Rating/Warning : K+ (adolescents et jeunes adultes) - Description de violence (canon), décès de personnages majeurs (canon)
Disclaimer : Tous les personnages du canon, le monde et le contexte appartiennent à Nintendo. La fanfiction originale est l'oeuvre de MaryDragon sur Archive Of Our Own ( /works/10425738/chapters/23019495), qu'elle m'a gentiment autorisé à traduire et publier ici.
L'illustration provisoire est signée Ariettys (Ariettysart sur tumblr), allez jeter un oeil à son blog, elle publie de magnifiques fanarts sur le jeu!
Notes :
Le chapitre du souvenir qui a apparemment ému tout le fandom (et on comprends pourquoi).
Réponses aux guests :
Victoria : Merci pour ton compliment sur la traduction, j'essaie de faire de mon mieux pour retranscrire l'esprit du travail de l'autrice / . Comme tu dis, cette fanfic complète l'histoire du jeu de façon très plausible, aucun détail n'est laissé au hasard. A partir du chapitre 5 les nouveaux éléments, les dialogues et les interactions entre les personnages vont être plus nombreux, j'espère que ça te plaira tout autant ^^ (et effectivement tu avais raison, Feufeu a intervertis les chapitres 1 et 3 quand je les ai publié, mais le bug est corrigé maintenant).
Chapitre 4 : In your honor
Urbosa arriva à l'entrée du canyon, à l'extrême limite du désert, avec deux morses des sables le lendemain matin. Vah Naboris n'était pas loin – je pouvais apercevoir les étincelles de lumière qui illuminaient les deux étranges bosses sur son dos, loin au sud – mais les phoques étaient un meilleur moyen de transport pour l'étude que je prévoyais. Bien que cette bête appelée chameau, sur le modèle duquel avait été conçue Vah Naboris, était supposée être idéale pour traverser le désert, Naboris était un peu, disons, démesurée.
Il y avait quatre sanctuaires dont j'avais pu trouver la trace dans le désert, et j'avais de bonnes raisons de croire qu'il y en existait davantage. J'étais convaincue – et Farras partageais mon avis – que l'une de ces reliques, quelque part, devait être en sommeil plutôt qu'inactive. Nous devions simplement la trouver, et l'utiliser pour activer toutes les autres. J'avais espéré qu'il s'agisse de Tina Kyosa, car les textes le mentionnaient comme un modèle pour la construction de beaucoup d'autres, mais cette hypothèse avait été éliminée. Mon autre théorie était que l'un de ces nombreux sanctuaires du désert, avec un accès limité mais nous étions assez rusés pour passer outre, était la clé. Il y aurait une certaine justice poétique dans le fait de mettre la main sur la clé de la défaite du Fléau Ganon dans les contrées Gerudo, car Ganon fût autrefois l'un des rares hommes de ce peuple exclusivement féminin.
Urbosa me remis une fiole remplie de liquide glacé et me demanda de le boire avant de partir. Elle en avait toute une panoplie enveloppées dans un tissu autour de sa taille, empêchant le verre glacé d'entrer en contact avec sa peau à nu. « Vous en aurez besoin d'un autre avant midi » dit-elle avec un signe de tête. « Mais cela devrait conserver votre corps à une température supportable pendant que le jour se réchauffe. » Je tremblais de façon incontrôlable dès l'instant où je pris la première gorgée de l'élixir, mais je finis ma dose et lui retourna le flacon vide.
« Où est votre chevalier servant ? »
« Je l'ai renvoyé auprès de mon père, en l'informant que je suis entièrement capable de déterminer où et quand j'ai besoin de protection. »
« Oh, vraiment ? »
« Oui, vraiment. J'ai survécu les premières seize années de ma vie sans lui, ni cette épée. »
Urbosa ne trouva rien à redire, me lança l'anse du câble de remorquage de l'un des morses des sables qu'elle avait amené avec elle et désigna de la tête le bouclier posé au sol à proximité.
