DISCLAIMER : Ai-je vraiment encore besoin de présenter Tadatoshi Fujimaki? Allez zou, lisez ce chapitgre en gardant en tête que sans son travail (que je ne m'approprie en aucun cas), rien de ce que j'ai écris n'aurait pu voir le jour :)


...


CHAPITRE 4 : GLACES GRATUITES ET TROUSSEAU DE CLÉ

« Si tu as fini de fantasmer, je peux passer à la suite ?

– Mais arrête de dire des trucs bizarres, je ne fantasme sur rien du tout ! »

Embarrasser le tigre était décidément un vrai jeu d'enfant. Un jeu bien trop amusant pour le côté malicieux et taquin du passeur fantôme.

« Bon je pense pas qu'on devrait trop s'attarder là-dessus, finit par dire Kagami après s'être repris. Donc, là où on en est, t'as enfin intégrer l'équipe principale, t'es en contact régulier avec Ogiwara, l'autre Aho et toi jouez comme jamais et pendant ce temps Akashi et toi vous faites les yeux doux.

– Nous faire les yeux doux... répéta Kuroko en fronçant légèrement les sourcils.

– Parallèlement, poursuivit l'As, chez toi c'est toujours la galère, entre toi et ta mère dépressive, ton père qui en veut au monde entier et toi qui t'efforce de devenir invisible, autant pour pas les gêner l'un et l'autre que pour pas en subir plus que tu n'en subis déjà. Et il y a évidemment Iwase-san qui essaye d'améliorer un tant soit peu la situation et de maintenir une sorte de pseudo-cohésion dans son foyer. Bref, c'est pas la joie, mais ça reste à priori gérable.

– Dis-moi Kagami-kun, je peux savoir à quoi sert tout ce résumé ?

– Je replace le contexte, ça m'aide à pouvoir suivre la suite,

– Tu veux dire que c'est vraiment nécessaire pour toi de tout répéter pour pouvoir suivre ?

– Raah, la ferme Kuroko ! T'as pas fini de te foutre de moi, non ? Sérieux, ce soir t'es pire que tout, c'est presque de l'acharnement moral !

– Pauvre petite chose.

– Mais c'est qu'il continue en plus l'enfoiré ! »

Kuroko dissimula son sourire naissant en baissant la tête pour servir à chacun un nouveau verre du fameux thé glacé

« En gros, tu n'as pas trop mal résumé la situation. J'ajouterai que les moments ayant suivi mon intégration dans la première équipe n'ont pas été vraiment... faciles, dans la mesure où beaucoup de joueurs ont trouvé que mon ascension soudaine était illégitime.

– Ils ont pas essayé de te faire du mal au moins ?

– Je suis transparent, Kagami-kun. Pour pouvoir me faire du mal, il faudrait déjà qu'on arrive à me voir. »

Effectivement, ça s'avérerait compliqué, songea Kagami. Son manque de présence pouvait finalement se révéler tout aussi utile au quotidien qu'en match.

« Au final le pire que j'ai eu à supporter, c'était des réflexions à mon sujet alors qu'on ne savait pas que j'étais présent, mais tu te doutes que ça ne me faisait ni chaud ni froid...

– C'est sûr !

– Toujours est-il que peu à peu, j'ai fini par me faire une place parmi eux et à me faire accepter. D'abord par les Miracles bien sûr, puisque j'étais déjà ami avec Aomine-kun et Akashi-kun. Murasakibara-kun n'a pas eu trop de mal à m'accepter, pour lui tant que Akashi était d'accord, il n'avait pas de raison de s'y opposer. Ce fut certes loin d'être aussi simple avec Midorima-kun, et aujourd'hui encore on ne peut pas dire qu'on soit les meilleurs amis du monde, mais il a très vite pris conscience de l'avantage que j'étais, et même sans ça je ne doute pas qu'il se serait plié à la volonté d'Akashi-kun. Pour le reste, Nijimura-senpai m'a souvent confié que dès le départ il avait été impressionné par ma volonté de faire gagner l'équipe en priorité plutôt que de vouloir briller sur le parquet à tout prix. Enfin et contre toute attente, Haïzaki-kun a aussi fait parti des premiers à m'accepter comme membre légitime de l'équipe, allant même jusqu'à se battre contre ceux du club qui médisaient derrière mon dos...

– Euh... On parle bien du même Haïzaki, hein ? s'enquit Kagami, sceptique.

– Oui. Bien qu'il ait justifié ses actes en affirmant que c'était uniquement parce qu'il n'aimait pas l'hypocrisie et la lâcheté, et que si les autres joueurs avaient un problème avec moi, ils auraient dû ''me coincer dans un couloir pour me défoncer la gueule au lieu de jouer les commères comme des meufs apeurés'', précisa Kuroko, se sentant obligé d'imager les guillemets du bout des doigts.

– Mouais, c'est déjà plus crédible !

– Sans doute. Mais... je pense quand même qu'à l'époque, on aurait presque pu devenir plus ou moins amis.

– Avec Haïzaki ? Sérieux ? »

Le fantôme de Seirin hocha la tête et prit une gorgée de sa boisson.

« Chaque chose en son temps. Avant ça... je vais peut-être plutôt parler du premier événement ''perturbateur'' de notre quotidien à Teiko. »

Devant l'air interrogateur de Kagami, Kuroko poursuivit :

« Comment dire... Eh bien, appelons ça ''le cas Momoi''. »


« Eh Kuroko, arrête de faire le mort, sinon je te balaie au passage. »

Devant un Kuroko épuisé, honteusement affalé sur le parquet, se tenait un Aomine furieux, balai-serpillère en main et insultes au bord des lèvres. Le bleuté fit l'incommensurable effort de se lever à moitié et jeta un œil étonné à sa Lumière.

« Normalement aujourd'hui ce n'est pas ton tour de nettoyer le gymnase, non?

— Précisément, intervint Nijimura en assénant une tape derrière la tête de l'As de Teiko. Il effectue une punition et n'a donc pas le droit de lambiner comme il le fait.

— Je lambine pas, comment tu veux que je fasse quoi que ce soit si des joueurs comateux se dressent sur mon passage?!

— Rejette pas la faute sur les autres, et au travail! Et toi, Haïzaki, tu ferais bien d'en faire de même au lieu de ricaner comme le débile que tu es et auquel tu essaies sans succès de ne pas ressembler! »

Le susnommé recommença à nettoyer de son côté en marmonnant une insulte qui lui valut de recevoir un ballon de basket en pleine tête de la part du capitaine, qui désespérait de pouvoir faire quelque chose de ses joueurs un jour. Un peu plus loin, Murasakibara faisait plus ou moins semblant de passer la serpillère, l'air toujours aussi blasé qu'un lamantin en fin de vie.

« Mais que s'est-il s'est passé?

— Eh bien, pendant que tu étais dans les vappes, ces deux idiots d'Aomine et Haïzaki se sont battus et ont bousculé Murasakibara qui tenait un paquet de chips au wasabi, ces dernières s'étant évidemment retrouvées par terre. Bien sûr leur malheureux propriétaire s'est par la suite mis en tête de les venger en participant à l'empoignade, résuma Midorima en nettoyant sommairement ses lunettes avec son t-shirt. Bien entendu, ça n'a guère plu au capitaine qui les a tous mis immédiatement sur la touche et leur a ordonné de rester après l'entraînement pour nettoyer tout ce désordre.

— Si seulement c'était que le bazar qu'on avait foutu je dis pas, intervint Aomine. Mais en plus du gymnase on doit passer la serpillère dans la réserve, dépoussiérer les trophées et astiquer tous les ballons de basket. Les ballons, Tetsu, tu te rends compte?

