Rating/Warning : K+ (adolescents et jeunes adultes) - Description de violence (canon), décès de personnages majeurs (canon)

Disclaimer : Tous les personnages du canon, le monde et le contexte appartiennent à Nintendo. La fanfiction originale est l'oeuvre de MaryDragon sur Archive Of Our Own ( /works/10425738/chapters/23019495), qu'elle m'a gentiment autorisé à traduire et publier ici.

L'illustration provisoire est signée Ariettys (Ariettysart sur tumblr), allez jeter un oeil à son blog, elle publie de magnifiques fanarts sur le jeu!

Notes :

Encore un chapitre posté en retard pour cause d'examens... Je ne sais pas du tout quand est-ce que je pourrais poster le prochain, étant donné que j'ai des examens jusqu'au 17 juin. Je m'en excuse platement, je n'ai pas réussi à reprendre de l'avance dans la traduction des chapitres... En attendant, l'auteure de la fic originale à posté la partie 2, un OS sur la période in-game, je vous invite donc à aller le dévorer!

Réponses aux guests :

Elerinn : Oh merci, c'est vraiment agréable de voir que j'ai réussi à retranscrire l'esprit de l'oeuvre originale ! Franchement je te conseille d'aller la lire quand même en anglais, parce que certaines idées passent peut-être mieux dans cette langue. C'est quelque chose qui me fascine avec la traduction, voir à quel point deux langues différentes peuvent véhiculer les mêmes message, mais chacune à leur propre façon. En tout cas j'espère que l'évolution de la relation entre les personnages continuera de te plaire, dans ce chapitre en particulier les choses avancent lentement main sûrement ~~


Chapitre 7 : Chasing Cars

Nous ne revîmes pas Mipha avant de partir, et quittâmes le Domaine Zora avec une petite fanfare. Il semblait que cela devenait notre routine – rencontrer et saluer à l'arrivée, filer sans préavis. Aussi longtemps que je pouvais tout faire sans préavis, j'étais satisfaite.

Nous voyageâmes suffisamment bien pour ne pas avoir besoin nous arrêter ce jour-là, revenant aux portes du Château tandis que le soleil coulait à l'horizon.

« Votre Père, Sa Majesté le Roi, souhaite vous voir dès le moment de votre retour, Princesse Zelda. » déclara le garde à la porte.

« Oui, bien entendu. Je vous remercie. »

« Link. » dit-il à mon ombre.

« Mikael. » Link lui rendit la salutation.

Bien sûr, il connaissait les soldats. Pourquoi continuais-je à me laisser surprendre par de tels détails évidents ?

« J'ai confiance en votre capacité à trouver le chemin vers votre père. » déclara Link en me touchant le coude.

« O-Oui. Merci. »

« Bonne nuit princesse. »

Je me sentais en quelque sorte mise à nu après son départ. Comme mes sentiments avaient évolués, depuis la dernière fois que je m'étais trouvée au Château ! Le monde entier semblait avoir changé depuis la dernière fois que mes pieds avaient foulés ces pierres.

Mon père, cependant, n'avait aucun moyen de s'en rendre compte.

« Un voyage ! De plus d'une semaine, sans un mot ! Comment comptez-vous expliquer cela ? »

« Pardonnez-moi, Père, nous avons été retardés. J'ai perdu connaissance dans les eaux de la Source du Courage. » répondis-je en cherchant l'élégance dont Mipha avait fait preuve en dissipant la colère de mon père dans le passé. « Link a reçu une blessure en me protégeant d'un Lynel et j'ai insisté pour qu'il soit examiné par Dame Mipha, plutôt que de risquer la sécurité de l'un d'entre nous. »

Cela fonctionnait ! Mon père exhala lentement, semblant s'affaisser sur lui-même. « Vous étiez à la Source du Courage ? »

« J'espérais que, compte tenu des liens historiques du Héros avec la Triforce du Courage, sa présence à la Source pourrait contribuer à l'éveil de mes propres pouvoirs. »

« Et lui avez-vous parlé de cela ? »

« Bien sûr que non, Père. Nous ne parlons de la Triforce à personne, pas même aux Prodiges. »

Il soupira et s'enfonça un peu plus profondément dans le trône.

« J'ai fait un long voyage depuis le Domaine Zora pour rentrer aujourd'hui, Père. Puis-je me retirer ? »

« Comment ? Oh. Oui. Faites comme bon vous semble. Je parlerais avec Link demain. J'ai reçu un message annonçant votre retour imminent et je suis resté éveillé pour vous accueillir. Je… Je suis heureux que vous soyez en sécurité à la maison, ma fille. »

« Merci, Père. Je suis heureuse de vous voir aussi. »

Il sourit, et je m'inclinais avant de prendre la fuite.

