Rating/Warning : K+ (adolescents et jeunes adultes) - Description de violence (canon), décès de personnages majeurs (canon)
Disclaimer : Tous les personnages du canon, le monde et le contexte appartiennent à Nintendo. La fanfiction originale est l'oeuvre de MaryDragon sur Archive Of Our Own ( /works/10425738/chapters/23019495), qu'elle m'a gentiment autorisé à traduire et publier ici.
L'illustration provisoire est signée Ariettys (Ariettysart sur tumblr), allez jeter un oeil à son blog, elle publie de magnifiques fanarts sur le jeu!
Notes :
Chapitre posté en retard pour cause d'examens, pardon pardon! Il raconte les souvenirs 8 et 10. L'autrice a intervertit les souvenirs 9 et 10, car il ne lui semblaient pas être dans le bon ordre. En effet, Link est blessé dans le souvenir 8 et soigné dans le 9, mais on ne voit pas sa blessure dans le souvenir 9. De plus, du point de vue du développement des personnages et de l'intrigue, il y avait beaucoup à gagner en échangeant ces deux souvenirs.
Chapitre 6 : Waters under the bridge
Nous avons voyagé dans un silence agréable le lendemain matin. L'omelette que Gretta me prépara pour le petit déjeuner n'était qu'une pâle imitation de celle que Link m'avait cuisiné la veille, et lui faire part de cette constatation fut notre première et unique discussion jusqu'aux environs de midi. Nous évitâmes le camp des landes – ce n'était pas une inconvenance de notre part, mais plutôt une volonté d'aller plus vite et une aversion pour le cérémonial – et traversâmes la rivière de la Zora par l'est de l'île Melka. Nous passâmes par-dessus les palissades des terres agricoles fertiles par accord tacite, et nous étions bien avancés à l'intérieur des contreforts de la Montagne de la Mort quand Link brisa le silence.
« Un groupe de bokos. » siffla-t-il, tournant sur ses talons pour me rejoindre. Je lui pris la main sans arrière-pensée, et le laissais me guider rapidement vers un éperon rocheux devant lequel nous venions de passer. Il posa ses mains sur mes épaules et appuya mon dos contre la pierre chaud. « Restez là, je reviendrais après avoir sécurisé la voie. »
Puis il partit.
Je ne cessais de me remémorer le contact de ses mains sur mes épaules, l'odeur d'acier et de nature sauvage qui s'échappait de son col tandis qu'il se penchait pour murmurer ses instructions, ses mèches de cheveux qui effleuraient ma joue.
Quelle légère, légère, légère jeune fille.
Il y eut un grognement, puis une succession de cris et d'explosions de cornes, et enfin un long silence malaisant. Je commençais à m'inquiéter quand Link réapparu. Il n'y avait qu'une gerbe de sang sur sa botte droite, le reste de sa personne était intacte.
« Ils ont eu ta botte. » informais-je, plus par curiosité de sa réponse que par réelle préoccupation.
Il soupira, un peu mélodramatiquement, en faisant pivoter son pied pour observer sa chaussure avec consternation. « Je dois atteindre mes limites. »
C'était une sensation étrange, de rire et d'éprouver ce sentiment bouillonnant de satisfaction, pendant que Link me guidait à travers un champ de bataille sanglant couverts d'une douzaine de cadavres de bokoblins. J'avais mes doigts entremêlés dans les lacets de son gantelet au bras droit, bien que pour une raison qui m'échappât la position de l'équipement faisait que mes doigts se retrouvèrent en contact avec la peau sous l'armure. Avait-il relevé sa manche différemment, avait-il attaché son gantelet d'une nouvelle manière ?
Était-ce intentionnel ? Avait-t-il voulu sentir mes doigts sur sa peau ?
Etait-ce inintentionnel ? Etait-il secrètement mal à l'aise et ne voulais pas me le dire, souhaitait-il s'arrêter et prendre le temps d'arranger cela ?
Que diable ne tournait-il pas rond chez moi, pour que ce soit à cela que je pense tout en essayant de ne pas marcher dans des viscères de bokoblin ?
Nous marchâmes encore une heure avant de rencontrer un nouveau groupe de gobelins, mixte cette fois-ci, composé de moblins et de bokoblins. Link s'immobilisa si soudainement que je me cognais contre son dos, et il déplaça sa main pour attraper mon coude et me mettre à l'écart une fois de plus. J'agrippais son gantelet avec une poigne d'acier tandis qu'il penchait la tête et tendait l'oreille je retenais mon souffle le mieux possible.
Puis nous retournâmes sur nos pas à la hâte, Link semblait frénétiquement chercher un abri. Finalement, il me poussa dans un creux au sol – il semblait qu'un rocher avait été arraché de la montagne et avait roulé le long de la descente – et approcha sa bouche de mon oreille pour chuchoter ses instructions d'une voix à peine audible afin de ne pas être repéré.
« Au moins l'un d'entre eux nous a entendu. Restez ici, cela prendra plus de temps que la dernière fois. »
Je hochais la tête, et il m'accorda un bref sourire avant de bondir hors du trou et de se faufiler sur le sentier à un rythme que je n'aurais pas pu tenir tout en restant discrète, aussi silencieusement qu'il le faisait.
