Les Années Sombres

Note (NEW !) : Vous constaterez, pour les plus fervents admirateurs de l'œuvre originale, que je prend énormément de liberté avec celle-ci. Non seulement je modifie des scènes indispensables pour y insérer mes personnages, mais aussi des scènes qui pourraient totalement rester identiques, parce que je les préfère comme ça. Vous êtes prévenus ) Aussi, je ne reprend pas l'entièreté du livre. Je ne saurai donc que trop vous conseiller de relire les tomes en parallèles si vous voulez comprendre toutes les subtilités. Mais ce n'est pas à proprement parler obligatoire.

Merci à Adrien pour le bêta-reading !

Merci à 3lise, LutineLaugh, Paquerette-San, Invoges, Dead to you, Doriru Yami et BigFourFan pour leur review ! (j'ai normalement répondu à tout le monde :) )

Dead To You : Hello ! Merci pour ta review :). Pas trop de Harold/Charlie pour le moment, un peu plus dans ce chapitre. Mais Ce couple (et les couples en général) restent très secondaires dans la fic, donc il n'y aura jamais vraiment de grosses parties là-dessus (sauf cas exceptionnels comme l'arc autour de, justement, Harold et Charlie durant la coupe de feu). Bonne lecture !

BigFourFan : Hello ! Merci pour ta review :). On voit un peu l'effet des potions de Gothel dans ce chapitre-ci. Et oui, Harry est un peu une dramaqueen, mais bon, on lui pardonne, c'est un ado et tout le monde lui ment, le pauvre ^^ Bonne lecture !

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Chapitre 29 : Recommencer à respirer

Trouver Raiponce n'avait pas été difficile. Une fois les protections tombées, Jack et Mérida avaient immédiatement rejoint la maison. Et comme la majorité des pièges avaient été reliés au même ancrage que les protections principales, c'est-à-dire la petite poterie, la plupart avaient été désactivés. Une fois cela fait, des sortilèges de prospection minutieusement lancé à travers toute la maison leur avait rapidement permis de trouver la trappe sous le tapis du salon(1). Un petit couloir les avait mené à une porte lourdement verrouillée, qu'ils avaient mis pas loin de vingt minutes à ouvrir.

Non, trouver Raiponce n'avait pas été difficile. Long et un peu fastidieux, mais pas difficile.

La sortir de la chambre ? Ça avait été une autre paire de manche.

Jack s'en était douté dès son entrée dans la chambre. Les chaînes qui maintenaient Raiponce à son lit étaient épaisses. Cela ne voulaient peut-être rien dire. Après tout, Fenrir était enchaîné avec un fil(2). Mais si ce n'était que leur apparence… Les lourds maillons métalliques puaient la magie, tellement enchantés que cette dernière en devenait pratiquement visible(3). Les défaire serait autrement plus difficile qu'ouvrir simplement la porte.

Quand ils s'approchèrent de leur amie, un nouvel obstacle imprévu vint s'ajouter : Raiponce elle-même. Entravée par ses chaînes, la jeune fille hurlait, tempêtait, apparemment terrorisée par ses amis qu'elle prenait pour des monstres. Les joues couvertes de larmes, la voix enrouée à force de crier, elle se débattait comme un diable, entaillant ses poignets contre le fer des chaînes.

Aucun mot ne semblait passer au travers du brouillard de terreur dans lequel était perdue la jeune fille. Tout en s'acharnant sur les chaînes, chacun des trois jeunes gens essayaient de la calmer, de lui parler, mais cela ne faisait qu'augmenter les cris de la captive.

C'est Harold qui prit la décision de l'endormir d'un geste sec de la baguette. Bien que le sortilège ne soit destiné qu'à calmer la cible avant le véritable sortilège de sommeil, Raiponce s'abattit comme une masse contre son matelas, assomée. Ce n'était pas une réaction normale à un tel sortilège. Surtout pas lancé par Harold, qui maîtrisait toujours la force de ses sortilèges, ayant peu de réserves à gaspiller. Mérida aurait pu, dans un moment de rage, faire une telle chose par accident. Mais là, il y avait anguille sous roche. Raiponce devait déjà être très affaiblie pour réagir de cette manière.

