Rating/Warning : K+ (adolescents et jeunes adultes) - Description de violence (canon), décès de personnages majeurs (canon)
Disclaimer : Tous les personnages du canon, le monde et le contexte appartiennent à Nintendo. La fanfiction originale est l'oeuvre de MaryDragon sur Archive Of Our Own ( /works/10425738/chapters/23019495), qu'elle m'a gentiment autorisé à traduire et publier ici.
L'illustration provisoire est signée Ariettys (Ariettysart sur tumblr), allez jeter un oeil à son blog, elle publie de magnifiques fanarts sur le jeu!
Notes :
Ahem, voilà un chapitre qui s'est fait désirer... /évite les lancers de tomates/
Il est long et il se passe quelque chose de très intéressant à la fin, on va dire que ça compense.
Mille fois pardon pour cette longue absence non voulue due aux aléas de la vie (aka études et travail). Je finirais cette traduction de la partie 1, ça prendra le temps qu'il faudra, mais ça me tient à coeur de le faire. La partie 2 a été été traduite par Twilys sur AO3 pour les plus impatients, allez voir son travail de qualité ^^
En toute logique le chapitre suivant devrait sortir beaucoup plus tôt que celui-ci (enfin j'espère /sort/ )
Résumé du chapitre :
Dans le souvenir 12, Zelda déclare "qu'elle s'est récemment rendue à la Source du Courage".
Pas de souvenir ni de note de journal cette fois; les ennuis commencent vraiment au prochain chapitre.
Chapter 8: Courage & Patience & Grit
Nous restâmes au Château pendant que les vents de l'hiver rendaient impossibles les voyages à travers Hyrule. Je m'entretenais avec les autres Prodiges par courrier, et je recevais des mises à jour régulières sur leurs améliorations continues dans le pilotage de leurs Créatures Divines. Link s'entraînait jour et nuit à l'épée, au bouclier et à l'arc, et le spectacle me distrayait souvent de mon propre apprentissage. Je me plongeais dans mes dévotions matin et soir, convaincue – tout comme Link – que j'étais sur la bonne voie. La sérénité était continuellement plus facile à atteindre, et de plus en plus souvent, j'entrais en transe et perdait le fil du temps. Dans ces moments là, j'étais toujours ramenée à la réalité par la douce voix de Link à mon oreille.
Quand vint l'heure du premier dégel, je redevins rapidement désabusée. Le temps avait passé et, malgré tout, je n'avais pas l'impression que le pouvoir du sceau était plus accessible qu'il ne l'était dix ans auparavant. Oui, je pouvais atteindre la quiétude oui, je pouvais entrer dans cette transe si respectée des Sheikah oui, mes dévotions quotidiennes devenaient un moment bien plus plaisant.
Après dix années de rigueur, j'en avais assez des progrès et j'avais besoin de résultats.
« Ma princesse de la sérénité ne peut prospérer dans un environnement aussi étriqué. » déclara Link une nuit alors que je me relevais après une communion particulièrement contrariante avec le croissant de lune. Le commentaire – lancé depuis mon étude sombre – m'arrêta net dans mon chemin. Nous nous montrions cordiaux au Château – beaucoup plus qu'avant notre voyage prolongé, des mois auparavant – mais rien n'indiquait que notre après-midi de paresse dans les fleurs sauvages n'avait été rien de plus qu'un moment exceptionnel.
« A part si tu as une mission confiée par Pru'ha ou Farras, ou un des Prodiges pour m'enlever, alors je demeure captive. » répondis-je doucement. Je craignais, comme toujours, d'en lire trop dans sa déclaration. J'étais sa Princesse, car il était Hylien. Et j'avais passé la soirée à prier en toute sérénité, donc…
« Cela constitue-t-il un bon prétexte ? » Il se releva – il était assis sur mon bureau, cet insupportable sournois – et me remit un petit paquet en papier dur au toucher, comme s'il était rempli de…
« Des graines ? » demandais-je, sentant ma tête s'incliner d'un côté.
« Si la princesse de la sérénité ne peut pas se développer en captivité, peut-être la meilleure solution est-elle de la répandre dans la nature. »
« Tu as ramassé des graines de princesse de la sérénité ? » soufflais-je, pressant le papier craquelé contre mon sternum.
« Cela semblait important pour vous. J'ai découvert celle que vous gardiez dans le manuel de botanique, et... »
« Tu t'installes dans mon étude et tu lis mes livres pendant que je dors ? » l'interrompais-je. J'essayais très fort d'avoir l'air vexée, mais j'étais plutôt touchée.
Il resta silencieux tellement longtemps que je commençais à m'inquiéter d'avoir été trop loin, mais il se déplaça légèrement dans l'ombre et je vis que sa mâchoire se mouvait, hésitant entre un silence borné et dire ce qu'il pensait. J'entrais dans l'étude, passant prudemment près de lui, et m'assit sur ma chaise en attendant.
« Oui. » dit-il enfin. Je mourrais d'envie de savoir ce qu'il avait l'intention de dire, mais le moment semblait mal choisi.
« Quel est ton préféré ? »
Ses épaules s'affaissèrent d'un millimètre, mais ce fut suffisant à mes yeux pour comprendre son soulagement.
