Coucou tout le monde! Ça commence à faire un moment depuis la dernière fois, non? J'en suis sincèrement désolée, mais j'étais... disons occupée à chercher un moyen de ne pas rater ma vie (moyen qui n'a toujours pas vraiment été trouvé, mais gardons en tête qu'aucune vie ratée n'existe et qu'il y a seulement plein de façons différentes de réussir sa vie *étoiles d'espoir dans les yeux*). Passons, passons...
Encore une fois, je remercie tous les reviewers, followers, favoriteurs (euh... français, où es-tu passé?) et lecteurs discrets : je vous aime tous, autant que j'aime la glace vanille-noix de pécan-caramel en ces moments de canicule, et pendant qu'on y est je vous envoie une brise glacée virtuelle en signe de gratitude (à utiliser à bon escient, car attention elle est à usage unique ;D)
J'arrête de dire n'importe quoi et je réponds à Yuiu : ça me rassure de savoir que tu n'as pas perdu ton intérêt pour cette fic, et que tu en sois même encore plus curieuse, j'avoue que j'étais un peu inquiète que le premier chapitre ne soit pas à la hauteur du prologue XD Donc voilà le chapitre 2, avec le début du récit de Kuroko et les prémisses de son rapprochement avec Akashi (*.*)
Et c'est partit, maintenant on entre dans le vif du sujet héhéhé...
Bonne lecture !
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Disclaimer : Kuroko no Basket (et tout ce qui va avec) appartient légitimement à Fujimaki-sensei. Mais comme je ne savais plus trop quoi faire depuis la fin de la série, je m'occupe en créant cette fiction, toujours sans chercher à m'attribuer le mérite de Fujimaki-sensei ni à en tirer aucun bénéfice matériel. Et ouais les enfants, j'essaie de rester intègre, mine de rien.
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CHAPITRE 2 : REMEMBER THE TIME
« En premier lieu, je pense que tout s'est amorcé le jour de notre rencontre.
– Pff, tu sais qu tu l'as déjà raconté ça ? En plus, tu vas pas me dire que c'était le coup de foudre au premier regard, nan ? se moqua l'As de Seirin.
– Kagami-kun devrait arrêter de prendre au sérieux ce qu'il y a dans les shôjo-mangas qu'il regarde le soir.
– Mais je ne regarde pas…
– Bref s'il-te-plaît évite de m'interrompre toutes les deux secondes. D'ailleurs explique-moi pourquoi maintenant tu me coupes la parole à tout bout de champ alors que tu n'as pas dit un mot de toute mon histoire quand toute l'équipe était là ?
– Bah, c'est pas l'envie qui me manquait, mais dès que je faisais mine de l'ouvrir, la coach me lançait son regard "ferme là ou l'Enfer aura des airs de club de vacances comparé au quadruple entraînement que je te réserve".
– ... Finalement, j'aurais mieux fait de lui dire de rester alors. »
Kagami marmonna une insulte, ou du moins quelque chose d'incompréhensible ressemblant vaguement à une insulte d'après le ton qu'il avait employé. Encore une fois, Kuroko poursuivit sans y prêter attention.
« Je reprends à partir de notre rencontre parce que ça me semble être la chose la plus logique Kagami-kun, autrement je ne vois pas par où commencer. Donc, après ma discussion avec Aomine-kun dans le gymnase... »
« Aomine, c'est donc ici que tu étais. »
Les deux collégiens déjà présents dans le gymnase se levèrent en entendant une voix avenante mais teintée d'autorité. Kuroko identifia le propriétaire de la voix (un garçon roux aux yeux rouges, sans doute pas plus grand qu'il ne l'était lui-même) comme étant le vice-capitaine de la première équipe, Akashi Seijûrô. Celui-ci était accompagné d'un géant aux cheveux violets, à l'apparence fatiguée, tenant en main un paquet de pocky à la fraise, et d'un lunetteux aux cheveux verts, à l'air hautain, portant un spray vaporisateur turquoise (détail assez intrigant, mais ce n'était pas la première fois qu'il voyait les objets atypiques que le vert amenait régulièrement avec lui, bien qu'il en ignorât la raison), que Tetsuya reconnut comme étant respectivement Murasakibara Atsushi et Midorima Shintarô, deux autres titulaires. Comme lui, les trois joueurs étaient en première année, cependant eux et Aomine avaient été admis dans la première équipe dès leur entrée au club de basket de Teiko. Impressionnant. Évidemment, aucun des arrivants ne semblait s'être rendu compte de sa présence. Tant mieux, de cette façon il avait l'occasion de les observer sans la moindre gêne, de sa façon particulière, perturbante pour les gens qui le remarquaient (ce qui était en fait assez rare au final).
