Les Années Sombres
Disclaimer : Voir prologue
Résumé : UA Big Four Poudlard. Le Projet A a pris fin. Pourtant, ce n'est que le début de nouvelles aventures. Et tandis qu'Harold, Mérida, Raiponce et Jack reviennent à Poudlard pour leur sixième année, de sombres nuages s'amoncellent à l'horizon.
Note 1 : Aux petits nouveaux. Ceci est la suite directe d'une fic nommée « Le Projet A » que vous trouverez sur mon profil. Vous risquez fort de ne pas comprendre grand-chose si vous ne la lisez pas avant.
Note 2 : Cela risque d'être un peu moins rose que dans les films et beaucoup moins que dans Le Projet A, qui était au rating T. Ne vous attendez pas à des effusions de sang et à des morts toutes les deux lignes comme dans Games of Thrones, mais le M n'est pas là pour faire joli. Cela signifie que techniquement, vous devez avoir plus de 16 ans pour lire la fic. (Techniquement. Je ne suis pas naïf, j'ai été jeune avant vous.)
Un grand GRAND merci à Emmawh qui prend de son temps pour corriger mes fautes (n'oubliez pas non plus qu'on est humains, donc parfois, il en reste ^^)
Merci à Emmawh pour sa correction !
Merci à LittleShine, Isis Nephtys, Lyna97, Paquerette-san, son.y, mcarno et Un Fan de Retour pour leur review ! (j'ai normalement répondu à tout le monde :) )
LittleShine : Hello ! Merci pour ta review ! Oui, je suis de retour et (plus ou moins ^^) régulier. Je suis content que ça continue à te plaire !
Bonne lecture !
Lyna97 : Hello ! Merci pour ta review ! Ahah, faire du teasing est ce que je préfère ^^ J'ai effectivement fort appuyé sur la disparition de Raiponce, maintenant vu que son pdv se termine sur « tout devint noir », on se doute qu'elle a pas juste fait une syncope ^^ Et Mérida et Raiponce sont définitivement best bro' ^^
Bonne lecture !
Son.y : Hello ! Merci pour ta review ! Content que ça t'ait plu. Et bien vu, Mérida est effectivement déjà au courant (rappel de la mythique scène de la porte) mais j'avais oublié ce fait. C'est ça de ne pas écrire pendant des mois ^^
Bonne lecture !
Un Fan de Retour : Hello ! Merci pour ta review ! J'ai enfin retrouvé du temps pour écrire (enfin, faut le dire vite, je suis tout le temps à la bourre pour poster ^^). La Voix ne va pas se contenter d'être passive, non, on s'en doute. Reste à voir ce qu'elle va faire. Pour le moment, elle est bloquée, car se force dépend de la quantité de magie sauvage qu'emmagasine Jack et là, il est à sec après le deus ex machina de la troisième tâche. Pour Charlie et sa peur du coming out, c'est expliqué dans un chapitre, je ne sais plus lequel. En fait, au début, il avait peur de la réaction de sa famille et des conséquences sur ses frères et sœurs (il était encore à Poudlard). Et une fois que tu as commencé à mentir, c'est dur de s'arrêter.
Bonne lecture !
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Chapitre 25 : Juillet
Le vent salé du large charriait les odeurs propres à l'infâme mer de Beurk. Un mélange de poissons, d'algues en décomposition et de souffre dû à la forte présence des dragons. De temps à autre, la vapeur brûlante soufflée par un ébouillantueur jaillissait d'entre les vagues, telle l'eau s'échappant de l'évent d'une monstrueuse baleine.
Au loin, des terreurs terribles chassent des mouettes dans le ciel crépusculaire. C'est un spectacle relativement rare, car les volatiles avaient appris, au fil des générations, à ne pas s'approcher de ces côtes. Les mouettes idiotes ne survivent pas bien longtemps, dans ce ciel qu'elles devaient partager avec des reptiles magiques volants.