« J'apprécie tous ceux sur l'histoire. » répondit-il, se déplaçant dans les ombres profondes juste derrière la porte. « C'est étrange, à quel point cela semble… familier. Je n'ai pas beaucoup eu accès à la lecture, en grandissant, et la plupart des livres que nous avions étaient des histoires d'aventures avec des morales pour les enfants. Mais la plupart de ces légendes… Je ne sais pas, c'est comme si je pouvais en mesurer l'authenticité. »
« Tu penses que l'épée se souviens de plus que les combats historiques contre Ganon ? »
« Oui. Je crois qu'elle pourrait contenir tous les souvenirs de ceux qui l'ont maniée. »
« Tu penses… que dans dix mille ans, quelqu'un comme toi va recevoir l'épée et peut-être assister à cette conversation ? »
« J'aimerais l'espérer. »
Je voulais lui en demander plus. Je voulais lui demander quel souvenir il aimerait le plus léguer. Je voulais lui demander lequel des souvenirs que l'épée avait partagés revenait le plus dans son esprit. Je voulais me plonger dans son esprit pendant des heures.
Mais j'avais un présent inestimable entre les doigts qui méritait une certaine attention.
« Ces… ces graines, Link. Elles n'ont pas de prix. Je ne t'en remercierais jamais assez. »
« Vous n'avez pas besoin de me remercier, Princesse. »
« Bien sûr que oui. Et je dois te remercier à l'avance de bien vouloir m'accompagner pour les planter dans les endroits les plus appropriés d'Hyrule une fois que le temps se sera réchauffé. Le faire dès maintenant, bien que je déteste l'admettre, ne reviendrait qu'à gâcher la marchandise. A présent que l'idée de voyager m'est venue à l'esprit, je ne supporterais plus de rester ici. Il faudra penser à quelque chose à dire à mon père. Il n'acceptera pas que j'aie besoin d'une pause. »
« Vous… Pardonnez-moi si la suggestion vous agace, mais il semble que vous ayez eu de la chance à la Source du Courage lorsque nous y sommes allés. Peut-être devriez-vous y faire une autre visite ? Une visite planifiée, d'un jour ou plus ? »
« Tu vaux ton pesant de diamants, messire chevalier. »
Il esquissa une brève révérence et fit un geste vers le faible clair de lune qui éclairait la passerelle. « Vous devriez dormir, si nous voulons nous échapper demain. »
Je me levais rapidement et sortais de la pièce, et je fus récompensée par le fantôme d'un rire tandis que j'exagérais ma hâte.
Je m'arrêtais de l'autre côté de la passerelle. Du courage. J'avais bien semblé en faire preuve à la Source du Courage, mais peut-être était-ce seulement parce qu'il était à mes côtés. Je jetais un coup d'œil vers l'étude et le vit dans l'embrasure de la porte, encadré par l'obscurité.
Courage.
« Link ? »
« Princesse ? »
« Qu'allais-tu dire ? Quand je t'ai demandé si tu lisais mes livres pendant que je dormais ? »
Il resta immobile pendant un long moment. J'avais appris à ne jamais abandonner l'espoir qu'il finisse par répondre, je posais une main sur la maçonnerie qui encadrait la porte et attendais. Il me semblait que j'avais déjà passé des années à attendre Link, mais chaque moment en valait la peine.
« Demandez-moi une autre fois. » Sa voix surgit de l'ombre. Il semblait s'excuser, plutôt que contrarié ou offensé.
« Je le ferais. » assurais-je, et je me dirigeais vers ma chambre, mon cœur tambourinant sauvagement dans mon thorax.
Le sommeil vint lentement, car beaucoup trop d'émotions vrillaient ma poitrine : l'excitation de sortir du Château, la curiosité envers les pensées que Link avait voulu verbaliser sans le faire, et un flottement inexplicable dans mon cœur lorsque que je me souvins de sa voix quand il m'avait appelé sa princesse de la sérénité.
« Je désire faire un nouvel essai à la Source du Courage » annonçais-je, la tête haute. « Je n'ai jamais ressenti autant d'énergie que là-bas, Père ce pourrait être le chemin que je dois emprunter. »
« Êtes-vous certaine de ne pas simplement fuir… »
« Mère m'a souvent conduite aux Sources, Père. Elle a beaucoup voyagé à travers Hyrule, et m'a encouragé à découvrir la beauté du pays que je suis née pour protéger. »
« Ah, oui. Vous avez raison. Et bientôt vous vous rendrez enfin à la Montagne de Lanelle. Oui, je suppose que se rendre aux Sources est un choix judicieux. Link vous accompagnera, Zelda je ne transigerais pas sur ce point. »
« Nous avons réglé nos différents, Père. Après qu'il m'ait sauvé des Yiga, j'ai compris la Sagesse dans votre décision. Et peut-être que sa présence à mes côtés à la Source du Courage m'aidera à me connecter avec la Déesse de ces lieux. »
Mon père me sourit – me sourit ! – et une fois encore, je sentis la bulle d'espoir me remplir la poitrine. J'irais à la Source avec Link. Je libérerais ce pouvoir insaisissable. Mon père serait enfin fier de moi. Et alors, nous sauverions Hyrule.