Je m'installais sur ma tablette Sheikah pour patienter, feuilletant l'encyclopédie et tentant de comprendre pourquoi certaines plantes s'enregistraient et d'autres pas.
La lumière du soleil se déplaça dans un espace entre les pics dans mon dos et commença à briller directement sur moi, réchauffant le creux dans lequel je me cachais et rendant ma position sacrément inconfortable. Toutefois, je n'entendais aucune clameur de bataille, alors je profitais de l'occasion pour m'entraîner à atteindre la sérénité et maintenir mon immobilité.
Soudain, la tête de Link apparut au bord du creux. Il me sourit, alors que je m'étonnais de son retour soudain. « J'avais presque oublié où je vous avais laissé. Je ne savais pas que vous pouviez rester aussi silencieuse. »
Je lui tapais le bras, et il me prit la main pour me soulever hors du trou. Il était plus propre que quand il m'avait quitté, les premières éclaboussures de sang sur sa botte avaient séché. Je décalais ma main afin d'attraper son gantelet et tentais de faire abstraction de sa paume calleuse contre la mienne.
Quelle légère, légère, légère jeune fille.
Je commençais à prendre des clichés pour Farras environ une heure ou deux plus tard, car nous nous étions assez élevés dans la montagne pour avoir un point de vue dégagé sur le champ de manœuvres et la forêt de Tylorie. Le meilleur endroit pour avoir une image claire, cependant, n'était pas facilement accessible.
« Un Lynel. » dit Link en relevant les sourcils. « Non, deux Lynels. »
« Nous pouvons choisir un autre point de vue. » insistais-je. « Nous n'avons pas besoin de photographier cette colline, nous pouvons aller ailleurs. » Sa réponse fut un clin d'œil, qui m'amusa presque autant que le premier auquel j'avais eu droit.
« Il n'y en a que deux. » murmura-t-il, puis il me fit pivoter et je me retrouvais à nouveau dans une grotte peu profonde. Cette fois-ci, j'étais davantage dissimulée par les ombres que par les rochers, et je pourrais effectivement voir Link se battre contre l'afflux de créatures qui s'étaient rassemblés sur cette colline. Il libéra son gantelet de ma main, dégaina son épée, et s'élança.
Quatre d'entre eux furent à terre avant que l'alerte ne retentisse je ne vis pas le premier, et seulement le léger bruit que fit le second en rebondissant contre un rocher juste sous mes yeux lorsque ceux-ci se posèrent sur le champ de bataille. Le premier Lynel avait été complètement pris par surprise, et tomba aux pieds de Link tandis qu'un bokoblin commençait à souffler furieusement dans sa corne.
Link gardait constamment un moblin entre lui et le deuxième Lynel. Trois moblins périrent sous les coups du Lynel, qui encaissait les assauts et frappait ses alliés sous la confusion. Malheureusement, cela signifia que lorsqu'un troisième Lynel apparu plus loin à l'ouest, Link ne le vit pas avant qu'il ne charge dans la mêlée. Il jeta un coup d'œil par-dessus son bras droit, et je dus faire tout mon possible pour garder le silence quand une gerbe écarlate jaillit de sa peau. Une fois que les moblins furent à terre, il sauta sur le dos d'un des Lynels, le précipitant contre son compagnon en le tirant par les cheveux, puis les acheva tous les deux dans la confusion qui en résulta.
Plutôt que de venir me récupérer une fois que les environs furent sécurisés, Link tourna simplement les yeux vers la grotte dans laquelle je me tenais et fit un signe de la main, un peu faiblement, pour que je vienne le rejoindre. Je traversais le carnage pour le trouver assis sur une petite saillie rocheuse au sommet du piton. Son bras droit saignait sans retenue il semblait que son gantelet avait changé de place.
Avais-je provoqué cela ? Ou l'avait-il fait ? Oh, si j'avais le courage de poser la question.
Je me mis à genoux à côté de lui et me concentrais plutôt sur le traitement de sa blessure « Cette blessure n'a pas l'air trop sérieuse, finalement. Ça ira, pour l'instant. » Je tendis la main et écarta quelques mèches de cheveux épars sur son visage, inclinant son menton pour que ses yeux rencontrent les miens. J'essayais de conserver une expression analytique, vérifiant la dilatation de ses pupilles pour déceler des troubles plus profonds, mais la façon dont il tourna son visage dans ma main provoqua à nouveau une envolée de papillon dans mon estomac.
L'érudite et le soldat étaient des qualifications de loin préférables à la Princesse et le Héros, dans la mesure où cela nous permettait d'interagir. Je n'étais toujours pas certaine que cela soit raisonnable, néanmoins. Je laissais retomber ma main et orientais mes pensées dans une autre direction.
« Mais tu sais, il y a une différence subtile entre le courage et l'imprudence. Tu as beau être fort, tu n'es pas immortel. »
Il soutient mon regard tandis que je parlais, un bref éclat dans ses yeux trahissant son impassibilité. Je finis par détourner les yeux la première.