— Aomine!

— Ouais, ouais, j'ai compris, capitaine… »

Pendant que tout ce petit monde s'embrouillait et se plaignait, Akashi s'approcha de Kuroko, toujours assis par terre, et lui tendit une serviette. Ce dernier s'en empara et se releva plus ou moins difficilement. Akashi secoua la tête.

« Il va vraiment falloir qu'on fasse quelque chose pour ton endurance.

— Oui, intervint Momoi, surgie de nulle part, mais il a fait des progrès absolument phénoménaux depuis qu'il s'entraîne avec la première équipe, jetez donc un œil à ces statistiques, c'est génial! Et cette courbe de progression est vraiment des plus prometteuses! Il y a peu de chances qu'il atteigne le niveau d'Aomine, mais Tetsu-kun ne peut que s'améliorer vu toute l'énergie qu'il y met!

— "Tetsu"? releva Akashi.

— Euh… Oui, en fait depuis quelques temps, je… Enfin, c'est un surnom amical, comme pour Midorin, Mukkun, ou Dai-chan!

— Eh, je t'ai déjà dit de ne plus m'appeler comme ça! hurlèrent en cœur Aomine et Midorima, avant de se regarder suspicieusement.

— Ça ne te dérange pas que je t'appelle Tetsu-kun au moins? s'enquit la jeune fille.

— Non, pas vraiment. À vrai dire, tu peux m'appeler comme tu veux, du moment que ça n'a rien d'insultant.

— Super! » s'exclama la jeune fille, enthousiaste.

Tout le long de ce discours, Akashi avait affiché son sourire passe-partout, celui qui pouvait tout aussi bien signifier qu'il était satisfait, irrité ou indifférent. Cependant Kuroko dénota un tic, il serrait légèrement la main gauche, chose qu'il faisait lorsqu'il voulait écourter une conversation.

« Akashi-kun, nous devions aller à la bibliothèque aujourd'hui, non?

— En effet, Kuroko. Tu devrais te dépêcher d'aller te changer, je vais d'abord aller parler au capitaine, je te rejoins devant le gymnase après.

— Vous allez encore à la bibliothèque ensemble? questionna Midorima. Vous n'avez pas de devoirs en communs puisque vous n'êtes pas dans la même classe, non?

— Oui, Midorima, mais il se trouve que nous fréquentons souvent la bibliothèque, ce serait dans ce cas bête de ne pas y aller ensemble, tu ne penses pas?

— Je ne sais pas. C'est un peu inhabituel de ta part.

— Tu as peut-être quelque chose à en redire?

— … Non.

— Dans ce cas inutile de davantage perdre de temps en discussions stériles. »

Le roux partit en direction du bureau où se trouvait déjà Nijimura, sous le regard éberlué des quelques personnes encore présente.

« Eh bah merde, Shintarô, on dirait que t'as mis sa majesté en rogne! se moqua Haïzaki, non sans lancer un sourire narquois au bleuté.

— Continue de balayer en silence, tu veux bien, rétorqua le vert en remontant ses lunettes. Je vais y aller, tu rentreras tout seul Murasakibara.

— Ok, répondit paresseusement le violet. Ta maman bizarre voudrait pas que tu rentres trop tard de toutes façons. »

Le shooter se raidit à ces mots, alors qu'Aomine et Haïzaki se roulaient par terre, hilares. Suffisamment agacé comme ça, Midorima s'en alla se changer, sans adresser un mot à quiconque. La rose rouspéta et leur ordonna de ne pas bâcler leur punition au risque d'en avoir une encore pire. Lorsqu'Aomine lui dit de rentrer seule, elle rétorqua qu'elle souhaitait rentrer avec lui pour discuter d'une chose importante, au plus grand dam du prodige au teint hâlé qui dès lors, ne cessa plus de se plaindre à qui voulait l'entendre.

« Au fait minus, tu devrais te dépêcher, je sais que c'est marrant de regarder leurs disputes pseudo-conjugales, mais vu l'humeur de l'autre taré, vaudrait mieux pas qu'il ait à t'attendre! » rigola Haïzaki, en observant les deux autres phénomènes avec un regard appréciateur.

Kuroko alla donc à son tour se changer rapidement et se précipita à la sortie du gymnase, où il attendit le vice capitaine à peine deux minutes. Il se sourirent mutuellement et se rendirent tous deux à la bibliothèque.

Ils marchaient tranquillement, dans les couloirs presque vides du collège. Ici et là, quelques élèves qui venaient aussi de finir leurs activités de club s'invectivaient en riant à travers les longs corridors, ou encore faisaient la course jusqu'à la sortie, sachant pertinemment que le risque de croiser un surveillant était quasi-nul à cette heure de la journée.

« Je ne sais pas vraiment dans quel mesure tu t'en rends compte, commença Akashi, mais Momoi ne jure que par toi ces derniers temps. J'ai comme l'impression...

– Qu'elle s'imagine être amoureuse de moi ? Probablement.

– Et c'est tout ?

– Comment ça ?

– De ton côté tu ne ressens rien envers elle ?

– Je ne pense pas...

– Un peu vague comme réponse, murmura Akashi, impassible. Vous vous entendez bien, non?

– C'est une fille gentille... commença Kuroko.

– Et jolie.

– … Sans doute.

– Et talentueuse.

– Bien sûr.

– Et intelligente.

– Tout ça, tu l'es aussi, Akashi-kun, et bien plus enco- »

Kuroko stoppa sa phrase, choqué par ses propres mots. Akashi, tout en continuant à marcher normalement, l'air de rien, ne put retenir un sourire amusé. Hum. Formulation un peu trop ambiguë, sans doute.

« Enfin, je veux dire, ce sont des qualités que beaucoup de gens ont, et... ce n'est pas comme si j'étais amoureux d'elle, c'est quelqu'un pour qui j'éprouve de l'affection et du respect.

– Ce que tu décris là peut très bien ressembler à de l'amour.

– Comme cela pourrait ressembler à de l'amitié.

– Si tu le dis... » conclut Akashi alors qu'ils pénétraient dans l'enceinte de la bibliothèque, arborant une moue peu convaincue.

Ils s'installèrent l'un en face de l'autre à leur table habituelle, près d'une fenêtre et pas trop loin du bureau de la documentaliste, au cas où Kuroko devrait venir à son aide. Ils sortirent tous les deux leurs trousses et leurs cahiers et se mirent à travailler, en silence. Kuroko appréciait ces séances de travail avec Akashi, chaque fois c'était comme si le roux lui-même créait autour d'eux une ambiance studieuse, propice à la concentration. Et pourtant depuis quelques temps déjà ils se sentait un peu nerveux lors de ces tête à tête. Le bleuté pouvait aisément apparenter cette sensation à celle qu'il éprouvait lorsqu'il venait de le rencontrer, mais... non, ce n'était définitivement pas pareil.

« On n'a pas vraiment eu l'occasion de reparler des livres que tu m'avais conseillé une fois.

— C'est vrai.

— Ils étaient tous les deux très intéressants. Mais je m'interroge encore sur la raison pour laquelle tu as voulu me les faire lire en parallèle.

— Ils se contrebalancent un peu.