Cela avait marché ! Cela avait fonctionné pour de bon ! Je me dirigeais vers mes appartements aussi rapidement que je le pouvais, et tombais à genoux sur la passerelle alors que la lune approchait de l'horizon. J'étais enchantée au point de prier à voix haute, en chuchotant : « Merci ! Je vous remercie, ça a marché ! Il ne m'a pas réprimandé pour la première fois depuis des années, merci, merci infiniment ! »

Toute tentative que je faisais pour atteindre la sérénité était noyée dans une mer de soulagement. Je ne pouvais m'empêcher de voir ici un signe, un espoir que je faisais peut-être les choses correctement. Pour la première fois, je me sentais satisfaite de la tournure que ma vie avait prise.

Une petite partie de cela était due à la déclaration de confiance que Link m'avait faite.

Je devais le dire à la Déesse, l'utiliser pour décupler mes prières ! Je me concentrais sur la lune, exhortant ma reconnaissance à voix haute, et incluant – pour la première fois depuis des années – de bons mots pour ma mère. « Je suis sûre que vous avez fait de votre mieux. » dis-je, et je ressenti une petite bouffée de quelque chose dans mon cœur. Je passais le reste du temps en silence, et terminais mes dévotions en étant requinquée, pour la toute première fois.

Tandis que je me relevais, Link sauta sur le rebord de la passerelle et je fis deux pas avides vers lui avant de me rappeler que nous n'étions plus sur la route, plus libres de nous comporter comme bon nous semblait, plus simplement le soldat et l'érudite. Nous devions redevenir la Princesse et le Héros une fois de plus.

Je détestais cela. Mais quand bien même, je redressais les épaules et instaurais une distance convenable entre nous.

Je relatais rapidement à Link ce que j'avais dit à mon père, mais quand je mentionnais le fait qu'il avait l'intention de lui parler le lendemain matin…

« Vous ne me demandez tout de même pas de dissimuler des informations au Roi ? »

Oh non.

« Ce n'est pas… de la rétention… d'information aussi bien que… comme… »

Il se moquait de moi. Je ne pouvais pas l'entendre et cela se voyait à peine sur son visage, mais ses épaules se tordaient légèrement vers l'intérieur, le coin de ses yeux se plissait, sa respiration se faisait un peu plus courte et rauque que la normale.

« Tu es un garçon épouvantable. » sifflais-je, et ses épaules se penchèrent plus profondément vers l'intérieur.

Je soupirais – essayant désespérément de cacher ma tendresse – et le poussait dans le Château, en direction de ma chambre. « Non pas que je pense que tu vas vraiment aller dormir, mais où est-ce que tu te reposes, lorsque que tu te décides à fermer les yeux quand tu es au Château ? »

« Les quartiers des gardes. » Il haussa les épaules. « Officiellement. »

« Et officieusement ? »

Nouveau haussement d'épaules. « N'importe où ou je me sens bien et où j'ai envie de dormir. »

C'était tellement honnête – tellement typique de Link – que je ressentais le besoin irrépressible de me rapprocher, assez près pour poser ma main sur son avant-bras, là où le Lynel l'avait écorché à peine quelques jours auparavant. Ses yeux semblaient bloqués sur ma main.

« Tu es devenu… ou plutôt, nous sommes devenus… en quelque sorte des amis, j'aime à le penser. Je ne peux pas compenser la façon dont j'ai agi par le passé, mais j'aimerais que tu… ne te rende pas aussi invisible, comme je l'attendais de toi avant. »

Ses yeux se baissèrent lentement pour rencontrer les miens, et je dus lutter contre un rougissement presque violent devant la façon paresseuse dont ils s'attardèrent de ma main à mon regard.

« Bien sûr, Princesse. » accepta-t-il doucement. « Ma vie vous appartient. »

« J'ai besoin de trouver une réponse à cela. Merci ne me semble juste pas approprié. »

Ses épaules se replièrent vers l'intérieur, encore plus légèrement, et un coin de sa bouche se releva dans un sourire. « Faites-moi savoir quand vous aurez décidé. Je détesterais ne pas utiliser les formules appropriées. »

Cela ressemblait à quelque chose que je… quand étais-je… Oh, ce maudit garçon, c'était la première chose que je ne lui ai jamais dite. Son sourire s'élargit tandis qu'il m'observait en train d'y penser, puis, avec une révérence moqueuse, il quitta ma passerelle et disparut dans la nuit.