Assis sur la plage, Harold profitait du spectacle. Ces dernières années, son passage à Beurk était tellement rapide qu'il n'avait jamais pris le temps de simplement se poser quelque part et respirer à pleins poumons (1). C'était idiot, quand on y pensait. Il avait passé tellement de temps à vouloir fuir loin de ce village, loin du poids des traditions, et le voilà maintenant nostalgique. Définitivement idiot. Mais Harold n'avait jamais prétendu être quelqu'un d'intelligent. Enfin, si, il était intelligent. Disons plutôt qu'il n'était pas une personne censée. Après tout, il avait appris la transformation animagus en se basant sur un tas de parchemins écrits par dieu sait qui et avait rejoint un groupe de rebelles. Oh, et il avait pris la décision, en trouvant un œuf de dragon, d'en prendre soin et d'élever le Furie Nocturne qui en était sorti.
En parlant du loup… Krokmou, comme toujours transformé en chat maintenant que l'école était finie, était en train de revenir vers son maître, la queue fièrement dressée. Arrivé aux pieds du jeune homme, il déposa un crabe bien malmené, fruit de sa trépidante expédition de chasse. Lui aussi semblait particulièrement aimer retrouver le petit village gallois, pour une raison quelque peu obscure. Après, c'était certain, on trouvait beaucoup moins de poisson frais au cœur de la Roumanie. Dieu quelle ironie. Un dragon qui se sentait bien dans le village où les hommes en tuaient des dizaines chaque année.
Gratouillant le félin pour le féliciter de sa prise, Harold n'entendit pas qu'on s'approchait de lui.
« - Ah, te voilà ! Je t'ai cherché partout ! »
Sursautant, ce qui fit tomber Krok' des genoux où il s'était installé, Harold tourna la tête vers Astrid.
« - Oh. Salut.
- Ouais, « salut ». Tu étais censé me retrouver à l'orée du bois il y a une demi-heure ! »
Une demi-heure ? Cela voulait dire qu'il était resté assis là pendant près de deux heures ? Il… N'avait pas vu le temps passer. Aussi bizarre que cela puisse paraître, il avait perdu la notion du temps en admirant l'étrange bouillabaisse géante que formait la mer de Beurk. Ces absences lui arrivaient de plus en plus souvent. Il se perdait dans la contemplation de la nature et le temps filait soudainement à une vitesse monstrueuse. Il s'était déjà demandé si c'était le sang de Dryade qui faisait cela. Après tout, les dryades étaient des arbres. Peut-être qu'elle avait une perception du temps différente ? Avec une vie potentielle de plusieurs centaines d'années, voire des milliers, leurs secondes étaient-elles les heures, les jours, ou mêmes les semaines des humains ? Le monde changeait-il de visage le temps qu'elles clignent de l'œil ? S'il n'avait pas été en si mauvais termes avec Brunehilde, Harold se serait peut-être risqué à lui poser la question. Bref.(2)
« - Désolé. Je… Je n'ai pas fait attention. »
Replaçant une mèche blonde derrière son oreille, Astrid soupira, rappela férocement à Harold Raiponce quand Mérida, Jack ou lui-même avaient encore fait une bêtise, avant de se laisser tomber sur le sable à côté de lui.
« - Pas grave. De toute façon, je me sentais pas d'attaque pour faire de la magie aujourd'hui.
- Dur entrainement ?
- Ouaip.
- Je compatis. »
Consciente qu'Harold n'approuvait pas du tout l'entrainement des Chasseurs de Dragons, Astrid avait vite appris à ne pas épiloguer sur pourquoi l'entrainement avait été dur ou ce qu'elle y avait appris. Elle n'était peut-être pas la personne la plus sensible du coin, mais elle n'en était pas pour autant idiote.
« - Dis… Pourquoi tu es revenu ici, cette année ?
- Je te l'ai déjà dit. Tous les dragonniers doivent faire un stage au Département de Régulation des Créatures Magiques. D'habitude, ça se fait pendant la première année de travail, mais pour éviter ça, le directeur de la Réserve m'a conseillé de le faire tout de suite.
- Je sais. Mais pourquoi être revenu à Beurk ? Tu n'as jamais aimé être ici. Et je sais que tu as des amis à Poudlard. Pourquoi ne pas être allé chez eux ?