« Il y a trop de monde dans le gymnase principal, répondit Aomine.
– C'est pour ça que tu t'entraînes seul ici ? interrogea le roux.
– Je ne suis pas seul ! » rétorqua le bleu en désignant Kuroko d'un mouvement de tête.
Bon, tant pis pour l'observation. Les trois garçons se tournèrent d'un même mouvement vers le jeune homme aux cheveux cyans. Ce dernier guettait d'avance leurs différentes réactions à venir. Il ne fut pas déçu. Murasakibara lâcha le bâtonnet rose qu'il s'apprêtait à manger, le bras suspendu dans le geste qu'il avait précédemment amorcé vers son gosier. Midorima recula d'un pas, la bouche ouverte sur un cri muet et les yeux élargis. Mais le plus étonnant pour Kuroko restait Akashi : son visage ne montrait pas la moindre trace de surprise, ce que le bleuté trouvait tout à fait remarquable. Mais si l'on regardait la scène aussi attentivement que Kuroko, on pouvait noter que le roux avait cligné des yeux un peu trop rapidement. De plus, le garçon fantôme avait même cru l'entendre étouffer une petite exclamation mêlée de curiosité.
Leurs regards se rencontrèrent. S'accrochèrent. Ils se fixèrent un moment. Le bleuté était déconcerté par l'intensité avec laquelle le vice-capitaine le dévisageait. "Lui aussi, il m'analyse…" réalisa-t-il. Mal à l'aise à l'idée d'être - pour une fois - la cible de l'attention de quelqu'un d'autre, il décida de n'en rien montrer et de se concentrer plutôt sur sa propre inspection. De son côté, le visage du roux ne trahissait aucune émotion spécifique, mais les éclairs qui dansaient dans ses yeux révélaient la profonde réflexion qui s'opérait en lui. Puis Akashi fit quelque chose de plus déroutant encore. Les coins de ses lèvres s'étaient légèrement relevés, offrant l'ébauche d'un sourire subtil, qu'une personne ne possédant pas les dons d'observation de Kuroko n'aurait peut-être même pas discerné. Des yeux ardents et chatoyants, respirant l'intelligence. Un sourire d'un raffinement aérien, éthéré, imperceptible. Digne d'un tableau de grand maître. Captivant. Absolument fascinant.
Tout cela avait duré l'espace d'à peine quelques secondes.
« Qui est-ce ?
– C'est Tetsu, il fait partie de la troisième équipe.
– Oh, il y avait quelqu'un comme ça dans notre club ? s'étonna Murasakibara, remis de ses émotions. On peut y aller Aka-chin ? demanda-il d'une mine blasée.
– Il m'intéresse légèrement » l'ignora le rouge.
Mouais. Enfin, le "légèrement" était complètement démenti par la façon dont il le scrutait. Ainsi Akashi était le genre de personne à ne dire que la moitié de ce qu'il pensait vraiment, ou du moins à édulcorer la vérité dans ses discours. Typique de ceux qui cherchent à garder un certain contrôle sur eux-mêmes et leur entourage. Avoir l'air désintéressé au possible, pour ne pas se retrouver sous l'égide d'une quelconque influence externe. Loin d'être dupe, Kuroko ne se laissa pas démonter pour si peu et ne détourna pas les yeux. Le roux avait dû comprendre ce à quoi songeait le bleuté car il lui refit le même sourire indécelable.
Kuroko nota par ailleurs que Midorima avait lancé un regard stupéfait après les paroles de son coéquipier, indiquant par conséquent qu'il n'était pas dans les habitudes de son vice capitaine de dire ce genre de chose. En tout cas, Kuroko ne voyait pas du tout en quoi il pouvait intéresser le roux alors qu'ils venaient tout juste de se rencontrer.
« Excuse-moi, pourrais-tu m'accorder un moment s'il-te-plaît ? » demanda Akashi.
Le bleuté accepta, voyant là opportunité de savoir ce que lui voulait l'autre.
