son fameux sourire que le Gallois trouvait à croquer, le regardant par-dessus les sangles qu'il était occupé à réparer. Puis, semblant se rappeler la situation, le sourire du roux se transforma en moue gênée, avant de baisser les yeux vers son ouvrage.

Agacé, Harold craqua. Plantant sa fourche dans le tas fumant, il se dirigea vers le petit établi, s'asseyant en face du dresseur de dragon. Qui osa un timide coup d'œil avant de rebaisser les yeux vers l'ouvrage de cuir.

« - Il faut qu'on parle.

- Je dois finir ça.

- Tu comptes emmener le dragon quelque part ?

- Non…

- Alors ça attendra. »

Un air surpris se peignit sur le visage du roux. Il n'avait jamais dû voir Harold autoritaire. C'est vrai qu'il l'était rarement. A la réserve, on obéissait ou on finissait grillé avant de comprendre. Le reste du temps, il ne se montrait intransigeant que lorsqu'il devait enseigner des choses dangereuses à ses amis, comme voler sur le dos de Krokmou.

« - Ecoute, je suis désolé pour ce qui s'est passé quand on est revenu de Londres. Je t'ai embrassé sur un coup de tête. Je préfère… Je préfère que l'on oublie ça. »

Pour la première fois depuis un mois, le roux fixa alors ses yeux dans les siens.

« - Moi je ne veux pas.

- Pardon ?

- Je ne veux pas oublier, Harold. J'ai même envie de recommencer.

- Recomm… ?

- Recommencer. T'attraper par la nuque et t'embrasser(1). Ce que je ferai certainement si tu ne sentais pas le fumier et moi le produit de tannage.(2)

- Mais… Mais tu…

- Mais je ?

- Ça fait un mois que tu ne me parles quasiment pas, que tu m'évites et…

- Et je ne savais pas si tu avais eu réellement envie de m'embrasser ce jour-là ou si c'était un juste… Arrivé. J'ai voulu te laisser le temps de mettre tout ça au clair. Et tu l'as pris, ce temps.

- Je… Je ne…

- Je te propose quelque chose : laissons tomber les corvées d'aujourd'hui, on aura bien le temps demain. On va aller se changer, histoire de sentir un peu meilleur, puis on va s'installer autour de la table et mettre les choses à plat. Ça te va ? »

Incapable de trouver les mots, lui qui était prêt à partir en croisade quelques minutes avant, le plus jeune hocha la tête, avant de prendre la direction de la salle de bain. Il allait avoir besoin d'eau. Froide, histoire de bien se remettre les idées en place. Parce que l'image de Charlie basculant l'établi pour l'embrasser ne l'avait pas laissé de glace. Et ce, malgré les odeurs.

Une fois propre, le brun s'installa dans le salon, laissant la place au dresseur. Perdu, il commença à mordiller l'ongle de son pouce. Il n'avait pas imaginé une seule seconde que cela pouvait se passer ainsi. Dans sa tête, plusieurs possibilités avaient coexisté, allant de rejet pur et simple du roux à une acceptation bancale des excuses d'Harold. Mais l'imaginer lui dire qu'il avait envie de l'embrasser, là, tout de suite, ça n'avait même pas effleuré le Poufsouffle.

Quand le Weasley réapparut enfin, Harold avait déjà commencé à grignoter les ongles de sa seconde main.

« - Bon, fit le roux, s'asseyant face au Gallois. Je crois que je te dois quelques explications.

- Des explications ?

- Tu me plais. Depuis ton premier séjour à la Réserve.

- Je te plais ? Mais tu n'es pas…

- Gay ? C'est l'image que j'ai donné. Le Chevalier Blanc attendant que sa Princesse se montre. Ça donnait le change auprès des parents et des amis. Le monde des sorciers n'est peut-être pas très regardant à ce niveau-là, mais il reste pas mal de réactions homophobes, tant chez les enfants de sorciers que chez les nés-moldus(3). Et j'avais quatre petits frères à Poudlard. Bref, passons. Tu me plaisais. Mais tu avais seize ans. Tu sentais encore le lait.