Puis nous partîmes. Le soleil aveuglant du matin me frappa et mes frissons cessèrent immédiatement. Mes épaules seraient sans doute douloureuses dans l'heure à venir, et j'étais certaine d'avoir des courbatures le lendemain, mais je m'agrippais au câble de remorquable de mon morse et maintenais mon équilibre sur le bouclier Gerudo sous mes pieds en suivant Urbosa là où elle me menait.
Nous visitâmes chacun des quatre sanctuaires que j'avais repéré, mais aucun d'entre eux n'était actif. Tous étaient couverts d'un revêtement sombre là où le terminal prévu pour la tablette Sheikah aurait dû se trouver. Je passais plus d'une heure sur chacun d'eux mais je ne pus obtenir aucune sorte de réaction de la part d'un seul d'entre eux.
Nos morses nous menèrent aux pieds de Vah Naboris tandis que le crépuscule tombait, et je sentais le câble de remorquage s'échapper de mes doigts raidis. Je le regardais atterrir sur le sable, et perdit conscience.
Je fus réveillée par une explosion plusieurs heures plus tard, trouvant la lune haute dans le ciel et l'air froid contrebalancé par une lampe à proximité ainsi qu'un tas de tapis épais en dessous de moi. Mon cœur bondit presque hors de ma poitrine tandis que je m'éveillais en sursaut, et le bruit combiné à l'absence de souvenir de la façon dont j'étais arrivée là me laissèrent déconcertée. Hagarde, je luttais pour retrouver mon sang-froid, et j'aperçus quelqu'un d'autre derrière nous.
Link. J'étais tellement certaine de l'avoir laissé en arrière ! Mon esprit était encore embrouillé par le sommeil, et cela influait sur mes capacités à me taire quand je le devais.
« Une minute, qu'est-ce que… Comment as-tu… Qu'est-ce que tu fais ici ? »
J'étais sûre de perdre ma retenue encore une fois, je sentais le cri monter dans ma gorge, lorsqu'Urbosa commença à rire. Ce n'était pas seulement de l'amusement, non, mais un rire qui provenait du fond de ses entrailles et secouait tout son corps.
« Qu'y a-t-il de si drôle ? »
Link roula des yeux, secouant la tête avec un sourire fantomatique, et j'eu la très claire impression qu'Urbosa l'avait convoqué ici avant de me réveiller avec un de ses éclairs. Quelle espèce de fouineuse…
« Venez. J'ai de la place à l'intérieur de Naboris pour que vous puissiez dormir à votre aise. » déclara Urbosa une fois qu'elle eut contrôlé son hilarité. « Votre chevalier servant et moi-même vous rejoindrons plus tard, afin de ne pas déranger votre repos. Encore une fois. »
« Oui, eh bien… j'apprécie l'intention. »
Link resta à l'extérieur de la Créature Divine tandis qu'Urbosa me conduisait dans sa panse. Il y avait un lit préparé dans l'une des nombreuses pièces latérales, et Urbosa assura que cela ne la dérangeait pas que je l'utilise. Alors qu'elle me laissait m'installer et se retournait pour partir, je lui demandais d'attendre.
« Je ne sais pas pourquoi tu as demandé à Link de venir ici, mais j'ai besoin qu'il me laisse respirer un peu. S'il te plait, Urbosa. Tu ne sais pas ce que c'est, d'avoir si peu de liberté. »
« Il est tout à fait possible, princesse, que ce soit sa présence qui garantisse votre liberté. Mais je comprends. Lui et moi discuterons des mesures à prendre pour qu'il puisse accomplir son devoir avec le moins possible de désagrément pour vous. »
« De désagrément ? » ai-je fait en écho, plus qu'un peu offensé. « Je n'ai pas dit que c'était un… »
« Bonsoir, princesse. » dit Urbosa en souriant, et elle ferma la porte.