« Espèce de garçon épouvantable. » dis-je aux pierres à pieds. Je riais pour moi-même en me rendant à l'intérieur. Mes oreilles furent piégées par ce que je jurais être sa voix, au niveau inférieur, dans un murmure à peine audible : « Vous adorez cela. »

C'était une chose tellement moqueuse, taquine, espiègle à dire, que je doutais immédiatement de l'avoir bien entendue. Il était plus probable que mes oreilles me jouent des tours, des vœux futiles dans la nuit.

Quelle légère jeune fille.


« Il est contrarié que vous n'ayez pas mentionné l'attaque des Yiga à l'oasis. » déclara Link sans préambule pendant que je me relevais après mes dévotions matinales pour le trouver en train de m'observer depuis la chaise de mon étude. C'était pour ce genre de situations que les jurons avaient été inventés.

« Eh bien… Hum. En fait. Je comptais en parler à Urbosa, mais tu peux probablement m'aider. »

« Vous aider… ? »

« Je ne connais pas de mots grossiers pour jurer. » l'informais-je, avec tout le sang-froid que je pus rassembler. Comprendre pourquoi je ressentais autant d'embarras après une telle admission était au-delà de mes capacités. J'étais une princesse, pas une… une… voilà, c'était pour cela que j'avais besoin d'apprendre à jurer. « Puisque que nous passons beaucoup de temps ensemble, tu pourrais… »

« Non. »

« Est-ce que tu préférerais que j'apprenne ce qu'Urbosa a dit quand tu l'as questionné sur sa souplesse ? »

Il venait vraiment de rougir ! Il devint rouge comme une tomate et détourna les yeux immédiatement. Je n'en fus que plus fermement déterminée à comprendre ce qu'Urbosa avait dit exactement.

« Merde. » dit-il succinctement.

« Merde. » répétais-je prudemment. « D'accord, très bien. Je l'ai déjà entendu, je crois. Quelle serait son utilisation appropriée ? »

Il couvrit son visage d'une main. « Peut-on…. Parler de cela ailleurs ? S'il vous plait ? J'imagine constamment le Roi Rhoam surgir derrière vous et ma carrière prendre fin brutalement. »

« Etant donné que tu viens de me sauver des Yiga, les chances sont approximativement nulles, oh Celui Qui Brandit La Lame Purificatrice. »

« Vous êtes épouvantable aujourd'hui. »

Cela me rappela le tour que mes oreilles m'avaient joué à la nuit précédente. J'étais terriblement tentée d'utiliser la réplique que j'étais à peu près sûre de ne pas avoir bien entendu, mais le courage était son point fort à lui, pas le mien.

« Nous avons des clichés à prendre pour Farras, si tu veux bien m'accompagner pour une promenade à cheval, messire chevalier. »

« Ma vie vous appartient, Princesse. »

Je me changeais en un temps record, mais si je pensais prendre le chemin des portes principales, je me trompais apparemment.

« Où allons-nous ? » demandai-je alors que nous nous dirigions vers les étages inférieurs du Château, totalement dans la mauvaise direction.

« L'embarcadère. » répondit Link, avec la main droite cachée derrière lui et mes doigts encore une fois entremêlés dans les lacets de son gantelet. « J'évite la Citadelle jusqu'à nouvel ordre. »

« Oh ? Les Gerudo viennent te réclamer ? Y a-t-il un siège à nos portes ? »

Je me trouvais derrière lui, donc mon seul aperçu de l'intense, violent rougissement qui frappa ses traits fut la pointe de ses oreilles qui prirent une teinte rouge cramoisie. Ce fut exquis, en toute honnêteté.

« Oh, comme je le souhaite. »

« Link ! » protestais-je, affligée mais hilare malgré tout.

« C'est à cause de mon père. » avoua-t-il, et nous nous arrêtâmes par accord silencieux. Il se tourna pour me parler directement, au lieu de m'adresser à moi par-dessus son épaule. « Il est… extraordinairement fier de moi, bien entendu. Mais il le montre par… en essayant de m'humilier en public. Ne me demandez pas d'expliquer pourquoi, ça n'a aucune logique. Il est juste… comme ça. Sa façon de me pousser à me surpasser était de me repousser, et cela a tellement bien fonctionné, selon son avis, qu'il en a fait une forme d'art. »

« Certainement qu'il ne voudrait pas… »

« Je ne suis pas prêt à le risquer. Je… Je suis heureux de mon destin, Princesse. J'aimerais le rester. »

Il ne voulait pas que je l'entende être accablé de remontrances par son père. Je ne pensais pas que ce soit uniquement parce que j'étais sa souveraine et son devoir, mais plutôt parce que j'étais son amie et qu'il voulait que je le voie sous son meilleur jour. Ou peut-être redoutait-il d'être embarrassé devant moi ?