Link patientait devant les portes quand j'y arrivais, habillée pour le voyage, une heure avant midi.
« Il est difficile d'atteindre la Source à cheval. » conseillais-je alors qu'il se redressait du mur contre lequel il était appuyé et se plaça immédiatement derrière moi. « Nous y allons à pied. »
« Et nous prendrons deux fois plus de temps. » murmura-t-il dans un souffle.
« Tellement dommage, je sais. » répondis-je.
Nous avions dépassé le Ranch quand que la bulle de joie dans ma gorge éclata, et se répandit en un rire désœuvré. Link s'approcha pour pouvoir marcher à mes côtés et me lança un regard interrogatif.
Je haussais les épaules en laissant mon rire s'évanouir en sourire et sortais ma tablette Sheikah.
Je m'attendais presque à ce que Link retourne derrière moi, mais au lieu de cela, il continua à mon rythme. Je commençais à déblatérer à propos de la tablette, de ce que nous connaissions ou non à propos des Gardiens, de tous les endroits où j'avais cherché les colonnes sous le Château, et des propriétés médicinales de chaque plante que la tablette reconnaissait quand je la tendais alors que nous marchions.
Nous arrivâmes à la Source du Courage en un temps de marche record, ce qui était vraiment dommage. Link scruta les ruines et décida qu'elles étaient suffisamment sûres pour que je puisse me cacher derrière le mur à moitié effondré afin de revêtir la robe blanche que ma mère avait laissé derrière elle pour être portée aux sources. J'avais retenu la leçon la dernière fois que nous étions venus ici il était beaucoup plus aisé de se changer que d'essayer de le suivre dans une robe alors qu'il escaladait des parois rocheuses.
« Pas de bananes. » annonça-t-il quand je reparaissais, lissant les plis du tissu.
« Oh parfait. Je déteste les bananes. »
Ses lèvres se relevèrent vers le haut dans un sourire sournois, et je fui toutes les choses épouvantables qu'il s'apprêtait à suggérer pour me diriger vers la source avec – pour la toute première fois – de l'espoir. Je n'avais que quelques heures jusqu'à ce que le soleil se couche, mais peut-être cela suffirait-il.
Je reviens une fois de plus vers Vous, pensais-je, innocemment, en me dirigeant vers l'antique statue. Je voudrais Vous implorer à nouveau de revenir sur Votre décision et de m'accorder le pouvoir de purifier les ténèbres.
Il y avait de l'électricité à la surface de l'eau, encore une fois, et je la laissais danser sur mes paumes pendant que j'avançais.
Ma mère ne m'a pas dit comment le faire, Vous comprenez. Je m'agite dans le flou depuis toujours. Je ne désire que Vous satisfaire. Je veux seulement accomplir la mission de la Lumière. Je Vous en supplie, apprenez-moi. Aidez-moi à remplir ma mission. Je Vous en conjure. Juste… Pitié.
Je regardais la statue dans les yeux et priais.
« Princesse. » souffla Link dans mon oreille « Venez vous réchauffer. Vous pourrez Lui parler à nouveau demain.
« Mais je viens d'arriver ici. » dis-je, et je fus surprise de la faiblesse de ma propre voix.
« Des heures se sont écoulées depuis, Princesse. Venez près du feu. »
« Non. Non, Link, je dois… je dois continuer. »
« Demain, Princesse. »
« Link… »
« Zelda. » dit-il avec fermeté, et la résonance de mon nom dans sa voix fit taire toute autre protestation que j'aurais pu faire.
Je le laissais me conduire vers le feu qu'il avait établi, au même endroit que la dernière fois que nous étions venus ici. Il m'exhorta à changer ma robe blanche trempée, et je n'acceptais que lorsqu'il menaça de le faire lui-même si je refusais. Quelque chose à propos de Link – comme il l'avait dit – medégageant de ma robe, me ranima suffisamment pour tituber vers le demi-mur et retirer le vêtement trempé. Je le jetais sur la pierre et réalisais que je n'avais rien pris pour me changer.
« Link, où sont mes vêtements ? »
Le sommet de sa tête apparut derrière le mur, et une chemise et un pantalon furent jetés par-dessus. « Prenez ceci. J'ai étendu tout le reste près du feu, pour les réchauffer pour demain. »
Je prenais les vêtements proposés et – une fois que j'étais sûre qu'il s'était éloigné – les pressait contre mon visage et inspirait profondément, car il s'agissait incontestablement de ses habits de rechange. Le doublet et les bas épais – tous deux vert forêt – étaient beaucoup plus chauds que mes vêtements de voyages habituels. Ils étaient définitivement coupés pour un homme, et serraient ma poitrine et mes hanches tout en se relâchant sur ma taille. Link était à peine plus petit que moi, toutefois, donc les manches et les jambes étaient à la bonne longueur. Au final, ce serait une tenue parfaite pour dormir.
« Je vous promets qu'ils ne sentent pas les bananes. » sa voix traversa le mur.
J'avais dû rougir jusqu'aux ongles. Comment savait-il ? « On n'est jamais trop prudent. » répondis-je, en maudissant le tremblement de ma voix.