Toutefois, regarder ailleurs signifiait tomber sur les tas de corps que Link avait laissé derrière lui en s'emparant du sommet. J'avais voyagé toute ma vie sans avoir jamais vu un Lynel dans la nature, et trois encore moins. Je n'avais jamais été attaquée avant, non plus, et à présent voilà que j'enchaînais quatre combats en l'espace de quelques jours. Je repensais aux rapports d'Impa et aux estimations des victimes collatérales provenant des garnissons, les groupes de gobelins étaient un problème qui augmentait lentement depuis l'année précédente si ce n'était plus. Link pourrait probablement me dire où et quand leur nombre avait commencé à se développer, puisque ses épreuves l'avaient fait arpenter Hyrule en long et en large.
« Il semble que non seulement la fréquence de ce type d'attaque augmente, » dis-je pour moi-même « mais la puissance des monstres auxquels nous sommes confrontés s'intensifie également. »
Alors que je prononçais ces mots, un froid glacial s'insinua en moi. Je mis des mots sur la peur avant de pouvoir vraiment la considérer. « Je crains… Je crains que ce ne soit un présage annonciateur du retour du Fléau Ganon. »
Je me relevais et époussetais la saleté sur mon pantalon. Je ne pouvais pas céder à la frayeur l'inquiétude s'évanouit aussi vite que je l'avais verbalisée. Peut-être était-ce là la meilleure façon de prendre le contrôle sur mes peurs et mes angoisses – en parler, et les laisser s'évaporer.
« Et, si c'est le cas, » dis-je, plus volontairement que je ne l'aurais dû. « Autant nous attendre au pire et nous y préparer le plus rapidement possible. »
Link se redressa, et je pris la tête de notre équipée sur le sentier vers le bas de la montagne.
« Tout d'abord, avez-vous capturé votre image pour Farras ? »
Je m'arrêtais à mi-chemin, me tournais vers le point de vue pour lequel Link avait versé son sang, et sortais ma tablette Sheikah juste pour ça. S'il y avait une allusion moqueuse dans sa voix, eh bien… peut-être que je l'avais mérité.
« Ensuite, de quelles autres préparatifs auriez-vous besoin en plus d'une légion de Gardiens et de l'intégralité de votre armée en état d'alerte ? Quel est le pire auquel vous vous attendez ? »
Les images capturées, je glissais la tablette dans ma ceinture et indiquais la route d'un signe de tête. Il se plaça derrière moi, tandis que je traversais les vestiges de la bataillée rangée et me dirigeais vers l'est.
« De meilleures protections pour toi, pour commencer. » l'ai-je réprimandé sans un regard pour lui. « Bien que j'admette que ton bras ait été touché par un coup de chance, il faudrait qu'il y ait un peu plus entre ta chair et les lames de tes ennemis. »
Du coup de l'œil, je le surpris en train de lever la main pour se frotter nerveusement la nuque. Je ne voulais pas qu'il me voie en train de l'épier, ne voulais pas qu'il remarque le sourire que je savais étalé sur mon visage, mais je ne pus pas m'en empêcher. Je jetais un coup d'œil en arrière et vis le léger rougeoiement sur ses joues – il avait presque l'air penaud. Il surprit mon regard et baissa le bras, haussant les épaules avec un léger sourire.
Oh. C'était intentionnel, alors. Je me retournais pour lui faire face, en espérant parvenir à freiner le rougissement sur mes propres traits. Quelle légère, légère, légère jeune fille.
« Et le pire que je peux attendre… eh bien. » J'avais voulu mettre mon âme à nu, n'est-ce pas ? Me débarrasser de mes doutes en les verbalisant. « Le pire absolu serait que je ne parvienne pas à éveiller mon pouvoir et que je sois tuée quand toi et moi engagerons le combat contre Ganon. »
« Cela n'arrivera pas. » dit-il derrière moi, dans un ton si grave qu'il fit remonter la chair de poule le long de mon dos jusqu'à ma nuque.
Il n'y avait pas de place au débat dans sa déclaration pas que je veuille absolument en discuter. La ferme conviction dans sa voix était précisément ce que j'avais besoin d'entendre. Il était l'élu de la lame purificatrice. Il était mon partenaire dans la bataille à venir. Je venais de le voir vaincre trois Lynels au milieu d'un troupeau de gobelins, et s'il croyait en moi… ? Le moins que je puisse faire était de lui retourner la faveur.
« Ma vie vous appartient, Princesse. » me rappela-t-il. « Elle devra être sacrifiée avant la vôtre. »
« Je ne pense pas que… »
« Urbosa me tuera si vous êtes blessée, alors c'est vraiment l'unique option. »
Il m'avait prise par surprise – à nouveau ! – puis se rapprocha de moi tandis que j'étais distraite et hilare. « Et pourquoi vous dirigez-vous vers l'est ? Nous devons apporter ces images à Farras, au Château. »
« Tu es blessé, messire chevalier. » répondis-je. « Je t'amène vers le meilleur guérisseur qui soit. »
Son visage se décomposa totalement. « Ce n'est pas nécessaire ni même souhaité, Princesse. »
« Dommage pour toi, alors, la proposition n'est pas sujette à débat. »
Il se planta devant moi et bloqua mon chemin, la mâchoire saillant légèrement vers l'avant et les sourcils férocement froncés. Pour une fois que je me serais réjouie de le voir s'aventurer sur le terrain de la dispute avec moi, l'écoulement de sang intermittent le long de son bras me dissuadait de chercher tout conflit.