Je voulais désespérément investiguer sur ces implications, mais le fait était qu'il me demandait de l'épargner d'un seul fardeau. Modeste et finalement insignifiant – il avait parfaitement entendu mon père me réprimander, et ce n'était que partie remise, après tout – mais il voulait éviter ce désagrément mineur.

« Est-ce que je devrais le réaffecter ? Peut-être à Hebra ? »

Cela me valut un vrai sourire, et je devais avouer que j'en étais éblouie. Ses yeux étincelaient, tout son visage s'illuminait, ses dents brillaient à la lumière des flambeaux de la caverne où nous nous étions arrêtés. « Et vous dites que je suis épouvantable. »

« Si ta vie est à moi, » répliquais-je alors qu'il se retournait et m'entraînait à nouveau en mouvement « alors toutes les décisions à prendre concernant les outrages auxquels tu es exposé sont les miennes et seulement les miennes. »

« Ce n'est… pas aussi rassurant que vous pourriez le penser. »

« Ce n'était pas destiné à être. »

« Epouvantable. »

« Tu adore ça. » murmurai-je, et je sentis mon cœur s'arrêter de battre dans l'attente de sa réponse.

Ce ne fût que passager – son visage s'inclina dans ma direction, pour me regarder par-dessus son épaule. Mais il y avait une sorte de plissement au coin de ses yeux qui renvoya l'air affluer dans mes poumons, plus léger et plus chaud que jamais je ne pouvais me souvenir. Je l'avais bien entendu. Je l'avais bien entendu.

Nous traversâmes les douves en radeau conduit par un docker confus, et rencontrâmes un garçon sur l'autre rive accompagné de nos montures – mon Royal et la magnifique Epona de Link – qui pris les rubis que Link lui jeta avec un avertissement « cela n'est jamais arrivé, je ne t'ai jamais vu. »

J'entendis Link éperonner Epona, et Royal n'eut pas besoin de sollicitation pour suivre. Je devais faire tout mon possible pour ne pas éclater de rire. Une seule nuit dans le Château m'avait rendue nostalgique de la nature sauvage. Même si nous sommes restés tout le temps dans la ligne de mire du Château – nous nous contentions de suivre le long chemin vers le laboratoire de technologie où Farras accomplissait son dur labeur – et que nous étions dans l'une des régions les plus sûrs du pays, les champs étaient à portés de main et le soleil brillait haut dans le ciel, les fleurs dansaient dans la brise et les oiseaux chantaient.

« Par ici, Link ! » ai-je appelé, il dirigea immédiatement son cheval vers la direction que je prenais. Je sautais de Royal près d'un chêne solitaire et l'y attachais lâchement afin de parcourir le pâturage fertile. Link fut au bas de son cheval en un instant. « Qu'avez-vous vu ? »

« J'espérais demander à Farras pourquoi certaines espèces s'inscrivent dans l'inventaire, alors que d'autres non. » répondis-je. « Et, honnêtement, je ne suis pas très pressée de retourner au Château, et c'est le meilleur endroit qui soit pour l'absentéisme. »

« Je n'aurais jamais pensé que vous étiez du genre à faire l'école buissonnière. » me dit-il en s'agenouillant, et il fut immédiatement cerné par les fleurs.

« Menteur. » répondis-je. Ses yeux s'élargirent puis il me sourit. Un autre vrai sourire - deux en un jour ! J'étais vraiment bénie.

Je sortais la tablette et commençait à la pointer sur tout et n'importe quoi. La plupart des fleurs ne provoquèrent aucune réaction de la tablette, mais certaines autres – comme les différentes herbes aromatiques et les fleurs silencio – furent reconnues et de petits cubes jaunes apparurent autour d'elles sur l'écran. Il y avait des insectes dans l'herbe, j'en étais persuadée, et je passais quelques minutes à chercher la source du pépiement à proximité. Les mots sauterelle enduro apparurent sur l'écran et je jubilais. « En voilà un ! » Il y avait apparemment un lézard tempo dans l'herbe, et je m'entendis dire : « Oooh, et un autre ! »

Si Link avait été qui que ce soit d'autre, il aurait ri. Au lieu de cela, je vis ses épaules avoir cette légère courbure vers l'intérieur alors que le reste de son corps restait impassible.