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« Je dois avouer que c'est une première : se donner autant de mal pour un résultat aussi pitoyable…
– Excuse-moi, mais en ce moment je ne suis pas moralement apte à encaisser ces paroles. »
Réflexion faite, le rouge n'était pas vraiment du genre à atténuer ses paroles comme l'avait d'abord pensé Kuroko. Enfin, autant dire carrément qu'il ne mâchait pas ses mots ! Malgré lui, le bleuté se sentait touché par la remarque d'Akashi. Il était déjà au courant de tous ça, mais se l'entendre dire de façon si brutale par le vice-capitaine de la première équipe en personne ne pouvait pas le laisser entièrement indifférent, et cela devait sans doute se voir, qu'il le veuille ou non.
« Désolé, je n'avais pas l'intention de te blesser… Même s'il est intéressant de voir enfin une vraie réaction sur ton visage, taquina le roux.
– Je ne pense pas que ce soit la chose la plus appropriée à dire lorsqu'on demande pardon à quelqu'un, Akashi-kun.
– Bien sûr. »
Le bleuté n'ignora pas la lueur moqueuse dans les prunelles écarlate de son interlocuteur, et darda sur lui un regard peu amène qui lui valut un rictus amusé. Le roux recouvrit son sérieux et reprit :
« Ce que je voulais dire, c'est que je suis admiratif : malgré tes… ''lacunes'', ton niveau en sport est loin d'être totalement médiocre, et ton expérience ainsi que tes entraînements supplémentaires font de toi un vétéran. Malgré cela tu ne dégages aucune aura. C'est vraiment… unique. »
En disant cela, Akashi avait fermé les yeux et avait sourit. Un vrai sourire, cette fois.
« Normalement, tout sportif assidu finit par avoir une aura à force de pratiquer une discipline, poursuivit-il, mais toi, ta présence est presque nulle, il n'y a rien qui n'émane de toi. Je ne pense pas que ce soit un défaut, au contraire, je crois que c'est ton atout. Si tu réussis à l'exploiter, tu deviendras à coup sûr une arme précieuse pour l'équipe. »
Kuroko était soufflé par ces mots. Devant lui, Akashi continuait de parler, mais il ne l'entendait plus. Il le voyait seulement remuer les lèvres tandis qu'il rejouait sans cesse dans sa tête les paroles qu'il venait d'entendre. Devenir un atout pour l'équipe ? Grâce à sa transparence ? Mais comment...?
« Exploiter mon manque de présence... Est-ce que c'est vraiment possible ?
– Je ne peux pas t'en dire plus. Quand tu auras trouvé la réponse, viens me voir, conclut Akashi en saisissant son sac. Je t'attendrai, Kuroko. »
Et tandis que le roux se dirigeait vers la sortie, Kuroko ne put s'empêcher de le suivre des yeux, toujours frappé par ce qui venait de se passer. Il resta de longues minutes debout, seul au milieu de gymnase, à fixer la porte par laquelle l'autre s'était retiré.
Reprenant à peine contenance, il marcha d'un pas incertain jusqu'aux vestiaires, vides à cette heure tardive, où il commença par se laver, l'esprit toujours absent alors que l'eau chaude ruisselait sur son corps engourdi. Il quitta les douches, avec un certain sentiment d'inconfort dont il ne parvenait pas à trouver l'origine. Après s'être changé et avoir refermé les vestiaires, il aperçut par inadvertance son reflet dans une vitre.
Il souriait. Comme un dément. À en avoir mal aux joues. D'où l'impression d'inconfort, sans doute. Il n'avait pas l'habitude d'étirer ses lèvres à ce point, après tout. Il alla rendre les clés du gymnase et des vestiaires à la conciergerie et se mit en route vers chez lui. C'était évident maintenant. Oh que oui, il comprenait très bien ce qui s'était déroulé sous ses yeux à l'instant.
« C'est ce que j'appelle ''l'extraordinaire'', Kagami-kun.
– L'extraordinaire ?
– Oui. Souvent on ne s'en rend pas compte sur le moment, mais certaines rencontres marquent un tournant dans notre vie. Elles arrivent à l'instant précis où on en a le plus besoin, comme si l'univers tout entier était poussé à les engendrer, quelles que soient les circonstances. Je ne sais pas si ces événements sont formidables en eux-mêmes, ou si c'est juste notre façon de les interpréter, mais les faits sont là : ils annoncent toujours le début de quelque chose de nouveau, quelque chose dont les conséquences, bonnes ou mauvaises, garderont toujours une grande influence sur notre existence. Pour moi, il y a d'abord eu Ogiwara-kun, ensuite Aomine-kun, les autres membres de la Génération des Miracles, et enfin toi.