- J'aime Beurk. En gros. Je n'aime pas la Chasse. Je n'aime pas Spitelout, Rustik et tout ceux-là. Mais j'aime Beurk. C'est chez moi. Il n'y a aucun lieu semblable à son chez soi (3). Et… J'aimerai essayer d'arranger les choses avec mon père. J'ai l'impression… J'ai l'impression que de mauvaises choses vont se passer. Et je ne voudrais pas le quitter sur cet espèce de malaise constant qu'il y a entre nous.
- Tu sais qu'il t'aime, hein ? »
Harold ne trouva rien à répondre. Au fond de lui, il le savait, oui. Mais une partie de sa conscience soulignait toutes les déceptions qu'il avait infligé à son père et mettait en avant leur relation qui s'était dégradée d'année en année. C'était triste à dire, mais Stoick Haddock, à l'heure actuelle, ne connaissait plus son fils. Il ne savait pas qu'il était animagus. Que Krokmou n'était pas vraiment un chat. Qu'il ne comptait pas reprendre le poste de chef du village après ses études ou même simplement revenir à Beurk. Qu'il avait intégré l'Ordre du Phénix. Ou même qu'il sortait avec quelqu'un. Avec un autre homme.
Non, définitivement, leur relation n'était pas… « familiale ». Et le pire dans tout ça, c'est qu'Harold n'avait pas la moindre idée de quoi faire pour arranger cela.
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Des dossiers pleins les bras, Mérida traversait le Ministère d'un pas rapide. Dieu merci, les Aurors étaient exceptés du dress-code « robe correcte et talons » qui semblait être la norme pour les femmes. Mérida n'aurait probablement pas survécu deux pas perchés sur des talons, même avec les heures d'entrainement à la « marche de dame » que sa mère lui avait fait subir.
Non, pour les Aurors, hommes comme femmes, les habits étaient confortables et pratiques. Vêtements de style moldu, avec une robe de sorcier ouverte par-dessus, parce que les vieux barbons du ministère auraient probablement été outrés de voir un sorcier habillé comme un moldu dans le sacro-saint du monde magique sans un vêtement plus typique. Idiots qu'ils étaient, parce que son pantalon léger et son t-shirt étaient mille fois plus confortables qu'une robe.
Bref, tout cela pour dire que Mérida pouvait pratiquer la marche rapide tout à son aise au travers des couloirs, transportant les dossiers sur lesquels travaillaient Tonks, sa maître de stage. Et les Aurors avec des stagiaires étant habituellement cantonnés à des affaires « faciles », la rousse se retrouvait donc à faire le passe-passe entre le bureau de la Métamorphomage et le bureau de la police magique, qui lui refilait les cas ne relevant, contrairement à ce qu'on avait pu penser au début, de leur ressort. C'est-à-dire, pour faire court, tous les vols et agressions mineurs où on avait découvert des traces d'usage de la magie noire, domaine réservé des Aurors.
Bien sûr, Mérida n'envisageait pas d'entrer chez les Aurors. Non, elle, elle voulait faire partie des Mages de Guerre. Des sorciers spécialisés dans le combat, qui étaient employés par le Ministère, mais aussi par la Confédération Internationale des Mages et Sorciers(4) lors de conflits internationaux. Mais comme les Mages de Guerre n'acceptaient jamais de stagiaires, leur métier étant beaucoup trop dangereux pour des gens non-formés, c'était au bureau des Aurors que Mérida avait postulé. D'ailleurs, si la jeune fille persévérait dans cette voie, elle devrait d'abord entrer chez les chasseurs de mages noirs et faire trois ans de service sans taches, ce qui promettait d'être compliqué vu sa tendance à être tête brûlée, chose pas forcément bien vue dans le métier, avant de pouvoir faire sa demande d'entrée.
Son stage n'en était pas pour autant sans intérêt. Mérida, bien que piètre investigatrice, appréciait apprendre les techniques des Aurors, que ce soit pour les filatures ou le combat. Tonks était d'ailleurs une excellente enseignante, du moins pour le combat, car elle était incapable d'apprendre à quiconque les techniques propres aux Métamorphomages qu'elle utilisait pour tout ce qui relevait de la discrétion et du transformisme.
Et entre deux leçons, Mérida faisait donc des allers-retours pour récupérer ces fameux dossiers.