« Venez, vous avez besoin de vous reposer. »
Je contournais la moitié de mur et acceptais le bol de potage qu'il m'offrait, en m'asseyant à côté de lui pour manger en silence. Après avoir fini, il prit mon bol vide et le nettoya au-dessus du feu. J'aurais dû m'écrouler sur la pile d'amures reconverties en matelas qui m'attendais, mais je savais que je ne trouverais pas le sommeil.
« Je pensais… J'espérais tellement que ce serait différent cette fois. »
« Vous pourrez ressayer demain, Princesse. » promit-il doucement. « Si vous sentez que c'est la bonne voie, alors ça l'est. »
Une réponse sarcastique me vint à l'esprit, mais je la rejetais. Il avait suivi sa destinée. Il avait prouvé sa force à l'épée qu'il portait. Si quelqu'un pouvait avoir une idée de ce avec quoi je me débattais, c'était lui.
Plutôt que de répondre évasivement, j'exprimais cette pensée. « C'est à peu près l'opposé total de l'opinion que j'ai d'abord eu de toi quand nous nous sommes rencontré. » conclus-je.
« Je suis heureux de l'entendre. » répondit-il. « Et je le serais encore plus si vous dormiez. »
« Voudrais-tu bien me réveiller avant l'aube ? »
« Je le ferais. »
Sans aucun autre mot, je me glissais dans la pile de literie accueillante, j'inhalais profondément et m'endormais.
« Zelda. Réveillez-vous. »
« Je viens de m'endormir. » protestais-je.
« Non princesse, cela fait plusieurs heures. Le soleil est juste en dessous de l'horizon. J'ai promis de vous laisser dormir autant que possible. »
Et bien sûr, il l'avait fait. Je m'asseyais en baillant et lui permis de presser une tasse de quelque chose de chaud dans mes mains. Je ne perdais pas de temps pour considérer ce que cela pouvait bien être, et le bu simplement d'une traite. La chaleur se répandit immédiatement dans mon estomac tandis que le liquide touchait le fond, puis s'écoulait vers mes mains et mes pieds. Je ramenais la tasse à mes lèvres, à présent bien réveillée, pour goûter le breuvage. Il n'avait pas de véritable saveur, mais cela semblait néanmoins agiter toutes mes papilles gustatives comme si la chaleur pouvait être considérée comme une saveur dans ce cas.
« C'est délicieux. » soufflais-je en inhalant profondément. Cela ne sentait pas grand-chose, non plus c'était comme respirer la vapeur d'un pot d'eau. « Qu'est-ce que c'est ? »
« Vous êtes en moins bonne forme que ce que je pensais, si vous ne sentez rien. » observa-t-il. « Vous ne voulez pas savoir ce qu'il y a là-dedans. Sachez simplement que c'est ce que je peux préparer de plus fort pour vous réchauffer. »
Mon esprit vacilla à la pensée de toutes les choses qu'il aurait pu mettre dans un remède anti-froid, et je sentais ma bouche se tordre. « Oh. » Des insectes, des vicères de Bokoblin, et autres choses dans le genre. Beurk.
« Cela devrait vous suffire pour la journée, au moins. » me dit-il. « Cela… m'aidera à vous laisser à votre tâche. »
L'hésitation poussa mes yeux vers les siens. Il s'inquiétait pour moi, je pouvais clairement le lire sur son visage. Comment était-ce, de rester impuissant tandis que je me tenais en transe dans les eaux de la Source ? Combien de temps me laissait-il trembler aux pieds de la Déesse avant que sa résolution ne se brise et qu'il s'élance vers moi ?
Tout cela n'était-il pas suffisant ? Pourquoi ne pouvais-je pas apprendre à gouverner Hyrule après mon père, ou faire des recherches sur l'ancienne technologie Sheikah, ou vagabonder dans la nature avec un chevalier servant qui… qui se souciait de moi, aussi profondément qu'Impa et Urbosa ? Pourquoi ne nous suffisait-il pas d'être le soldat et l'érudite, ou même la Reine et son Chevalier ? Pourquoi devions-nous aussi être la Princesse Etincelante et le Héros Intrépide ?
Pourquoi ma vie ne pouvait-elle pas être aussi simple que de se réveiller pour découvrir que Link m'avait préparé une boisson chaude pour le petit-déjeuner avant de commencer nos aventures de la journée ?
Ou un compromis ! Pourquoi Ganon ne pourrait-il pas attendre encore quelques années et nous donner la chance d'être juste Link et Zelda, de trouver et de restaurer les tours cachées, de réactiver les sanctuaires pour que Link s'y entraîne, de juste prendre ce sachet de princesses de la sérénité et de les disperser aux quatre coins du royaume ?
Parce qu'il est l'incarnation du mal, me rappelais-je dans un soupir, et je m'éloignais du nid de couvertures et de vêtements dans lequel j'étais assise. Et plus vite nous éliminerons la menace qu'il représente, plus vite je pourrais réfléchir à la vie que je souhaite mener.