– …
– Je continue ? »
Quelque temps s'était déjà écoulé depuis son entretien avec Akashi, et Kuroko ne savait pas encore quoi penser ce qu'ils s'étaient dit. Il continuait à s'entraîner avec Aomine dans le gymnase inoccupé, et souvent il leur arrivait de ramener le sujet sur le tapis, méditant ensemble sur la façon dont Tetsuya devait faire évoluer son jeu pour devenir utile à l'équipe. Ces séances de réflexion s'achevaient en général sur des théories qui, étant élaborées par Aomine, relevaient davantage de la science-fiction que du basket à proprement parler, obligeant le plus petit à réprimander sévèrement l'As, voire à lui donner un coup stratégiquement placé entre les côtes, à l'aide de la pointe de sa main. Toujours diablement efficace contre les idiots qui partaient un peu trop loin dans leurs délires.
Ce soir-là cependant, il n'y avait pas d'entraînements du club de basket, il décida donc d'aller à la bibliothèque scolaire. Il s'y rendait régulièrement pour assister la vieille documentaliste dans diverses tâches qui lui posaient problème à cause de son âge avancé. Une sympathique bonne femme, archétype même de la mamie-gâteau clichée, ô combien différente de sa propre grand-mère d'ailleurs. En général, lorsqu'il avait fini de l'aider, il restait jusqu'à la fermeture et en profitait pour faire ses devoirs ou bouquiner. Poussant la porte vitrée marquant l'entrée de ce temple du savoir, il s'achemina directement vers le bureau de la documentaliste. C'était une petite salle carrée aux murs clairs, située juste à l'entrée de la bibliothèque, à côté de la salle des archives. Elle comportait une kitchenette, une petite table où l'on prenait les repas, ainsi qu'un secrétaire assez ancien débordant de paperasse et de livres annotés remplis de marque-page, le tout étant éclairé par une unique fenêtre, amplement suffisante pour illuminer la pièce.
« Bonsoir Sakamoto-san, salua-t-il en s'inclinant respectueusement vers la personne assise au secrétaire.
– Oh, bonsoir Kuroko-kun, je ne t'avais pas vu entrer, sourit la vieille femme avec bienveillance .
– Y-a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous aujourd'hui ? s'enquit le garçon.
– Non, j'ai juste des fiches de prêt à trier, et ces quelques livres à ranger.
– Je peux m'en occuper pendant que vous restez à l'accueil si vous voulez.
– Ce serait gentil à toi, mon garçon. Au fait, je viens de préparer du thé et il y a des gâteaux secs sur la table, n'hésite pas à te servir si tu as un petit creux.
– Merci beaucoup, Sakamoto-san.
– C'est plutôt à moi de te remercier, Kuroko-kun. »
Après s'être attelé au classement des fiches de prêt, Kuroko s'empara du chariot dans lequel étaient entreposés provisoirement les livres qui devaient être rangés et quitta le bureau.
D'allée en allée, le chariot se vidait au fur et à mesure que le collégien déposait les livres dans la section adéquate. Roulement silencieux, courte halte le temps de placer un ouvrage sur la bonne étagère, roulement à nouveau. Arrivé dans la catégorie littérature étrangère, il s'arrêta.
Un certain jeune homme se tenait là, un volume sous le coude pendant qu'il lisait le résumé d'un autre livre, pensivement. Kuroko décida de faire ce qu'il faisait généralement quand il croisait quelqu'un alors qu'il rangeait des livres : attendre discrètement que l'individu en question parte sans avoir noté la présence du bleuté.
« Je ne sais pas ce que tu attends exactement, mais si tu as quelque chose à faire, ne te gêne surtout pas pour moi. »
Étonnement perceptible dans la réponse du bleuté.
« Tu t'es rendu compte que j'étais là ? »
L'autre ne fit que hocher affirmativement la tête en signe d'assentiment.
« Je viens ici aussi régulièrement que toi, et habituellement je passe relativement inaperçu auprès des autres collégiens, y compris toi, Akashi-kun. Pourtant aujourd'hui, tu m'as remarqué.
– Le contraire aurait été déplacé maintenant que l'on a fait proprement connaissance. »
Le roux reposa délicatement le livre dont il avait lu le résumé, puis se retourna pour faire face au garçon aux yeux clairs, et reprit d'un ton malicieux :
« De plus, une fois que quelque chose a capté mon attention, il m'est impossible d'ignorer sa présence.
– Quelqu'un.
– Pardon ?
– Quand on s'adresse à une personne, on dit ''quelqu'un'' et non pas ''quelque chose'', précisa le bleuté.
– En effet. »
Silence gêné, interrompu encore une fois par Akashi.
