Rating/Warning : K+ (adolescents et jeunes adultes) - Description de violence (canon), décès de personnages majeurs (canon)

Disclaimer : Tous les personnages du canon, le monde et le contexte appartiennent à Nintendo. La fanfiction originale est l'oeuvre de MaryDragon sur Archive Of Our Own ( /works/10425738/chapters/23019495), qu'elle m'a gentiment autorisé à traduire et publier ici.

L'illustration provisoire est signée Ariettys (Ariettysart sur tumblr), allez jeter un oeil à son blog, elle publie de magnifiques fanarts sur le jeu!

Notes :

Bonjour bonsoir ! Voilà ma première publication sur FFpointnet, et il s'agit d'une traduction d'une fic sur l'univers de The Legend of Zelda : Breath of the Wild. Ce jeu m'a conquis et mis en PLS plus d'une fois, et il m'a poussé au ship (oui parce que je ne shippe pas le Zelink dans tous les jeux de la licence, mais là c'était tellement canon). Après avoir terminé l'histoire principale, il me FALLAIT plus, je ne voulais plus quitter cet univers. C'est donc en fouinant sur le net que je suis tombée sur Calm Waters Run Deep, et cette histoire correspondait exactement à l'idée que je me faisais de la période pre-game de Breath of the Wild. La Zelda qui y est dépeinte, en particulier, est pour moi totalement canon. Alors pour faire profiter encore plus de monde de cette fanfic formidable et émouvante, j'ai modestement décidé de la traduire.

Cette fiction se veut une extension du canon, un regard sur les raisons pour lesquelles les souvenirs se sont produits, où et quand cela s'est fait (avec un léger changement d'ordre) et une tentative de compléter les événements et les dialogues mentionnés par les notes de journaux et les conversations dans le jeu.

« Tu étais une source de réconfort pour elle » en particulier, avais besoin d'être explicité selon l'autrice.

Commence peu avant la première note dans le journal de Zelda et se poursuit immédiatement après le dernier souvenir.

Le récit est à la première personne : la perspective de Zelda.

Quelques explications sur les partis-pris de traduction :

- Les dialogues canons sont majoritairement ceux de la version française du jeu, mais je me suis donné le droit d'en modifier certains pour coller davantage au travail de l'autrice (sachant qu'elle a travaillé à partir de la version anglaise du jeu).

- J'ai également repris les principaux termes et noms de lieux de la VF.

- je déteste la concordance des temps et le passé simple /sort/

Je tenterais de poster les chapitres le plus régulièrement possible (le dimanche et le mercredi en général) selon l'avancement de la fanfiction originale, qui comptera 3 parties (12 chapitres pour la partie 1, un OS pour la partie 2).

Ci-dessous le premier chapitre, qui fait office de prologue. Pas de souvenir, mais la première note du journal de Zelda. Vous allez voir, on ne commence pas sous les meilleurs auspices…


Chapitre 1 : Fresh Eyes

Il se présenta à mon père pendant que j'effectuais mes dévotions matinales. Le bourdonnement des commérages faisait vibrer les murs du château différemment ce jour-là : il était plus fiévreux, moins oisif, chargé de mouvements de fantaisie. Une fois déconcentrée, j'abandonnais tout espoir de revenir à la prière et je suivis plutôt le fil de la rumeur et des supputations.

Il porte la lame purificatrice, murmuraient-ils. L'ami de la Zora. Un fils de chevalier. L'Elu du Destin.

Je surgis dans la salle du trône pour le trouver là, à peine âgé d'un ou deux ans de plus que moi – à pleine plus âgé qu'un jeune homme, donc – un genou à terre devant le roi Rhoam. Les yeux de mon père croisèrent les miens par-dessus la tête courbée du garçon, et il acheva une proclamation dont j'avais manqué le début.

« Ma fille, Zelda, sera à votre charge. »

Comment ?