— Oui, c'est vrai, acquiesça le roux, songeur. D'une certaine façon dans La Déchéance d'un Homme, on peut penser que le mieux pour un monstre à peine humain comme l'est Yôzô, c'est la mort, puisque même s'il n'a finalement pas succombé en se suicidant, il est mort de façon pitoyable, seul et honni. Est-ce qu'il le méritait ? Était-ce de sa faute ou celle ''du monde'', ''de la société'' qui l'effrayait et qu'il ne comprenait pas plus qu'elle ne le comprenait lui ? Quelle importance, puisque de toute façon cela ne pouvait pas finir autrement. Ne pouvant pas vivre heureux, il ne lui restait qu'à mourir malheureux. Au contraire, dans L'équation africaine, le personnage principal comprend au fil de ses aventures et de ses rencontres l'absurdité du geste de sa femme, en même temps que celle de la société occidentale actuelle. Elle qui avait tout ce qu'un homme pourrait désirer – en ce sens elle est un peu comme Yôzô – , comment a-t-elle pu vouloir se suicider à la suite d'un seul échec professionnel, alors que ceux qui n'ont rien d'autre que leur chair sur leurs os se battent bec et ongles pour conserver leur vie, seule et unique chose qu'il leur reste, aussi abominable et douloureuse puisse-t-elle être. Et de la même façon, comment la société peut-elle faire l'apologie de l'anorexie comme beauté suprême alors que face à eux des peuples entiers souffrent de la famine et de la maladie, comment peut-elle glorifier la consommation à tout prix quand tout ce qui se vend et s'achète est enlevé à des gens déjà démunis, arraché à une terre qui n'en peut plus de produire à une cadence effréné pour des gouffres sans fond jamais rassasiés ?

— Oui. Et finalement, après être rentré chez lui, il retournera quand même en Afrique, car malgré le traumatisme causé par l'horreur de sa captivité chez des trafiquants d'otages, il voudra retrouver cet ''élan de vie'' qu'il a découvert là bas et qu'il pense ne jamais retrouver dans un pays occidental comme celui où il a vécu.

— Pour toi, est-ce que Yôzô se faisait juste des idées alors ? Comme cette femme qui pensait ne plus pouvoir vivre après son échec ?

— Là n'est pas la question. Que ce soit un pur produit de leur pensée ou pas, leur tourment n'en est pas moins tangible. Peut-être même n'en était-ce que plus réel, car les maux de l'esprit meurtrissent toujours plus les êtres humains que la douleur physique. Du moins, c'est ce que j'ai toujours pensé.

— Et c'est un avis que je partage. Mais puisque la souffrance psychique est plus horrible que la douleur physique, en quoi l'élan vital vanté par le héros de L'équation africaine est-il préférable à la mort?

— Je ne sais pas, Akashi-kun. Mais même si je ne connais pas les raisons qui m'y pousse, je pense que je ferai toujours tout pour m'accrocher à la vie. Pas toi?

— Je l'ignore. Enfin, à l'heure actuelle je n'ai aucune envie de disparaître, mais en ce qui me concerne, s'il le fallait, je pense être capable de tout pour échapper à l'insoutenable. »

Kuroko faillit en faire tomber son stylo. Il leva la tête vers son camarade, échangeant avec lui un long regard. Depuis le début, ils avaient toujours autant communiquer avec leurs yeux que verbalement. Si leurs visages à tous deux ne permettaient que très peu de lire leurs sentiments, il en était tout autre en ce qui concernait leur regard. Du moins, pour une personne dotée d'une observation fine, qualité que les deux garçons possédaient tous les deux de toutes façons. Kuroko acquiesça et reprit :

« Akashi-kun est quelqu'un de très fort. Qu'est-ce qui serait vraiment insoutenable pour quelqu'un comme toi?

— … Quelque chose comme l'échec, peut-être…

— Comme la femme du héros du livre?

— Non, pas quelque chose d'aussi futile. En fait je me suis mal exprimé. L'insoutenable, ce n'est pas tant l'échec lui-même, mais les conséquences que ça engendrera forcément pour moi.

— Il y a parfois du bon dans une défaite, tu sais.

— Pas chez moi. C'est pour ça que je ne perds jamais. »

xxx

Quand vint l'heure de la fermeture de l'établissement, Akashi et Kuroko se séparèrent. Ils n'avaient pas beaucoup reparlé depuis leur discussion littéraire, mais c'était bien ainsi. Ils n'étaient pas du genre à parler pour ne rien dire, et pour le coup, il n'y avait pas grand chose à rajouter.

Sur le chemin qui le conduisait chez lui, Kuroko entendit deux voix familières se hurler dessus, vers le canal en contrebas de la route. Curieux, Kuroko dévia en direction des vociférations. Il trouva Momoi et Aomine en train de se disputer. Profitant honteusement de sa discrétion légendaire, le bleuté s'approcha des deux adolescents.

« Écoute, Dai-chan, ça peut pas continuer comme ça, c'est du n'importe quoi!

— Ça fait plus d'une heure que tu te répètes, qu'est ce que je suis censé pouvoir y faire?! Tu t'imagines quand même pas que je vais me battre contre lui!

— J'ai jamais dit ça, Ahomine! Mais il ne faut pas rester sans rien faire!

— Arrête de faire comme si c'était facile! Tu crois que cette situation me plaît peut-être? Tu penses que si je le pouvais je ferai pas n'importe quoi pour que ça change? Putain, Satsu, je peux rien y faire, tu saisis? Rien! Que dalle, merde! Tant qu'elle est pas prête à se casser et le laisser derrière nous, je reste limité dans mes actions! Alors plutôt que de venir jouer les moralisatrices à deux balles, t'as qu'à trouver une solution puisque je suis si con! Vas-y, génie, t'attends quoi?! »

Devant le mutisme de son amie, Aomine renifla dédaigneusement.

« Tch. Fallait s'en douter. Que de la gueule. »

Il s'en alla alors, sans même un regard pour la manager au bord des larmes, ni pour Kuroko qu'il ne semblait même pas avoir remarqué. Momoi attendit quelques instants avant de se retourner et de tomber nez à nez avec le joueur fantôme. Surprise, elle ouvrit la bouche sans qu'aucun son n'en sorte. De son côté, Kuroko ne savait pas non-plus quoi dire. Il était à la fois étonné par la scène qui s'était déroulée devant lui et gêné d'y avoir assister alors qu'il n'aurait peut-être pas dû. La curiosité était définitivement un vilain défaut.

« Tu… Tu es là depuis longtemps?

— Pas assez pour comprendre de quoi il en retourne exactement. »

Momoi soupira de soulagement.

« Si Aomine avait su que quelqu'un d'autre était là, je ne sais pas comment il l'aurait pris, quand bien même il s'agit de toi. Désolée que tu ais vu tout ça, ajouta-t-elle, navrée.

— Tu n'as pas à t'excuser, c'est plutôt à moi de te demander pardon d'être resté alors que je n'étais pas concerné. »

Le jeune homme s'inclina poliment devant la jeune fille. Celle-ci ne put s'empêcher de rire légèrement face à leur situation incongrue.

« Ce que tu peux être formel, Tetsu… » s'amusa Momoi en souriant.

Elle s'approcha du garçon et lui proposa de marcher un peu avec elle, ce qu'il accepta sans discuter. La rose semblait perturbée par son altercation avec son meilleur ami, la moindre des choses était de rester un peu à ses côtés. Ils longèrent le canal, remontèrent vers la route, s'arrêtèrent pour acheter des glaces bon-marché au conbini, qu'ils mangèrent juste en face du magasin en se racontant quelques anecdotes de la vie au collège.

Alors que Kuroko se disait que Momoi semblait plus sereine, le téléphone de celle-ci se mit à sonner.

« Allo? Oui je vais bien ne t'inquiètes pas.

Je suis avec un ami.

Non, pas Dai-chan, c'est un autre... camarade du club de basket.

Comment ça, "c'est étonnant"? C'est pas comme si je n'avais que lui comme ami!

Mouais…

...

Ne t'en fais pas, j'allais rentrer de toutes façons.

Oui, moi aussi, bisou. »

Elle regarda rapidement l'heure sur son portable avant de le ranger dans sa poche.