J'étais trop fatigué pour tenter d'écrire dans mon journal, mais son conseil ambigu garda mon esprit éveillé longtemps après que mon corps se soit enfoncé dans l'immobilité. Le sous-entendu que je n'étais pas juste envers Link ne me plaisait pas vraiment, mais j'étais trop fatiguée pour réussir à en tirer des conclusions.
Je me réveillais le lendemain matin pour découvrir que Naboris nous avais emmené tout près de la Cité Gerudo. J'eu soudainement envie de me promener dans le marché en plein air du Bazar Assek, et Urbosa m'avertit de surveiller de très près ma bourse et ma personne.
« Les Gerudo ne sont pas la seule tribu du désert, princesse. Je viendrais avec vous, si je n'avais pas besoin de déplacer Naboris plus loin de la ville pour m'entraîner avec les contrôles que vous avez installés sur les cylindres à l'intérieur. Vous devriez demander à votre chevalier servant… »
« Je suis tout à fait capable de faire mes courses par moi-même, Urbosa. »
Elle haussa les épaules. « Comme vous voulez. »
Je me rendais compte, une fois les pieds dans le sable et que Naboris s'éloignais, que je n'avais pas vu Link de toute la matinée.
Je fus frappée par cette révélation. D'une part, peut-être cela signifiait-il qu'il avait finalement respecté ma volonté et était retourné auprès de mon père. D'autre part, il était possible qu'il soit parti parce que je m'étais suffisamment comportée comme une peste pour le dégoûter tellement qu'il ne se souciait plus que je vive ou que je meure. Non par que je courre le moindre risque les Gerudo avaient leur propre chef, et les monarques hyruliens étaient attachés à ce que les contrées Gerudo bénéficient d'autant d'autonomie que possible. Il n'y avait peu ou pas d'animosité entre les peuples, et j'avais l'avantage d'être une femme. Toutes les Gerudo que je rencontrais me regardaient comme si j'étais à peine plus âgée qu'une enfant, en raison de la relative différence de taille entre elles et le peuple hylien, et me témoignaient une attitude protectrice. Pas autant que pouvait l'être Urbosa, bien sûr, mais tout de même.
Une femme du bazar voulut me vendre des vêtements un peu trop révélateurs, même pour le désert. Je pouvais comprendre que cela contribuait à l'aération et au refroidissement du corps, mais cela ne favorisait-il pas également la déshydratation ? Je préférais encore les élixirs rafraichissants d'Urbosa, merci bien.
Je dégustais une épaisse tranche de melon glagla et parcourais les étals plus exotiques. Mes lectures m'avaient appris que ces fruits rouges et épais fournissaient effectivement au corps une résistance aux dommages causés par la foudre et autres décharges électriques, bien que je n'aie jamais vu une décharge électrique qui ne soit pas un éclair. Je supposais que les flèches électriques comptaient, mais qui en laisserait traîner par ici ? Il y avait aussi des durians de Firone, ce qui me fit une fois de plus penser à Link.
J'étais tellement certaine qu'il était de Firone ! Mipha n'avait-elle pas mentionné avoir été sauvée par un enfant de Firone ? Comment aurait-il pu rencontrer Mipha s'il avait grandi si loin de toute forme d'étendue d'eau, comme à Tabantha ? Mipha avait été emportée en aval du lac Hylia, si je me souvenais bien de son histoire, alors Link avait dû passer sa jeunesse à Firone. Que pouvait-il bien avoir à faire à Tabantha ?
Pourquoi ne lui demandais-je simplement pas à lui ? Probablement parce que ce n'était pas mes affaires et qu'en plus il me méprisait. J'étais une princesse ratée, et lui l'élu de la lame purificatrice. Il ne me devait rien.
Ces réflexions manquèrent presque de me conduire à ma perte, au final. Je me promenais autour de l'oasis en elle-même, admirant le vent jouer avec l'eau en formant des vagues qui contribuaient à repousser le sable qui soufflait inéluctablement dans le bassin. C'était un système en vase clos presque parfait, et semblait-il assisté par un lent filet d'eau provenant d'une fontaine profondément enfouie. Je me rendais compte, trop tard, que je m'étais éloignée du marché et que je me trouvais seule du côté opposé de l'oasis.