Mais ces multiples voyages n'avaient pas que ce but. Sur ordre de Dumbledore, Mérida en profitait aussi, à l'instar d'Harold qui travaillait à l'étage au-dessus, pour laisser trainer ses oreilles. Si le Seigneur des Ténèbres prenait grand soin de ne pas révéler son retour, ses sbires n'étaient pas aussi prudents et il arrivait que ceux présents au Ministères, tels Lucius Malfoy ou encore Rockwood, aient des discussions de couloir. Mais les espions de Dumbledore ne surveillaient pas que ces personnes-là. Ils se concentraient aussi les pontes du Ministère, pour éviter les mauvaises surprises de Fudge, qui semblait avoir une dent contre Dumbledore depuis leur dispute de juin, ou même sur les petites gens, qui avait toujours de bons ragots à raconter.
D'ailleurs, en parlant de ragots…
« - Tu as entendu ce que le Ministre a décidé pour Poudlard ? demanda Alberta Snul, secrétaire du département de la Justice et commère notoire, à son amie Elise Jolik, autre commère tout aussi connue.
- Tu parles de Dolorès Ombrage ?
- Ouiiii. Apparemment, il a décidé d'appliquer un tout nouveau décret qui autorise le ministère à choisir un Professeur si le Directeur en est incapable et il va nommer Ombrage comme Professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Je plaindrais presque le vieil homme de se retrouver avec un poison pareil sur les bras.
- Dumbledore n'a trouvé personne ?
- Non. Mais vu ce qui est arrivé aux derniers, pas étonnant que ça ne se bouscule pas au portillon.
- On n'est qu'en juillet, souligna alors Elise. Il a encore le temps.
- Fudge ne compte pas lui laisser ! Il va essayer d'imposer Dolorès dès maintenant ! »
Décidant qu'elle en avait assez entendu, Mérida sortit du recoin où elle s'était réfugiée pour écouter tranquillement pour écouter, continuant son chemin et passant le plus naturellement du monde devant les deux sorcières. Dolorès Ombrage. Elle allait devoir prévenir Dumbledore au soir, même si il était certainement déjà au courant.
Mérida ne connaissait pas très bien Dolorès Ombrage. Elle était sous-secrétaire d'état, dieu sait ce que cela voulait dire et quelles fonctions elle exerçait donc, et ne s'occupait donc pas des stagiaires. A vrai dire, la rousse était même sûre de ne l'avoir jamais vu près du quartier des Aurors ou du département de la police magique.
Pourtant, la femme était dure à manquer. Courte sur pattes, elle s'habillait constamment en nuance de rose, avec une préférence pour un immonde rose bonbon qui piquait les yeux. Criarde, elle avait une voix suraigüe ce qui, couplée à sa manie d'être persuadée d'avoir toujours raison et de savoir mieux que les autres ce qu'il fallait faire, la rendait pratiquement insupportable une fois qu'elle ouvrait la bouche, si la vue n'avait pas déjà fait une bonne partie du travail. Les rumeurs voulaient qu'elle n'avait jamais obtenu un poste plus élevé que sous-secrétaire parce que cela signifierai devoir lui assigner des assistants et personne ne voulait obliger quelqu'un à travailler toute la journée sous les ordres de Dolorès Ombrage.
Et on allait l'imposer à toute une génération de jeunes sorciers. On allait l'imposer à des petits premières qui ne connaissaient rien du monde magique.
Si ce projet aboutissait, l'année promettait d'être folklorique.(5)
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« - Regarde, comme ça. Tu pars du cœur vers ta main, expliqua Jack.
- Pourquoi le cœur ?
- Parce que c'est de là que viennent les sentiments.
- La maîtresse, elle a dit que les sentiments venaient du cerveau et que l'histoire du cœur, c'était que des vieilles croyances. »
Jack soupira. Que Mrs Robinson soit maudite, elle et ses leçons de sciences.
« - Mrs Robinson a raison. Mais en magie, ce n'est pas la science qui compte mais ce qu'on croit. Et de manière générale, les gens croient que les sentiments viennent du cœur. Comme la magie Frost est un peu plus sauvage que la magie sorcière, elle se base sur ces sentiments. Tu comprends ? »
L'air un peu perplexe, Emma hocha toutefois la tête.