Sans perdre de temps, et sans faire preuve de finesse, Jack et Mérida détruisirent les menottes. Le point faible de ce genre d'objet, c'est qu'on pense toujours à renforcer la serrure, tout en oubliant qu'on peut aussi faire sauter des maillons intermédiaires et partir les menottes au poignet.

Mérida en tête, baguette au point, et Harold veillant sur ses arrières, Jack emporta Raiponce. Il espérait que rien d'irremplaçable ne se trouvait dans la chambre, parce qu'ils n'avaient pas le temps de chercher après quoi que ce soit. Les seules choses de valeur auxquelles Jack pouvait penser étaient la baguette de Raiponce et Pascal. La première avait été récupérée sur Gothel, en même temps que celle de la sorcière plus âgée. Quant au caméléon, il avait passé le dernier mois sous la garde de Mérida, la mère de Raiponce n'appréciant pas l'animal et la Serdaigle ne voulait pas la contrarier plus que nécessaire vu la crise de paranoïa qui s'annonçait. Grand bien lui en avait pris. Jack n'était pas certain que le petit reptile eut survécu face à la folie de Gothel.

Aussi rapidement que possible, les trois jeunes gens prirent la direction de la sortie, tout en scannant régulièrement le sol à la recherche de pièges ayant survécu au désenchantement de l'ancrage.

Une fois dehors, et au-delà de la limite des anciennes protections, juste au cas où, Jack passa Raiponce à Mérida, de loin la meilleure en transplanage d'escorte. Transplaner avec quelqu'un d'inconscient était plus risqué, mais ils ne pouvaient pas prendre le risque de réveiller Raiponce.

« - On se retrouve dans la ruelle, comme prévu », dit Mérida avant de disparaître.

Jack fit rapidement un tour sur lui-même, avant de réapparaître dans la venelle sombre près du QG de l'Ordre. Après avoir vérifié qu'aucun d'eux trois ne s'était désartibulé(4), ils gagnèrent rapidement le numéro 12, ne voulant pas se faire arrêter par un moldu quelconque avec une jeune fille évanouie dans les bras. Jeune fille qui, rappelons-le, portait aussi des restes de chaînes.

S'engouffrant dans la maison, il la trouvèrent relativement animée. Il était dix heures passées. Jack ne s'était pas rendu compte qu'il leur avait fallu plus de deux heures pour sortir Raiponce de chez elle.

Comme à l'accoutumée, ce fut Mrs. Weasley qui vint à la rencontre des nouveaux arrivants.

« - Les enfants ? Vous êtes déjà… Mon dieu ! »

Se précipitant vers eux, la mère de famille entreprit de vérifier l'état de Raiponce tout en leur posant mille questions. Que lui était-il arrivée ? Où l'avaient-ils trouvée ? Depuis combien de temps était-elle dans cet état ?

Tout en continuant ses questions, la sorcière emmena Jack dans une des chambres, envoyant Mérida et Harold chercher de l'aide et du matériel. Avec des gestes vifs, qu'elle avait probablement dû répéter mille fois pendant l'adolescence de ses sept enfants, elle emmena des draps frais hors de l'armoire et fit le lit, sur lequel Jack déposa son amie.

« - Vous… Vous pensez que ça va aller ? On a dû l'assommer, elle était en pleine crise. Mais elle s'est évanouie après un simple sort calmant.

- Mrs. Pomfresh est en route, mon petit. Elle va venir prendre soin de ton amie. Je suis désolée que nous ne vous ayons pas écouté quand vous disiez être inquiet. Nous aurions dû agir plus tôt, au lieu de vous obliger à prendre de tels risques. »

Jack était étonné de voir Mrs. Weasley si désemparée. La sorcière lui avait toujours paru être un rocher, la base sur laquelle tenait toute sa famille.

« - On a attendu aussi, Mrs. Weasley. Personne ne pouvait se douter que sa mère était dans un tel état.

- Vous l'avez… ?

- Seulement assommée et ligotée, ainsi que privée de baguette. Elle devrait être libre dans les heures qui viennent, mais ça n'a pas d'importance maintenant que Raiponce est à l'abri.