Ce fut agréable, au premier abord. Le vent et le léger clapotis des vagues, l'ombre des pierres non loin qui se tenaient debout dans la fraîcheur du soir, comme elles se tiendraient plus tard dans la chaleur de la journée… cela m'incitait à divaguer. Quelques pas de ce côté-ci, pour capturer l'image d'une plantation de melons glagla. Encore quelques pas par là-bas, là où un cactus arborait des fruits volt qui n'étaient pas encore assez mûrs pour la cueillette. Et puis quelques pas supplémentaires dans une autre direction, qui se multiplièrent, et encore davantage, alors que j'essayais de saisir une bonne représentation des plateaux au loin, fronçant les sourcils devant la tablette Sheikah comme un peintre choisissant sa perspective.
Le vent se leva de nouveau, et je m'aperçus que je m'étais déplacée si loin de l'oasis que je pouvais plus entendre l'eau. Réalisant à quel point je m'étais éloignée, je m'arrêtais et me concentrais sur les alentours, me réorientant afin de ne pas me perdre. L'oasis était encore visible, loin à l'ouest je pouvais voir la lumière du soleil briller sur l'eau et je tendais l'oreille pour voir si je pouvais percevoir l'agitation du marché et utiliser mes sens pour me diriger.
Je n'entendais plus le marché. Je pouvais entendre le vent, le bruissement du sable contre la pierre, et des bruits de pas à peine discernables chuchotant contre les dunes.
Ce n'était pas les pas de Link. Je ne les connaissais que depuis quelques mois, mais je savais déjà que je pourrais les reconnaitre dans mon sommeil.
Mon rythme cardiaque s'emballa. Je devais lutter pour ne pas que mon souffle râpe ma gorge tandis que la panique montait en moi. Je m'étais trop éloignée du marché pour que quelqu'un m'entende crier. Urbosa et Vah Naboris étaient partis depuis longtemps, les éclairs saccadés entre les bosses à peine visibles à l'horizon sud. Je rivais mes yeux sur le marché au loin, passais rapidement mon équipement en revue afin de de m'assurer que tout était bien en place – en particulier la tablette Sheikah – et m'élançait dans une course effrénée.
Courir sur le sable était beaucoup plus difficile que prévu, et je me retrouvais presque immédiatement à bout de souffle. Si je pouvais juste atteindre l'oasis, je pourrais crier, et les dizaines de personnes présentes là-bas seraient témoins de ce qui – ou quoi – me chassait. Je ne pourrais peut-être pas être sauvée, mais au moins je ne disparaîtrais pas sans laisser de traces. Le bruit des pas derrière moi se fit soudain plus sonore, toute tentative de discrétion avait été abandonnée. Link n'avait jamais été aussi bruyant ses pas étaient plus légers, sa démarche plus aérienne, sa respiration plus éthérée, sa voix…
La personne qui me pourchassait était un homme. Pas une Gerudo. Il cria quelque chose, quelque chose qui me fit pivoter brièvement malgré l'état de choc pour tenter de discerner mon poursuivant, et ce langage était très proche de celui que les Sheikah parlaient dans les temps anciens. Mon cœur remonta dans ma gorge, la vision furtive d'une armure rouge et d'un masque blanc confirmèrent immédiatement mes pires craintes. Je combattais pour transmettre chaque parcelle d'énergie qui me restais à mes membres éreintés… J'étais poursuivie par les Yiga. Le clan Yiga en avait après moi.
Ils ne me feraient pas prisonnière.
Ils arracheraient mon cœur et abandonneraient mon corps aux sables du désert.
Je ne pouvais pas regarder en arrière. Je ne pouvais pas risquer de perdre de l'allure, risquer de tomber. J'étais trop fatiguée, trop épuisée – le simple fait de devoir me relever laisserait ma tête et mon cou exposés, et les Yiga ne seraient pas assez bêtes pour les manquer. Si je tombais, j'étais morte.