Le garçon releva la tête, et d'une voix plus grave que son jeune âge ne le laissait penser, il fit écho à la question qu'avait formulé mon esprit. « Comment ? »

« La formule correcte est "Pardonnez-moi, Votre Majesté ?" Pas, comment. » corrigeais-je, tout en passant devant lui pour rejoindre mon père. « Comme vous allez apparemment passer du temps à la cour, je vous conseille d'adopter les manières appropriées. »

« Zelda, voici Link. », déclara mon père. Il semblait presque jovial aujourd'hui ; avec la noirceur qui empiétait lentement sur Hyrule, il était bon de ne pas le voir aussi morose que ces derniers temps. « Il n'a eu de cesse d'accroître sa renommée récemment. Il semble qu'il ait résolu la plupart des sollicitations que nous avons formulés avant même que nous ne puissions les lui adresser. Dame Mipha a envoyé une lettre de recommandation très élogieuse à son sujet ; évidemment ce n'était pas la peine compte tenu de l'épée qu'il porte. »

L'épée était immanquable. Son image éclaboussait l'iconographie du château, estampillait chaque livre d'histoire de la bibliothèque, et jusqu'à récemment reposait dans la Grande Forêt d'Hyule au nord du château. J'avais déjà été la voir, nichée dans les racines du Vénérable Arbre Mojo, à plusieurs reprises dans ma jeunesse. La voir en sommeil me rassurait ; j'avais encore le temps.

Elle ne dormait plus. Elle était attachée dans le dos de ce garçon, la lame étincelant d'une façon qui pouvait facilement être confondue avec de la joie. L'Épée de Légende avait trouvé son maître, une fois de plus.

Je serai donc la princesse qui affronterait le Fléau. Tout l'espoir que j'avais mis dans la fausseté des mots de la prophétie n'était plus – mon temps s'était écoulé – disparu dans la lumière qui glissait sur la lame purificatrice.

« Je l'ai fait, Votre Majesté. » dit-il, en réponse à une question de mon père à laquelle je n'avais pas prêté attention, perdue dans mes propres pensées.

« Bien sûr que vous l'avez fait. Vous avez probablement poussé chacun d'entre eux à devenir Prodige, au cours de vos propres tribulations. ». Père me jeta d'un coup d'œil. « Si la Déesse le permet, vous provoquerez le même déclic chez notre Zelda. »

J'aurais dû faire tout mon possible pour adoucir mes traits, afin que la honte et la consternation ne me lisent pas sur mon visage. Au lieu de ça, je rassemblais mes jupes et me retournais pour sortir de la même façon que j'étais entrée. J'étais la princesse d'Hyrule. J'étais forte face à l'adversité. Je ne pliais pas sous la menace du mal. Et je ne voulais pas que ce garçon dont le pouvoir lui avait été remis le plus naturellement du monde par un arbre puisse se moquer de ma propre incompétence. Il n'avait rien fait pour mériter ce droit. Personne ne l'avait. Je m'entraînais, matin et soir, depuis neuf ans et cela n'avait toujours pas prouvé mon dévouement à la Déesse, alors ce garçon s'était contenté de passer sur le chemin des quatre autres Prodiges et les avait exploités avant d'aller réclamer cette maudite épée magique.

Je me tenais sur mon balcon et accueillais l'apparition de la lune, qui commençait son ascension telle une messagère qui porterait mes prières à la Déesse Hylia, une fois de plus. Une lueur bleue était visible sur la lointaine montagne de Lanelle, et je comptais mentalement les jours qui me séparaient de mon autorisation à gravir la montagne sacrée. À peine plus d'un an, à présent je serais âgée de seize ans dans quelques jours, et Mère avait toujours assuré que je pourrais me rendre à la Source de la Sagesse dès le moment où j'en serais digne. Elle disait que c'était le plus bel endroit d'Hyrule, et, compte tenu de tout ce que j'avais vu, c'était vraiment un éloge.

Je restais agenouillée sur les pierres jusqu'à ce que la lune atteigne le sommet du firmament puis me redressais. Le froid s'était infiltré dans mes os, semblait-il ; l'hiver était encore lointain de quelques mois, mais les pierres du château aspiraient avidement le froid dès que la température descendait. Je m'appuyais un moment contre le mur, laissant mon regard balayer le château endormi.

