Rating/Warning : K+ (adolescents et jeunes adultes) - Description de violence (canon), décès de personnages majeurs (canon)
Disclaimer : Tous les personnages du canon, le monde et le contexte appartiennent à Nintendo. La fanfiction originale est l'oeuvre de MaryDragon sur Archive Of Our Own ( /works/10425738/chapters/23019495), qu'elle m'a gentiment autorisé à traduire et publier ici.
L'illustration provisoire est signée Ariettys (Ariettysart sur tumblr), allez jeter un oeil à son blog, elle publie de magnifiques fanarts sur le jeu!
Notes :
Souvenirs 4 & 5, se termine sur la troisième note du journal de Zelda
Chapitre plus court que les autres, mais le prochain va rattraper cette petite lacune ^^ /teasing/
Chapitre 3 : She Hates Me
Les ajustements que nous avions besoin de faire sur Vah Rudania avec la tablette Sheikah m'obligèrent à rester à l'intérieur de la Créature Divine pendant que Daruk la pilotait depuis le poste de commandement principal. Après quelques secondes d'un silence gênant quand nous sommes arrivés, Daruk a attrapé Link et l'a entraîné à la barre pour lui tenir compagnie. J'étais absorbée par la carte des contrôles de la Créature Divine, alternant entre les différents angles de vue pour tenter de comprendre comment Rudania bougeait comme elle le faisait, quand un tremblement fit soudain vibrer la coquer autour de moi. Ma tête se cogna et je me figeais, arrachée à ma rêverie. Tandis que je tendais l'oreille, essayant de déterminer la source du grondement, j'entendis Daruk rugir, puis le craquement d'un rocher qui explose. J'étais incontestablement plus en sécurité là où je me trouvais – l'intérieur de Vah Rudania était ignifugé et facilement de trente degrés plus frais que l'air en dehors – mais la curiosité avait toujours été un de mes plus gros défauts.
Je me dirigeais vers le poste de pilotage quand Link se rua sur la rampe dans ma direction.
Il avait la bouche ouverte, et pris une inspiration comme pour crier, et pendant un instant je crus qu'il allait me réprimander. Au lieu de cela, ses yeux s'écarquillèrent en me voyant indemne, et sa mâchoire se referma net. C'était presque comme si les mots qu'il avait l'intention de prononcer s'étaient évanouis sur sa langue. Il hocha la tête, une fois, puis rengaina son épée.
« Que s'est-il passé ? »
« Un petit tremblement de terre » expliqua la voix de Daruk au-dessus. « On a tendance à oublier que la Montagne de la Mort est un volcan actif. On ne l'appelle pas la Montagne de la Mort pour rien. »
« Qu'est-ce que c'était que ce cri ? » continuais-je, repoussant Link pour aborder Daruk – du moins, j'essayais. Le bras de Link tenta de barrer mon chemin, et je marchais droit dessus. Ce fut comme se prendre une barre de fer dans l'abdomen. Je toussais une protestation et reculais. « Je te demande pardon ! »
« Ne… Ne venez pas par ici. » dit Daruk, un peu gauchement. « Je peux me protéger contre les plus gros rochers, mais je ne peux pas être certain de garantir votre sécurité. Je vais rapprocher Rudania du Village Goron, pour que vous puissiez vous mettre à l'abri tous les deux. Aucun de vous ne pourra continuer son travail si vous vous faites broyer par tous ces rochers qui n'avaient pas bougés depuis des décennies. »
Je regardais Link. « Tu aurais pu me dire tout ça toi-même. »
Il prit une inspiration comme pour réfuter – enfin ! Peut-être pourrais-je juste lui crier dessus et en finir avec tout ça – mais Daruk le coupa. « Le p'tit gars est dans l'action et pas dans la parlote, princesse. C'est exactement ce que vous devez attendre d'un protecteur. Pas vrai, p'tit gars ? »
La mâchoire de Link claqua et je vis le subtil changement qui indiquait qu'il ne parlerait pas davantage. Quelles sortes d'insanités contenait-il ? Quelles paroles horribles se retenait-il de me lancer à la figure ?