Je continuais d'avancer, jusqu'à ce que je sois presque nez à nez avec lui.
« Nous sommes assez proches du domaine Zora pour justifier l'arrêt. Elle sera furieuse contre nous deux si la blessure s'infecte et que nous devons revenir la consulter plus tard. Et puis, si tu es vraiment si peu désireux de voir ta plus ancienne amie, nous avons les images à livrer à Farras comme excuse pour écourter notre séjour. »
Je levais une main et lui flanquait délibérément un coup sur la poitrine « Maintenant, messire chevalier. Ouvre le chemin ou laisse-toi conduire, mais n'essaie plus de me barrer la route. »
Il recula d'un pas sous le coup de la surprise quand mon doigt s'enfonça dans son sternum, puis changea d'attitude pour faire un léger pas sur le côté. Il esquissa une demi-révérence et fit un geste pour m'inviter à mener le chemin. J'étais peut-être un peu trop heureuse de la façon dont ce scénario venait de se dérouler je ne saurais dire si c'était à cause de ma petite victoire ou bien de la façon dont sa respiration s'était bloquée dans sa gorge quand je me tenais debout face à lui.
Quelle légère, légère, légère jeune fille.
Nous sommes descendus des montagnes et avons continué notre chemin avec Link blessé, même s'il ne cessait de clamer que c'était bénin, je préférais la sécurité de la route plutôt que la liberté plus tranquille de la nature. Le voyage se passa plutôt bien, relativement parlant, mais le nombre de personnes sur les routes nous encouragea tous les deux à garder le silence. Je fus arrêtée à plusieurs reprises – par des patrouilles de soldats, des gens ordinaires demandant une bénédiction, et des éloges en boucle quand j'étais reconnue. C'était un souci bienvenu, me dis-je intérieurement. La royauté n'était pas toujours appréciée par le commun du peuple, et que mon nom attire les éloges était en réalité un compliment envers le règne de mon père.
Cela signifia, cependant, que nous n'avions atteint que le Pont de Misth avant de devoir nous arrêter pour la nuit. Une augmentation des monstres squelettiques avait été signalée près des montagnes une fois le soleil couché, et j'étais peu désireuse de risquer le bras de Link dans un combat.
« Je pourrais m'occuper d'une armada de Stalfos dans mon sommeil, à une main, les yeux bandés, avec rien d'autre qu'un bâton. » grinça-t-il quand je lui expliquais que j'allais prendre une chambre à l'auberge juste avant le pont pour la nuit. « Je ne suis pas en sucre, Princesse, et ce n'est rien de plus qu'une égratignure. »
Je levais les sourcils mais ne répondais pas. Après quelques longs moments à scruter mon visage, il soupira et recula. « Je comprends maintenant votre agacement à mon égard quand nous nous sommes rencontrés. »
J'étouffais un rire de surprise, mais le mal était fait. Il me prit par la main et tenta de m'éloigner de l'auberge, mais je plantais mes talons au sol et me tournais dans l'autre sens. Il était plus fort que moi – oh, il était bien plus fort que moi – mais il me respectait tout de même en tant que sa souveraine et cessa de tirer quand je résistais.
« Nous prenons une chambre, et tu vas devoir faire avec. » dis-je en me dirigeant vers l'établissement.
L'auberge du Pont de Misth était une étape populaire pour les voyageurs entre Akkala et le Château d'Hyrule, car il était situé juste à mi-chemin de la distance entre la Forteresse et la Citadelle. Avec la menace de l'apparition de monstres supplémentaires durant la nuit, l'auberge était presque pleine. Il n'y avait plus qu'une chambre de libre heureusement pour nous, il s'agissait de celle réservée à la noblesse et jamais louée aux roturiers. Je posais mes rubis sur le comptoir tandis que Link prenait la clé, et nous fûmes installés en toute sécurité dans la chambre en peu de temps.
« Pas de bananes ? » demandais-je pendant que Link me laissait entrer et verrouillait la porte derrière nous.
« Pas de bananes. » approuva-t-il.
« Tu dois dormir. » lui ordonnais-je. « Tu es blessé. »
« J'ai dormi hier soir. » répondit-il. « Je n'ai pas besoin de… »
« Les gens normaux dorment toutes les nuits ! »
« Depuis quand suis-je normal ? » contra-t-il, semblant opter pour le sarcasme plutôt que la dispute avec moi ce soir. « Les gens normaux ne sont pas choisis par la lame purificatrice ! »
« Pas de ça avec moi, messire chevalier. Tu es peut-être qualifié, courageux et parfaitement proportionné… » D'où diable cela sortait-il ? « …mais tu es toujours un mortel, et tu es toujours blessé, et tu as toujours besoin de dormir ! »
« Si je dors, voudriez-vous bien abandonner cette idée insensée de soumettre mon bras à la Prière de Mipha ? »
Il y avait quelque chose dans la façon dont il avait dit cela qui me fit reculer d'un pas. « Tu ne veux vraiment pas voir Mipha ? Mais je pensais... »
Il émit un bruit dégouté et se déplaça ensuite pour remuer le foyer et errer dans la pièce. Il verrouilla les fenêtres et revérifia tous les coins, se baissa pour inspecter sous les lits – il y en avait quatre, déesse merci – et déplaça les paravents pour réduire les ombres dans la pièce. Je croisais les bras, appuyée contre le mur, et j'attendis.