« C'était ta mère? demanda Kuroko.

— Oui, confirma la collégienne. Elle se demandait où j'étais, puisque d'habitude je rentre plus tôt, le mardi. Mes parents sont souvent très protecteurs envers moi…

— Tu ne devrais pas t'en plaindre.

— Oh! Mais je ne m'en plains pas. D'une certaine façon, je sais que j'ai de la chance de pouvoir compter sur eux pour s'inquiéter à mon sujet, pour m'aider en cas de difficultés, ou même tout simplement de savoir qu'ils sont là chaque soir pour me dire "bienvenue à la maison". » expliqua-t-elle en souriant.

Discuter avec Momoi avait un côté vraiment plaisant et apaisant . Elle était toujours très optimiste et enjouée, peut-être un peu trop énergique parfois, mais surtout elle était vraiment intelligente et avait une compréhension fine de ce qui l'entourait. Les gens s'arrêtaient souvent à sa débordante joie de vivre et son apparence très… développée pour une fille de son âge, se forgeant l'image d'une midinette exubérante et superficielle, ce qui ne saurait être plus éloigné de la vérité. Pourtant, chaque jour elle affrontait la concupiscence de garçons parfois plus âgés qui la déshabillaient du regard, ou les remarques acides de filles hostiles. De ce fait, elle avait peu d'amis en dehors des membres des équipes de basket masculines et féminines de Teiko. Et bien sûr, il y avait Aomine, son meilleur ami, presque son frère, comme elle aimait souvent le dire.

« Tu ne devrais pas les faire attendre, alors, déclara Kuroko, en souriant sincèrement à la manager. Tu penses que ça va aller? »

Celle-ci hocha la tête en rougissant légèrement.

« Oui, merci beaucoup, Tetsu-kun. À propos de ce que tu as vu aujourd'hui sur le quai…

— Tu n'as pas à m'en dire davantage, l'interrompit le bleuté.

— Merci. » souffla-t-elle.

Elle prit la main du bleuté et y déposa le bâton de la glace qu'elle avait mangé, les joues carmines. Il sembla au bleuté que la collégienne avait gardé sa main dans la sienne un peu plus longtemps que nécessaire. Kuroko regarda le petit morceau de bois. C'était une glace gagnante.

« Comme ça on est quitte, ria-t-elle. À demain, Tetsu! »

Alors que l'adolescente partait en sautillant, le garçon observa un moment sa main et le cadeau de Momoi entre ses doigts.

Il ne ressentait rien de spécial.

Il se mit en route vers chez lui, traînant un peu des pieds, comme toujours peu pressé d'y retourner.

J'ai de la chance de savoir que mes parents sont là chaque soir pour me dire "bienvenue à la maison".

Au moins, Momoi avait la présence d'esprit de savoir que c'était bel et bien une chance. Ce soir encore, Aiji Kuroko était sans doute encore à son bureau pour toute la nuit et la mère du bleuté devait déjà être enfermée dans sa chambre, alternant périodes de sommeil lourd et éveils désespérés, trempant les draps et les oreillers de ses larmes. Ils ne l'accueilleront pas joyeusement à l'entrée, pas plus qu'ils ne lui souhaiteront la bienvenue ou lui demanderont des nouvelles de sa journée. De toute manière, il savait depuis longtemps qu'il n'était pas le bienvenu.

C'est sur ces pensées sombres que le garçon ouvrit la porte de son foyer, près à monter dans sa chambre pour prendre une douche, faire ses devoirs et se mettre au lit directement.

« Tetsuya! Tu es rentré. Viens donc par là, j'ai quelque chose à te montrer. »

Tant pis pour ses plans de la soirée. Il se rendit à la cuisine d'où sa grand-mère l'appelait. Arrivé à destination, il se figea à l'entrée, interloqué.

« Obaa-san… Qu'est-ce que tu as encore fait?

— J'ai décidé de refaire entièrement la cuisine, annonça fièrement l'ancienne.

— Tu l'as refaite i peine 6 mois, rétorqua le plus jeune, parcourant ce qui à ses yeux s'apparentait davantage à un champ de ruine qu'à un chantier.

— Faux! Mensonge et pure calomnie! J'avais uniquement refait la peinture et changé quelques meubles.

— Évidemment. C'est tout à fait différent.

— Oh, ne commence pas à jouer les sarcastiques avec moi. Tu te rends compte du mal que tu fais à mon pauvre vieux cœur à chacune de tes remarques pseudo-spirituelles… Mais bon, là n'est pas la question. Cette fois je compte changer tout l'équipement, et faire quelque chose de bien plus… design, dans l'air du temps. J'avais pensé à des couleurs dans les tons sables, à un îlot central et à une crédence baroque avec des motifs différents - j'ai toujours trouvé ça charmant mais depuis peu j'ai remarqué que c'était très en vogue, t'en dis quoi?

— Obaa-san, à quoi ça rime?

— À rien d'autre qu'à créer un espace vivant, et ce qui est vivant change, c'est comme ça. Tu sais que l'aménagement est mon dernier petit plaisir coupable. Et puis, je me dis que si je lui offre un équipement dernier cri dans un décor élégant, Aimi aura peut-être plus le coeur à sortir de sa tanière et à se consacrer de nouveau à sa plus grande passion. Je suis sûre que si elle se remettait à cuisiner sur une base régulière, ça lui ferait le plus grand bien. Oh! mais je manque à tous mes devoirs! »

Elle s'approcha de son petit-fils et planta un baiser sur son front.

« Bienvenue à la maison, mon coeur. Ta journée s'est bien passée? »

xxx

Quelques jours plus tard, Kuroko profita d'une pause dans l'entraînement pour approcher Momoi. Celle-ci était concentrée sur le bloc-notes orange qui lui servait à prendre des notes sur l'entraînement des joueurs masculin. Un second de couleur jaune reposait sur le banc à côté d'elle, celui-là contenant des informations sur l'équipe féminine avec qui elle jouerait le lendemain. Chronomètre autour du cou et calculatrice dans la poche de son gilet de survêtement, elle arborait l'air sérieux d'un coach professionnel dont les analyses définirait la bonne évolution des joueurs de son équipe. Petit à petit, on l'avait amenée à délaisser aux autres managers les "menues tâches", telles que l'approvisionnement en serviettes propres et en bouteilles d'eau, pour se consacrer à l'étude des données des joueurs et à une activité de conseil auprès des capitaines et du coach. Ça avait tout d'un travail compliqué, mais elle semblait s'y épanouir et adorer sincèrement ce qu'elle faisait.

« Excuse-moi de te déranger, Momoi-san. »

La jeune fille sursauta et fit presque tomber ses notes. Après moult pirouettes malhabiles, elle réussit à rattrapper le calepin de justesse, et exhala un soupir satisfait.

« Désolée, Tetsu, je ne t'avais pas vu arriver.

— Ce n'est rien. J'ai l'habitude. »

Il plongea la main dans sa poche et tendit un objet à Momoi. Curieuse, elle s'en empara sans hésiter et poussa une petite exclamation.

« Mais c'est encore un bâtonnet gagnant!

— Oui. Comme je l'ai eu grâce à celui que tu m'as offert, je me suis dit qu'il te revenait.

— Mais celui que je t'ai donné était censé régler ma dette envers toi! Et puis c'est juste de la folie, c'est quoi la probabilité de tomber autant de fois sur la bonne glace?! »

Momoi se mit à rire à gorge déployée, s'attirant le regard amusé des joueurs alentours et un roulage des yeux exaspéré de la part d'Aomine. Kuroko lui-même ne put retenir un petit sourire. Cette histoire de glaces gratuites prenait vraiment des proportions inattendues.