- Hé !

- Ne le prends pas mal, on est tous arrivé à la Réserve comme ça. Donc, tu me plaisais, mais j'ai préféré attendre. Et j'ai bien fait. En deux mois, tu étais déjà bien différent du petit Gallois arrivé quelques semaines plus tôt. Et à chaque fois que tu revenais, que je te revoyais, je te trouvais changé. En mieux. Alors, quand je suis revenu ici, pour la première tâche, J. m'a dit de foncer.

- J. t'as… J. est au courant ? s'exclama Harold.

- Comme la plupart des dresseurs de la Réserve. Je n'ai jamais été très doué pour cacher mes sentiments. Il s'est d'ailleurs bien amusé à nous mettre dans la même chambre, l'été dernier. Donc, quand nous sommes revenus ici, j'ai décidé d'essayer de te séduire. Mais tu n'es pas facile. Ou je ne suis pas doué. Sûrement un peu des deux. Alors maintenant j'aimerai savoir ce que toi tu veux réellement. »

Harold, toujours estomaqué devant ces révélations, se retint de dire à Charlie qu'il n'avait aucunement besoin de le séduire. Bon sang, si le roux s'était contenté de lui dire ça il y a quelques mois, Harold n'aurait pas pris une seconde de réflexion.

Sans vraiment s'en rendre compte, le Gallois quitta sa chaise, contourna la table et se retrouva face à Charlie. Qui le regardait, une légère appréhension dans les yeux. Puis, doucement, le brun se baissa et déposa un léger baiser sur les lèvres du plus vieux (4). Sans s'enfuir, cette fois.

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Quand les hiboux entrèrent dans la Grande Salle, Raiponce déposa la tasse de thé noir qu'elle était occupée à siroter entre deux morceaux de pain grillé et tendit le bras. Rapidement, une petite chouette chevêche descendit en piqué et vint s'y poser. Gratifiant l'oiseau d'un bout de lard, elle entreprit de défaire de sa main libre le lacet qui retenait le journal à la patte du volatile.

La chouette repartie, elle reprit sa tasse, tout en parcourant le journal. Son petit rituel, c'était de ne jamais commencer par la Une. Elle lisait les petits trucs. Les potins. Les offres pour divers objets à vendre. Et même la rubrique nécrologique, parce que c'était toujours utile de savoir qui avait passé l'arme à gauche (5). Puis, une fois cela fait, elle retournait à la première page et lisait les articles plus importants.

C'est donc après avoir appris la mort de Mrs. Helena Rinhound, une veuve centenaire, mariée pas moins de sept fois, que Raiponce se retrouva face à une Une qui manqua de la faire exploser de rire. Qui diable avait bien eu l'idée d'écrire qu'Hermione Granger était une sirène qui mangeait à plusieurs râteliers, cherchant l'amant le plus riche et célèbre ?

Ah. Rita Skeeter. Evidemment. Elle ne savait pas ce que la jeune Gryffondor avait bien pu faire à la journaliste, mais Raiponce espérait pour elle que la plus âgée trouverait vite une autre victime. Skeeter était connue pour pouvoir vous couler votre réputation en quelques articles. Elle avait le don de tourner les histoires banales en suite d'anecdotes sordides. De plus, elle publiait dans la Gazette du Sorcier, qui était le quotidien le plus lu du monde magique anglais. Granger allait être affichée dans les trois-quarts des chaumières magique du Royaume-Uni.

Il était tout de même désespérant, se dit la Serdaigle, de constater que la Une du journal le plus vendu se concentrait sur une histoire de mœurs adolescente. Ne se passait-il donc rien dans le Monde Sorcier ? Le Conseil des Mages allait bientôt élire le nouveau Ministre de la Magie. Même si il était quasi-certain que Fudge allait être réélu, il aurait été intéressant de faire un article dessus.