Dans la cour en contrebas, agenouillé auprès d'une fontaine à jets, une main jouant négligemment avec les tourbillons d'eau qui étincelaient à la lueur des étoiles… il était là. Link, tel était le nom que Père avait mentionné. Nos yeux se rencontrèrent et je compris qu'il m'avait épiée.

Outrée, je m'éloignai du mur et fui dans ma chambre sans me soucier de ma dignité.

Il avait été témoin d'une autre nuit d'échec.

Comment avait-il osé ?

Ma fatigue oubliée, je me jetais contre le fauteuil de mon secrétaire, cherchant le réconfort familier de mon journal.

Il était rempli.

Je m'accordais un bref moment pour constater la tournure désastreuse que cette journée avait pris, puis pris une profonde inspiration et le repoussais.

Je m'étais souvent demandé combien de temps il me faudrait pour remplir le carnet que j'avais commencé quand Mère était morte ; la réponse était apparemment neuf ans et demi.

Je retournai à la première page, songeant à me consoler par la lecture plutôt que de l'écriture, mais la graphie enfantine et le langage trop simpliste (« Mère est morte. Je suis triste. »), combinés au souvenir des pénibles interrogations– beaucoup moins que de blâmes – pour comprendre son décès, furent tout simplement trop difficiles à supporter.

Je fis une place pour le journal sur l'étagère la plus proche de mon écritoire, me promettant d'y revenir un jour, sinon aujourd'hui, tandis que je le glissais entre les tranches de mes livres. Demain, j'irais à la recherche d'un nouveau carnet. Après les dévotions du matin. Et peut-être après avoir été me plaindre auprès de Père sur le garçon à l'épée.

Je soupirai en me repassant la conversation en pensée. Il n'y avait aucune chance pour que les choses s'arrangent. Mieux valait laisser tomber, dormir, mettre cela de côté comme un camouflet de plus dans une vie pleine de déceptions. Je joignais le geste à la pensée en me glissant dans le lit et tirais le couvre-lit jusqu'à mon menton.

J'avais depuis longtemps appris à dormir malgré mes craintes et mes doutes. Je n'en serais pas moins une ratée si je manquais de sommeil.

Mes rêves ne furent pas agréables, mais cela ne dérogeait pas de la normale. Je me réveillais avant l'aube et repris immédiatement les rituels que je suivais depuis une bonne décennie.

Je pus le sortir de mes pensées tandis que je me consacrais à la Déesse une fois de plus, en même temps que l'évolution de la courbe du soleil. J'envoyai mes prières vers le ciel alors que l'orbe s'éloignait de l'horizon, puis parti en quête d'un bain, d'un petit-déjeuner, et d'un nouveau carnet.

Le bibliothécaire était occupé – la recherche sur les textes anciens était incontestablement plus importante que mon besoin de carnet – mais assura qu'il avait quelque chose qui me conviendrai et qu'il me le ferait parvenir le plus tôt possible.

Revali arriva cet après-midi-là, atterrissant sur la passerelle suspendue qui reliait mon étude au reste du château. « Dites-moi que j'ai mal entendu les rumeurs. »

« Qu'as-tu entendu ? » répondis-je, tandis que je replaçais soigneusement la Princesse de la Sérénité compressée dans le livre de botanique que j'avais utilisé en référence. Je ne définirais pas mon intérêt à cultiver cette plante comme une obsession, mais elle absorbait effectivement une grande partie de mon temps et de mes ressources.