Le joueur fantôme sentit un frisson lui remonter l'échine. Il se retourna et ses yeux tombèrent sur ceux d'Akashi. Il le scrutait. Froidement et attentivement.


« C'est à partir de là que tout commence à virer au grand n'importe quoi.

— C'est à dire? demanda nonchalamment Kagami en portant son verre à ses lèvres.

— Eh bien disons qu'à partir de là, Akashi-kun utilisait toutes les occasions qui lui était offerte pour que Momoi et moi nous rapprochions intimement de façon significative. »

Kagami recracha sa gorgée.

« Pardon?! Je sais pas si la tournure de ta phrase utilise une forme de japonais trop soutenu dont j'ai pas l'habitude, mais je crois avoir mal compris ce que tu viens de dire.

— Tu as beau être nul en japonais, je ne pense pas que ce soit au point d'avoir mal compris ce que je viens de dire. Akashi-kun a juste fait tout son possible pour me "caser" avec Momoi-san.

— Ergh… Tu peux m'expliquer le délire?

— Pas vraiment. Après tout, qui peut se vanter de comprendre ce qui se passe dans la tête d'Akashi-kun?

— Tu m'étonnes, mais là quand même…

— Je ne saurais en être sûr, mais il semblait prendre un malin plaisir à jouer les entremetteurs de l'ombre, faisant naître des situations équivoques ou propices à une certaine romance, donc on pourrait dire que c'était une sorte… de jeu pervers? »

Devant la mine dégoûtée de Kagami, Kuroko tenta de relativiser.

« Ou peut-être qu'à l'époque il essayait de se rassurer lui même en se disant que si j'étais avec une fille, cette… attirance bizarre n'aurait plus lieu d'être. Ce serait bien son genre, lier le côté pratique à l'amusement que ça suscitait chez lui. »

Le tigre de Seirin ne fut guère plus satisfait par cette explications. Sérieusement, quelle idée Kuroko avait-il eu de s'enticher d'un tel phénomène… Enfin, comme on dit, le cœur a ses raisons que la raison ignore. Et forcément, quand on s'amourachait un type qui l'avait justement perdue, sa raison, il valait sans doute mieux ne pas trop se formaliser de ce genre de truc. Il secoua la tête. Lui qui avait dit à son Ombre qu'il n'y avait rien de surprenant dans sa première version de l'histoire, le voilà servi.

« Akashi-kun faisait preuve d'une imagination et d'une inventivité folle…

— Stop! Je suis pas sûr de vouloir en savoir davantage.

— Tant mieux, je ne veux pas trop m'attarder là dessus non plus. Son petit manège a duré longtemps, jusqu'à l'arrivée de Kise dans l'équipe, il n'aurait pas été correct de ne pas le mentionner, c'est tout.

— Ah ouais, quand même.

— D'une certaine façon, c'est là que Haïzaki a permit débloquer un peu la situation.

— Encore ce taré? Et en quoi il t'aurait aidé, ce débile hyper-violent? »

Kagami avait, entre autre chose, encore du mal à avaler le fait que l'As de Fukuda Sôgô avait quand même agressé Alex et Tatsuya sans la moindre raison valable. Et il n'était pas prêt de passer l'éponge là dessus.

« Juste à réaliser un peu, répondit sobrement le plus petit. En fait, je l'ai croisé une fois à l'hôpital alors que j'attendais des nouvelles de ma mère, et du coup on a un peu parler. »


« Eh! Bordel, tu fous quoi ici, toi? »

Kuroko était assis dans une salle d'attente et somnolait légèrement quand il fut grossièrement interpellé. Baissant les yeux, il croisa le regard du délinquant de son équipe qui semblait avoir trébuché sur les jambes du fantôme avant de se retrouver par terre, n'ayant sans doute pas remarqué sa présence. Quelque peu agacé, le bleuté ne put s'empêcher de répondre avec un ton acide.

« À ton avis, Haïzaki-kun, que fait-on dans un hôpital quand on n'est pas malade?

— Ouais, j'avoue c'est une question conne, mais pas la peine de le prendre comme ça non plus. Tu me ferais presque flipper si je savais pas que t'étais inoffensif.

— À ta place, je n'en jurerai pas »

Le copieur éclata de rire.

« Tu vois, c'est un truc que j'aime bien chez toi. T'as beau être faiblard, tu te laisses pas marcher dessus et t'essaies pas de jouer les lèche-culs. Même avec ce connard d'Akashi.

— Tu n'as jamais songé à essayer de dire une phrase qui ne comporterait pas un seul mot vulgaire?

— Je vois que t'as vraiment une humeur de merde ce soir. Enfin, c'est pas comme si cet endroit respirait la joie de vivre. »

Sans plus de cérémonie, Haïzaki s'assit à côté de Kuroko et fixa une affiche aux couleurs vives qui jurait affreusement avec le vert pâle des mur de la salle d'attente. Kuroko la regarda à son tour, n'ayant pas pris la peine de la lire en arrivant. Elle incitait à faire un don pour améliorer la vie des enfants hospitalisés.

« Quelle bande d'abrutis… comme si trois ballons et un paquet de confetti allait arranger quoi que ce soit pour ces gosses.

— C'est peut-être mieux que rien.

— Nan, crois moi. Ils font ça pour se donner bonne conscience, se dire qu'ils on fait "quelque chose de bien". S'ils se souciaient vraiment des gamins, ils sauraient que la plupart d'entre eux veulent juste des gens avec qui discuter sans qu'on leur balance sans cesse à la gueule cette putain de pitié que les adultes adorent dans ce genre de circonstances. La dernière chose qu'ils ont envie d'entendre, c'est bien des phrases de merde du style "le pauvre, comme il est courageux!". Sérieux, c'est impressionnant à quel point les gens peuvent être cons des fois. Dans leur état, je peux t'assurer que les morveux ont juste envie qu'on leur parle d'adulte à adulte, parce qu'ils ont beau avoir moins de dix ans, quand on fait face à une maladie incurable ou mortelle, on n'est plus un enfant et on a bien plus de recul sur la vie que pourra jamais en avoir n'importe quel vieux réac de cinquante balais. »

Ne sachant pas quoi répondre, Kuroko resta silencieux. C'était la première fois qu'il entendait Haïzaki dire quelque chose de si… humain, tout simplement. En même temps, c'était aussi la première fois qu'ils discutaient vraiment ensemble, le bleuté ne pouvait donc pas trop se permettre de juger.

« C'est quelqu'un de ta famille? lâcha le délinquant en baillant outrageusement.

— Ma mère, répondit le passeur. Elle est en salle d'opération.

— Elle a quoi?

— Elle est dépressive.

— Hein? Depuis quand il y a une opération qui guérit la dépr… »

Devant le regard blasé du joueur fantôme, Haïzaki s'interrompit, semblant comprendre.

« Ah. Je vois. J'allais encore dire une connerie. »

Un silence paisible s'installa, interrompu seulement par le battement frénétique du pied de Haïzaki contre le sol. La simple présence de ce garçon pouvait se révéler extrêmement agaçante. Fort heureusement, Kuroko disposait d'une patience presque à toute épreuve.

« Je me doute que c'est dur pour elle, mais de ton côté, ça va? s'enquit le copieur. Je veux dire c'est quand même ta mère et elle a essayé de se foutre en l'air… » remarqua-t-il sans la moindre once de tact.

« Ça va. Ce n'est pas la première fois et sans doute pas la dernière.

— Ça fait longtemps?

— Depuis toujours.