« C'est mon amie, et je l'aime » dit-il doucement, reculant dans la pièce pour s'assoir sur l'accoudoir d'un canapé. « Elle est gracieuse, gentille et douce, et c'est une vraie brute avec cette lance. Nous avons appris l'un de l'autre et nous nous sommes battus l'un pour l'autre, et elle a été la première personne à croire en moi – à vraiment croire en moi. Elle est convaincue qu'il n'y a aucune raison acceptable pour que quiconque en ce monde doute de moi, du tout, jamais. C'est agréable d'avoir un contrepoint à… eh bien, Revali. »
Et à moi, pensais-je avec une pointe de regret.
« Et le domaine Zora est magnifique. Vraiment. On m'y a donné un second foyer, un endroit pour me remettre de… ce qui est arrivé à Saria, de la façon dont mon avenir s'est éloigné de tout ce que j'avais prévu. Je n'ai rien contre les Zoras ou leurs… argh, c'est impossible. Disons-le simplement, je ne l'aime pas de cette façon. Elle s'attends à ce que nous nous marrions dès que je fais ou dis quelque chose, et je n'ai aucune envie de devenir le roi des poissons. »
Il avait commencé si diplomatiquement, que sa conclusion plutôt imagée m'arracha un autre rire de surprise. Je le contenais par une soudaine toux à peine suspecte qui me valut un coup d'œil très acéré tandis que je m'asseyais soigneusement sur le côté opposé du canapé, dans un angle qui lui faisais face.
« Pourquoi ne le lui dis-tu pas ? »
« Après tout ce temps ? Non. Elle y croit dur comme fer depuis une décennie et refuse d'écouter toutes mes protestations. Avec la venue imminente de Ganon… il n'y a aucune raison de lui dire maintenant, même si je pense qu'elle m'écouterait. »
« Elle n'écoutait pas quand tu lui disais que tu n'étais pas intéressé ? »
Il baissa la tête. « Je lui ai dit, une fois, que je n'avais pas envie de ça et elle en a pleuré pendant trois jours. Je me suis excusé de l'avoir blessée, et elle a pensé que je m'excusais pour ce que j'avais dit – ce que je n'ai pas voulu dire. C'était ma seule amie, j'étais jeune et facilement influençable, je ne savais pas quoi faire d'autre. J'ai essayé de la raisonner… Je lui ai même dit une fois que nos espèces n'étaient pas compatibles, et qu'en tant qu'héritière du trône, elle avait besoin d'enfants que je ne pourrais pas lui donner. Elle… elle a simplement haussé les épaules et a répondu que les Hyliens ne vivaient pas longtemps, et qu'elle pourrait produire des héritiers dans le cadre d'un mariage arrangé par son père une fois que je serais mort. Et que nous ne devions pas en parler parce que cela l'affligeait de penser à ma mort inévitable. »
« Cela… ne correspond pas du tout à l'image que j'ai de Mipha. » articulais-je, choquée.
Link haussa les épaules. « Nous étions si jeunes quand nous nous sommes rencontrés… elle a beaucoup muri. Elle n'a vraiment jamais été aussi autoritaire qu'envers moi. Même son frère, Sidon, ne la défends pas. Il est à peine plus qu'un nourrisson aux yeux des Zoras, et il refuse catégoriquement de la laisser lui dire ce qu'il doit faire. Ce n'est pas comme si elle était arrogante… elle a toujours la même voix douce quand elle parle, elle semble totalement raisonnable jusqu'à ce que l'on en vienne à mes plaintes. »
« Veux-tu que je lui en parle ? »
Il laissa tomber sa tête entre ses mains avec ce qui aurait pu être un rire, mais ce fut un son si faible que je ne pouvais pas en être sûre. « Non. Oh, non. Ce serait un désastre. »
« Mipha est tellement compréhensive ! Elle ne… »
« L'avez-vous déjà vue avec sa lance ? »
« Non. »
« Croyez-moi. Elle n'est pas la Prodige des Zoras parce qu'elle est la fille du roi. Elle est la Prodige parce qu'elle est sérieusement féroce avec cette lance. Elle a appris à soigner parce qu'elle blessait constamment les personnes avec qui elle s'entraînait, c'est une personne très empathique au final. Je semble juste être l'exception qui confirme la règle. Peut-être qu'elle ne comprend pas les Hyliens, je ne sais pas. »
« Ce qui me ramène à mon premier point, dans ce cas elle sera furieuse si quelque chose se passe avec cette blessure et que nous l'avons pas consultée plus tôt. Je l'ai entendue gronder Daruk au Château. »
Il me lança un regard de biais. « Vous l'avez aussi vu me lancer dans les airs ? »
« J'ai vu une silhouette floue et verdâtre que j'ai supposé être toi, oui. »
Il baissa les yeux au sol et secoua la tête avant de passer une main sur son visage. C'était un geste si las – comme s'il était beaucoup plus âgé qu'il ne le paraissait – et mon cœur se serra pour lui. Il essayait vraiment de trouver le juste milieu entre ses propres aspirations et les exigences de tout le monde, et ne parvenait pas à être à la hauteur à chaque fois.