« Le garçon. Ce gamin. Link. Celui à qui l'Ancien de mon village donne le crédit d'avoir trouvé Medoh. Il aurait soulevé la lame purificatrice ? Je ne peux pas y croire. »

Oh, quel plaisir que le mépris de Revali soit orienté dans une direction aussi agréable ! « Tu as bien compris. » l'informais-je aussi froidement que possible. « Il s'est présenté, brandissant la lame, à mon père hier. »

Revali passa rageusement ses mains emplumées sur son visage. « C'est une mauvaise nouvelle que qui que ce soit ait retiré cette épée. Cela… Cela enclenche purement et simplement un compte à rebours pour nous tous. Et lui, par-dessus le marché ! Il ne peut même pas voler ! »

C'était une plainte si ridicule que je dû étouffer un rire. « Il est Hylien ! »

« Et alors ? »

Bonté divine. « Ton Ancien lui attribue la découverte de la Créature Divine Vah Medoh ? »

Revali haussa hargneusement les épaules – il faisait beaucoup de choses de manière agressive, à la réflexion – et ses plumes tremblèrent un peu de son cou à sa crête. Il était agité et face à une affirmation qui le mettait mal à l'aise ; je l'avais déjà vu réagir ainsi plusieurs fois. « Il était impliqué. De très loin, au mieux. Et, honnêtement, je suis arrivé quelques instants après lui, alors qu'on lui attribue le mérite n'est rien d'autre qu'un coup de chance… »

« Bien que j'adhère totalement à ton point de vue » lui dis-je, faisant de mon mieux pour masquer la consternation de ma propre voix « je doute fort qu'il ait pu maitriser la lame purificatrice sur un coup de chance. »

« Ce qui explique mon incrédulité. » répondit-il. « Il n'a rien de spécial. »

« Ne me fais pas jouer le rôle de l'avocat du diable dans cette affaire. » soupirais-je. « L'épée l'a choisi, il est notre cinquième prodige. »

« Sixième. » corrigea Revali. « Ne vous sous-estimez pas, princesse. »

« Cela… reste à voir. »

« Balivernes. Nous allons régler ça rapidement. Votre anniversaire est pour bientôt, n'est-ce pas ? Je vais vous lancer dans le précipice de la zone d'entraînement, où nous apprenons aux oisillons à voler. Il faudra s'élever ou chuter, princesse. S'élever ou chuter.

« Alors je tomberais au fond du ravin. » souriais-je avec lucidité. « Le pouvoir de sceller le Fléau ne me permet pas de voler. »

Revali haussa les épaules. « Toutefois, l'idée vous a fait sourire. Mission accomplie. Je vais aller attraper le garçon volant là-bas et le jeter lui dans le précipice. Nous verrons alors si son épée qui-juge-bien-mal-les-gens pourra le sauver. » Secouant tout son corps pour mettre ses plumes en ordre, il se propulsa de la passerelle et me laissa avec mes livres et mes fleurs.

Mipha émergea de l'eau au pied de mes appartements ce soir-là, après avoir gravi les cascades pour contourner l'agitation étouffante qui régnait à l'intérieur du château. Je n'avais pas entendu dire que Revali avait réussi à jeter Link dans le précipice, et ce n'était pas dû à un manque d'attention.

« Il l'a fait ! » déclara-t-elle en exultant, et l'espace d'un battement de cœur je pensais au succès de Revali, non celui de Link. L'image fût amusante. « Je savais qu'il le pouvait ! Je lui ai mis l'idée de la lame purificatrice en tête il y a près d'une décennie, je savais qu'elle le choisirait ! Oh, l'avez-vous déjà rencontré ? N'est-il pas adorable ? »

« Je l'ai rencontré. » ai-je concédé, ressentant poindre à nouveau l'envie de rire. C'était tellement difficile d'être maussade, avec ces énergumènes autour de moi. « Je ne sais pas si je le qualifierais d'adorable, toutefois. »

« J'ai décidé quand je l'ai rencontré pour la première fois que je l'épouserais un jour. » avoua-t-elle, et je me souvins qu'elle avait annoncé la même chose plusieurs années auparavant, pensant qu'il s'agissait simplement d'un garçon qu'elle connaissait, pas une personne sur laquelle je mettrais un jour un nom. Il me fallut plusieurs longs moments avant de pouvoir rassembler toutes les pièces du puzzle.