« Donc tu travailles ici. »
De façon assez maladroite, somme toute.
« Je pense que la réponse est assez évidente. »
Réponse plate, peut-être un peu trop froide réflexion faite, ce qui poussa Kuroko à élaborer davantage.
« En fait quand je ne peux pas utiliser le gymnase pour m'entraîner, je viens ici pour assister Sakamoto-san.
– Je vois. »
S'ensuivit un autre moment de silence embarrassant. Plus long, cette fois. Le genre qui s'étire sans que l'un ou l'autre des locuteurs ne puisse vraiment le rompre. À croire qu'ils n'étaient sans doute pas faits pour avoir de longues conversations enflammées, partant d'un rien, comme ce serait possible avec Ogiwara ou Aomine par exemple. Tetsuya finit par se demander s'il ne valait mieux pas dire au revoir à Akashi et repartir aussi simplement qu'il était arrivé, mais son regard se posa sur le titre du livre que le roux tenait sous son coude.
« C'est La déchéance d'un homme de Dazai Osamu ?
– Oui, c'est bien ça, acquiesça Akashi.
– C'est un livre que j'aime énormément. Je l'ai relu plusieurs fois.
– Vraiment ? C'est presque un classique de la littérature japonaise, mais je ne l'ai pas encore lu. Qu'en as-tu pensé ?
– Personnellement, l'histoire m'a beaucoup touché. Ce livre relate la vie d'un homme qui a tout pour lui : beauté, intelligence, héritier d'une famille riche et puissante donc promis à un avenir brillant pourtant il a toujours ressentit un immense mal-être, un manque au plus profond de lui-même qui le sépare des êtres humains et fait de lui un ''monstre''. Son existence toute entière est une dégringolade vers un avilissement qui le consume peu à peu, l'amenant à alterner des phases où il essaie de vivre plus ou moins heureux parmi les Hommes et des moments où il tente de mettre fin à ses jours. »
Akashi le fixait curieusement, sans un mot. Devant le manque de réaction de son camarade, Kuroko ajouta :
« Ce n'est peut-être pas le type de lecture joyeuse que la plupart des collégiens apprécient, si tu veux je peux te proposer autre chose…
– Non, le coupa le roux. C'est parfait, merci. »
Ce fut au tour de Kuroko de dévisager l'autre garçon. Étrange. Voire inquiétant. Un groupe de trois étudiants hilares traversa l'espace qui les séparait tous les deux, en essayant tant bien que mal d'étouffer leurs rires pour ne pas se faire houspiller par les autres élèves ou par la documentaliste. Ce petit interlude léger permit à Akashi de rebondir sur un autre sujet.
« Par contre, j'ai lu une grande partie des auteurs occidentaux qui sont présentés ici, et je ne sais pas vers quel livre me tourner maintenant, est-ce que tu en as un à me conseiller ?
– Si tu lis La déchéance d'un homme, lui répondit le bleuté en s'approchant du rayon pour saisir un ouvrage, je pense qu'il peut être intéressant de le confronter à ce livre. »
Il lui tendit le volume en question. L'autre s'en empara, en survola la couverture et en déchiffra l'intitulé.
« L'équation africaine de Yasmina Khadra ?
– Oui, c'est un auteur africain mais il écrit en français. Ce livre est disponible ici dans sa version originale en français – que tu as entre les mains – et dans sa version traduite en japonais, qui est actuellement en ma possession puisque je l'ai empruntée il y a quelques jours.
– Ça ne fait rien, je sais lire le français.
– Je m'en doutais un peu » répliqua le bleuté, amusé.
Ils poursuivirent brièvement leur discussion jusqu'à ce que la voix de Sakamoto retentissent, annonçant la fermeture de la bibliothèque.
« Je vais aller emprunter ces livres.
– Oui.
– Encore merci, Kuroko, j'espère qu'on aura l'occasion de reparler de ces livres.
– Moi aussi, à la prochaine fois. »
Kuroko posa les deux derniers bouquins de son chariot à leur place et se dirigea vers le bureau pour récupérer ses affaires. Avant de sortir de la bibliothèque, il n'oublia pas de se rendre au comptoir à l'entrée pour saluer la documentaliste. Akashi était justement en train de donner ses fiches d'emprunt à Sakamoto-san. Le roux lui fit signe de la main tout en le regardant passer les portes vitrées. Finalement, il était plus facile de dialoguer avec le vice-capitaine qu'il n'y paraissait au premier abord. D'humeur légère, il se mit en route vers chez lui sans se rendre compte du petit sourire qui flottait sur ses lèvres.