« Les fleurs d'Hyrule ne sont pas seulement belles. » dis-je, autant pour son bénéfice personnel que pour le mien. « Elles sont également des matériaux de premiers ordres pour un grand nombre de choses. »

Il était à genoux à côté de moi, me regardant moi et la tablette Sheikah par-dessus mon épaule je pouvais voir son reflet dans le verre de l'écran, grâce au soleil brillant qui nous réchauffait. Je fus momentanément distraite par le plissement du coin de ses yeux, puis un nouveau cube jaune apparut sur l'écran, autour d'une fleur cachée au milieu d'une étendue de jacinthes des bois et de tournesols.

Je mis la tablette de côté et caressais les délicats pétales blanc et bleu. « Celle-ci est une princesse de la sérénité. » lui dis-je. « C'est une espèce rare et menacée. »

Il se glissa dans l'herbe vers l'endroit où je me tenais agenouillée devant la princesse de la sérénité, et m'écouta attentivement le changement dans mon ton devait lui avoir mis la puce à l'oreille quant à l'importance que j'accordais à cette petite fleur.

« Malgré nos efforts, nous n'arrivons pas encore à la cultiver à grande échelle. La princesse ne peut se développer qu'ici dans la nature. »

J'espérais qu'il avait entendu l'appel dans mes paroles. J'espérais qu'il avait compris les deux sens, qui se tenaient côte à côté, de la description que j'avais faite. Je ne pouvais être plus explicite pas en cette journée magnifique, pendant nos moments de liberté volée, sur une colline recouverte d'une prairie de fleurs sauvages. C'était un jour trop parfait pour le gâcher avec des ressassements sur la façon dont, moi aussi, je ne pouvais prospérer entre des murs.

« Tout ce que nous pouvons espérer, c'est que cette espèce soit assez forte pour se développer d'elle-même. »

J'avais abandonné mes propres tentatives de cultiver cette fleur dans mon étude. Cela ne m'avait jamais semblé juste, même si je n'avais pas vraiment admis la comparaison jusqu'à maintenant.

Link se déplaça, et je me tournais légèrement pour écouter ce qu'il semblait prêt à dire. Un mouvement attira mon attention et me captiva totalement. « Oh ! Est-ce que je pense que c'est ce que c'est ?! Regarde ! » Je m'avançais, les deux mains avides… et je la capturais ! « Je n'y crois pas, mais j'en ai vraiment attrapé une ! » Je me retournais vers lui sur les genoux, assez maladroitement, mon trophée caché dans les mains. « Non seulement c'est délicieux, mais en plus on a découvert récemment que sa consommation aurait une influence sur nos capacités. Ta-daaa ! »

Le visage de Link était franchement amusé devant mes pitreries, et cela ne faisait que m'inciter à continuer. J'ouvrais les mains, exposant mon trophée sous son nez. Ce dernier coassa, juste au bon moment, tandis que je révélais la grenouille tempo.

« Nous menons justement une étude sur les gens de la cour pour déterminer son efficacité. Fort comme tu es… » oh, qu'est-ce qu'il m'avait pris d'ajouter ça ? « …tu ferais sûrement un cobaye exceptionnel ! »

Il souriait sincèrement de nouveau. Il en était presque au point de rire de moi, et ça en valait le détour ! « Allez ! Vas-y ! Fais aaah ! » Avec chaque pause je tendais le petit amphibien confus vers son visage, et à chaque fois, Link émettait cet adorable petit son de protestation dégoutée.

A la dernière poussée, la grenouille décida qu'elle en avait assez et tenta de s'échapper en sautant directement au visage de Link. Je m'approchais pour la rattraper, et il recula instinctivement. Bien que je fusse infiniment reconnaissante qu'il n'ait pas réagit en écrasant la pauvre bête ou en la propulsant dans les airs, le résultat final fut nous perdîmes l'équilibre et tombâmes sur la colline.

Link atterrit sur le dos, la grenouille exécuta une réception parfaite des quatre pattes sur son front, et je parvins maladroitement à orienter mes deux mains vers le sol devant moi au lieu de les planter directement dans les côtes de Link. Toujours était-il que son visage se trouvait à quelques centimètres du mien, avec rien d'autre qu'une grenouille confuse et peut-être belliqueuse entre nous.

« Je sais ce qu'est une grenouille tempo, Zelda. » déclara Link, malicieusement. Son intonation était complètement trahie par le large sourire sur son visage. « Et vous devrez la cuire en élixir pour en tirer un quelconque bénéfice. »

« Toi ! C'est toujours la cuisine avec toi ! Tu dis que tu pourrais la manger si je la cuisine pour un repas mais pas dans le cadre de mon étude ? »

« Non ! » rit-il. « Je dis que vous n'allez pas me faire avaler une grenouille ! Je n'en ai pas besoin, je suis assez rapide comme ça. »

La grenouille semblait d'accord, et coassa une fois de plus en sautant du visage de Link pour disparaitre dans l'herbe. Je fus peut-être un peu trop étourdie à ce moment-là, et je donnais un coup de coude dans les côtes de Link de ma main droite. Il se tordit avec un rire de protestation, qui, cette fois encore, m'incita à continuer.