— Okay. Ça craint, ton histoire. »

Le bleuté ne répondit pas. Il se demandait ce que Haïzaki pouvait bien faire là, mais n'osait pas demander. Le garçon aux cheveux décolorés pouvait se montrer à la fois très susceptible et très irascible, deux défauts qui ne faisaient jamais bon ménage. Certe, Kuroko avait satisfait sa curiosité en répondant à ses questions, mais cela ne signifiait pas pour autant qu'il pouvait à son tour l'interroger sans risquer de le mettre en colère.

Dans la mesure du possible, Kuroko préfèrerait ne pas avoir à rester à l'hôpital pour une autre raison que sa mère.

« Juste pour mettre les choses au point : on n'est pas potes, okay? On s'est juste retrouvé là au même moment, on a parlé et c'est tout.

— Je n'ai jamais pensé ni voulu le contraire, répondit platement Kuroko.

— Tant mieux. »

Il ajouta après un silence :

« Et aussi, je suis pas gay, alors te fais pas d'idées là dessus non plus. »

Si Kuroko n'était pas totalement réveillé, cette réplique eut le mérite de le faire presque sursauter de surprise.

« Pardon?

— Quoi, t'es pas pédé, toi?

— Je ne sais pas, je crois que… mais je… de quoi?

— Pffffff… ouais, vu comme t'hésites, je penses pas avoir tort sur ce coup ~

— Ce n'est pas comme si j'avais suffisamment d'expérience et de recul pour juger de mon orientation sexuelle. Après tout, on est encore qu'au collège.

— Justement, au collège on réfléchit un peu à ce genre de truc, nan? Essaie pas de me faire croire que t'as jamais ne serait-ce qu'imaginer quoi que ce soit, tu perdrais toute crédibilité à mes yeux. Tu dois à peu près avoir une idée de si t'es gay ou pas, nan?

— Qu'est-ce qui te fait penser que je le serai?

— Bah je sais pas. Disons que tu fréquentes pas spécialement de meufs.

— C'est le cas de beaucoup de garçons de notre âge, non?

— Ouais, mais 'y a aucun garçon de notre âge qui est insensible aux charmes de Momoi comme tu l'es, et eux ils la voient de loin, donc ton indifférence alors qu'elle te colle tout le temps est pire que douteuse. N'importe quel mec en deviendrait fou, si tu comptes pas Aomine qui joue les frères protecteurs, Murasakibara qui fait pas partie de l'espèce humaine, Midorima qui a un balai enfoncé tellement profond dans le cul que ça a dû atteindre son cerveau et détraquer pas mal de choses, et Akashi qui est… Akashi.

— Ça fait beaucoup d'exceptions. »

Haïzaki haussa les épaules.

« D'ailleurs, en parlant d'Akashi, le truc qui me fait le plus penser que t'es sans doute pédé, c'est votre petit cinéma à tous les deux.

— Hein?! »

Le décoloré eut un rictus moqueur, s'amusant de cette soudaine expressivité, si peu commune chez Kuroko.

« Ouh, mais c'est qu'on réagit bien vivement, tout à coup .

— Donc tu penses aussi qu'Akashi-kun est…

— Pour lui, je préfère pas trop l'ouvrir pour l'instant. C'est sûr qu'il a beaucoup de succès auprès des nanas cet enfoiré, mais c'est clair que pour lui c'est rien d'autre qu'un autre moyen de dominer tout le monde. Au mieux, il joue le jeu avec elles pour pouvoir passer pour le meilleur, le plus élégant, le plus charmant, et bla bla bla; au pire elles représentent des pions qu'il peut manipuler comme il en a envie. Dans tous les cas, il se soucient d'elles comme de sa première couche, et le moindre de ses boutons de chemise a sans doute plus d'importance que toutes ses groupies réunies à ses yeux. Et puis il a cette aura qui fait que même s'il est apprécié, les meufs ont trop peur de lui pour risquer de s'approcher de lui plus qu'il ne l'autorise.

— Ce n'est pas comme si c'était différent avec les garçons…

— C'est pour ça que je dis que je peux rien dire sur lui. J'sais pas s'il est pas attiré par les meufs parce qu'il aurait une préférence pour les mecs ou si c'est juste parce qu'il aime personne au final. Ce dont je sûr par contre c'est que c'est différent avec toi.

— Hein?

— Bah dis donc, tout ton joli vocabulaire littéraire a l'air de s'être barré en courant depuis qu'on parle du rouquin… T'es vraiment atteint, mec.

— Je ne vois pas ce que tu veux dire. Akashi me traite comme un ami…

— Nan : il traite Midorima comme un ami, et Murasakibara comme… un ami un peu spécial, on va dire. Dans les limites du sens que peut avoir le mot "ami" avec lui, en plus. Bref, tu penses sérieusement qu'il se comporte avec toi comme il le fait avec eux? Nan, t'es malin, tu vois bien que c'est autre chose. Il te fais peut-être aucune faveurs évidentes par rapport aux gens qu'il fréquente, mais tu vois, sa façon d'être avec toi, c'est ce qui doit se rapprocher le plus de ce que je qualifierai de tendresse chez lui.

— Qu…

— Mais tu me diras, est-ce que ce psychopathe a la moindre idée de ce qu'est un sentiment? Il serait sûrement incapable d'aimer pour de vrai ses propre frères et sœurs s'il en avait! Oh, il ferait sans doute juste genre, histoire de pas faire tâche, quoi. J'ai beau être un sacré salaud, j'en suis pas encore là au moins! »

Haïzaki se leva prestement et plongea ses mains dans ses poches en regardant le plafond. Il ricana tout seul, sans que Kuroko ne parvienne à comprendre pourquoi.

« Je suis venu rendre visite à ma sœur, ça te dit de venir si tu te fais chier? »

xxx

« Yo, gamine.

— Shôgo?! Je peux savoir ce que tu fais ici? »

Kuroko entra avec précaution dans la chambre, qu'il inspecta, son regard curieux embrassant d'un seul coup d'oeil le décor typique d'un hôpital (toujours ce vert pâle immonde…), agrémenté ici et là d'une peluche, d'une carte de voeux, et d'une petite pile de mangas et de magazines de prépublications, d'une célèbre console portable en train de charger dans un coin, autant de signes indiquant que la pièce était occupée par sa résidente depuis pas mal de temps déjà.

« Surtout cache ta joie de me voir, morveuse.

— On a genre un an et demi d'écart maximum, pas la peine de jouer les aînés outrés…

— J'aurais eu cinq minute de plus que toi que ça aurait rien changé, gamine. » rétorqua-t-il en insistant avec outrance sur le dernier mot de sa phrase.

La jeune fille ne semblait pas avoir encore remarqué Kuroko, elle continua donc sur sa lancée.

« Nan mais sérieux, Shôgo, t'as vu l'heure qu'il est? Les horaires de visites sont largement dépassés, comment t'es entré?

— Pas par la grande porte en tout cas! rigola le décoloré, en s'affalant sur le siège à côté du lit.

— Pff… si tu venais aux heures normales, t'aurais pas à entrer de façon détournée.

— Ça enlèverait tout son charme à l'expédition.

— Ouais, bah en attendant, je m'emmerde comme pas possible le reste du temps, et en plus il faut que tu te pointes à l'heure où j'ai envie de pioncer. »

Visiblement le langage fleuri était un trait familial chez les Haïzaki. Avec ses cheveux courts et décoiffés, la fille ressemblait d'ailleurs à un mini-Shôgo en version féminine et brune. Une vision que le bleuté n'aurait jamais pensé voir de sa vie, en somme. La ressemblance était frappante, si ce n'était la maigreur inquiétante de ses bras et les cernes sombres qui contrastait avec la pâleur de son teint.