« Link ? Link est le garçon qui t'a trouvé lorsque tu as été emportée en aval de Vah Ruta ? Mais c'était il y a plusieurs années ! Il devait être si jeune, pas plus âgé qu'un enfant, si ce n'est moins. »

« Parfois, vous posez les yeux sur une personne et vous savez qu'elle est spéciale. » répondit Mipha, sans une once de timidité. « J'en suis convaincue… il est l'élu de l'épée, après tout. Est-il ici ? J'ai hâte de le revoir ! »

« Il est là. » admis-je. « Cependant il est fort probable qu'il se cache de Revali ; ton camarade Prodige semble croire fermement aux vertus thérapeutiques de la zone d'entraînement au vol des Piafs. »

« Oh, il n'oserait pas. » siffla-t-elle, retombant dans l'eau en contrebas. « J'aurais dû apporter le... non. Non, j'ai eu raison de le laisser, ce n'était pas le bon moment… » Elle murmurait encore tandis qu'elle flottait et disparaissait.

Daruk et Urbosa arrivèrent approximativement à la même heure le lendemain matin. Daruk s'était déplacé comme une pierre, descendant en roulant de la Montagne de la Mort à une vitesse littéralement casse-cou. Urbosa bénéficiait de ses morses des sables, bien sûr, puis des chevaux rapides du relais à l'entrée du canyon des contrées Gerudo. Daruk avait des choses à dire à Link – un tonitruant beau travail, p'tit gars ! accompagné d'un fracas étourdissant et une silhouette floue de couleur verte qui fut projetée en l'air furent des signes évidents de leur réunion – pendant qu'Urbosa me retrouvait immédiatement. J'étais encore sur la passerelle, envoyant mes prières au soleil levant.

« Que pensez-vous de notre nouveau Prodige ? » demanda-t-elle, éludant un salut. Elle était si semblable à Impa, mon Urbosa ; elle se considérait comme ma protectrice tout autant que la pilote de Vah Naboris.

« Je suis envieuse. » admis-je volontairement, jetant un coup d'œil pour vérifier qu'elle était seule avant de retourner à mes dévotions. « J'aimerais qu'il y ait un arbre à qui je puisse poliment réclamer mon héritage, et que ce soit quelque chose de tangible et bien visible. »

Urbosa s'affala sur les pierres à côté de moi et se mit à rire. « Ça n'a pas été aussi simple que ça. Il a repoussé la corruption qui empêchait les excavateurs d'accéder à Naboris, et la moitié de la Cité Gerudo a essayé de le retenir sur place. Il est un peu frêle, ce voi, mais il a attiré l'attention de la chef elle-même. S'il ne fait pas attention, il enfantera la prochaine génération des Gerudo. Ou, pire, ses rejetons briseront assez de cœurs pour provoquer l'extinction notre population. »

Il y avait quelque chose au sujet du peuple du désert que je ne comprenais pas très bien, mais le vague malaise que m'inspira ce commentaire ne valait pas la peine que j'abandonne mes dévotions. « Dis-moi, Urbosa, ce que tu penses vraiment de notre plus récent Prodige. Revali et Mipha ont été très clair dans leurs opinions, et il semble que Daruk ait réussi à faire s'envoler Link, contrairement à Revali. »

Urbosa rit de nouveau ; c'était l'un de mes sons préférés. « Il a le mental d'un guerrier, c'est certain. Il est également aussi tenace qu'un Moldarquor, heureusement il a l'intelligence de réfléchir avant d'agir. »

« Les Moldarquor ? Ce ne sont pas ces grands cétacés des sables qui vivent dans les dunes ? »

« Oui. Vous avez bonne mémoire. Ils attaquent tout ce qui s'approche d'eux, et une fois qu'ils ont entendu une proie, ils ne s'arrêteront pas avant de l'avoir réduit au silence. Mais cela veut dire qu'ils ne font pas de différence et qu'ils sont capables d'attaquer un tonneau de bombe ou chasser un chariot rempli d'explosifs dans un canyon. Certes, ils survivront à l'ingestion d'une bombe, mais cela les assomme donc… je digresse. Ce que je voulais dire, c'est que si ce garçon souhaite quelque chose, il l'obtient. Peu importe le temps que cela prendra. Un petit peu plus de tempérance et il vous conviendrait tout à fait, princesse. »