Link avait soutenu mon regard pendant que j'étais perdue dans mes pensées, et il me proposa silencieusement une main pour m'aider à me relever. Il me remit la robe blanche – un peu enfumée, par une nuit passée près du feu, mais certainement beaucoup plus chaude qu'elle ne l'était la veille – et je me dissimulais derrière le demi-mur pour me changer. Je lui rendis les vêtements verts que j'avais porté pour dormir.
Je retenais une poignée de commentaires tandis que je me préparais à entrer dans l'eau aux premières lueurs de l'aube. Je voulais lui demander si je portais le doublet vert mieux que lui. Je voulais le taquiner, pour avoir dormi une fois de plus dans ses vêtements. Je voulais faire ressurgir cette chose qui planait dans l'air entre nous, cette énergie que je ne pouvais plus douter qu'il ressentait. Je voulais le remercier, pour être mon seul réconfort dans ces épreuves. Je voulais m'excuser – sans fin – de ne pas avoir perçu immédiatement sa valeur, d'avoir perdu tant de temps à le repousser. Je voulais…
Je fermais les yeux, repoussant mes tourments, et entrais dans l'eau. Je commençais ma prière par la supplication, je sens que j'ai appris quelque chose du Courage.
Je dirigeais mes prières vers Hylia, la sainte patronne d'Hyrule et de ma propre famille. Depuis longtemps lui avait été confié la protection de notre royaume et du pouvoir sacré de la Triforce, et la légende attestait que son incarnation mortelle était mon ancêtre la plus ancienne.
Mais avant elle, la Triforce elle-même avait été créée par les Trois Déesses d'Or et de Lumière Farore, Din et Nayru. Elles étaient les essences protégées par Hylia, Elles étaient les étincelles gardées en vie dans ce monde par les Grands Dragons, et Elles étaient les esprits créateurs des trois Sources : Courage, Force, et Sagesse.
Je me tenais dans la Source du Courage, avec le tout dernier élu de Farore dans mon dos.
La pensée me frappa, soudain, que j'avais peut-être totalement tort, ou que je me montrais totalement aveugle à une vérité qui aurait dû être évidente.
Je ne savais rien de la Triforce, hormis le fait qu'elle existait, la famille royale d'Hyrule la protégait et que c'était la cause principale des assautls cycliques de Ganon. Tout au delà de ça n'était que pure mythes et suppositions, dissous depuis si longtemps dans les sables du temps. Si il s'agissait du pouvoir du Sceau que je devais manier, alors mon temps serait beaucoup plus efficacement dépensé en recherches plutôt que de geler petit à petit jusqu'à la mort dans les Sources.
Mais l'incandescence sur le visage de ma mère, cette nuit-là sur la passerelle, fit sonner faux tout ce flot de pensées.
Non, il était bien plus probable que l'énergie que je ressentais ici à la Source du Courage, que je n'avais jamais ressenti auparavant, qui me donnait tant d'espoir, ne soit causée par aucun succès de ma part. Au lieu de cela, il s'agissait du pouvoir latent de Farore reconnaissant Son épée dans le dos de Link.
Je revenais à moi même, réalisant que le soleil se tenait haut dans le ciel, brillant directement sur mon visage. Il devait il y avoir une signification à tout cela, aux heures qui ne paraissait guère plus que des secondes, et qu'une demi-journée passe durant le temps qu'il me fallait pour considérer une seule pensée. Il me suffisait de demeurer dans l'eau, mes mains reposant à la surface, dans la prière et la contemplation aux pieds d'Hylia.
Et peut-être bien que mon acceptation envers Link avait inspiré tout cela. Peut-être ressentais-je quelque chose à la Source du Courage car j'avais laissé un peu de son Courage à lui déteindre sur moi. J'étais parvenue à me tenir devant mon père grâce à son soutien – bon, et celui de Mipha, mais tout de même. J'étais ici, maintenant, grâce à la foi que Link placait en moi. J'étais debout, bien reposée et réchauffée grâce à son soutien. Et, en fin de compte, j'étais prête à rester dans les eaux glaciales de la Source pendant bien plus de temps qu'il ne voulait m'y laisser, car peut-être était-ce également une forme de Courage.
Je voudrais comprendre. Mais plus que tout, j'aimerais accomplir mon devoir. Je ne peux pas croire que tant de choses soient liées à la notion de Sagesse, et que malgré tout l'objet de ma propre mission reste intentionnellement voilé dans l'ignorance. Je crois que je suis censée comprendre, et je le veux. Oh, comme je le veux. S'il vous plait. Je suis prête. C'est ce que je souhaite. Par pitié.
« Zelda » entendais-je, avec un soupçon de panique dans sa voix que je n'avais jamais entendu auparavant. Je clignais des yeux et me tournais vers le son pour trouver son visage voilé par l'ombre jetée par la faible lueur de la lune.
« Link ? »
« J'essaie de vous ramener à vous depuis plus d'une heure » avoua-t-il, le soulagement luttant contre l'inquiétude encore très présente dans sa voix. « La température baisse, vous gèlerez si vous restez à l'extérieur. »
Je tentais de bouger mes pieds, de le suivre tandis qu'il me conduisait loin de l'ancienne statue, mais mes membres étaient lourds de plomb, et je trébuchais maladroitement.