Soupirant, elle referma le journal, qu'elle déposa sur la table pour le suivant qui le voudrait. A cinq mornilles pièce, autant le laisser en libre-service. Ramassant son sac, elle prit la direction du parc. Aujourd'hui avait lieu une nouvelle sortie à Pré-au-Lard. Elle devait retrouver Mérida aux calèches dans dix minutes. A la base, elle avait prévu d'y aller avec Alexandre, mais ils avaient, d'un commun accord, mis un terme à leur relation il y a deux jours. Les amours de vacances n'étaient pas faits pour durer ou pour reprendre. Elle avait cru pouvoir faire tenir leur couple, mais s'était se battre contre des moulins.(6) Mieux valait se quitter en bon termes que de s'aigrir de la présence de l'autre.

Grimpant dans la calèche, elle sortit un livre de son sac, un roman policier moldu qu'elle avait trouvé la dernière fois qu'elle s'était rendue au village sorcier. Mérida ne serait probablement pas à l'heure, alors autant se mettre à l'aise. Elle avait bien proposé à Harold et Jack de venir, histoire de se refaire une sortie à quatre, mais le Serpentard avait promis à Alice d'aller avec elle et le Gallois devait apparemment s'occuper du dragon avec Charlie. Il y passait d'ailleurs de plus en plus de temps. Ce qui avait étonné Raiponce, qui avait appris en SACM que les dragons s'en sortaient très bien tout seuls la majeure partie du temps. Mais bon, c'étaient eux les dresseurs. Peut-être le Suédois était un dragon particulièrement dépendant.

Comme attendu, Mérida arriva à la dernière minute. Essoufflée et rouge.

« - Désolé, je ne me suis pas réveillée.

- Comme d'habitude. »

Elle tendit le petit baluchon qu'elle avait préparé à son amie, un sac contenant deux pommes et un sandwich.

« - Merci ! s'exclama Mérida, croquant dans la pomme. Je croyais avoir le temps de passer prendre quelque chose, mais je me suis retrouvée bloquée dans la foule.

- Parle pas la bouche pleine, tu vas mettre des postillons de pomme partout.

- Oups, désolée, répondit la rousse, apparemment aucunement désolée. Tu as besoin d'aller quelque part en particulier, aujourd'hui ?

- Juste racheter de l'encre chez Scribenpen. Et peut-être passer voir chez le libraire s'ils ont la suite de ce livre. Et toi ?

- Juste chez l'apothicaire. J'ai besoin de plumes de roc.

- Des plumes de roc ? Qu'est-ce que tu veux en faire ?

- Moi, rien, mais les jumeaux en veulent. Et comme ils sont interdits de sorties au village depuis qu'ils ont fait exploser Derviche&Bang, c'est moi qui fait les courses. Dans certains cas, ça me permet de ne pas payer quand j'ai besoin de quelque chose et si ce n'est pas le cas, j'accumule les services rendus. »

Raiponce hocha la tête, comprenant le raisonnement. Il n'était pas bon avoir des dettes envers les jumeaux Weasley et ils étaient de bons atouts à avoir dans la manche. Arrivée au village, les deux filles descendirent de la calèche. Heureusement qu'il y avait plusieurs départs de calèche. Près de cent-cinquante étudiants qui déferlaient sur le tranquille petit bourg, ce serait un carnage. Sans compter la quarantaine d'élèves étrangers qui s'était ajoutée cette année.

Comme il n'était que neuf heures et demi, Raiponce avait donc tout le loisir d'observer les élèves qui avaient fait le voyage en même temps qu'elle. Elle identifiait quelques têtes connues, ainsi qu'une grande majorité d'élèves de Durmstrang. Et du coin de l'œil, elle crut même apercevoir un duo qui ressemblait étrangement à Harold et Charlie, à savoir un brun assez fluet et un roux assez costaud. Mais les deux étant en train de prendre soin d'un dragon, c'était impossible qu'ils soient là.