Les traits tirés, Mrs. Weasley hocha la tête, avant de s'asseoir au chevet de Raiponce. Ils ne pouvaient rien faire, si ce n'est attendre Mrs. Pomfresh.

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Allongé sur le lit, Harold fixait le plafond. Il n'avait toujours pas osé retourner voir Raiponce depuis l'arrivée de l'infirmière de Poudlard.

Un coup léger à la porte le tira de ses réflexions. Charlie passa la tête dans l'embrasure.

« - Je peux entrer ? Ou tu préfères rester un peu seul ? »

Sans répondre, Harold se décala sur le lit, invitant son petit-ami à l'y rejoindre(5). Le roux ferma doucement la porte derrière lui, retira ses chaussures et s'allongea sur les couvertures.

« - Elle va bien. Ils l'ont réveillée et rendormie, mais elle va vite évacuer les toxines des philtres. Pomfresh dit que si vous aviez attendu jusqu'à la fin de l'été, elle aurait probablement fini dans le département des malades de longue durée à Sainte-Mangouste.

- Et si on s'y était pris plus tôt, elle n'aurait peut-être même pas eu besoin d'être endormie de force. C'était… C'était horrible, Charlie. Elle hurlait, elle hurlait si fort… Je ne sais pas ce que sa mère lui a donné et fait subir mais… mais pourtant, elle n'arrêtait pas de la réclamer . C'est comme les dragons qu'on récupère après des années de captivité et de sévices, mais qui refusent de quitter leurs bourreaux. Si elle avait pu, elle nous aurait tuée à main nue et serait retournée se blottir sur son lit, pour attendre que cette sorcière vienne à nouveau la gaver de potion.

- Hey, répondit doucement le plus âgé, attirant Harold contre sa poitrine. Rappelle-toi d'une chose : on fait ce qu'on peut pour survivre. Dans des situations pareilles, sa mère était la seule chose stable de son monde. C'est normal qu'elle s'y soit accrochée. Et vous étiez des menaces pour ce peu de stabilité qu'elle avait. On n'y peut rien, c'est humain. Mais dans tous les cas, elle n'est pas fautive. C'est une victime. La seule fautive, c'est Gothel Tower. OK ? »

Harold hocha faiblement la tête. Il savait que c'était le cas. Mais il ne pouvait se retirer de l'esprit l'image de Raiponce, avec ses yeux exorbités et ses doigts recroquevillés en griffe, qui essayait de les attaquer.

« - On aurait dû y aller plus tôt, se contenta-t-il de dire à nouveau.

- Vous n'êtes pas omniscients, répondit Charlie, en passa doucement sa main dans les cheveux du jeune homme. Malgré le fait que vous soyez membres de l'ordre, vous êtes encore jeunes. A peine des adultes. Ce que vous avez fait là est déjà extraordinaire. Si tout ce que Mérida m'a raconté est vrai, vous avez mené à bien une mission que de nombreux Aurors auraient échoués à accomplir. De toute façon, te morfondre sur ce que toi, tes amis, ou même l'Ordre, auraient pu faire ne sert à rien. Le passé est le passé.

- Mais…

- Pas de « mais ». Vous ne pouvez plus rien y faire. Et même si vous en aviez la possibilité, changer le passé n'est jamais une bonne idée. Alors laisse ça tomber. Occupe toi des problèmes actuels et mets de côté tout ce que tu aurais pu faire avant. Ton amie va avoir besoin de toi. Elle a été soumise à de fortes doses de potions, dont certaines ne sont pas faites pour être prises ensemble. Elle va avoir des effets secondaires, elle va se sentir mal, elle va mettre du temps à s'en remettre. Aide-la. Tu auras tout le temps de te morfondre quand elle ira mieux. »

Les yeux rougis, Harold voulu se dégager de Charlie. A la fois parce que entendre ça n'était en rien agréable, mais aussi parce qu'il savait que le dresseur de dragons avait raison. Son amie avait besoin de lui. Il l'avait déjà laissée tomber une fois. Il ne le ferait pas à nouveau.