Je refusais catégoriquement de réfléchir à la façon dont elle voulait que je prenne ce commentaire. « Puisque vous êtes tous là, nous pourrions officialiser cet arrangement dans l'après-midi. Si tu veux bien être assez gentille pour suggérer l'idée à mon père ? »

« Je vais lui en parler en personne. » dit Urbosa en se redressant sur ses pieds. « Je connais le refrain du rejet. N'oubliez pas de manger aujourd'hui, vous êtes la vai la plus maigre que je connaisse. »

« Je te ferais savoir que je n'ai plus oublié de manger depuis l'âge de douze ans ! C'est arrivé une seule fois… »

Elle me rit au nez, encore une fois, et je savais qu'elle plaisantait gentiment. Elle quitta mes appartements, et pendant un long moment, je fus enveloppée par la sérénité. Je ne connaissais aucun d'entre eux depuis très longtemps - à l'exception de Mipha, bien entendu – mais les quatre Prodiges étaient devenus mes amis les plus précieux. Nous partagions tous un objectif et un fardeau similaire qui nous unifiait comme rien d'autre ne le pourrait jamais.

Si Mipha ne s'était pas rapprochée de moi à la mort de Mère, j'aurais eu une enfance très solitaire, il est vrai. Nous étions unies dans notre perte mutuelle, et par le poids de savoir qu'un jour nous dirigerions nos peuples une fois devenues vraiment orphelines. Elle avait bon cœur ; son amour pour Link était aussi dur à comprendre pour moi que de le voir porter l'Epée de Légende. La lame l'avait choisi pour ses capacités et son courage et c'était ces mêmes raisons qui avaient poussé Revali à le considérer comme un rival. Mipha, cependant, l'avait choisi pour son grand cœur.

« Qu'est-ce que tu as fait ? » La voix d'ordinaire si douce de Mipha résonna contre les murs du château. « Tu aurais pu lui briser les os ! »

« C'est de votre faute, vous savez. » dis-je pour conclure ma prière. « Vous les avez choisis, vous l'avez choisi lui. S'ils me distraient de mes dévotions, c'est à cause de vous. »

Je ne m'étais jamais adressé directement à haute voix à la Déesse. La surprise du blasphème fut étrangement plaisante après coup.

« Je ne l'ai pas blessé ! Il est petit, mais il est solide. Et d'ailleurs, Revali l'aurait attrapé si je n'avais pas... »

« Je ne l'aurais pas fait. »

« Tu aboies beaucoup, Revali, mais tu ne mords pas. »

« Oh ? Première nouvelle. »

« Vous tous ! » La voix d'Urbosa se fit entendre par-dessus leur babillage tandis que je marchais sur la promenade de la tour qui abritait mon étude, d'où je pouvais contempler le chaos que les cinq Prodiges faisait régner dans la cour. Link se soumettait aux administrations de Mipha avec une sorte de sourire désabusé adressé à Daruk, qui haussa les épaules en souriant en retour à son ami Hylien. Revali se tenait debout, les bras (les ailes ?) croisés, secouant lentement la tête en réponse aux accusations de Daruk. Urbosa marchait dans leur direction, déployant sa plus belle voix de guerrière-Gerudo-en-colère. « Nous avons une entrevue avec la princesse. Conduisez-vous en conséquence. »

Daruk tira Link hors de portée de Mipha alors qu'ils protestaient tous les deux, et balança l'Hylien par-dessus son épaule comme un sac de pierre. La voix de Link se perdit dans les complaintes de Mipha, et je me surpris à constater que je m'efforçais de l'entendre. Je n'avais entendu que cinq mots provenant de lui ; c'était trop peu d'éléments pour le juger…

Que cherchais-je à évaluer ? Le poids de l'épée en disait long sur sa personnalité, sans oublier les informations de Mipha. Le souvenir de son regard concentré sur moi la nuit dernière remonta aux premières préoccupations de mon esprit, et l'accablement menaça de me submerger à nouveau. Peut-être n'était-il pas celui qui était jugé.