La journée s'annonçait ensoleillée, elle était célibataire depuis une semaine, ce qui était à la fois un peu déprimant et libérateur, et sa meilleure amie semblait d'une humeur radieuse. Bref, ça allait être une bonne journée.

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Jack ne savait pas où se mettre. Ni quoi faire exactement. Avec Andréa, c'était relativement simple, elle s'occupait de tout. Prévoir les rendez-vous, les moments à deux… Elle faisait même la conversation toute seule.

Avec Alice, c'était une autre paire de manche. Oh, bien sûr, elle parlait, mais elle était beaucoup plus avare de parole qu'Andréa. Le pire était sans conteste quand elle l'écoutait en souriant. Jack avait toujours vécu avec des femmes ayant beaucoup de choses à dire. Sa mère, sa sœur, puis Raiponce et Mérida. Alors se retrouver avec quelqu'un qui désirait autant l'écouter qu'être écouter, c'était perturbant. Très perturbant. D'autant plus que ce sourire dévoilait de petites rides d'expressions au coin des yeux.

Bref, il était au Trois Balais et ne savait pas quoi dire. Il se concentrait donc sur sa choppe de Bièraubeurre en espérant que le silence gênant ne s'éterniserait pas. Heureusement pour lui, Alice sembla avoir pitié.

« - J'ai été très impressionnée par ta performance durant la Seconde Tâche. Comme beaucoup de mes camarades. On ne s'attendait pas à voir un Champion utiliser une potion. D'après Mme Maxime, elle est très compliquée. »

Ah. Potion et Tournoi. Ça, il pouvait gérer.

- Merci. Mes amis m'ont aidé à la réaliser. Le tout, c'est d'être précis. Quand on a les bons ingrédients et le bon matériel, suffit d'être rigoureux et de suivre la recette. La plupart des gens ne comprennent pas ça et se sentent obligés d'innover alors que les techniques de base sont ce qu'il y a de plus importants.

- Dévier de la recette peut parfois donner des résultats intéressants.

- Quand on fait de la recherche, oui. Quand on a besoin d'une potion, c'est plus risqué qu'autre chose. On pense toujours savoir comment vont réagir les ingrédients, mais il suffit de peu, qu'un soit un peu moins frais, qu'il fasse plus froid, que la découpe soit moins fine… Pleins de raisons pour lesquelles une potion peu se transformer en produit dangereux. Et… »

Se rendant compte qu'il s'emportait, Jack se tut, rougissant. Quand on parlait de potion, il perdait vite sa retenue.

« - Désolé, je dois te paraître ennuyeux à parler de potion.

- Non, non, c'était intéressant. »

Jack levant un sourcil, légèrement surpris. Était-elle sincère ? Difficile à dire. Pour ce qu'il connaissait d'elle, elle n'avait pas l'habitude de mentir pour lui faire plaisir. Comme la fois où il avait tenté de s'habiller un poil mieux un weekend et que la première chose qu'elle lui avait dit en le voyant c'était que son vieux pull bleu délavé lui allait mieux. Elle était d'une honnêteté qui frisait parfois l'impolitesse. De ce côté-là, elle lui rappelait un peu Mérida, mais en moins garçonne. Heureusement, c'était la seule chose chez elle qui rappelait la rousse à Jack. Mérida était une excellente amie, mais ils n'étaient absolument pas faits pour aller ensemble.

« - Ça te dirait qu'on aille faire un tour ? proposa soudainement la jeune fille. On m'a dit que Derviche&Bang valait le coup d'œil, mais j'ai passé tellement de temps chez Honeyduke les fois précédentes que je n'ai jamais le temps d'y aller. Il faudrait aussi que je passe chez le libraire, mais si tu n'as pas le temps…

- Non, c'est très bien. Je devais aussi passer chez Derviche&Bang. Les Jumeaux ont besoin d'un peu de matériel.(7) »

Avalant le fond de son verre, Jack se leva, tendant la main à sa compagne.