« - Pas maintenant, répondit le roux en ramenant Harold contre sa poitrine. Elle dort, et elle le fera au minimum jusque ce soir. D'après ce que tes amis m'ont raconté, tu es resté sous ta forme animale assez longtemps et tu as détruit tout seul les protections pourtant bien solides de Gothel. Tu as besoin de te reposer. Mérida m'a promis d'apporter une assiette des crêpes que ma mère est en train de faire. »

Soupirant le jeune Gallois se laissa faire, se blottissant même un peu plus près de l'homme.

« - Je déteste quand tu es raisonnable. J'ai l'impression d'être un idiot qui fait tout de travers.

- J'ai un point de vue extérieur et quelques années hors de la zone protégée qu'est Poudlard au compteur. C'est normal que je réagisse différemment. Si ça avait été ma sœur à la place de Raiponce, j'aurai probablement agi comme toi. »

On toqua une nouvelle fois à la porte. Sans attendre, Mérida entra. C'était déjà exceptionnel de sa part de toquer, elle n'allait quand même pas attendre qu'on l'invite. Fallait pas trop en demander non plus.

« - On m'envoie vous porter ça ! dit-elle en leur montrant l'assiette couverte de crêpes fumantes. Mais tante Molly me fait vous dire que si vous salissez les draps, vous vous débrouillez. Je crois qu'elle ne parlait que des crêpes, mais je suppose que ça marche aussi dans un sens plus général », ajouta-t-elle avec un sourire malicieux.

Harold vira fort peu gracieusement au rouge tomate. Même si Mérida avait clairement montré son désintérêt pour toute vie amoureuse, elle n'était pas la dernière à parler de sexe. Ni à faire des commentaires sur la vie sexuelle de son cousin et de son ami(6).

« - Merci cousine. Tu veux manger avec nous ? »

Et il fallait bien entendu compter sur Charlie pour inviter sa cousine à rester avec eux. A croire que le roux aimait voir la jeune fille taquiner Harold.

« - Rappel d'urgence à la maison. Apparemment, ma mère a besoin de quelque chose. Dire que c'était un de mes rares jours de congé. J'en viens presque à regretter les mois d'école, si c'est pas déprimant. Je repasserai au soir. »

Sur ces mots, la jeune femme sorti de la chambre, fermant la porte derrière elle.

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Sortant de la chambre, Mérida passa saluer Mrs Pomfresh et sa tante Molly, qui veillaient toujours sur Raiponce. La jeune fille, pâle et émaciée, semblait si petite au milieu du grand lit double aux draps sombres. Secouant la tête de dépit et de tristesse, elle ferma la porte.

Sa cape sur les épaules, elle ressortit du QG de l'Ordre. Pour la troisième fois de la journée, elle se retrouva dans la venelle qui longeait la maison. Transplanner autant sur la même journée lui promettait une belle migraine ce soir, et peut-être même jusque demain, mais elle n'avait pas le choix. Son lieu de destination n'était pas relié au réseau de cheminée et son propriétaire ne comptait pas le faire pour les beaux yeux de Mérida. Cela risquerait de le faire repérer par le Ministère et c'était bien la dernière chose que l'homme désirait. Il avait eu assez de mal à bâtir son anonymat pour tout foutre en l'air comme ça.

C'était pour cette raison que Mérida se retrouvait à devoir transplanner dans le cagibi fort encombré de Cyrano, oracle des dieux et voyant extraordinaire. Si le titre ronflant, tout comme la façade défraichie qu'on pouvait admirer dans une petite rue anonyme de Londres, ne poussait pas vraiment à faire confiance, Mérida savait que le bonhomme cachait bien son jeu. Sorcier ayant quitté le monde magique, vrai voyant et possesseur, comme Mérida elle-même, d'un homonculus guide, il était celui qui avait appris à la jeune fille à maîtriser suffisamment ses visions pour pouvoir sauver Raiponce.

Malheureusement, le contrôle de son don était toujours très aléatoire et sans le support de l'homme, elle était incapable de gérer sa double-vue. Les visions allaient et venaient sans cesse, au moindre contact avec un objet un tant soit peu chargé en histoire. Ce qui était très courant quand ses trois lieux de résidences principaux étaient : un château familial, une école millénaire pratiquement vivante et une maison appartenant à une très ancienne famille férue de magie noire.