Deux autres Yiga surgirent, juste au milieu de mon chemin, et je marquais instinctivement un arrêt, faisant volte-face dans l'autre direction…
…directement sur le premier Yiga.
Il y en avait trois.
J'essayais de pivoter à nouveau, et je courrais latéralement sur le chemin que je suivais jusqu'alors, prête à pourchasser les éclairs de Vah Naboris à travers les sables comme la meilleure alternative à une mort certaine. Mes pieds perdirent leur prise sur le sable et je tombais.
J'étais tombée.
J'étais morte.
Les trois se ruèrent sur moi, trois points d'un triangle, et celui qui m'avait attiré dans ce piège fut le premier à m'atteindre. Sa lame courbée s'éleva dans les airs je n'avais d'yeux plus que pour elle. Cette lame serait la dernière chose que je verrais. Tandis qu'elle réfléchissait la lumière et fendait l'air dans ma direction, je détournais instinctivement les yeux.
Le coup ne me frappa jamais.
J'entendis une voix – Déesse, je vous en supplie, faites qu'elle soit réelle – et le choc du métal contre le métal. Puis, le râle d'une vie qui expire, et le bruit sourd d'un corps heurtant le sol. J'ouvris les yeux pour voir la silhouette effondrée du Yiga saignant dans le sable.
Link était là.
Link se tenait entre moi et les deux autres Yiga, l'épée dégainée, aucune émotion visible, jaugeant mes assaillants. J'étais derrière lui – je ne pouvais le voir que de profil – mais il ne s'embarrassa pas d'un coup d'œil dans ma direction. Les Yiga reculèrent d'un pas, puis deux. L'un d'eux chargea vers l'avant, et l'action prit fin si vite que je ne suivis pas ce qui s'était passé Link avait ignoré la feinte et s'était précipité vers l'autre, qui se retrouva gisant sur le sable dans un giclement de sang seulement un temps d'un battement de cœur avant que le corps mou de son compagnon ne soit jeté sur lui. Link essuya son épée sur un morceau de tissu tandis que les armes des Yiga s'enfonçaient dans le sol, et jeta le chiffon souillé sur leurs cadavres avant qu'ils ne soient avalés par le sable.
« Êtes-vous blessée ? » demanda-t-il, m'accordant enfin son attention, tout en glissant son épée dans son fourreau en travers de ses épaules.
Je secouais la tête, fascinée par la gravité de son expression. « Non, je… non. J'ai perdu mon souffle, c'est tout, et je suis épuisée par ce fichu sable. »
« Pas seulement les coupures, princesse. » continua-t-il, tendant la main pour m'aider à me relever. Je la pris, et à l'instant où je retrouvais mon équilibre, il la retira. « Vous êtes-vous cognée contre des pierres dans votre fuite, êtes-vous tombée où que ce soit ? Votre cheville s'est tordue dans votre chute, cela vous handicape-t-il ? »
« Non, je suis indemne. Je peux marcher, je… je vais bien. »
« Je vais mander Urbosa. S'il vous plaît, dites-lui si vous sentez quoi que ce soit de travers, même si vous pensez que ce ne sont que des douleurs musculaires dues à la course. »
Puis il se retourna pour partir. Après tout ce qui venait de se passer, une fois qu'il s'était assuré de ma sécurité, il cherchait à se retirer de ma vue. Il avait dû me suivre à distance, être témoin de ma détresse et quelle distance, compte tenu de la rapidité avec laquelle il s'était déplacé et combien de temps il lui avait fallu pour intervenir. L'imaginer ramper dans le sable déchaîné, peut-être sous un soleil de plomb, juste pour m'épargner un désagrément fût beaucoup plus que je ne pouvais tolérer.