« - Bien. Maintenant, concentre-toi. Respire profondément et essaie de trouver tes canaux de magie. Tu te souviens ? On l'a fait la dernière fois. Partir du bout de ton index…
- Et remonter le courant comme un saumon !
- Voilà, c'est ça. »
Essayant d'ignorer le ricanement moqueur de son oncle, qui avait eu une manière beaucoup moins poétique d'apprendre à Jack la magie Frost, à savoir sur base de schémas, le jeune homme offrit un sourire à sa sœur, qui fronçait ses petits sourcils, toute concentrée.
C'était la tradition pour l'apprentissage de la magie, dans le Clan. Les parents apprenaient à leur aîné et celui-ci apprenait à leur tour à leurs cadets. Le père de Jack étant mort et ses deux autres parents incapables de pratiquer la magie du Clan, c'était Edward qui s'était chargé de lui apprendre. Veilleuse, le second, avait été la première expérience de Jack en tant qu'enseignant, bien que cela se soit fait en duo avec l'oncle des garçons. Et maintenant, Emma, enfin en âge, était devenue l'élève du Serpentard.
Une élève difficile, d'ailleurs. Contestataire, curieuse, expérimentant sans cesse. Le sage et obéissant Veilleuse avait était beaucoup plus facile (6).
« - Jack, regarde ! »
Se reconcentrant, le jeune homme portant le regard sur la main de sa sœur, où flottait un petite étoile de glace.
« - C'est très bien ! Maintenant, essaie de la faire bouger.
- Comment ?
- Imagine-là flotter. Envoie-la-moi ! »
Fixant ses yeux sur l'étoile, Emma se concentra. Tellement fort qu'au lieu de flotter paisiblement vers lui, comme Jack s'y était attendu, l'étoile parti à toute vitesse droit vers sa poitrine. D'un mouvement vif, il fit disparaître la création gelée.
« Si petite et déjà un danger public. J'ai déjà dit que j'aimais ta famille ? »
« Tais-toi. »
« - Voilà, c'est presque ça. Mais plus doucement. Ça reste de la glace, donc c'est dangereux, ok ?
- Désolée…
- Ce n'est pas grave. Allez, essaye d'en faire apparaître une autre, d'accord ? »
Laissant Emma s'entrainer, Jack alla s'asseoir près de son oncle.
« - Elle s'en sort bien, non ?
- Pas mal. Mais franchement, Jack. « Le saumon remontant la rivière ? »
- Ça vaut parfaitement ton horrible schéma que j'ai mis deux jours à comprendre. Tu dessines mal, Oncle Edward.
- Je trouve qu'au final, j'ai pas fait un si mauvais boulot.
- J'ai percé un trou dans le mur durant la première leçon où j'ai fait apparaître de la glace.
- Etant donné que ton élève a manqué de te percer la poitrine, je trouve que le mur, c'était pas si mal.
- Jack, regarde ! »
Se tourna vers Emma, l'adolescent la trouva en train de faire tourbillonner une dizaine de petites étoiles autour d'elle. Jack ne put s'empêcher de remarquer que les formations gelées avaient des bords particulièrement tranchants et des bouts forts pointus. On disait que les premières créations traduisaient souvent l'orientation du mage. Nul doute qu'Emma serait bien plus axés sur la magie offensive que Jack.
« - Bien ! Maintenant, essaie d'en faire disparaître une seule, d'accord. Choisis en une, montre-la-moi et fais la disparaître. »
L'entraînement continua ainsi une petite dizaine de minutes supplémentaires. Les jeunes mages de glace n'étaient pas capables de grande réserve de magie sauvage filtrée, celle-ci s'épuisait donc vite. Et comme Jack lui-même n'avait toujours pas réussi à faire remonter son niveau de magie assez haut pour s'entrainer correctement, ça ne servait à rien de continuer plus longtemps.
A vrai dire, le seul qui aurait pu profiter d'un entraînement plus long, s'était Veilleuse, mais Eric, le père d'Elsa, avait décidé de le prendre une semaine pour l'entraîner. Ou plutôt, pour entraîner Elsa. Anna étant dépourvue de toute magie, l'Héritière n'avait jamais pu enseigner à qui que ce soit. Maintenant que Veilleuse avait de bonnes bases, il pouvait apprendre auprès d'elle sans qu'elle ne risque de le blesser. Elsa avait beaucoup de magie, mais son contrôle était trop aléatoire pour laisser quelqu'un sans aucune formation apprendre avec elle.