C'est pourquoi elle profitait du moindre moment pour venir s'entrainer ici. Même maintenant. Si elle s'inquiétait toujours pour Raiponce, son amie ne se réveillera pas au plus tôt avant ce soir. Et, même dans le cas très improbable où elle se réveillerait plus tôt et capable de raisonner normalement, Mérida savait qu'elle comprendrait son besoin de maîtrise. Elle avait vécu plus d'une crise de vision avec elle.

Tout comme ses autres amis, même si elle n'avait pu prévenir que Jack. Harold était avec Charlie et elle ne pouvait risquer que son cousin ne vienne fourrer son nez dans ses affaires. C'était un coup à se retrouver avec Molly Weasley sur le dos. Aucun d'eux trois ne lui reprocherait jamais de chercher à reprendre un peu de maîtrise sur ces avalanches d'images et de sons.

Collant l'oreille contre le bois de la porte, elle n'entendit rien de particulier, aucun des effets de voix que Cyrano utilisait d'ordinaire avec ses clients. Il était probablement seul.

Discrètement, au cas où elle se soit trompé, elle entrouvrit la porte. Les rideaux étaient grands ouverts et la fenêtre entrebâillée pour chasser l'odeur d'encens. Définitivement, pas de client. Sortant du placard(7), elle se mit à l'aise. Les coussins n'étaient peut-être pas tout jeunes, mais bon dieu qu'ils étaient confortables.

« - Je vois que tu ne m'as pas attendu, déclara une voix, alors qu'elle venait enfin de trouver la position idéale.

- Toujours au mauvais moment, Cyrano. J'étais bien, là.

- Allé, debout ! »

Rochonnant, Mérida se redressa. Dieu, elle n'attendait qu'une chose, c'était de retrouver son lit. Ouvrir les protections et fouiller chez Raiponce lui avait pris plus d'énergie qu'elle ne pensait, au final.

« - Je ne m'attendais pas à te voir aujourd'hui. Mais je présume, vu ton calme, que ça s'est bien passé ?

- On peut dire ça, répondit-elle en s'étirant. Raiponce n'est pas en grande forme, mais la médicomage est confiante.

- Je vois. Enfin, façon de parler, pour cette fois.

- Je m'étouffe de rire. Tu es dispo pour m'entrainer ? »

L'homme la regarda d'un œil sceptique.

« - Dans cet état ? On va te perdre en quinze secondes.

- C'est un de mes rares jours de dispo. Il ne me reste qu'un mois avant de revenir à Poudlard et j'ai toujours des crises de temps à autre. Avec toute la folie dont Gothel avait infusé sa maison, j'en ai presque eu une. On n'a pas le temps d'attendre que je sois au maximum de ma forme. »

Soupirant, Cyrano se laissa à son tour tomber dans les coussins. Et vu la taille et l'allure du bonhomme, ça donnait l'impression d'un pantin qui perdait tous ses fils.

« - On en a déjà parlé. S'entrainer aux visions quand tu n'es pas bien, c'est aussi inutile, voire même plus, que de ne pas s'entrainer du tout. Si tu veux rester ici, je t'en prie. Tu peux même piquer un somme sur les coussins. Mais je ne t'entrainerai pas. Et je chargerai Appolon de te surveiller.

- Tu m'avais promis de m'entrainer, Cyrano ! s'exclama Mérida, commençant à s'énerver.

- J'ai promis de t'aider. Et je juge que parfois, t'empêcher de faire des idioties qui te mettraient en danger, c'est t'aider ! Si tu n'es pas prête à accepter les limites que je t'impose, alors ce n'est plus la peine de venir me demander des leçons ! »

En rage, Mérida se releva d'un bond. Sans prendre la peine de lancer un regard au voyant, elle retourna dans le placard et transplana au loin.

Resté seul dans sa boutique, Cyrano soupira tout en gratouillant son homonculus serpent sous le menton. Il ne restait qu'à espérer qu'elle reprendrait ses esprits. Mais ce n'était pas à lui de faire ce travail-là.

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Raiponce ouvrit les yeux. Elle ne savait pas où elle était.

La chambre ne ressemblait pas à sa chambre. Trop de fenêtres, pas assez de livres et de peinture.

Le lit n'était pas son lit. Les draps n'avaient pas la bonne texture. Ses poignets étaient trop libres.