« Non ! » Il s'immobilisa, me lançant un regard de biais. « Non, je t'en prie. Je… Je suis vraiment effrayée. Je voudrais… J'aimerais beaucoup de pas rester seule ici, messire chevalier. Je ne sais pas où me mettre en sureté en attendant Urbosa. »
Il ferma les yeux doucement, et je comptais dix secondes avant qu'ils ne se rouvrent à nouveau. Son visage était dénué de toute expression si ce n'était une acceptation polie. Il se tourna pour se tenir en angle droit devant moi et fit un geste de la main pour m'inviter à ouvrir la voie. « Ma vie vous appartient, princesse. »
Je passais devant, évitant prudemment les corps des Yiga, et je comptais quatre pas avant d'entendre les siens derrière moi.
Je lâchais un soupir que je n'avais pas réalisé retenir, et me mis en route pour le marché, Link à trois pas derrière.
Mon esprit resta obstinément vide pendant que je marchais. Je ne parvenais pas à rester concentrée assez longtemps pour réfléchir à ce qui venait de se passer mes seules pensées étaient pour l'eau de l'oasis et le réconfort indescriptible que me procurait le bruit des pas derrière moi.
Il posa une main rassurante sur mon coude au moment où nous entrâmes sur le marché, et je m'arrêtais immédiatement. Je me retrouvais à compter les fois où il me touchait ainsi, comme je comptais les mots que je l'entendais prononcer. Il parlait, à présent – à un voyageur Piaf, de choses et d'autres. Ils semblaient se connaître et, après un moment, Link déposa quelques rubis dans la main du Piaf – je jurais en voir des rouge – et l'oiseau décolla dans les airs, volant vers le sud.
« Il y a une auberge. » dit-il doucement, désignant un bâtiment du menton. « Nous allons y prendre des chambres. »
Il y avait un non-dit dans sa déclaration, mais mon esprit était encore trop agité pour le comprendre. Je hochais la tête, puis je tendis la main pour refermer mes doigts sur les lacets en cuir qui maintenaient son gantelet contre son avant-bras droit. Il me regarda faire, tout comme dans le désert, et m'adressa un coup d'œil que je ne pus pas tout à fait comprendre. Un sillon entre ses sourcils les éleva délicatement, sa mâchoire se serra, sa tête s'inclina légèrement sur le côté. Il y a eu dans cette expression une question qu'il voulait poser, mais le ferait-il ? Le pouvait-il ? Etais-ce de la curiosité ou de la méfiance ?
Ma réponse fut un regard appuyé vers l'auberge, puis un pas de côté, pour indiquer que je le suivrais. Il tourna son épaule et plia son coude de sorte à ce que son gantelet soit pressé contre le bas son dos, les lacets vers le haut. Je me plaçais immédiatement derrière lui, et le laissais nous conduire à l'auberge.
Je pouvais l'observer, depuis cet angle. Ses yeux ne cessaient jamais de bouger. Il regardait au-dessus, au-dessous, sur les côtés, jetait des coups d'œil derrière lui pour étudier rapidement mon visage, ma posture, mes mouvements, pour évaluer constamment la meilleure façon d'assurer ma sécurité. J'imaginais que c'est ainsi que l'on devait se sentir à l'intérieur du bouclier de Daruk protégé de tous les côtés. Il me conduit dans l'auberge, demanda deux chambres – adjacentes, non négociable – et assura ensuite la tenancière que nous les trouverions tous seuls dès que les clés furent déposées sur le comptoir. Je les serrais dans ma main libre et permis à Link de m'emmener dans son sillage. Je ne fis aucun bruit alors qu'il m'entraînait au-delà des chambres que nous avions réservé sans faire de pause il se dirigea directement vers le bout du couloir, ouvrit une trappe, et déplaça son bras de façon à ce que mon dos se retrouve contre le mur, dans l'angle mort de la fenêtre. Il dégagea mes doigts de son gantelet, tira une échelle de la trappe, et la gravit en deux bonds rapides. Sa tête resta au-dessus du niveau de la trappe pendant l'espace de quelques battements de cœur, puis il se laissa tomber et me fit signe de monter à l'échelle.