Laissant Emma et Cygnus, Jack descendit jusqu'à l'atelier de son grand-père. Celui-ci devait déjà être revenu de la petite enquête que Jack lui avait demandé de mener.
« - Grand-père ? demanda-t-il en entrant.
- Ah, Jack, je t'attendais !
- Tu as trouvé quelque chose ?
- Rien du tout. Personne n'a eu de nouvelles de Gothel Tower depuis la fin du mois de juin. Elle a apparemment acheté énormément de choses à ce moments-là, ingrédients, nourriture, etc… Mais depuis, plus rien. Quelqu'un m'a dit qu'elle cherchait un Enchanteur pour ensorceler sa maison, mais j'ai interrogé tous les hommes du métier et aucun n'a accepté sa demande.
- Pourquoi refuser ?
- Elle voulait poser des sorts illégaux. Rendre sa maison invisible et incartable. Aucun enchanteur n'aurait risqué sa licence pour tout l'or du monde. Le Ministère est intraitable avec ça depuis la dernière guerre. Mais elle a parfaitement pu trouver quelqu'un dans l'Allée des Embrumes. Les potionistes ont souvent des contacts un peu louches pour les ingrédients rares.
- Je vois. Merci, Grand-père.
- De rien p'tit. J'espère qu'on retrouvera ta copine. Une bonne gamine.
- J'espère aussi. »
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C'est la tête embrumée que Raiponce se réveilla, allongée dans un lit. Se secouant la tête, elle essaya de se remettre les idées en place. Soyons méthodique.
Elle commença par remuer les mains. Un peu engourdies, mais apparemment fonctionnelles. Elle les fit tourner deux trois fois pour assouplir les poignets, avant d'essayer de les lever. Les bras semblaient ok. Parfait.
Elle recommença le même manège avec ses jambes. D'abord les orteils, puis les chevilles et enfin les mouvements plus larges. Bon. Tout semblait être en état de fonctionnement.
La tête toujours bourdonnante, elle se redressa doucement. Le monde tanguait horriblement et sa gorge était sèche comme un désert. Inspectant la pièce, elle ne la reconnu pas. Au premier abord, elle avait pensé être dans sa chambre, quoi de plus normal vu qu'elle était censée être chez elle, mais la pièce était pratiquement nue et dépourvue des grandes fenêtres qu'elle appréciait.
Maintenant assise, elle essaya de se concentrer pour se rappeler ce qui lui était arrivé, et ce malgré le mal de crâne qui pulsait derrière ses yeux. Elle se souvenait être descendue du train, avoir dit au revoir à ses amis, puis s'être dirigée vers sa mère, qui semblait très nerveuse. Elles avaient transplané et là… La maison avait disparu.
Elle revoyait sa mère lui expliquer toutes les nouvelles protections, ainsi qu'avoir essayé de la persuader que ce n'était pas nécessaire. Ensuite, sa baguette qui se levait et…
Bon sang, c'était sa mère ! La crise de paranoïa avait dû être plus grave que celles qu'elle avait déjà eu et Raiponce s'était mise en travers de sa route. La jeune fille sentait sa respiration s'accélérer au fur et à mesure que la panique montait en elle. Sa mère avait rendu la maison pratiquement introuvable et l'y avait enfermé. Si Raiponce ne trouvait pas un moyen de sortir. Ou de prévenir quelqu'un. Elle avait dit à ses amis qu'elle resterait en contact par hiboux. Mais qui savait depuis combien de temps elle était là. Un jour ? Une semaine ? Plus ? Peut-être que personne ne la cherchait, pour le moment. Et qui sait combien de temps on mettrait avant de réellement commencer à s'inquiéter ? La guerre était à leurs portes, ils avaient bien d'autres choses en tête et…
Embourbée dans sa panique, Raiponce n'entendit pas la porte s'ouvrir.
« - Raiponce, ma chérie, tu es réveillée ! Je m'inquiétais, voilà plus d'une semaine que tu te contentais d'émerger quelques minutes, à peine le temps pour moi de te nourrir, avant de te rendormir. Je crains d'avoir eu la main un peu lourde sur le sortilège. Tu me connais, ce n'est pas ma spécialité.