« Tu l'as laissé partir ! Mon trophée ! Envolé ! Quel héros tu fais ! »

Il se déroba de mes coups de coudes répétés, me frappa le bras gauche par en dessous, et je m'écroulais sur sa poitrine.

Il y eut un long moment pendant lequel aucun de nous ne bougea. J'étais trop choquée pour tenter de retrouver mon équilibre, et il était parfaitement immobile deux corps figés dans l'espace.

Lentement, il mit sa main droite sur mon épaule droite et me fit glisser dans l'herbe à côté de lui, calant ma tête sur son épaule droite. Il laissa sa main sur mon épaule pendant un long moment, et puisque je ne bougeais pas – toujours pétrifiée de choc – il retira lentement sa main.

Je la rattrapais avec ma main gauche et stoppais sa retraite, serrant sa main contre mon épaule. Il exhala longuement et sembla s'enfoncer davantage dans l'herbe.

« Est-ce convenable ? » murmura-t-il.

Je hochai la tête, immédiatement. Je n'étais pas sûre de tout ce que cela signifiait, mais convenable était définitivement impliqué dans la description.

« Vous êtes sûre ? Je pourrais… »

« N'y pense même pas. »

J'entendis le rire, cette fois-ci – l'air fit trembler sa poitrine et je pus sentir la vibration dans sa gorge. Il entrait immédiatement en lice avec le soleil pour ce qui me procurait le plus de chaleur. Son bras droit se resserra un peu plus dans mon dos, et je me retrouvais à presser mon visage contre son épaule. Les chevaux nous avertiraient suffisamment si quelqu'un approchait, et le grand chêne se tenait entre nous et la ligne de mire du château. Je me sentais complètement en sécurité ici, abritée, protégée, et…

…et cela me suffisait pour l'instant.

Je restais ainsi pendant la-Déesse-savait-combien-de-temps, respirant son odeur sauvage et regardant flotter les oreilles des chevaux tandis qu'ils déambulaient dans la végétation luxuriante. Je me rendis peu à peu compte que la prise de la main de Link contre mon épaule s'était relâchée, et que sa respiration s'était faite lente et profonde.

Il s'était endormi.

Allongé sur le dos, ma tête sur son épaule, son bras enroulé autour de moi, le soleil réchauffant son visage, il dormait. Qu'avait-il dit, quand je lui avais demandé où est-ce qu'il dormait ? N'importe où, où il se sentait bien et où il avait envie de dormir.

Il se sentait bien.

Ici, en ce moment, avec moi. Il se sentait bien.

Je prenais soigneusement la tablette Sheikah, l'allumant pendant que je me déplaçais, et la tenais d'une main d'une main au-dessus de nous. Je pouvais voir ses yeux remuer sous ses paupières doucement fermées il rêvait. Son visage semblait à la fois beaucoup plus jeune et bien plus âgé les inquiétudes avaient disparu, mais les traits et les cicatrices étaient beaucoup plus faciles à voir, de si près.

Et, oh, nous étions si proches. Je tordais un peu la tablette pour nous inclure tous les deux dans le cadre, et appuyais sur le bouton de capture. Le son de l'image enregistrée provoqua l'ouverture des yeux de Link et, pendant une seconde, il eut presque l'air intensément sauvage – il lui fallut un moment pour se rappeler d'où il était et comment il s'était endormi dans cette prairie. Une fois les idées claires, il se détendit immédiatement.

« On collecte des preuves pour un chantage, je vois ? » demanda-t-il, la voix lourde de sommeil. Le sourire endormi qu'il m'adressa à travers l'écran de la tablette fit se serrer mon estomac d'une manière avait laquelle je n'étais pas tout à fait familière et qui m'intriguait incroyablement.

« Je n'étais pas sûre que tu dormais vraiment, et je ne voulais pas bouger et risquer de te réveiller, si tu l'étais. »

« Vous ne devriez pas me laisser dormir du tout. » répondit-il, mais le cœur n'y était pas. Un instant plus tard, ses yeux se refermèrent, et il plongea à nouveau dans le sommeil.