Il dit quelque chose que je ne compris pas – peut-être du Goron, car cela m'évoqua des rochers dévalant au bas des falaises – et avec une fluidité de mouvement qui me rappelais à nouveau les années qu'il avait passé chez les Zoras, il abaissa sa main et plaça un coude derrière mes genoux, me soulevant dans ses bras.
Je laissais ma tête reposer contre son épaule tandis qu'il émergeait des eaux de la Source.
Un nouvel échec, donc.
Il aurait dû me laisser dans l'eau. Si j'avais perdu connaissance et m'étais noyée, je ne l'aurais peut-être pas remarqué.
Un monologue consistant s'échappait sur son souffle – cela ne lui ressemblais tellement pas, mais je ne pouvais m'empêcher d'écouter, fascinée, car il sembla à court de choses à dire en Goron et passa au Gerudo. Les tons plus sifflants de la langue du désert étaient plus appropriés pour juer, je m'en étais toujours doutée, et il prononça plusieurs phrases que j'avais sans aucun doute entendu Urbosa dire.
Les seules langues que je connaissais outre l'Hylien étaient depuis longtemps éteintes. Comme c'était ironique, que mes connaissances soient à ce point inutiles, pour ce que j'avais besoin de faire, alors que celles de Link étaient toujours adaptées à la situation en cours.
Il était également évident pour moi que j'étais en état de choc ou que je me trouvais à la limite, car mes pensées étaient incontestablement entravées.
« Pouvez-vous boire cela ? » demanda-t-il en plaçant un flacon dans mes mains. Je remarquais, un peu nébuleusement, que mes doigts étaient bleus et que mes mains ne semblaient pas écouter ce que mon cerveau leur ordonnait de faire. Abasourdie, je fixais la fiole avec l'intention de la lui prendre des mains, et en dehors d'une flexion subtile des articulations, mes mains ne le firent tout simplement pas.
« Pas par moi même » répondis-je faiblement.
Il soupira. « Eh bien, merde. »
Je hochais la tête. « Merci. Usage approprié. Compris. »
« Vous me détesterez plus tard pour cela. » dit-il, et s'affaissa au sol près du feu. Il s'assit les jambes croisées autour de moi, mes genoux se posèrent par dessus sa jambe droite et sa jambe gauche se cala contre mon dos. J'étais vaguement consciente de la chaleur qui émanait du sol à travers la robe trempée, grâce au feu qui avait réchauffé cet endroit pendant une bonne partie des deux jours.
Link fit passer de l'étoffe verte par dessus ma tête, puis enfila mes bras à travers des manches épaisses vec une douceur complètement en désaccord avec sa précipitation. C'était fascinant, honnêtement, et compte tenu de la confusion générale dont je souffrais, tout ce que je pouvais faire était seulement d'observer. Il rabattit le doublet par dessus la robe, puis m'ôta mes sandales et fit glisser mes pieds dans les jambes du pantalon chaud dans lequel j'avais dormi la nuit précédente. Il se releva, me soulevant par la ceinture du pantalon, et ajusta le tissu épais autour de mes hanches. Une main passa dans mon dos, il défit habilement les lacets de ma robe et la tira vers le bas, par dessous le doublet et par dessus le pantalon.
Outre l'irrévérence du contact en général – et sa main sur ma chemise, pour être honnête – il était parvenu, comment avait-il dit déjà, à me dégager de ma robe sans exposer plus de peau que ma robe elle-même n'en laissait paraître.
Il jeta le tissu humide sur un tas de décombres près du feu, et s'assit immédiatement en arrière, me ramenant sur ses genoux tandis qu'il s'installait. Il se déplaça de sorte à rapprocher mes pieds du foyer, et se tendait de temps en temps afin de s'assurer qu'ils ne brûlent pas. Ensuite, il se mit à me faire manger à la cuillère un bol de ce que je supposais être de la soupe. Je sentais de la chaleur sur mes lèvres et dans ma gorge, mais j'étais si profondément épuisée, ce n'étais pas vraiment quelque chose de mémorable.
A un moment donné, il nous déplaça à nouveau, m'enveloppa dans ses vêtements anti-froid et plaça un flacon dans mes mains à présent de nouveau fonctionnelles. Il m'exhorta à boire, et je sirotais l'élixir du mieux que je le pu.
Il s'agissait de quelque chose de semblable à ce que j'avais déjà consommé, que je ne pouvais me sentir que reconnaissante tandis que la chaleur se rependait dans mon estomac et se propageait dans mes membres désormais réchauffés et secs.
« Vous allez vite vous remettre. » fit Link, si doucement que je ne l'aurais pas entendu si mon oreille n'avait pas été pressée contre sa poitrine.
Je ne pouvais pas dire s'il parlait pour mon intérêt ou le sien, mais la déclaration fut suffisante pour m'apaiser jusqu'au sommeil.
Je me réveillais réchauffée, et je supposais aussitôt que je me trouvais à la Cité Gerudo ou au Village Goron. Il y avait un feu à ma gauche, et à ma droite... à ma droite...