- Mère, pourquoi… ?
- Allons, tu me poseras des questions plus tard, ma chérie. Je t'ai préparé à manger et à boire quand je t'ai entendu te réveiller. Il faut que tu reprennes des forces. Allez, bois un peu. »
La gorge douloureuse, la jeune fille accepta le verre, qu'elle vida à moitié.
« - Tu dois avoir faim, non ? Allons, mange. »
La blonde réalisa que sa mère avait raison. Elle avait faim. Comment avait-elle fait pour ne pas s'en rendre compte ? Attaquant l'assiette, elle entreprit de la nettoyer entièrement, vidant aussi la carafe d'eau que sa mère avait apporté.
« - Voilà, c'est bien. Tu te sens mieux ma chérie ?
- Oui mère.
- Bien. Alors, tu avais des questions ?
- Je… Pourquoi… Pourquoi je suis ici ? Ce n'est pas ma chambre.
- Je sais mon cœur. Mais ta chambre n'a pas fini d'être protégée. Et ta protection est très importante. Maintenant qu'il est de retour, il pourrait vouloir te prendre. Et je ne peux pas permettre qu'on me prenne ma tendre fleur, ma chérie.
- Il ?
- Personne d'important. Quelqu'un de très méchant, mais je suis là pour te protéger ma chérie. Maman a toujours été là pour te protéger, c'est pour ça que tu dois rester en bas, d'accord ?
- Oui Mère.
- Bien. Je vais t'apporter des livres, pour que tu puisses t'occuper. Et une carafe. C'est important de boire de l'eau, ma douce. Tu boiras, d'accord ?
- Oui, Mère.
- Et tu resteras ici, bien à l'abri.
- Oui.
- Oui quoi ?
- Oui je resterai ici. Je vous le promets.
- Et il faut toujours tenir ses promesses, mon cœur. Allez, reste sage, je reviens. »
Emportant le plateau, Gothel ressorti, fermant la porte derrière elle avec un clic sonore du verrou.
Raiponce, elle, resta assise sur le lit. Elle avait oublié ce à quoi elle réfléchissait avant que sa mère n'arrive. Elle avait l'impression que c'était important, mais impossible de s'en rappeler.
Bah. Ça ne devait pas être si important que ça.
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(1) Acte totalement déconseillé à qui n'a pas grandi à Beurk ou du moins vécu plusieurs années. L'air y est presque toxique pour toute personne habituée à celui de la campagne. Les Londoniens, par contre, le supporte très bien.
(2) Idée empruntée à Terry Pratchett, qui la développe dans Le Faucheur, il me semble. Il met en place une théorie comme quoi la durée de vie modifie la perception du temps. Ainsi, l'éphémère qui ne vit qu'un jour à l'impression, quand le soleil se couche, d'avoir vécu une vie entière, ce qui est fondamentalement le cas. L'arbre-comptable (appelé ainsi parce qu'il affiche son âge sur son écorce, pensant que c'est pour cette raison que l'homme coupe les arbres, désireux de compter leurs anneaux. L'espèce a pratiquement disparu, décimée par l'industrie des numéros de maison), qui est l'espèce avec la plus longue espérance de vie, met lui des années à former un seul mot, mais ça ne représente pour lui qu'une seconde. Voilà. Lisez Pratchett. C'est bien.
(3) Je connais la maxime en anglais « there is no place like home ». Mais impossible de me rappeler d'où elle vient ou s'il existe une « traduction officielle ». Ceci dit, j'aime la mienne.
(4) En gros, pour vous donner une idée, un mélange entre des militaires nationaux et des casques bleus de l'ONU.
(5) La pauvre ne croit pas si bien dire…
(6) En vrai, en tant que prof, je préfère de loin les élèves comme Emma, qui sont des apprenants beaucoup plus intéressants et proactif. Mais il faut avouer qu'ils sont bien plus énergivores.
La partie de Raiponce fait un peu (200 mots) moins que la norme. Mais, sans orgueil, je trouvais ça tellement nickel que j'ai pas voulu forcer pour atteindre les 1000.