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« Je suis rentré, annonça Kuroko en entrant dans le hall.
– Bonsoir, Tetsuya » l'accueillit une voix claire, féminine bien qu'assez grave.
Kuroko retira ses chaussures puis s'avança en direction du salon d'où provenait le son. La pièce était simple, sans doute semblable à la plupart des salons dans un foyer japonais moyen, mais décorée avec goût, dans un dégradé de teintes allant du crème au marron glacé, avec de subtiles touches de blanc éclatant, donnant une impression à la fois élégante et chaleureuse. Oui, ce séjour était à l'image de la personne qui l'avait aménagé, et qui justement l'occupait à l'instant. Avec un sourire rayonnant, creusant encore plus les pattes d'oie au coin de ses yeux, Iwase Kioi, la grand-mère maternelle de Kuroko, ferma le livre qu'elle lisait et se redressa sur le fauteuil couleur chocolat qu'elle avait élu comme étant LE SIEN À ELLE SEULEMENT (en lettres majuscules, s'il vous plaît, et gare à quiconque aurait la folie de tenter de la défier à ce sujet). Le jeune homme n'était pas sûr de l'âge exact de l'ancienne, mais force était de constater que plus la vieille femme avançait en âge, plus elle semblait pimpante et alerte, comme sous l'effet d'un obscur sortilège de jouvence. La preuve en était qu'elle se tenait droite sur son siège, remettant en place d'un geste leste quelques mèches folles de sa chevelure opaline coupée en un carré net et court, l'œil pétillant de vie tandis qu'elle regardait son petit-fils s'approcher. Kuroko se pencha vers elle pour déposer une bise sur chacune de ses joues. Ce n'était peut-être pas très conventionnel, mais ils avaient toujours eu l'habitude d'être très affectueux l'un envers l'autre, sans la moindre gêne.
« Bonsoir, obaa-san. Okaa-san n'est pas là ?
– Aimi-chan est dans sa chambre, je viens juste de lui dire d'aller se reposer. »
Un voile passa brièvement dans ses yeux noirs, et elle hésita avant d'ajouter :
« Elle a encore passé la journée à pleurer. »
Kuroko n'eut pas l'air surpris. Les crises de sa mère étaient devenues la norme, à force. Tant qu'elle ne faisait que pleurer, il n'y avait pas lieu de s'alarmer.
« Tu as fait attention à bien fermer la salle de bains ? s'assura-t-il.
– Oui, ne t'inquiètes pas. » le tranquillisa-t-elle.
Voyant la mine sérieuse du garçon, elle reprit une figure enjouée et le sermonna en plaisantant :
« Voyons, Tetsuya, ne fais pas cette tête d'enterrement, et viens dire à ta grand-mère ce qui te donnait l'air si content que tu avais en entrant. La cause de cet émoi ne serait pas, par hasard, la confession d'une jolie jeune fille ?
– Obaa-san, s'exaspéra-t-il.
– Ou alors d'un charmant jeune homme ?
– Obaa-san, répéta le bleuté, clairement agacé.
– Très bien, très bien. Je veux bien mettre le sujet de côté. Pour l'instant. Mais tu n'esquiveras rien de cette façon : je suis peut-être vieille mais on ne m'embrouille pas aussi facilement ! On en discutera pendant le dîner, en attendant je te laisse faire tes devoirs. Et ne t'imagine pas que j'oublierai tout d'ici-là : ta grand-mère n'est pas encore sénile, loin de là. »
Marmonnant un faible ''d'accord obaa-san'', le collégien se retira, fit un bref passage dans la cuisine le temps d'un rapide goûter, puis monta les escaliers menant aux étages supérieurs. Le foyer des Kuroko (un petit pavillon à deux étages tout à fait classique) se composait d'un rez-de-chaussée comprenant un salon/salle à manger, une cuisine attenante et une petite salle de bains/WC (utilisée en général lorsqu'il y avait des invités chez eux) ; d'un premier étage dans lequel se trouvait la chambre parentale, celle de la grand-mère et une salle de bains commune et d'un dernier étage, sous les combles, entièrement consacré à Tetsuya, avec une vaste chambre et une salle de bains privée. D'aucuns pourraient penser que le jeune homme avait ''drôlement de la chance'' d'avoir autant d'espace personnel, mais le concerné savait bien ce qu'il en était réellement. Cet agencement permettait qu'il soit isolé des autres habitants de la résidence. Isolé des autres membres de sa famille. Du reste, il n'y avait que Kioi qui montait régulièrement chez Tetsuya, que ce soit pour faire un brin de ménage ou juste pour passer un peu de temps avec son petit-fils, en général à parler sport, cinéma, littérature ou à s'échanger des livres.