Directement à ma droite se trouvait Link. Si directement, en réalité, qu'il me touchait. Ou plutôt, je le touchais, comme j'avais apparemment passé la nuit entière sur ses genoux. Il avait les jambes croisées sur les pierres des ruines qui supportaient la Source du Courage, son bras gauche soutenant mon dos et le droit sous mes genoux. Mon oreiller se trouvait être son épaule gauche, ma couverture son armure duveteuse piaf, et mes vêtements son vieux doublet vert et ses bas. Posé dans la courbe de ma hanche il y avait une fiole vide d'un quelconque élixir anti-froid qu'il avait préparé, et non loin se trouvait le bol vide de la soupe avec laquelle il m'avait nourri. La pointe de l'Epée de Légende était à peine visible, la lame nue, disposée à portée de main au cas où il aurait fallu bondir à ma rescousse durant la nuit.
Comment avais-je pu douter de cet homme ? Il était littéralement la seule raison pour laquelle j'étais en vie.
« Merci. » dis-je, convaincue que c'était une salutation bien plus neutre que bonjour il y avait trop de sous-entendus dans l'insinuation qu'il était bon de se réveiller dans les bras de Link.
Il se raidit légèrement, de ce que je supposais être de la surprise, puis ses épaules se détendirent lentement tandis qu'il inclinait la tête pour rencontrer mon regard. Il y avait de l'inquiétude dans ses yeux, mais le soulagement l'emportait de loin.
« Je suis heureux de vous voir réveillée. » dit-il, d'une voix basse qui résonna dans sa poitrine.
J'aurais dû me relever immédiatement. J'aurais dû mettre une distance respectable entre lui et moi. J'aurais dû le remercier pour les décisions qu'il avait prises afin de préserver ma vie, le remercier avec effusion d'avoir agi de sorte à ne pas porter atteinte à ma pudeur, et le prier de ne plus jamais évoquer à nouveau cette nuit. J'aurais dû me souvenir que, bien qu'il soit mon chevalier servant et mon protecteur attitré, il était toujours un homme et j'étais la princesse non mariée d'Hyrule.
Je refusais catégoriquement de faire cela. Je laissais tomber ma tête contre son épaule avec un soupir, et fit que j'avais besoin de faire, plutôt que ce que j'aurais dû faire.
Alors que ses bras se resserraient légèrement, je lui murmurais un aveu.
« J'ai échoué à nouveau. » dis-je. « Et cette fois j'aurais pu mourir, sans ton intervention. Est-ce qu'Elle en veut à ma vie ? »
« Non. » répondit-il immédiatement, avec une chaleur dans la voix qui réchauffa mon âme. « Vous n'avez pas échoué, et Elle ne veut pas votre vie. »
« Comment peux-tu dire que je n'ai pas échoué ? »
« Votre but est d'éveiller le pouvoir du sceau, et cela n'est pas encore arrivé, mais cela ne fait pas de ce voyage un échec. Princesse… Zelda, je vous ai vue debout, immobile, pendant toute une journée. Vous avez commencé pendant que le soleil se levait et vous avez continué bien après qu'il se soit couché et jamais, pas une seule fois, vous n'avez bougé. Vous n'avez pas faibli. Vous respiriez à peine. L'eau a commencé à avoir l'air de passer à travers vous, comme si vous aviez cessé de faire partie du monde matériel. Vous étiez éthérée. Quel que soit ce que vous vous entraîniez à atteindre, vous l'accomplissiez. »
Je levais ma main gauche et attrapais un pan de sa tunique, me raccrochant à sa confiance. Je pressais mon visage contre sa poitrine et prenais un moment pour louer tout ce qui, dans le passé ou dans le présent, avait fait en sorte d'amener cet homme dans ma vie. « Que ferais-je sans toi ? »
« Avec un peu de chance, vous n'aurez jamais à le savoir. Ma vie vous appartient, Princesse. »
Je sentis céder le dernier mince fil de résistance, et capitulais totalement.
Je l'aimais.
Bon sang, que je sois maudite, qu'il soit maudit, que maudit soit tout ce qui concernait l'oubli dont Ganon était sorti, je l'aimais. C'était la chose la plus stupide, la plus insensée, la plus gênante que j'aie pu faire, mais je n'y pouvais rien. Je l'aimais. Je l'aimais. Merde, merde, merde.
J'avais besoin de plus de jurons.
Je devais quitter ses genoux.
Je lâchais sa tunique, essayais vainement de la lisser, puis bougeais afin de me relever. Il se leva immédiatement avec moi, m'aidant à me hisser sur mes pieds. Je m'étirais, consciente de ses yeux sur moi, puis contournais faiblement le feu pour m'avancer là où ma robe blanche était entendue sur les décombres où Link l'avait jetée la nuit dernière.
Ne pense pas à Link en train de te retirer ta robe et de la jeter. N'y pense pas, espèce de stupide, stupide jeune fille.
« Princesse ? »
Je pris la robe, saisis mes sandales, et retournais derrière le demi-mur pour me changer.
« Zelda ? »
Enfiler la robe blanche encore humide, glacée, enfumée, mais d'une certaine façon beaucoup plus propre robe blanche fut l'affaire de quelques instants, puis je me glissais dans mes sandales et reparaissais de derrière le mur. Je tendis la main pour rendre à Link ses vêtements verts et rencontrais un visage coloré par la fureur.