Les monstres l'avaient pris.

Raiponce ouvrit la bouche… et hurla.

La porte s'ouvrit à la volée, puis le noir revint.

Raiponce ouvrit les yeux. Elle n'était pas seule.

Assis à côté d'elle, un des monstres. Il marmonnait, tout en maintenant la main de Raiponce piégée dans la sienne.

Ou était sa mère ? Lui avaient-ils fait du mal ?

Ses joues étaient mouillées. S'était-elle mise à pleurer ? Le monstre semblait paniquer à cette vue.

Elle essaya de profiter de l'instant. Se redressant, elle s'extirpa du lit, pour s'effondrer au sol, ses jambes lâchant sous elle.

Et puis, à nouveau, le noir.

Raiponce gardait les yeux fermés. Elle avait appris de ses erreurs. Faire savoir qu'on était réveillé, c'était retourner dormir.

« - Vous ne croyez pas qu'on devrait l'emmener à St-Mangouste ?

- Ils risqueraient d'alerter sa mère. Nous n'avons aucune preuve qu'elle est celle qui l'a empoisonné. Et de toute manière, ils ne pourraient pas faire grand-chose de plus. Il faut juste attendre que les potions s'éliminent naturellement. Avec l'arrêt des doses, cela devrait prendre un jour ou deux avant qu'elle ne soit relativement lucide. »

Les monstres parlaient. Au fur et à mesure des réveils, elle était parvenue à de mieux en mieux les comprendre. Mais ce qu'ils disaient n'avait aucun sens. Pourquoi sa mère l'aurait-elle empoisonnée ? Elle essayait juste de la garder à l'abri.

Aussi, elle n'avait toujours pas rencontré le fameux « Lui » dont parlait toujours sa mère. N'était-il pas censé être le chef de monstres ? Pourquoi n'était-il toujours pas venu, alors ? Et « relativement lucide » ? Elle était parfaitement lucide. Elle ne comprenait pas.

Incapable de rester éveillée plus longtemps, Raiponce se rendormit.

Il lui avait fallu un peu de temps, mais elle était enfin parvenue à rester éveillée assez longtemps pendant une période de solitude pour avoir une chance de s'échapper.

Doucement, à la fois pour éviter de faire du bruit et parce que sa dernière expérience s'était mal terminée, elle posa ses pieds au sol et se redressa doucement. Ses jambes étaient toujours faibles. Ses genoux tremblaient comme des feuilles, tentant tant bien que mal de supporter son poids pourtant pas bien important. Quand s'était-elle tant affaiblie ? Elle avait perdu tout les muscles forgés par ses longues heures d'exploration du château. Mais tout était flou dans sa tête.

Elle était parvenue à atteindre la porte, quand celle-ci s'ouvrit en grand sur… Une femme !

Elle disait quelque chose à Raiponce. Elle avait l'impression de l'avoir déjà rencontrée, sans pour autant pouvoir l'identifier clairement.

« - Que faites-vous donc en dehors de votre lit, jeune demoiselle ?

- Je…

- Pas d'excuse ! J'ai eu assez de mal à vous remettre sur pied comme ça pour que vous fichiez tout en l'air. Nous ne sommes peut-être pas à Poudlard, mais c'est encore moi qui décide des limites à imposer aux malades sous ma garde. Allons, revenez vous coucher. »

Ebahie, Raiponce se laissa emportée vers le lit. Elle ne comprenait pas. Pourquoi lui parler ? Pourquoi la ramener doucement ? Pourquoi ne pas simplement l'endormir ?

« - Voilà, installez vous. Vous m'avez l'air assez bien remise pour ne pas vous rendormir tout de suite. Vous voulez que je vous rapporte un livre ? La bibliothèque des Black ne compte pas grand-chose d'approprié à une adolescente, mais je suis sûre qu'un des enfants peut vous prêter un roman. Vous voulez que j'aille voir ? »

Un livre… Cela lui rappelait quelque chose. Un livre qu'elle lisait. Encore. Et encore. Qu'elle connaissait par cœur jusqu'à une page précise. Et puis un papier. Un papier très important. Elle chassa ces pensées encombrantes. Plus tard.