« Très bien. » soufflais-je. « Je vais retourner à la pierre guide et terminer mes analyses de la carte. »
« Bon travail, princesse. » souhaita Daruk. Je pivotais sur mes talons et reculais. Je n'eus pas besoin de regarder en arrière pour savoir que l'autre Hylien sur Rudania se trouvait précisément trois pas derrière moi.
Il resta à cette place pendant cinq. Maudites. Semaines. Toujours trois pas derrière moi. Une fois rentrés au château, nous avons repris la routine dans laquelle nous nous étions installés Link me permettait de l'éviter autant que possible pendant mes occupations quotidiennes, mais dès l'instant où je déviais de mes horaires réguliers, et il réapparaissait. Comme par magie. Je ne voulais pas croire qu'il m'espionnait, mais c'était la seule explication plausible.
C'était la chose la plus irritante à laquelle j'avais été soumise de toute ma vie.
J'avais commencé à lui en parler – Link, je vais seulement descendre aux niveaux inférieurs du château, je n'ai pas besoin que tu m'accompagne. Il me regardait dans les yeux, hochait la tête, se retirait pour me laisser passer, puis retournait à trois pas derrière moi.
Il me déconcentrait ! Je décidais finalement que s'il me suivait constamment, je pourrais en moins en tirer quelques avantages. Quand je ne pouvais plus le supporter, je reprenais les recherches que j'avais commencé sur les reliques que Pru'ha appelait les sanctuaires, et j'en cherchais un en particulier il était désigné en tant que sanctuaire de Tina Kyosa dans les ouvrages, où il était cité comme le premier et le plus accessible de tous les sanctuaires construits. Toutes les mentions à son propos comportaient cependant un étrange symbole en ancien sheikah que je ne parvenais pas facilement à identifier. Je décidais de passer au Village Cocorico avant de me rendre au sanctuaire – qui était dans la direction totalement opposée, mais plus longtemps je restais hors du Château, mieux je me portais – pour obtenir une traduction d'Impa.
Elle était présente au village, pour une fois. Elle accueilli chaleureusement Link, mais seulement après avoir épuisé l'éventail de plaisanteries qu'elle pouvait échanger avec moi. Je me doutais que Link avait étudié avec Impa, mais la confirmation m'agaça plus que prévu.
« Tu as mangé des légumes verts en cachette, mon jeune ami ? » lui demanda Impa, sur un ton moqueur.
Il haussa les épaules et hocha la tête, avec un soupçon de sourire. Elle se mit à rire, lui tapa sur l'épaule, et me questionna à propos du symbole qui m'avait dérangé.
Son visage redevint sérieux quand je le lui montrais, en utilisant la fonction de capture d'image de la tablette. « Cela ne se traduit pas littéralement. C'est une abréviation, en quelque sorte… la traduction communément admise est, jamais oublié dans la veille et le sacrifice. »
« Pourquoi écriraient-ils cela après chaque mention du sanctuaire ? »
« Tina Kyosa est un nom, ma princesse. » m'informa doucement Impa. « Probablement le nom de la personne qui a donné sa vie pour la création de ce sanctuaire. Sans doute son esprit y demeure-t-il encore, pour le protéger. »
« Donc, entrer dans le sanctuaire pourrait nous mener vers un ancien Sheikah, quelqu'un ayant connaissance de la façon dont les sanctuaires ont été construits et dans quel but ? »
« Oui, théoriquement. Mais il est possible, également, qu'il y ait une épreuve avant d'atteindre l'esprit, et que cette épreuve elle-même l'épuise jusqu'à ce que son âme soit trop faible pour faire preuve de sagesse. »
« Même un simple oui-ou-non pourrait être tout ce dont nous avons besoin pour changer la donne. » affirmais-je, et Impa secoua la tête avec un sourire. « S'il y a une façon d'entrer dans ces sanctuaires, j'ai confiance en vous plus que quiconque pour la découvrir, princesse. »
« Merci beaucoup. » réussi-je à répondre, légèrement bouleversée par ce compliment. Il y avait longtemps, en effet, que personne ne m'avait témoigné un tel gage de confiance. Enfin… Personne en dehors des Prodiges, mais je sentais vraiment qu'ils se forçaient à me trouver des qualités.