Le passage au bazar de Pré-au-Lard fut relativement rapide. Jack acheta la brosse exfoliante magique dont les Jumeaux avaient besoin(8) et Alice, après un tour, craqua pour un collier en forme de fer à cheval auquel était associé un sortilège d'esprit calme. Quand Jack s'étonna de cet achat, elle lui donna un sourire doux, avant de répondre.

« - Je perds parfois le contrôle. Petite, j'avais de grosses crises de colère. J'ai appris à garder mon calme, mais parfois ça ressort. Je cherchais un collier comme celui-là depuis longtemps, mais les objets enchantés sont rares en France, on préfère ensorceler les lieux. Ma maison l'est. Mais pour les objets, c'est compliqué, alors je profite d'être en Angleterre. Vous êtes vraiment bons pour ça.

- Vraiment ? Je ne savais même pas qu'on était spécialisés là-dedans.

- La plupart des pays en ont une. Au niveau des écoles, mais aussi au niveau de la formation. Les pays de l'est sont plus portés sur les créatures magiques, par exemples.

- Comme la Réserves de Roumanie ?

- Exactement. C'est pour ça que pas mal d'élèves bougent après leur scolarité classique. Par exemple, les meilleurs potionnistes sont allemands. »

Jack hocha la tête. Il en avait déjà parlé avec Snape. S'il voulait réellement exceller dans le domaine des potions, il devrait faire un apprentissage chez un maître allemand. Mais il ne s'était jamais demandé pourquoi ce pays. Si l'Histoire de la Magie leur apprenait ça, plutôt que les sempiternelles guerres de gobelins, peut-être aurait-il la force de ne pas s'endormir en cours.

Quelques minutes plus tard, ils se retrouvaient à la librairie. Pendant qu'Alice discutait avec le vendeur afin de savoir s'il avait ou non en stock le livre dont elle avait besoin, Jack flânait entre les rayons. Il n'était pas porté lecture mais sa mère lui disait toujours que tant qu'à être dans une librairie, autant regarder, parce qu'on ne savait jamais sur quoi on pouvait tomber. Et elle ne savait pas à quel point elle avait raison.

« Les Voies Telluriques : comprendre la magie des Anciens »

Le livre avait l'air vieux. Ce qui était logique, étant donné qu'il était dans la zone « Seconde main ». Mais celui-là était tellement abîmé qu'il semblait plus être de quinzième ou seizième main. Mais plus incroyable que son état, c'était le sujet dont il traitait. « Voie Tellurique » était un des noms que l'on donnait au Leys. D'après ce qu'il en savait, les livres sur le sujet se comptaient sur les doigts d'une main. D'une part parce que c'était un genre de magie assez obscur et d'autre part parce que de nombreux ouvrages avaient été détruits, jugés « trop dangereux ».

Sans hésiter, Jack saisit le livre et passa rapidement à la caisse. Il allait avoir de la lecture pour ce soir.

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Le vent ébouriffait ses plumes. Mon dieu, si elle n'avait pas eu ça, elle aurait probablement tourné folle depuis longtemps. Enfin, plus folle qu'une fille qui a des visions incontrôlables, entendons-nous. Ce qui plaçait déjà la barre assez haut. Bref.

Profitant d'un courant d'air ascendant, elle monta encore plus haut. Le soleil descendait doucement derrière la Forêt Interdite. La lumière tamisée du couchant donnait à cette zone si dangereuse une allure irréelle, les pins s'illuminant de tendres couleurs chaudes. Cela faisait longtemps qu'elle n'y avait plus mis les pieds. Elle proposerait bien à Harold d'aller y faire un tour dans la semaine. Ni elle ni lui n'avait réellement eu le temps de se consacrer à cela, cette année, alors qu'ils se l'étaient promis durant les vacances. Mais beaucoup de choses avaient chamboulé leurs plans. Ils avaient à peine le temps de se voir, entre l'aide qu'ils apportaient à Jack, les cours, le travail du Gallois avec Charlie, ses propres leçons avec Maugrey… Même les sorties Pré-au-Lard, comme celle de la semaine dernière, n'étaient plus une occasion pour se retrouver, tellement ils avaient à faire. C'était terrible de grandir.