« Ouais, enfin, j'avais des trucs à faire…

— Des trucs? J'espère que tu parles pas du fait que tu passes tes journées à sécher les cours pour traîner avec une bande de connards qui valent pas mieux que toi?

— Tch, question connards, on a pire dans la famille, je vois pas de quoi tu te plains...

— Je suis quand même contente que tu sois venu, grand frère. »

Haïzaki toussota, et se mit à regarder le plafond en recommençant à taper du pied.

« Bah, d'ailleurs, j'sais pas si t'as remarqué, mais j'ai ramené quelqu'un avec moi…

— Ah ouais? Si c'est un de tes potes dégénérés, t'as même pas intérêt à le faire entrer dans cette chambre.

— C'est con parce qu'il est déjà là.

— Hein? Qu'est-ce que tu racontes encore?

— Tu vois pas, le mec avec l'air blasé à l'entrée, juste là. Reste pas planté là, c'est super stressant, rentre.

— Ce serait grossier de rentrer sans y avoir été invité. »

La jeune fille éclata de rire, manquant presque de s'étouffer.

« Ah ouais, je savais pas que tu connaissais des gens civilisés , Shôgo.

— Ta gueule…

— Désolée de pas t'avoir remarqué plus tôt. Tu peux t'approcher, je suis pas en état de mordre qui que ce soit. Je suis Sayako.

— Enchanté » répondit Kuroko en s'inclinant tout en se présentant.

Sayako siffla d'admiration.

« Si je suis pas indiscrète, comment ça se fait que tu traînes avec une raclure comme mon frère?

— Te fais pas de films, on est pas potes, rétorqua le susnommé en roulant des yeux. Il fait partie de l'équipe de basket, et comme je l'ai croisé en arrivant, j'ai juste décidé de le traîner ici, j'sais pas trop pourquoi. J'en avais envie, alors je l'ai fait, c'est tout.

— Mmh. Dis moi Kuroko-kun, t'es doué au basket?

— Disons que j'ai un basket assez spécial…

— Il est carrément hors catégories, ouais. En jeu "normal", il vaut que dalle, mais avec sa façon de jouer, il est...comment disait ton mec, déjà? Ah ouais, il est "utile à l'équipe".

— Akashi-kun n'est pas…

— Ça explique pas mal de choses…

— De quoi?

— Si Kuroko-kun avait été doué, tu l'aurais détesté, s'il avait été nul, tu t'en serais moqué plus ou moins cruellement et s'il avait été dans la moyenne, tu l'aurais méprisé. Dans tous les cas tu l'aurais jamais amené ici. Comme il est dans aucune de ces cases-là, t'as pas de raison de le haïr ou de l'envier.

— Ouais, ouais, s'tu le dis. T'auras remarqué que son petit séjour ici l'a rendue hyper philosophique. Genre elle pourrait être diplômée universitaire à ce train là…

— C'est pas comme si ça me servirait à quoi que ce soit, de toute façon. »

Ce fut rapide, mais Kuroko eut l'impression que le temps d'une seconde, l'habituelle (et détestable) expression nonchalante de son co-équipier se fana légèrement.

« Et sinon comment vont les parents?

— Va savoir, j'évite la maison, pas envie de voir leur tronche. Et quand j'y suis quand même, je leur parle pas.

— … Tu devrais pas te braquer. C'est dur pour eux, tout ce qui se passe…

— Nan, c'est dur pour TOI. Eux, c'est juste des connards pas fichu de te rendre visite sous prétexte qu'ils veulent pas te voir dans cet état. Tu parles de parents indignes…

— Je ne leur en veux pas.

— Bah moi, si.

— Okay, admettons. Et sinon, tu as des nouvelles de…

— Ne prononce même pas son putain de nom. Il est encore pire que les darons, ce fils de pute. »

Sayako jeta un regard contrit vers Kuroko, qui hocha la tête, compréhensif. Question situation familiale compliquée, il n'était pas en reste.

Tout en faisant attention à ne pas soulever d'autres sujets fâcheux, ils continuèrent à discuter quelques minutes, la petite fille prenant un plaisir enfantin à faire connaissance avec Kuroko. En plein milieu d'une phrase, sa tête dodelina légèrement et elle tomba sur l'oreiller, sous l'œil circonspect du bleuté.

« T'inquiète, elle est juste en train de dormir. Les infirmières ont dû lui donner de quoi l'assommer un peu avant qu'on arrive. »

Ils sortirent de la chambre à pas de loup. Une fois dans le couloir, Haïzaki s'étira les bras, un petit sourire satisfait sur le visage.

« J'imagine que tu dois repartir en salle d'attente.

— Oui, ma grand mère doit être revenue. Elle était allée un peu plus loin pour essayer d'appeler mon père, ou en tous cas laisser une flopée d'insultes sur sa boîte vocale puisqu'il ne répondra pas de toute façon. »

Le gris ricanna.

« C'est super marrant ta façon de dire tout ça sans la moindre émotion, comme si tu parlais de ce que t'avais bouffé au petit-déj. »

Kuroko ne répondit pas. Les couloirs étaient horriblement vide, donnant une vague impression de film d'horreur de série B au collégien. Et pour ne rien gâcher, un des néons aveuglant se mit à clignoter nerveusement, comme prête à rendre l'âme à tout moment. Vous l'avez compris, Kuroko n'aimait décidément pas les hôpitaux.

« Elle va crever, tu sais? »

Kuroko hocha la tête. Il l'avait plus ou moins deviné.

« En gros si la gosse est là, c'est juste parce qu'elle doit prendre régulièrement des trucs qui l'empêchent de trop souffrir. Je me souviens plus c'est quoi le nom de la saloperie qu'elle a. En tout cas, je sais que ça fait partie de ce qu'ils appellent "une maladie orpheline". C'est des maladies tellement rares que les labos pharmaceutiques n'essaient même pas de chercher des remèdes pour les soigner parce que c'est pas interessant pour eux financièrement. Forcément, le peu de patients à traiter dans le monde sont loins d'être une clientèle suffisante pour dépenser des milliards en recherche et en fabrication de médocs.

— C'est horrible…

— Ça en dit long sur les priorités des gens, hein? C'est chacun pour sa gueule, et tant pis pour les autres. J'ai compris ça il y a longtemps, et contrairement à la majorité, je me casse pas les couilles à prétendre que je pense différement. Tu devrais te mettre ça dans le crâne : si tu veux pas te faire baiser, t'es obligé de baiser les autres, et dans ce cas autant le faire avec plaisir.

— Je ne suis pas d'accord.

— Ah ouais? Avec quoi?

— Déjà, ta façon de t'exprimer.

— T'as vraiment de la chance que je sois pas d'humeur à taper sur quelqu'un ce soir, il y en a qui se sont retrouvés avec des côtes fêlées pour moins que ça » soupira le gris, alors qu'ils arrivaient presque à la salle d'attente.

Un peu plus loin dans le couloir, Kuroko apercevait sa grand mère au téléphone. De façon générale, elle évitait de passer ce genre de coup fil en présence de Kuroko, n'ayant pas vraiment envie de d'offrir à son petit fils le spectacle de son ô combien respectable grand-mère injuriant copieusement son tout aussi respectable père. Néanmoins, des fragments de ce qu'elle disait leur parvenait aux oreilles… Et, le moins qu'on puisse dire, c'est que c'était tout sauf "politiquement correct". Haïzaki haussa un sourcil.

« C'est elle ta grand mère? Elle fait carrément punk, dis-donc... »

Kuroko fut étonné de sentir une pointe d'admiration dans la voix du copieur. Cette soirée était pour le moins riche en surprise.