Quelques secondes plus tard, j'étais sur le toit, la trappe se refermait derrière nous, et Link m'offrit son gantelet une fois de plus. Je saisis les lacets et me laissais conduire sur le toit vers un promontoire de pierre. Nous le contournâmes par une corniche étroite pour trouver une échelle cachée dans une fente de la roche. Link me poussa doucement vers l'échelle, et je l'escaladais sans poser de questions. Je m'attendais à ce qu'il me suive, mais il grimpa le mur de pierre en lui-même, ses doigts trouvant des prises là où mes yeux n'en voyaient aucune, adoptant le même rythme que moi pendant que je montais par l'échelle.
Il franchit les derniers mètres en sautant, atterrissant au sommet de la formation rocheuse au moment où ma tête dépassait le haut de l'échelle. Je marchais sur la pierre pour le rejoindre, et il me dirigea vers le point le plus élevé du rocher, puis fit un geste de la main vers le côté de la pierre qui était abrité du vent. « Vous serez difficile à apercevoir ici, et protégée du vent. C'est l'endroit le plus sûr où vous pouvez rester, en attendant qu'Urbosa arrive avec Naboris. »
Je hochai la tête, interprétant le vide dans mon esprit comme un état de choc, et m'assis à l'endroit qu'il m'avait indiqué, m'appuyant contre la pierre. La quasi-totalité mon champ de vision fut masqué à partir de là, avec seulement Link qui se tenait debout comme une sentinelle pour occuper mes yeux hagards. Il se mit à parcourir le périmètre du socle en pierre, l'épée à la main, s'arrêtant souvent pour tendre l'oreille.
Je commençais à sentir l'énergie frénétique me quitter quand le sol se mit à trembler. C'était rythmique – boumboum, boumboum, boumboum – et de plus en plus fort par moment. Link se tourna vers le sud, un sourire rallongeant un coin de sa bouche pendant un instant avant de disparaître. Il ne montrait plus aucune émotion quand il se tourna pour me faire signe de venir regarder. Je m'éloignais de la roche sur laquelle je me reposais et traversais le socle de pierre, perdant temporairement l'équilibre face aux rafales de vent desquelles j'avais été jusqu'alors protégée. Link fit un geste vers le sud, je me retournais, et je riais presque en dépit de mon état de choc.
Vah Naboris chargeait à travers les dunes, se déplaçant à un rythme dont je n'aurais pas cru capable les plus puissantes des Créatures Divines. La foudre s'élevait férocement, et les pattes agitées de la créature mécanique avaient provoqué une tempête de poussière. Je fis un signe de la main, et la Créature Divine s'arrêta immédiatement.
« Rejoignons Urbosa avant qu'elle ne démolisse l'oasis. » dis-je, et Link fit un geste vers l'échelle que nous avions emprunté. Nous nous retrouvâmes sur le sable en quelques temps, et traversâmes l'espace intermédiaire quelques minutes plus tard. Naboris s'agenouilla et la porte s'ouvrit. Link m'aida à grimper, puis nous nous élevâmes au-dessus des sables et retournâmes dans le désert.
Urbosa me soumit à une inspection rigoureuse de toutes mes blessures, hocha sombrement la tête, puis se lança dans une sorte de monologue en grognant à propos de retrouver les Yiga et de les tuer de mille façons, dont certaines ne semblaient pas toutes possibles, et encore moins plausibles.
« Il sont morts, Urbosa. » déclara Link tandis que la Prodige Gerudo écumait de rage. « Urbosa. Urbosa, arrête. Urbosa, ils sont morts. »
« Je t'ai entendu ! » Elle fit volte-face, puis se lança dans une nouvelle tirade, entièrement en Gerudo cette fois-ci, avec surtout des mots que je n'avais jamais entendus auparavant.