Penchant son corps, elle vira de bord, descendant vers les serres de botanique. Elle commençait à se fatiguer après un si long vol. La roseraie, souvent vide à cette heure-ci, ferait un parfait lieu de repos. Et même si quelqu'un la voyait, les Augurey n'étaient pas rares dans la région. Dun mouvement gracieux que l'on n'aurait pas soupçonné un oiseau pareil de savoir faire, elle se posa près de la fontaine qui trônait au cœur du jardin de rose.

La pièce d'eau représentait Pyrame et Thisbé, deux amants malheureux qui, par une suite de hasards, avaient tous deux trouvé la mort.(9) Mais ce n'était pas tant pour les amants, qui laissaient la jeune fille indifférent, que pour l'eau de la fontaine, qui étaient suffisamment propre pour qu'elle s'y désaltère après un aussi long vol. Elle ne l'aurait pas fait en tant qu'humaine, mais la forme d'oiseau lui enlevait pas mal de barrières.

Plongeant son bec dans l'eau, elle but de longues gorgées.

« Pourquoi m'a-t-elle quittée ? »

Quoi ?

« Je voudrais juste qu'ils m'acceptent comme je suis. »

Oh non, non, pas maintenant.

« Tous des connards. »

Elle sentait la colère monter en elle. La tristesse. L'incompréhension. La solitude. Une avalanche de sentiments qui ne lui appartenaient pas. Qui appartenaient à des élèves qui étaient venus épancher leur cœur dans cette fontaine ou qui viendraient le faire. La frontière entre passé et futur devenait vite floue. Mais ce n'était pas le plus urgent.

Non, le plus urgent, c'était que l'augurey paniquait. Et qu'elle venait de perdre le contrôle. Dans une suite de mouvements désordonnés, l'oiseau s'envola à tire-d'aile loin de tous ces sentiments. Le problème, c'est qu'une fois qu'une crise de vision avait commencé, tout pouvait en provoquer une nouvelle. En survolant le parc, elle le vit soudain rougi de sang puis la seconde d'après rempli d'élèves profitant du soleil de midi. Elle vit la forêt brûler et des monstres en sortir. C'est dans cet état de confusion intense, tentant de surmonter les visions et de récupérer le contrôle d'un animagus qui entendait bien le garder, qu'elle percuta un mur.

Et en une seconde, le monde devint noir.

Quand elle revint à elle, Mérida était confortablement installée. Et, vu le cri pitoyable qu'elle poussa quand elle tenta de parler, toujours un oiseau. Mais le sentiment d'être couverte de plume était déjà un sacré indice, même sans ça.

« - Te voilà de retour parmi nous, mon beau. Tu t'es pris un sacré choc. »

Elle connaissait cette voix.

« - J'ai cru que t'allais rester sonné plus longtemps, d'ailleurs. T'as fait une de ces marques dans ma porte. »

Un coup d'œil, bien qu'elle dû batailler quelques secondes pour parvenir à lever la tête, lui confirma ses doutes. Elle était tombée chez Charlie. Coup de pot. Non seulement c'était un des meilleurs pour la remettre rapidement en forme, mais cela voulait aussi dire qu'Harold allait sans doute passer d'ici peu. Il la reconnaîtrait et l'aiderait à s'échapper efficacement. En attendant, rien ne l'empêchait de profiter de la chaleur et du confort de ce tas de couverture.

Ecoutant Charlie babiller, parlait-il toujours autant ?, elle laissa son regard parcourir la chaumière. Elle avait déjà rendu visite à son cousin, mais elle n'avait jamais prêté attention au lieu où il vivait. C'était pas bien grand, une pièce principale qui faisait office de salon-cuisine-salle à manger, une autre plus petite avec chambre et salle de bain.