C'était indescriptiblement grisant. Je me déplaçais pour me retrouver sur le dos à côté de lui, utilisant encore son épaule comme un oreiller, et je tirais sa main vers mon autre épaule, de sorte à ce que son avant-bras repose sur mes clavicules. Il émit un bruit de satisfaction dans son sommeil puis redevint silencieux une fois de plus.

Avec les deux mains à présent libres, je perdais mon après-midi à utiliser la tablette Sheikah pour observer tout ce qui m'entourais. Cheval était dans l'encyclopédie, tout comme Epée de Légende et Arc de garde royal. Je parvins à obtenir une image d'une grenouille tempo, ce qui m'amusa sans borne, et un certain nombre de charmants clichés de la prairie dans laquelle nous nous reposions.

Le soleil passa derrière un nuage et la température baissa. Je frissonnais, et Link se réveilla.

« Est-ce que vous allez bien ? »

« Oui, bien sûr. Je me suis juste habituée au soleil, et j'ai eu froid quand il est passé derrière le nuage. »

Il s'assit, me redressant avec lui, et passa quelques minutes à ôter de l'herbe et des fleurs hors de mes cheveux. « Vous êtes encline aux double-sens aujourd'hui, n'est-ce pas ? »

« Comment ? Pas particulièrement. »

« Ça fait deux fois que vous dites quelque chose de profond avec deux significations complètement différentes. »

Il m'avait pris par surprise. « J'admets pour la princesse de la sérénité. Mais je suis confuse quant au deuxième exemple que tu mentionne. »

Sa main attrapa mon menton, et il releva mon visage pour que mon regard rencontre le sien, et mon souffle se coupa. Nous restâmes ainsi jusqu'à ce que le soleil ressorte de derrière le nuage, et il me lâcha sans un mot. Je frissonnais encore.

« Voilà. » dit-il d'un moqueur.

Oh. Oh, est-ce que j'étais le soleil de… non. Non, sûrement pas. Il ne dirait pas qu'il était le soleil… Mais là encore, je venais de passer l'après-midi à l'utiliser comme un oreiller pendant qu'il faisait la sieste, et Zelda cesse de réfléchir tu vas tout gâcher.

« Nous ne sommes toujours pas allés chez Farras. »

« Nous n'allez pas vraiment lui montrer les photographies de la tablette, n'est-ce pas ? Comment comptez-vous expliquer celle de moi en train de dormir ? »

« Oh, je devrais ... probablement me débarrasser de celle-là. » admis-je, à contrecœur. Je me sentais mal en la supprimant, comme si elle était d'une importance capitale, en quelque sorte, et devait être conservée. J'hésitais si longtemps que je commençais à être embarrassée, et la supprimais dans un soupir.

Sa main se posa au bas de mon dos, puis il me guida vers Royal et m'aida à grimper sur la selle – ce qui n'était pas nécessaire, mais néanmoins appréciable. Je m'attendais à ce qu'il monte sur sa propre selle, mais il prit les rênes de Royal et mena les deux chevaux à travers la colline, nous faisant franchir la courte distance qui nous séparait du laboratoire technologique qui se dressait sur la colline à l'ouest du château.

Je ne pouvais parvenir à me défaire du sentiment de perte et de regret qui résultait de la suppression du cliché de Link et moi, bien qu'il fût complètement raisonnable de le faire. D'une manière ou d'une autre, cette image était importante, de celles qui valent la peine d'être sauvegardées, de celles qui signifient bien plus que les autres.

Ou peut-être je me sentais coupable d'avoir quelque chose à cacher.

Je ne voulais pas risquer de faire sortir ces pensées hors du trou du lapin, alors je les rangeais dans un coin de ma tête et me concentrais plutôt sur l'entrevue avec Farras.

Farras n'accorda guère plus qu'un coup d'œil aux images que je lui montrais, confirmant immédiatement qu'il s'agissait du site de la tour qu'il soupçonnait, et balaya mes questions sur l'encyclopédie par le conseil suivant : « Demandez à Pru'ha, c'est elle qui étudie la tablette. »

Nous étions de nouveau à l'extérieur du laboratoire moins d'une demi-heure après y être entrés, notre commission s'achevant brusquement.

« J'aurais pu garder ce cliché de toi en train de dormir. » dis-je à Link pendant que nous grimpions en selle pour le court trajet de retour vers le château.

« J'aurais pu dormir beaucoup plus longtemps. » répondit-il avec un étirement paresseux

Je ne pus m'empêcher de rire, puis dirigeait Royal vers l'embarcadère.

« Nous pouvons passer par la porte d'entrée. » déclara Link, gentiment. « Je vous fait confiance pour l'expédier immédiatement à Hébra, s'il essaie de se moquer de moi. »

« Sans aucune hésitation. » approuvais-je.