Link gloussa – il était capable de rire ! Quelle surprise ! – et tira brusquement Urbosa. Elle se retourna et le regarda furtivement. « Même toi tu n'es pas assez souple pour ça. »
Urbosa ronchonna – oh, comme j'aurais aimé savoir ce qu'elle avait dit ! – et la rage sembla la quitter. « Tu resteras en dehors de la Cité Gerudo dans ce cas, ou alors tu vas découvrir à quel point tu as tort. »
Link eut une sorte de mouvement de sourcils moqueur et retomba dans le silence, son visage devenant encore une fois impassible. Mais pendant un moment, juste un bref instant, il avait montré sa vraie nature. Il était une personne, pas seulement un corps derrière une épée.
« Il m'a sauvé la vie. » Il me fallut un moment avant de me rendre compte que j'avais effectivement parlé à voix haute, mais Urbosa se retourna lentement pour me regarder. Elle semblait voir quelque chose dans mes yeux qu'elle avait manqué à sa première évaluation.
« Vous êtes toujours en état de choc, Princesse. Nous allons vous trouver un endroit calme et confortable. Allez, venez. Nous y allons. »
« Il m'a sauvé. » lui dis-je, encore une fois, quand nous nous retrouvâmes seules. Elle m'aida à me débarrasser de mes vêtements – j'étais indescriptiblement sale et ne l'avais pas remarqué jusqu'à présent – et me promis de laver mes affaires pendant que je dormirais. Je n'en avais cure. « Il n'est jamais… jamais… jamais je ne me suis montrée polie avec lui, Urbosa. Et il m'a sauvé la vie. »
« Comme il le devait. » dit-elle. « Et il le fera, encore une fois, autant de fois que nécessaire, peu importe à quel point vous l'accablez, jusqu'à ce que vous ayez scellé Ganon. Ensemble. Vous le comprenez, n'est-ce pas ? Vous deux êtes destinés à œuvrer ensemble, seuls mais l'un pour l'autre, en définitive. Il a besoin que vous soyez en vie aussi fort que vous avez besoin de lui pour vous garder en vie. »
Je hochai la tête, stupidement, et elle me tapota le crâne. « Donc faites-vous une faveur tous les deux et arrêtez de rendre cette mission plus difficile qu'elle ne l'est déjà, d'accord ? C'est un bon garçon, je vous l'assure. »
« Je… le ferais. Merci. »
Elle allait s'en aller, avant de revenir lentement pour observer plus attentivement mon visage. « Hum. Ça l'a fait, alors ? »
« Comment ? Qu'est-ce qui a fait quoi ? »
Elle renifla à nouveau en secouant la tête. « J'aurais juré que vous étiez de celles qui croient aux contes de fées. »
« Urbosa, ce que tu dis n'a aucun sens. »
« Bien sûr que non. Dormez bien, princesse. Vous êtes en sécurité ici. »
Je hochai la tête, allongée dans les couvertures sur lesquelles elle m'avait déposé, et j'attendais jusqu'à ce que ce la porte se referme derrière elle. Il y avait une pierre guide dans la pièce, qui me procurait plus de lumière qu'il ne m'en fallait pour écrire, en plus de fournir un bourdonnement assez fort pour couvrir le grattement de la pointe de la plume sur la page.
Je ne sais comment décrire ce qui s'est passé aujourd'hui. Les mots me manquent si souvent, et maintenant plus jamais
Il m'a sauvé.
Sans une pensée pour sa propre vie, il m'a protégé des lames impitoyables du clan Yiga. Moi qui l'ai toujours traité avec la plus grande froideur… je me rends compte à présent que je ne faisais que reporter sur lui ma propre frustration égoïste et immature… Malgré tout, il a été là pour moi.
Je n'oublierai jamais cela.
Demain, je devrais m'excuser pour tout ce qui s'est passé entre nous. Ensuite… J'essaierais de lui parler. De tisser un lien. Il le mérite.
Et c'est là que le ship a commencé à devenir puissant à mes yeux :3
Le prochain chapitre se concentre sur l'évolution de la relation entre Link et Zelda, si vous êtes là pour du fluff vous allez êtres servis ^^