Il soupira et se laissa tomber en arrière dans le canapé, s'inclinant légèrement pour me faire face. Nos genoux étaient distants d'une poignée de main, et je m'accordais le droit d'être déconcentrée par cette proximité. « Ma vie vous appartient, Princesse. Si vous voulez que je la remette à Mipha, qu'il en soit ainsi. »
« Ce n'est pas du tout ce que j'ai dit ! » protestais-je, avant de capter l'étincelle dans son regard qui indiquait qu'il se moquait de moi. « Tu es épouvantable. »
« Alors je n'ai pas à y aller ? »
« Tu n'as pas à dormir, mais nous allons certainement chez les Zoras. Je resterais tout le temps avec toi si tu as besoin de protection. Je serais honorée de défendre ta vertu. »
Il roula des yeux vers moi pour de bon, et je ne pus m'empêcher de rire. « Et vous dites que je suis épouvantable. »
« Tu l'es ! Mais ce n'est pas comme si un homme épouvantable était exactement ce dont j'avais besoin dans la vie. » Tais-toi, tais-toi, tais-toi, oh Déesse gardez moi de ma stupide bouche trop bavarde.
« Je vais aspirer à de nouveaux sommets d'affliction, alors. » annonça-t-il, et je fus reconnaissance à la faible lumière de cacher mon rougissement. « Et peu importe si oui ou non je suis autorisé à rester éveillé, vous, Princesse, avez incontestablement besoin de dormir. »
« Oui, parce que j'ai eu une longue et rude journée à me cacher pendant tu tuais des hordes de gobelins. »
« Précisément. »
Ce fut à mon tour de rouler les yeux, mais il avait raison. Nous avions fait une randonnée dans les montagnes ce jour-là, et je voulais avoir les pieds préparés pour toute autre confrontation le lendemain.
« Très bien, messire chevalier. Je te fais confiance pour veiller sur mon repos. »
« Avec ma vie, Princesse. » répondit-il
Je devais trouver une réponse adaptée à la gravité de ces mots. « Merci » ne semblait pas être suffisant. J'optais pour une demi-révérence pour faire écho à celles qu'il m'avait souvent offert, et me tournais vers le lit qu'il avait sécurisé sans m'arrêter pour voir quelle réponse, s'il y en avait une, ce geste avait récolté.
Je fus très consciente quand je me suis préparée pour la nuit, très consciente de lui assis dans la même pièce, de l'autre côté d'un paravent fragile. Je voulais… Je ne savais pas quoi. Il ne semblait pas important de comprendre quel était ce nébuleux sentiment nous étions déjà si mal préparés au retour du Fléau, et peu importe les sentiments avec lesquels je me débattais, ils étaient totalement insignifiants face à la résurgence de Ganon.
Ma dernière pensée avant le sommeil fut un écho de l'opinion de Link vis-à-vis de Mipha : il y aurait un temps pour faire face à cela – peu importe quand – lorsque la menace de Ganon ne planerait plus sur nous.
Nous avons quitté l'auberge en catimini deux heures avant l'aube, et avons traversé le pont d'Ingogo avant que d'autres voyageurs ne prennent la route, nous épargnant un temps précieux. Link connaissait un raccourci au milieu des Mornes Bois, ce qui nous fit gagner au moins une heure, puis nous avons longé le côté sud du Mont Ruto pour atteindre le Lac de barrage de l'Est, où stationnait la Créature Divine Vah Ruta.
Mipha nous vit arriver, évidemment, et plongea gracieusement du haut de l'étrange bête. J'avais lu qu'elle ressemblait à des animaux des terres lointaines appelés les éléphants, mais ce mot n'évoquait rien pour moi. Elle émergea de l'eau juste au moment où nous atteignions le rivage, et se précipita joyeusement vers nous pour nous envelopper tous deux dans une étreinte humide.
« Tu es blessé. » s'étouffa-t-elle, lorsque Link se déroba légèrement de ses bras. « Oh, je me demandais pourquoi vous étiez venus directement ici en ignorant le Domaine de Père. Allons, permettez-moi d'approcher Vah Ruta et de trouver un endroit pour s'assoir et discuter. »
Elle replongea dans l'eau avant que l'un de nous ne puisse avoir un mot de protestation, et, après quelques instants, la Créature Divine se déplaça dans l'eau vers nous.