« Vous n'êtes pas sérieuse. »
J'esquissais un geste las vers les eaux de la Source. « Si j'ai fait des progrès, alors je dois continuer. »
« Continuer jusqu'à quoi ? Que vous geliez à mort ? » Il allait en dire plus, mais s'interrompit. Sa mâchoire se serra, puis bougea, les mots retenus avec soin. Cela lui arrivait tellement rarement en ma présence désormais, que c'en était vraiment douloureux à voir.
« J'ai confiance en toi pour me garder de ce côté-ci de la vie, messir chevalier. » lui dis-je doucement, puis je lui tournais le dos et me dirigeais à nouveau vers l'eau de la Source.
Il y eut un léger tremblement d'électricité à la surface lorsque l'eau froide rencontra mes mollets, et je fis une pause préparer mes nerfs. J'étais en train d'échouer. Je savais que j'échouais. C'était un exercice vain.
Mais n'avait-ce pas été l'histoire de ma vie entière?
Ratée ou non, je devais continuer à avancer.
Je fis un autre pas, et l'électricité sur l'eau devint palpable, dressant les cheveux à la base de ma nuque et provocant une chair de poule qui entra en éruption sous la peau de mes membres. Enhardie, j'avançais d'un nouveau pas, et la robe se gorgea d'eau glacée et agrippa à mes jambes tandis que je luttais contre un frisson désespéré.
Je n'avais pris aucun des élixirs de Link ce matin. J'étais partie pour une longue et froide journée.
Je lançais un coup d'œil par dessus mon épaule, pour voir Link me tourner le dos, face à l'entrée de la Source, pour encore une fois garder mes dévotions avec l'Epée de Légende en travers.
Ratée ou non. Je le ferais tout de même. Je continuerais à le faire, aussi longtemps qu'il croirait en moi.
L'électricité sur l'eau claqua, se soulevant et craquant dans l'air. Durant un bref instant, elle avait été presque visible, une faible lueur là où, avant, il n'y avait que la lumière de l'aube froide.
Et puis, plus rien.
Elle avait disparue, l'eau était de l'eau froide une fois de plus, et je me gelais à en mourir pour rien.
« Princesse ? »
Je regardais à nouveau vers Link. Il avait rengainé l'épée et était debout, un pied dans l'eau, une main tendue vers moi.
« Vous avez prouvé votre Courage, je crois. Je ne pense pas qu'il y ait autre chose que vous puissiez faire ici. »
Était-ce donc cela ? Même en sachant que j'échouerais, je devais prouver que je continuerais d'essayer ? Je devais prouver que je continuerais, même jusqu'à la mort, si c'était ce qu'il fallait ?
Je tendis la main et je pris celle de Link, le laissant me ramener à la terre ferme, et je me rendis compte qu'il y avait une autre option.
Peut-être que je n'avais qu'à prouver ma foi en lui. Je pourrais faire face aux difficultés, à la misère et à la mort probable, parce que j'avais une foi totale en lui pour me sauver.
J'étais une ratée. Une ratée totale. J'étais un échec abyssal. Mais Link ne l'était pas. Et pour tout le temps où il se tiendrais derrière moi, je pouvais entretenir l'espoir que je pourrais, éventuellement, réussir.
Ce n'étais pas beaucoup, mais c'était plus que je ne possédais en venant ici. Je laissais Link me ramener vers le feu, et je récupérais mes épais vêtements de voyage, me permettant d'être flattée par son soulagement palpable. Je retournais derrière le demi-mur, avourant la chaleur de mes bottes adorées, et je m'interrompais un moment avant de passer le chandail bleu par dessus ma tête, celui du bleu des cinq Prodiges.
Je ne m'étais jamais sentie légitime à le porter.
Mais Link le portait. Et Link me suivait, même jusqu'à la mort.
J'enfilais le tricot et sortais de derrière le demi-mur pour mettre ma ceinture, mon équipement et la tablette Sheikah en place. Link avait piétiné le feu et rangé tout le reste de notre attirail, et m'attendait debout à l'ouverture des ruines. Je me dirigeai vers lui et tendis la main.
Il la regarda un moment, puis leva les yeux vers les miens tandis qu'il serrais ma paume dans la sienne.
« Pouvons-nous prendre le chemin le plus long pour le retour ? » demandais-je.
Il me répondis par un doux sourire et un signe de tête. Puis il tira ma main et m'éloigna de la Source.
Note de l'auteure :
C'est là que vous pouvez considérer que je diverge du canon. Zelda n'a jamais eu l'occasion de dire ce qu'il s'est passé à la Source du Courage (ni même, d'ailleurs, à la Source de la Sagesse), alors qu'on nous montre sa prière à la Source de la Force. Je soutiens que quelque chose s'est passé aux deux, puisque Link est historiquement lié à la Triforce du Courage, et Zelda à la Triforce de la Sagesse.
Aussi, vu la facilité avec laquelle Link tape la discute avec Hylia pendant le jeu, l'idée que Zelda n'ait qu'un silence radio complet m'est assez exécrable and I'm not buying it.