Peut-être cherchais-je à condamner l'idée qu'il s'était fait de moi.

Comme si mon échec avait besoin d'un public plus large.

Je fus la dernière à me présenter à la réunion, traînant des pieds dans le couloir comme une enfant. Tous les cinq avaient mérité leurs tuniques et écharpes, dans le ton bleu vif des Prodiges d'Hyrule. Il m'était interdit de porter les miens dans l'enceinte du château. Père avait déclaré que ce n'était pas digne d'une princesse, mais nous savions tous que c'était parce que je ne n'avais pas mérité ce droit.

Je ne pouvais pas être la Prodige d'Hyrule si je n'avais même pas assez de puissance pour la défendre.

Je poussais la porte, m'apprêtant à prétendre que je n'étais pas à la traîne, à m'auto-déprécier dans le couloir. Link avait, en effet, déjà rencontré les quatre autres, et avait établi une forme de relation avec chacun d'eux. Daruk et Mipha le protégeaient tous deux ; Daruk dans le genre quasi-abusif d'un frère aîné, tandis que Mipha lui témoignait une sorte de tendresse qu'il semblait tolérer, à défaut de la partager.

Compte tenu ce qu'Urbosa avait dit de son passage parmi les Gerudo, il avait beaucoup d'expérience dans le rejet galant des avances de la gent féminine, semblait-il.

Revali voyait en Link un rival, tandis qu'Urbosa était désireuse que Link endosse le rôle de mon protecteur attitré, et elle le préconisa à haute voix.

« Mon quoi ? »

« Votre père devrait le nommer en tant que votre chevalier servant. » répéta calmement Urbosa. « C'est le plus logique. Nous avons chacun nos Créatures Divines à dompter, et nos postes à maintenir aux quatre coins d'Hyrule. Mais la lame purificatrice est aussi mobile que Link voudra qu'elle soit. Il peut être partout où vous êtes, princesse, et il le sera. »

« Nous quatre, on frappera Ganon depuis nos Créatures Divines. » déclara Daruk. « Mais le p'tit gars, il sera sur le front avec vous. Il mettra le Fléau à terre, et vous le scellerez. Vous devriez vous habituer à travailler ensemble. »

« Bien que je préfèrerais être à vos côtés, pour soigner toutes vos blessures, je crains de devoir me ranger à l'avis de Daruk et d'Urbosa. » approuva tristement Mipha.

« Il faut bien qu'il fasse quelque chose. » ajouta Revali. « Nous pilotons tous des Créatures Divines. C'est mieux qu'il vous protège lorsque vous partez à la recherche de gardiens et autres. »

« Hors de question. Je n'ai pas besoin d'un chaperon. Je voyage à travers ce pays depuis des années, et je… »

« Vous ne le ferez plus seule. » déclara la voix de mon père depuis la porte de la salle. Tous les Prodiges se levèrent de leurs sièges, mais seul Link tomba immédiatement sur un genou et inclina la tête vers son souverain. Nous étions alliés des autres races ; aucun d'entre eux n'avait directement juré allégeance au roi Rhoam.

Je me retournai beaucoup plus lentement et je me levai. Il attendit la fin de mon mouvement pour me faire face avant de continuer. « Vous devriez vous entraîner, plutôt que de jouer à la chercheuse, mais vous vous rendez aux Sources du Courage et de la Force tôt ou tard. Vous ne devez plus voyager seule. Le monde change, Zelda. L'arrivée de Link signifie que notre temps est bientôt révolu. »

« Père, je… »

« Pas la peine de discuter, Zelda. Nous officialiserons tout cela dès demain. Merci à vous tous de vous être déplacé dans un délai si court. Comme toujours, j'apprécie votre appui et votre dévouement. »

Père sortit de la pièce et referma la porte sur les murmures de l'assemblée des Prodiges. Une fois la porte close, Link se redressa et recula dans son siège. La façon dont il me regardait était insondable. Stoïque, discutablement austère. Que voyait-il en moi ? Son agenouillement envers mon père était-il une offense envers moi plutôt d'un honneur pour lui ? L'expression de son visage à cet instant dissimulait-elle le fait qu'il ne plierait jamais le genou devant la princesse ratée ?