« Zelda, venez, grimpez par ici, et nous pourrons remonter Link avec Vah Ruta. Il ne devrait pas escalader avec ce bras. »
Le regard avec lequel il me fusilla dès que les yeux de Mipha furent sur moi était sans équivoque – tout cela est de votre faute – et j'eus du mal à garder mon sang-froid. Il avait tellement l'air hors de lui et ça ne lui ressemblait pas du tout, je devais faire tout mon possible pour ne pas rire. « Tu sais, il a dû grimper à plusieurs endroits pour arriver jusqu'ici, je suis sûre que… »
« Je vais vous conduire au poste de commandement principal et vous pourrez ordonner à Ruta de transporter Link avec sa trompe. » dit-elle, et je comprenais soudain les paroles de Link. Elle ne m'avait pas interrompu ni parlé avec dureté sa voix était si douce et sereine que je me sentais grossière de continuer à parler après elle. Quelle impertinente petite friponne ! Je n'en avais pas idée. « Je vais l'aider. Nous pouvons le hisser sur Ruta à partir de là. »
J'essayais à deux reprises que lui expliquer qu'il pouvait très bien grimper, mais elle se lança dans un monologue d'une voix veloutée sur la tendance qu'il avait de toujours se blesser et à quel point elle était disposée à le guérir, vraiment ce n'était pas un problème, elle était heureuse de le faire. Elle me guida jusqu'à l'unité de contrôle de Ruta et me quitta ensuite sans aucun mot pour moi.
J'étais certaine qu'Urbosa aurait eu le mot idéal à utiliser dans cette situation. J'avais vraiment besoin qu'elle m'apprenne à jurer.
Je regardais Mipha glisser délicatement vers la trompe de Vah Ruta où Link était assis, échevelé et contrarié sous une apparence extérieure impassible, sur la rive du réservoir. J'attendais jusqu'à ce que Mipha l'ait placé au bord de la Créature Divine, puis actionnais les commandes pour les soulever à la fois hors de l'eau et dans les airs.
Je ne pouvais pas bien les voir d'où je me trouvais, alors je traversais quelques pièces jusqu'à ce que je puisse les observer depuis l'intérieur sombre de la Créature Divine. Je vis la main de Mipha briller d'une lueur bleue tandis qu'elle la passait au-dessus du bras de Link, et je fus émerveillée – non pour la première fois – face à cette magie étrange et mystérieuse qu'elle maniait. Quand mon propre pouvoir s'éveillerait finalement, obtiendrais-je le don de guérir ? Quand le bras de Link fut intact, il posa ses mains sur ses genoux et continua d'écouter que Mipha lui disait. Je le vis lorsqu'elle se tourna vers lui en posant une question, et il se figea.
Je n'avais pas à m'interroger sur la nature de cette question. Je me précipitais vers l'unité de contrôle principale et déplaçais la trompe jusqu'à sa limite de mouvement, de sorte que les deux seraient déposés sur le toit de la Créature Divine. J'entendis un piaillement de protestation de Mipha et revenais rapidement au niveau le plus élevé.
« Et vous voilà ! Formidable. Merci beaucoup de l'avoir guéri encore une fois, Mipha. Est-ce qu'il t'a dit qu'il avait reçu cette blessure en battant non pas un mais trois Lynels ? »
« Il ... il ne l'a pas fait. » admit Mipha, une expression choquée sur le visage. « Bien que je n'en doute pas une minute. Il est aussi fort que courageux. »
« Nous devrions rester chez les Zoras ce soir, Princesse. » commenta doucement Link, à ma grande surprise. « Nous pouvons transmettre les informations à Farras demain matin. »
« J'ai confiance en ton jugement, messire chevalier. » répondis-je.
Link suggéra à Mipha d'ouvrir la voie, et, en peu de temps nous étions en chemin pour les passerelles suspendues où le Roi Dorefah tenait sa cour.
Il y eut un dîner, bien entendu, et un accueil grandiose, des présentations, de vagues promesses pour des arrangements futurs, et tout le reste. Peu de choses furent concrètement accomplies, bien que beaucoup eut été dit. On me montra les chambres réservées à l'usage de la famille royale d'Hyrule alors que le crépuscule s'était profondément assombri et je me retrouvais tout à coup seule.
Je n'avais plus été seule à l'extérieur de ma propre chambre depuis si longtemps que j'avais presque oublié ce que cela faisait. Et en y pensant, j'avais pris l'habitude de la présence de Link pour interrompre ma solitude ! J'en étais venue à m'appuyer sur quelqu'un à qui je pouvais parler le savoir ailleurs loin de moi – peut-être coincé dans une conversation avec Mipha que je lui avais imposée…
« Pourquoi cette tête d'enterrement, Princesse ? »
Mon cœur bondit presque hors de ma poitrine, et je me retournais pour le trouver sur le balcon, appuyé sur la rambarde, m'observant par la porte ouverte.
« J'ai failli avoir une crise cardiaque à cause de toi ! » l'accusais-je, et un bref sourire passa sur ses traits. « Viens à l'intérieur, garçon épouvantable. »
« Il y a une suite pour les gardes royaux juste en dessous. » informa-t-il sans bouger. « Je ne l'ai pas trouvé à mon goût, alors j'espérais plutôt un mandat pour passer la soirée sur votre balcon. »
« Oh, je t'en prie. » ai-je immédiatement accepté, puis je passais les portes pour le rejoindre. La vue était vraiment exceptionnelle, il fallait l'avouer les artisans Zoras utilisaient des pierres lumineuses pour toutes leurs constructions et cela faisait briller la cité dans la nuit.