Arrivé au premier palier, Kuroko se figea en entendant des sanglots étouffés provenant de la chambre parentale. Mieux valait ne pas intervenir, au risque d'empirer les choses. Le cœur lourd, il reprit son ascension.
Une fois dans sa chambre, il fit les quelques devoirs qu'il n'avait pas encore fini, puis il s'accorda une heure de détente, à lire sous son kotatsu. Il feuilletait son exemplaire de La déchéance d'un homme. La première fois qu'il avait lu ce livre, il était encore à l'école primaire et n'avait pas tout compris de l'histoire. Mais déjà à l'époque, il éprouvait cette fascination un peu énigmatique envers Yôzô, le personnage principal. Cet être qui pensait ne pas être un Homme, alors qu'ironiquement il semblait posséder ce dont rêve tous les Hommes. Il parlait toujours de ce vide qui faisait de lui un monstre, mais quelle était donc cette chose qui lui manquait ? Et plus important encore, il y avait ces multiples tentatives de suicides. Est-ce que le fait d'être un monstre faisait vraiment qu'on ne méritait pas de vivre ? Qu'est-ce que Yôzô cherchait à faire en mettant un terme à son existence ? Qu'attendait-il de la mort ? Espérait-il une autre vie, dans ce monde ou dans un autre ? Ou bien souhaitait-il disparaître tout bonnement ? Peut-être rien de tout cela, peut-être voulait-il seulement échapper de n'importe quelle façon à cet endroit où il vivait parmi les autres sans pour autant vivre avec eux.
Bien sûr, Kuroko n'avait jamais eu spécialement envie de mourir. Il était pleinement conscient d'être un être humain, et même si beaucoup de gens le comparaient à un fantôme à cause de sa discrétion exceptionnelle, il ne s'était jamais senti monstrueux. Il aimait vivre, tout simplement, et il aimait la vie, avec son lot de peines et de joies, grandes ou petites. Mais l'idée du suicide ou de la mort en général l'avait toujours rendu curieux. Dans le sens où c'était une notion qu'il essayait de comprendre. Il savait vaguement quelle était l'origine de cet intérêt pour le moins saugrenu, et ne s'en alarmait pas outre mesure. Ce qui l'inquiétait, c'était l'intérêt soudain que semblait avoir eu Akashi après qu'il lui eut résumé les thèmes du livre. Après tout, quel gamin en première année de collège lisait ce genre de chose ? Enfin, il n'était pas non plus le mieux placé pour en faire la critique... En tout cas, ça ne ressemblait pas une obsession malsaine. Cela lui faisait plutôt penser à sa propre curiosité vis-à-vis de la mort. Mais tout compte fait, quelle partie de l'histoire avait attiré l'attention du roux : le mal-être du personnage, sa manière de se voir comme un monstre sans humanité ou le fait qu'il ait plusieurs fois voulu en finir ? Et de toute façon, d'où pouvaient lui venir de tels centres d'intérêt ?
À force de penser à Akashi, Kuroko dériva – pour changer – vers leur première entrevue dans le gymnase, et se mit à réfléchir à son nouveau basket. Si Akashi voulait qu'il exploite son manque de présence, cela signifiait qu'il attendait de lui qu'il fasse quelque chose que l'équipe adverse ne verrait pas, ne comprendrait pas et à laquelle elle ne s'attendrait pas. Quelque chose qui donnerait l'avantage à ses propres coéquipiers, sans pour autant qu'il se mette trop en avant au risque de tout mettre en péril. Il sentait qu'il avait l'esquisse d'une idée qui chatouillait son esprit, mais impossible de la formuler, comme s'il lui manquait un élément clé pour pouvoir enfin s'y mettre sérieusement. Jetant un œil à l'horloge accrochée au mur, il décida de descendre rejoindre le salon pour dîner.
Comme il s'y attendait, sa grand-mère l'informa que sa mère prendrait son repas seule et que son père rentrerait encore tard ce soir-là. Il l'aida à mettre la table puis ils s'installèrent l'un en face de l'autre, saisirent leurs baguettes en se souhaitant ''ittadakimasu'' et commencèrent à manger. Kioi finit par rompre le silence.
« Reprenons là où nous en étions. »
Évidemment, Kioi ne perdait jamais pas le nord.