Nous ne croisâmes pas son père sur le chemin du Château – ce qui était presque dommage. J'aurais beaucoup aimé rencontrer cet homme. Je ressentais toujours une sorte de langueur étrange, après notre échappée de l'après-midi. J'essayais de me dire que, au final, c'était sans conséquence – nous nous étions allongés dans l'herbe et Link avait fait une sieste – mais cela ne me semblait pas sincère.

Lorsque je me tenais sur les dalles du Château, il me semblait que le monde avait changé depuis ma dernière visite. Seulement, cette fois, il ne s'était écoulé que quelques heures.

« Tu ne m'a pas appris de jurons pendant que nous étions dehors. » lui rappelais-je tandis que je retournais vers mes appartements. Je n'eus pas à regarder en arrière pour savoir qu'il avait repris sa place habituelle à trois pas derrière moi. Après ces dernières semaines il me semblait que je pouvais reconnaître ses pas, sa présence, n'importe où.

« J'espérais que vous auriez oublié. »

« J'ai une très bonne mémoire, messire chevalier. J'ai juste à demander à Urbosa pour une leçon. »

« Mieux vaut elle que moi. »

« J'ai le temps pour un repas avant mes dévotions. » dis-je, avec l'intention de lui demander de partager le dîner avec moi.

« Alors je vais vous permettre de vous y rendre. » coupa-t-il, immédiatement. « Je ne serais pas loin, si vous avez besoin de moi, Princesse. »

Il disparut en vitesse, me laissant étourdie dans son sillage.

Je gravissais les escaliers jusqu'à ma chambre, puis me dirigeais vers mon secrétaire. Je n'avais plus mis à jour mes compte-rendu de recherche depuis des années. Je réalisais que je n'avais plus écrit dans mon journal, non plus…

Je n'éprouvais pas la nécessité d'écrire. J'étais plus heureuse, moins en conflit, plus motivée. J'écrivais pour clarifier mon esprit, mes pensées, garder une trace de mes activités pour une reconsidération ultérieure…

…peut-être était-ce le problème. Peut-être qu'il ne se passait plus rien que je désire coucher sur papier.

Après Ganon, me rappelais-je. Nous aurons tout le temps du monde pour mettre tout cela à plat une fois que nous aurons réglé le problème que nous avions sur les bras.

Je finissais par manquer le dîner, perdue dans mes pensées, et je sortais sur la passerelle juste au moment où la lune se levait. La quiétude fut facile à atteindre cette nuit-là la réalisation que j'étais plus heureuse que jamais je ne pouvais me souvenir de l'avoir été dans ma vie était idéale pour inspirer la paix intérieure. Je m'asseyais à la lueur de la lune presque pleine et tentais simplement d'être reconnaissante.

Merci pour lui. Merci pour aujourd'hui. Merci d'avoir choisi un chevalier qui croit en moi. Merci de m'avoir donné le temps de comprendre tout cela. J'invoquerais ce pouvoir. Je serais digne de mon héritage. Je serais digne de sa foi à lui.

« Allez au lit. » réprimanda sa voix. J'ouvris les yeux et vis, en effet, que la lune avait dépassé son point culminant. J'avais de nouveau perdu la notion du temps, mais cette fois – comme à la Source du Courage – ce ne fut pas une déception. Je me sentais mieux après les dévotions de cette nuit, et je me demandais si je n'étais peut-être pas sur la bonne voie.

« Parle pour toi. » dis-je à l'obscurité. Je n'avais aucune idée de l'endroit où il se trouvait… quelque part, tout près, veillant sur moi au-delà du fait qu'il aurait pu être n'importe où.

« Je me suis déjà bien reposé. » répondit-il. Il était quelque part derrière moi – dans l'étude ou sur son toit, ou peut-être sur le mur à côté de la passerelle.

Le souvenir de sa sieste dans la prairie fit naitre un sourire sur mon visage. « Nous sommes quitte. » je capitulais, et me relevais sur les dalles. Comme mon chevalier me l'avait commandé, j'allais au lit. Ce n'est qu'une fois allongée, bien installée, et aux portes du sommeil, que je réalisais soudainement qu'il m'avait appelé Zelda aujourd'hui, alors qu'il était couché sur le dos en dessous de moi avec une grenouille sur le visage c'était la toute première fois qu'il avait utilisé mon prénom. Cette pensée agita mon cœur et m'empêcha de dormir pendant plusieurs heures, jusqu'à ce que je me force à penser à quelque chose – n'importe quoi – d'autre.


Il est totalement en train de la draguer dans ce chapitre~~