Nous restâmes silencieux pendant un long moment. Je contemplais le lent mouvement de l'eau, loin en dessous, qui jetait des reflets ondulants sur l'architecture lumineuse. Quand je relevais les yeux, je réalisais que Link me regardait.
« Elle m'a demandé si nous pouvions passer du temps ensemble, quand tout serait fini. » confessa-t-il dans un murmure à peine audible.
Je me sentais instantanément mal à l'aise, pour l'avoir poussé dans une situation où cela pourrait se produire. Dans le même temps, une bulle de joie se développa dans mon cœur, en l'entendant me délivrer volontairement cette information. J'étais parvenue à ce qu'il s'ouvre à moi, et je ne réussissais que rarement quoi que ce soit ! C'était un sentiment formidable.
« Et qu'as-tu répondu ? Ou bien mon doigté absolument calamiteux avec Vah Ruta a-t-il gâché le moment ? »
Il sourit – un authentique et sincère sourire fendant son visage – et la bulle s'agrandit. « Et vous dites que je suis épouvantable. »
« Tu dois déteindre sur moi. Tu devrais avoir honte. »
Sa mâchoire bougea – il voulait dire quelque chose mais ne le fit pas, dommage – et il déglutit plusieurs fois avant d'incliner la tête et de se retourner vers les flots, ses yeux suivant la même direction que les miens.
« Je lui ai dit que depuis que j'avais reçu l'épée, j'avais changé. Je possédais les souvenirs de l'épée à présent, qui me hantent quand je dors, et que j'avais une meilleure compréhension de ce que ma vie devrait être. Je lui ai dit que je ne pouvais pas lui promettre quoi que ce soit pour l'avenir, car en acceptant l'épée, je lui avais donné le contrôle de mon destin. »
« Est-ce que… c'est vrai ? »
Il me décocha un regard hagard et eut un haussement d'épaules que je prenais pour un accord réticent. « Ma vie vous appartient, Princesse. »
Oh. Il ne pouvait pas dire cela de la façon dont mon cœur rêveur et stupide de petite fille le prit immédiatement. Il était mon protecteur assermenté, mon chevalier servant, et il était mon partenaire dans la lutte contre le Fléau Ganon. Tout cela était bien plus important qu'une attirance d'enfance. C'était ce qu'il voulait dire. Rien de plus.
« Et elle ne l'a pas très bien pris. »
« Elle l'a mieux vécu que n'importe quelle autre plainte que j'ai jamais déposée. » répondit-il. « Je l'ai suppliée de rester mon amie, d'être aussi proches que nous l'avons toujours été, puis la Créature Divine a commencé à bouger et nous avons été déposés sans cérémonie sur la plate-forme. »
« Zelda échoue à nouveau. » dis-je, et pour la première fois, la toute première fois, il n'y avait pas d'amertume dissimulée. Est-ce que je venais de me moquer de moi-même avec succès ? Je pensais que oui !
« Si c'est votre définition de l'échec, alors il n'y a pas de problème. » répondit-il, puis il s'écarta de la rambarde. « Vous savez, je n'ai jamais visité ces chambres. »
« Je t'en prie, cherche autant de bananes qu'il te plaira. » l'ai-je encouragé.
Je pensais l'avoir entendu rire quand il passa la porte et sorti de ma vue, mais j'avais une expérience si limitée avec ce son que je ne pouvais pas en être sûre.
Une heure passa facilement, Link inspecta tous les recoins de la suite royale pendant que je me reposais près du feu, amusée. Finalement, il se retourna vers moi avec ce qui ressemblait presque à de la déception sur le visage.
« Aucune trace de bananes. » déclara-t-il. « Je vais me retirer sur le balcon. Dormez bien, Princesse. »
Ne t'en vas pas. La phrase planait directement sur le bout de ma langue, poussée vers l'extérieur par un impatient Reste, suivi de près par Je préfère ta compagnie à la mienne. Mais je ne parlai pas. J'étais la Princesse d'Hyrule. J'étais forte face à l'adversité. Je ne pliais pas sous la menace du mal. Et je ne suppliais aucun homme de rester.
Et c'était le cas, n'est-ce pas ? Peut-être fallait-il arrêter de déprécier l'attachement de Mipha avant que je puisse admettre le mien. Peut-être étais-je sous l'emprise du même sortilège sous lequel Mipha, la plupart du peuple Gerudo, et facilement la moitié de femmes travaillant au Château d'Hyrule étaient tombées. Je m'asseyais à côté du feu et le regardais sortir de la pièce, laissant la porte du balcon ouverte derrière lui. Il fit passer sa tunique par-dessus sa tête et la plia soigneusement pour la poser sur le dessus de sa pile d'équipement, puis s'assit en tailleur sur le sol surplombant les cascades et les pierres brillantes du Domaine Zora. Il posa l'Epée de Légende en travers de ses genoux, et s'installa pour veiller sur moi. C'était un honneur pour lequel des douzaines de femmes seraient prêtes à mourir, et il m'appartenait à moi seule.
Moi, sa souveraine intouchable. La fille dont l'échec pouvait tout lui coûter.
Une légère, légère, légère jeune fille.
Elle a des sentimennnnnts *baf!*