Avec douceur, l'homme, qui s'était approché quand Mérida observait les lieux, posa sa main sur sa tête. Quand il constata que l'oiseau n'était plus trop nerveux, il attrapa le bec et y glissa une potion au gout infect, mais qui eut pour effet de faire disparaitre les maux de crâne de la jeune fille. Cette dernière hésita un instant à se retransformer devant son cousin, mais c'était risqué. Elle n'était pas en possession de tous ses moyens, elle venait d'avaler un médicament qui, de base, était destiné à des animaux et Charlie n'était pas le plus doué de la famille en métamorphose. Mieux valait attendre de pouvoir partir tranquillement et de trouver Raiponce.

Elle s'apprêtait à se rendormir, quand la porte s'ouvrit, révélant Harold.

« - Alors, qu'as-tu trouvé de si extraordinaire ? », demanda ce dernier en… déposant un baiser sur les lèvres de Charlie ?

Mérida essayait de tout replacer dans l'ordre. Harold venait d'embrasser Charlie. Qui n'avait pas protesté et qui avait même approfondi le baiser. Et il tenait actuellement la main du Gallois. Cela voulait dire que…

« - Tu vas voir, répondit le roux en souriant. Il s'est cogné contre ma porte. »

Quand Harold se retrouva face à un Augurey bien connu qui pratiquait la variante aviaire de la mâchoire décrochée, il sut qu'il allait devoir donner quelques explications.

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(1) Insérez hurlement d'Emmawh ici : « ENFIN ! ! ! ! ! ! ! ! »

(2) Les produits pour tanner et entretenir le cuir, ça pue. Horriblement. On utilise notamment de l'amoniaque. Qui est un produit présent dans l'urine (et qui lui donne en partie son odeur). On a d'ailleurs utilisé l'urine chez les tanneurs très longtemps (et on l'utilise encore dans certains pays). Voilà, c'était la minute science et tue-l'amour.

(3) Oui parce que selon JK Rowling, les Sorciers sont très tolérants vis-à-vis de la couleur de peau et de la sexualité. Moi je pointe plutôt la flemme de développer cet aspect de la société. Parce que quand on est assez con pour faire de la ségrégation sur le principe du sang, on s'arrête pas en si bon chemin.

(4) Bon, pas de gros baisers baveux. Mais je suis pas fan des combats de langue (et vous n'avez pas idée du nombre de microbes qui vous échangez avec votre partenaire quand votre salive joue aux vases communicants).

(5) Expression que j'adore (juste derrière « Manger les pissenlits par la racine », pour ce qui est des expressions morbides), mais très dure à placer en temps ordinaires.

(6) Les sorciers lisent-ils Don Quichotte ?

(7) Multiplier les agents de liaison et éviter d'utiliser des moyens de transports facilement retournables comme les hiboux. C'est à ça qu'on reconnaît les vrais génies du mal.

(8) Mieux vaut ne pas savoir pourquoi ils en ont besoin.

(9) Pour faire court : Thisbé attends Pyrame dans un coin reculé, car leurs parents reprouvent leur amour. Un lion à la gueule ensanglantée apparaît et attrape le châle de Thisbé qui parvient à s'enfuir. Découvrant le voile sanglant et déchiré en arrivant, Pyrame pense sa bien-aimée morte et se suicide. Thisbé, revenant sur ses pas pour retrouver son homme, le découvre mort et se donne elle-aussi la mort. Joie, bonheur et licornes.

Je sais, c'est moche de vous laisser sur une fin pareille ^^

Sinon, j'ai fait mon décompte et il reste environ quatre à cinq chapitres. Tout dépend de comment je gère le final de la 3e tâche, ce qui va être complexe étant donné qu'il n'y a qu'un seul des quatre qui y assiste en direct. Bref, je sens que je vais me filer des maux de tête ^^

A dans deux semaines !