« J'ai remarqué que ces derniers temps, tu avais l'air assez préoccupé, donc ça m'a surpris de te voir rentrer tout content aujourd'hui. Alors ? Si je ne suis pas trop indiscrète… »
Comme si l'indiscrétion l'étouffait vraiment…
« Je t'ai rarement vu aussi ouvertement enthousiaste. En tout cas, pas depuis qu'Ogiwara-kun a déménagé. Oh ! Ça a forcément plus ou moins un rapport avec le basket, je me trompe ? »
… Avait-elle le don de lire dans les pensées ? Ajoutez à cela sa mystérieuse vitalité, digne d'une adolescente du même âge que le bleuté, et on pourrait se demander légitimement si elle ne passe pas son temps libre à pratiquer quelques sombres sorcelleries.
« Obaa-san ne devrait pas se torturer l'esprit pour des choses si triviales.
– Quant à toi tu ne devrais pas essayer de faire languir ta pauvre vieille grand-mère. Mon Dieu, mais où est passé le respect des aînés ? se lamenta-t-elle. Eh bien, tu ne veux franchement pas me raconter ?
– Ce n'est vraiment rien, c'est juste que... »
Au moment où il s'apprêtait à lui expliquer les événements de ces dernières semaines, ils entendirent la porte d'entrée s'ouvrir. Ils se turent immédiatement, retenant leur souffle. Bruit de pas, pesant, oppressant. Causant au bleuté une irrésistible envie de fuir, d'être encore plus transparent qu'habituellement, de devenir invisible. Ce n'était pas de la crainte, mais plutôt un sentiment d'inconfort, un malaise comme ceux que l'on éprouve lorsqu'on est pris en flagrant délit au milieu d'un endroit où l'on n'est pas censé se trouver.
« Je suis rentré, Iwase-san. »
De l'aide. Tout mais pas ça. Les pas se rapprochaient, inéluctablement. Et avec leur progression grandissait la nausée de Kuroko, qui cherchait fébrilement un moyen de s'éclipser, en vain car depuis le salon, on ne pouvait rejoindre les autres pièces qu'en passant par le vestibule. Son regard croisa celui de sa grand-mère, lui apportant le soutien dont il avait besoin. Du calme. Juste un mauvais moment à passer.
Les pas s'arrêtèrent au seuil de la pièce. Kuroko dut se retourner pour faire face à l'homme qui venait d'arriver.
« Bonsoir, Aiji-san. » salua Kioi, légèrement indécise.
Il y avait de quoi l'être : la situation était plus qu'inopportune pour tout le monde. Et avec ça, Tetsuya devait sans doute lui aussi participer à cette mascarade grotesque, question d'usages.
« Bonsoir… Otou-san. »
Il avait essayé de le dire sans laisser filtrer son hésitation, mais c'était raté. Pour ce que ça valait, de toute façon…
Il ne dérogea pas au familier regard dégoûté de son père, qui dévia rapidement ses yeux et choisit d'ignorer son salut pour ne répondre qu'à celui de la plus âgée.
« As-tu dîné, Aiji-san ? interrogea la vieille femme.
– Non, mais je n'ai plus faim Iwase-san, prétexta-t-il en regardant Tetsuya de façon plus qu'éloquente. Je monte prendre un bain, et je pense que j'irai directement me coucher après.
– La clé de la salle de bains est à l'endroit habituel.
– Hmm, merci. »
Ils restèrent immobiles encore un instant après le départ de Kuroko Aiji, puis Kioi s'approcha de son petit-fils et lui enserra tendrement la main.
« Rien ne me rend plus heureuse que de te voir rester si fort malgré tout, Tetsuya. »
L'adolescent ne répondit rien. Non pas que ce soit vraiment utile de le faire.
« Tu peux monter dormir, pas la peine de m'aider à débarrasser. »
Le plus jeune hocha la tête sans se faire prier et se leva en souhaitant bonne nuit à sa grand-mère.
Une fois bien installé dans son futon, il se remit à réfléchir à son nouveau basket en contemplant le plafond. La tête remplie de pensées sur le sport qui le rendait heureux, il s'endormit sereinement. Au bout du compte, il n'y avait aucune raison de se lamenter sur des incidents aussi ordinaires. Sur ce à quoi se résumait finalement son quotidien chez lui.
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Eh bien, eh bien, que dites-vous de cela ? Des commentaires ? Des théories ? Dans tous les cas, il ne vous reste qu'à attendre patiemment la suite dans quelques jours (je l'espère...)
Ciao !