Après avoir quitté le Village Cocorico avec mon ombre à trois pas derrière, je décidais que c'en était assez. Peut-être que la raison pour laquelle mon père n'avait pas respecté mes souhaits auparavant était je ne les formulais pas avec assez d'autorité dans la voix. Il me formait à régner, après tout même si le pouvoir du sceau se manifestait miraculeusement dans les dix prochaines minutes et que nous vainquions facilement le Fléau Ganon quand il s'éveillerait, je serais toujours chargée un jour de régner sur Hyrule. Je devrais simplement commander à mon chevalier servant de ne pas m'accompagner au sanctuaire de Tabantha.
Je m'arrêtais au milieu du chemin, me tournais vers Link et relevais le menton. « Je pense que je n'ai plus besoin de ta compagnie aujourd'hui. Les routes sont dégagées. Je vais voyager jusqu'à Tabantha, comme tu le sais je te donne donc par la présente la permission de poursuivre les affaires personnelles que tu pourrais avoir dans la région. Tu n'es pas autorisé à me suivre. »
« Ma vie vous appartient. » dit-il, bien que ce soit un rappel et non un consentement.
« Eh bien, soit. Je me réserver le droit de l'envoyer ailleurs pendant un certain temps. Sans toi, donc. »
Je me retournais sans me préoccuper de vérifier s'il m'avait écouté. Je réussi à contenir ma curiosité pendant une bonne heure, mais quand je réalisais que je n'entendais plus les bruits de pas derrière moi, je cédais et me retournais.
La route était déserte. Cela avait fonctionné !
Je m'arrêtais pour récupérer mon cheval, Royal, au Ranch juste au sud-est de la Citadelle, et je fis tout le chemin jusqu'au sanctuaire de Tina Kyosa dans l'après-midi. C'était exaltant, d'être seule ; j'avais presque oublié la sensation de la liberté. J'aurais autant de temps que je le souhaitais pour tenter de comprendre le fonctionnement du sanctuaire.
La première chose que je remarquais en arrivant fut le piédestal en pierre à côté du grand symbole sur le mur qui devait être l'entrée du sanctuaire. Je ne vis aucune porte à pousser, mais la gigantesque rune sur l'étrange revêtement en métal différait tellement du reste de la construction qu'elle semblait crier l'entrée est ici ! J'avais vu la tablette Sheikah avoir des réactions spécifiques au contact des pierres guides auparavant, alors après avoir traduit autant de runes que possible et examiné le moindre recoin de la surface du sanctuaire, j'apposais la tablette sur la pierre et espérait une réaction.
Il n'y eut aucun signe de vie de la pierre, aucune étrange voix métallique ne provint de l'intérieur, pas de lumières bleues dansantes ou même le petit clignotement que le projet de relique de compagnie de Farras manifestait parfois.
« Rien du tout. Comme je le pensais. » Il était plus facile de réfléchir à haute voix quand j'étais seule. Je continuais sur ma lancée, essayant de reprendre le raisonnement des livres que j'avais lu – plutôt en vain jusqu'à présent – dans mon étude. « Il semble que cette structure ait été conçue pour être accessible uniquement par l'élu de la lame purificatrice. Il y a pourtant forcément un moyen d'y entrer. »
Quelques nouveaux petits coups de la tablette contre la pierre ne donnèrent rien.
« Comment faire ? Il doit y avoir quelque chose à actionner. »
Le hennissement d'un cheval derrière moi, plus loin dans les ruines qui entouraient le sanctuaire, me tira de mon analyse. Royal accueillait un autre cheval.
Le cheval de Link.
L'élu de la lame.
Et si je lui remettais la tablette ? Les sanctuaires se réactiveraient-ils à son contact ?
C'en était trop. Il pouvait simplement se promener dans ces sanctuaires, alors que le reste du monde devait tenter de les forcer, jour et nuit ? Je pouvais rester captive de l'un d'entre eux pendant des années, et lui pourrait tranquillement se précipiter à l'intérieur, comme par enchantement ? Grâce à sa maudite personnalité si grandiose ?
Non, juste non.