« T'as besoin d'une tunique bleue ! » déclara Daruk. Mipha se leva rapidement et s'excusa, expliquant qu'elle savait où en obtenir une. « Et nous devons officialiser tout ça ! Vous vous rappelez du livre que vous m'avez montré, princesse ? Quand j'ai dit que je ne comprenais pas toutes ces histoires de Prodiges ? »

Un poids se logea dans mon estomac quand je réalisais à quoi Daruk faisait référence. Cependant, il s'était accroché à l'idée et il n'y avait aucun moyen de le faire changer d'avis sans froisser sa sensibilité de Goron. Pour quelqu'un de sa taille et avec autant de force, il avait vraiment un cœur tendre.

« La cérémonie ! Sur l'autel, et tout ça ! Vous m'avez montré l'image dans le livre, vous vous souvenez ? Vous avez dit que j'y assisterais un jour, si on avait assez de chance pour… pour… »

« Je me souviens. » répondis-je faiblement. « Il semble que nous sommes maudits de vivre à pareille époque. Si tout le monde juge la chose nécessaire… »

« Je ne vois rien d'indispensable là-dedans. » nous informa Revali en me coupant la parole. « Mais je n'ai pas non plus d'opinion particulière sur cette cérémonie, d'une manière ou d'une autre. Faites-le, si ça peut faire plaisir à Daruk. »

Daruk tourna vers moi de grands yeux plein d'espoir, et je capitulais avec un soupir. « D'accord. Nous nous retrouverons à l'aube, et je vais… Je bénirais formellement l'élu de l'épée. »

Je me levais et partais, au moment où Mipha revenait dans la pièce, serrant fermement la tunique de prodige contre sa poitrine. « Link ! Le roi Rhoam en avait une, je l'ai trouvée dans son étude ! Il semble qu'elle ait été faite sur mesure pour toi ! Allez, met-là ! »

Je me rendais directement à la bibliothèque, et avec toute la patience que je pus rassembler, je réitérais ma demande pour un carnet vierge. Je fus récompensée par un tome épais, bien lié et totalement vide, ainsi qu'une excuse très éloquente pour avoir oublié ma requête précédente.

Je déviais la conversation avec le bibliothécaire par une question que j'espérais être simple : y avait-il une connexion entre l'ascension du Héros, l'élu de l'épée, et le moment du retour du Fléau ?

La réponse ne fut pas évidente, loin de là. Les deux événements étaient inextricablement liés – je m'agaçais en entendant ce mot – mais s'il y avait un temps précis qui devait s'écouler entre le choix de l'épée et le réveil de Ganon, nos études ne l'avaient pas révélé.

Je passais le reste de la journée à étudier l'un des ouvrages les plus conséquents, à la recherche de toute référence que nous aurions négligée, de toute prophétie qui aurait pu devenir évidente avec la révélation du Héros.

Je partais bien après l'apparition de la lune, cumulant un double échec à la fois dans mes recherches et dans le respect de mes dévotions régulières.

J'avais réussi à obtenir un nouveau journal, mais regarder la première page effaça toute motivation à mettre en mots les sentiments avec lesquels je luttais. Ma première note dans le journal que je commençais la veille de mon seizième anniversaire fut gauche et concise. Comme cela me correspondait bien.


Après avoir rencontré les Prodiges, je suis retournée à l'étude des anciennes technologies, mais rien de nouveau n'est ressorti de mes recherches. Le retour de Ganon se profile une force sombre qui nous menace de loin. Je dois apprendre tout ce que je peux sur les reliques afin que nous puissions l'arrêter. Si la prophétie s'avère exacte, il ne nous reste plus beaucoup de temps.

Ah, retourner ces pensées dans ma tête ne sert à rien. Je suppose que je devrais aller me reposer.

PS : Demain, Père fera officiellement de LUI mon chevalier servant.