« - Oui… Oui, je veux bien un livre.

- Un sujet en particulier ? Je ne peux rien vous promettre, ceci dit.

- De l'aventure. Un roman d'aventure, ce serait bien ».

Elle était toujours perdue, mais un peu moins.

Mrs Pomfresh (ce nom lui disait définitivement quelque chose) lui avait ramené un roman un quart-d'heure plus tôt, tout en lui disant bien de ne pas forcer et d'arrêter si elle se sentait trop fatiguée.

La lecture était laborieuse. Elle devait s'y reprendre à plusieurs fois pour comprendre certaines phrases. Mais au moins, cela lui occupait l'esprit et écartait les questions ennuyeuses, comme « Pourquoi cette dame est-elle si gentille ? Où sont les monstres ? Pourquoi Raiponce avait-elle si facilement accepté d'obéir, alors qu'elle était prête à s'enfuir cinq minutes plus tôt ? »

Oui, c'était plus facile de garder son attention concentrée sur le roman. Elle chercherait des réponses plus tard.

Quand Raiponce se réveilla à nouveau, elle n'était pas seule. Une jeune femme était assise à côté de son lit. Elle lisait distraitement le roman que Raiponce avait commencé la dernière fois.

La femme était… Familière. Bien plus que Mrs. Pomfresh. Son visage rond, les tâches de rousseur, les cheveux improbablement touffus… Tout ça lui parlait. Raiponce la connaissait. Elle la connaissait bien. Et puis…

« - Mérida ? »

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(1) J'aime les clichés. Pas tous les clichés. Mais les clichés dans ce genre-là, oui.

(2) Mythologie nordique. Fenrir, loup monstrueux (qui donna son nom à Fenrir Greyback. JKR aussi aime les clichés. Et défendre les accusés de violence conjugale, mais c'est une autre histoire.), fils de Loki, futur dévoreur de la lune et tueur d'Odin, fut enchaîné par peur de ce qu'il deviendrait. Après que des chaînes classiques ne purent le retenir, les nains forgèrent des liens à partir d'éléments impossibles (bave d'oiseau, racine de montagne, barbe de femme,…) qui prirent la forme d'un filin rouge qui, contrairement aux chaînes, retinrent Fenrir et ne cèderont qu'à Ragnarok.

(3) La magie est habituellement de couleur octarine, la huitième couleur du spectre visible (Terry Pratchett). Essentiellement invisible, cette couleur difficilement descriptible (une sorte de jaune-pourpre verdâtre fluorescent) et qui n'est perceptible que du coin de l'œil, passe parfois dans le spectre totalement visible en cas de forte concentration.

(4) Il arrive, lors d'un transplanage, que l'on abandonne derrière soi une partie de son corps, généralement une extrémité. C'est indolore et, si prit à temps, facilement réglable.(4')

(4') Rupert l'Eunuque gagna son nom en laissant régulièrement derrière lui une partie de son anatomie. La 37e fois, qui survint après une soirée fort arrosée et, selon les appareils du Ministère, 17 transplanages successifs à travers le pays, fut aussi la dernière.

(5) En tout bien tout honneur. Pas que ce soit le choix d'Harold, mais Charlie insistait pour qu'ils prennent leur temps. De plus, partager la maison avec les Jumeaux signifiait aussi que le concept de vie privée était relativement différent de l'habitude. Heureusement, jusqu'à maintenant, ils avaient l'esprit assez occupé par l'espionnage et les réunions pour ne pas se demander pourquoi Harold rejoignait toujours leur frère dès que c'était possible.

(6) Ceci dit, étant donné qu'elle était la seule personne en-dehors du couple lui-même à être au courant de leur relation, c'était aussi la seule à même de pouvoir faire ce genre d'allusion.

(7) Pas comme Harold.

Voilà. Chapitre un tout petit peu court et très calme, mais il faut laisser à nos pauvres amis le temps de respirer un peu ^^

La prochaine fois, on reprend un peu l'histoire d'Harry et on continue à suivre la rémission de Raiponce. Je prévois encore au moins deux chapitres pour couvrir tout le mois d'août. Pas moins, ça c'est sûr, et probablement pas beaucoup plus. Trois grands maximum.

A la prochaine !