Il fit ralentir son cheval et se laissa tomber à côté de l'étalon en position accroupie, clairement en train d'examiner les ruines pour prévenir tout danger. Il se releva après un moment et se dirigea vers moi, sans aucune trace de remords sur son visage. Alors qu'il avait désobéi à un commandement direct de sa princesse ! Ma patience céda.
« Je pensais avoir précisé que je n'avais pas besoin d'une escorte. » affirmais-je en m'éloignant du sanctuaire. « Il semble que je sois la seule à pouvoir agir de ma propre volonté. »
J'ai essayé de paraître royale. J'ai essayé de paraître en train de commander. J'ai essayé de paraître condescendante. J'ai essayé de faire tout mon possible pour lui faire comprendre que je tenais à ma liberté. Mais quand j'ai rencontré ses yeux, ils étaient grands ouverts. Il n'y avait de culpabilité sur son visage, seulement… de l'incrédulité ?
« Je suis la première concernée et je vais bien, peu importe les ordres du roi. »
Il fléchit au moment où je déclamais ma tirade. Ce fut très bref – à peine plus que le temps de cligner des yeux – mais j'étais devenue si observatrice de ses rares démonstrations d'émotions que je n'aurais pas pu le manquer même si je l'avais voulu.
« Retourne au château, et rapporte mes paroles à mon père, je te prie. » Je passais devant lui – je ne pouvais tout simplement plus supporter une seule autre minute de cette comédie – et me dirigeais directement vers Royal. Il me conduirait à l'entrée des contrées Gerudo, où je pourrais fuir vers Urbosa. Elle serait même obligée de m'emmener dans la Cité Gerudo, où je savais que Link ne pourrait pas me suivre.
Comme si mes mots les avaient invoqués, le bruit des pas de Link se manifestèrent soudain à mes oreilles. Il était à trois pas derrière moi.
C'était insupportable. Je me retournais, serrais les deux poings et criait « Et cesse de me suivre à la fin ! »
Ses yeux s'écarquillèrent. Il n'était pas seulement surpris, mais aussi confus. Blessé, peut-être, mais sans aucun doute confus.
Oh, quelle horrible personne je faisais. Je l'avais totalement mal compris... ou, plutôt, il m'avait mal compris. Il ne pouvait pas imaginer que je ne veuille simplement pas être suivie partout…
Je sautais sur le dos de Royal et l'éperonnais, l'éloignant des ruines, loin de ma brusque disgrâce.
Comment étais-je censée savoir ce qu'il pensait de moi s'il ne me donnait jamais aucun indice ? Je n'avais aucune raison de soupçonner qu'il pensait à moi comme... comme ...
...comme autre chose qu'une plaie royale sur son dos.
Ce dont il avait apparemment écopé. Et peu importe ce qu'il pensait, il remplissait juste sa mission.
Je galopais jusqu'au relais du pont de Tabantha et j'envoyais à un mot à Urbosa. Je n'avais plus eu très envie d'écrire dans mon journal ces derniers temps – la plupart de mes écrits allaient dans les compte-rendu de recherche que je gardais dans mon étude – mais je ressentais en quelque sorte le besoin de me repentir de mon comportement au sanctuaire de Tina Kyosa.
Je lui ai dit quelque chose d'horrible aujourd'hui...
Mes recherches ne me conduisaient nulle part. Je me sentais découragée, et je lui avais dit à maintes reprises de ne pas m'accompagner. Mais il l'a fait quand même, comme il le fait toujours, et je le lui ai crié sans retenue.
Il semblait surpris par ma fureur. Je me sens terriblement fautive... et cette culpabilité ne me rend que plus agitée que je ne l'étais déjà.
Précisions de l'autrice :
- pour elle, Zelda est clairement présente dans le souvenir 4, même si elle n'apparaît pas à l'écran. Tout comme Mary, j'adhère tout à fait à l'idée qu'elle était en train de faire du bricolage à l'intérieur de Vah Rudania.
- Mary précise aussi qu'elle pense qu'à l'époque pre-game, la population était plus nombreuse (ce que semblent indiquer les nombreuses ruines de villes et villages que l'on découvre au fil de l'exploration du jeu), les routes plus fréquentées, et les relais proposaient des formules d'hébergement plus élaborées que juste une salle avec 4 lits à côté d'une étable.