« Au fait, au sujet de toi et l'autre taré, t'en fais pas trop, je vais pas dire à tout le monde que t'es une pédale, j'en vois pas l'intérêt. Pour l'instant, au moins. Et puis franchement, vous êtes encore plus marrant que le Momoi et Aomine, dans votre style… moins tapageur, on va dire. »

Avant même que Kuroko ne rétorque quoi que ce soit, Haïzaki emprunta une sortie de secours, laissant derrière lui l'écho de son rire cynique.


« Il est vachement plus observateur et compréhensif que je l'aurais imaginé. N'empêche, il reste de toute façon un bâtard à mes yeux.

— C'est un copieur, pour avoir ce genre de capacité, il faut forcément être très observateur. Et c'est quelqu'un qui compte beaucoup sur la déstabilisation, c'est juste qu'il ne voyait pas l'intérêt de se servir de ça contre moi, et qu'il ne pouvait pas risquer de s'en servir contre Akashi. S'il s'était agi de quelqu'un d'autre, il n'aurait pas hésité à exploiter cette donnée d'une façon ou d'une autre.

— Et sa sœur?

— Il me semble qu'elle est morte dans les mois qui ont suivis. Haïzaki n'est pas du genre à se confier à coeur ouvert sur ce genre de chose, donc il ne m'en a pas reparlé depuis cette nuit à l'hôpital, mais il y a des comportements qui ne trompent pas… »

Ils restèrent silencieux un moment. Au loin, la sirène d'une ambulance, ou peut-être un camion de pompier, retentit, brisant le calme de la nuit.

« Hum. Et du coup, après? reprit Kagami.

— Depuis cette rencontre à l'hôpital, Akashi-kun n'a pas manqué de remarquer le fait que Haïzaki était… Disons moins insupportable avec moi qu'avec le reste de l'équipe. Je ne sais pas trop si c'est vrai, mais j'ai eu comme l'impression qu'il en prenait ombrage.

— Génial, le coup du petit ami jaloux…

— Mais de façon assez paradoxale, c'est à cette période qu'il a le plus essayer de s'éloigner de moi en me rapprochant de Momoi-san. Tous ces éléments, couplés avec les remarques de Haïzaki-senpai ont fini par me faire peu à peu prendre conscience de certaines choses. Je me suis mis à me poser des questions, je regardais les filles et les garçons d'une toute nouvelle façon, et surtout je prenais conscience du type de personne qui attirait mon attention. Bien sûr, ça n'a pas été facile de savoir par moi-même où j'en étais, donc j'ai fait quelques recherches et j'ai fini par comprendre…

— … que tu étais gay?

— C'est ce que j'ai pensé au début. Sauf que j'ai fini par remarquer que je n'étais pas moins attiré par les filles que par les garçons.

— Donc t'es bi?

— … À vrai dire je n'en suis pas vraiment sûr aujourd'hui encore. Je crois que pour l'instant, c'est le terme "pansexuel" qui me definit le mieux.

— Euh… je vais p'têtre avoir l'air con, mais ça veut dire quoi?

— Pour faire simple, ça désigne les gens qui ne sont pas attirés par un sexe ou un genre particulier, mais qui peuvent éprouver des sentiments ou une attirance pour quelqu'un, indépendamment de son identité ou son orientation sexuelle.

— Okay. Ça m'a l'air plutôt spécial, mais bizarrement ça te va correspond, je trouve.

— Je ne sais pas comment je suis censé le prendre... En tout cas, après cette conversation avec Haïzaki, et au regard de ce que j'avais déjà soupçonné concernant ma relation avec Akashi-kun, j'ai été un peu dans le déni quelque temps. Ce n'était pas que je ne m'acceptais pas, comment dire… Je trouvais ça bizarre. Pas le fait que des gens puissent être comme ça, je n'étais pas non plus naïf ou ignorant au point de croire qu'en matière d'amour ou de sexualité, il n'existait rien d'autre que le schéma soi-disant normal et socialement admis du couple composé forcément d'un homme et d'une femme. C'était surtout le fait que moi je puisse être comme ça… Même si d'une certaine façon, je l'ai toujours su, quelque part… Dans le sens ou ça ne m'a pas non plus vraiment choqué de me rendre compte de ça... Ce que je veux dire, c'est que… En fait c'est juste… Désolé, ça n'a pas de sens, tu ne dois rien comprendre... Je raconte peut-être n'importe quoi...

— Non! C'est pas n'importe quoi, c'est… c'est comme ça que tu te sentais, donc tu peux pas dire que ça veut rien dire, même si t'arrive pas à l'expliquer.

—… Merci Kagami-kun.»

Kagami ne s'était pas attendu à ce que son coéquipier se confesse à ce point. Malgré le fait que ces quelques mois de compétition intense les avaient grandement rapprochés, créant une amitié indéfectible et une relation de confiance à la fois extraordinaires et rares, comme seuls une Ombre et sa Lumière peuvent espérer partager. Pour autant, son discret partenaires de terrains ne s'était encore jamais confier comme il le faisait en ce soir d'hiver. L'américain en était déstabilisé… Et en même temps, il était flatté que Kuroko ait décidé de s'ouvrir à lui sur des sujets aussi intimes et délicats.

« Le moins qu'on puisse dire c'est qu'à ce moment là, j'étais assez perplexe. Le fait d'être dans une société qui n'encourage pas à "sortir du placard" n'arrangeait rien. Je ne pouvais pas vraiment me tourner vers qui que ce soit. Je craignais même de confier mes doutes à ma grand-mère, en vérité. Il m'a fallu un long moment avant d'en parler ouvertement pour la première fois à quelqu'un, et cette personne, tu t'en doutes peut-être, fut Ogiwara-kun. Enfin, pour être tout à fait honnête, il m'a plus arracher les vers du nez qu'autre chose, mais ça m'a fait du bien de discuter de ça avec lui, et même si au début il a eu l'air assez… surpris, voire même un peu tendu, il a très vite passer outre tous les a priori qu'on pourrait avoir dans ce genre de situation.

« Le simple fait qu'il ait continué à être mon ami suffisait à me rendre heureux de lui en avoir parlé, mais il a fait biens plus, en étant à l'écoute et en me rassurant quand j'en avais besoin, en n'hésitant pas à me poser les questions qui me faisaient m'ouvrir un peu plus à lui et à moi-même, sans pour autant faire preuve d'aucune curiosité déplacée, en comparant sans hésiter mes soucis avec ses propres déboires amoureux juste pour me prouver que mes réflexions n'étaient ni "bizarres" ni "anormales". Personne d'autre n'aurait pu autant m'aider à accepter et comprendre toutes ces nouvelles choses qui m'arrivaient. Malgré la distance, Ogiwara-kun a été d'un soutien incomparable à cette période de ma vie. »

Malgré leur ton monocorde, l'amertume à peine refoulée de ces paroles ne passa pas inaperçu pour Kagami. Il n'avait aucun mal à comprendre son coéquipier, puisqu'il arrivait facilement à relier cette situation à celle qu'il avait vécu avec Himuro. Tout ce temps à ne pas pouvoir parler avec son frère de cœur pour des raisons stupides…

« Enfin, tout ça pour dire qu'au final, malgré mes appréhensions et mes doutes, je n'ai pas trop mal vécu le fait de prendre conscience… ou plutôt de me rendre à l'évidence, peut-être! »

Au grand étonnement de Kagami, Kuroko se mit à rire doucement. L'américain soupçonnait que ce soit plus un rire nerveux qu'autre chose, mais le laissa faire et choisit de lui sourire en retour. Ça avait dû lui demander une énergie folle de parler de tout ça. Le bleuté se calma peu à peu avant de se mettre à détailler le tapis comme si sa banale couleur beige était la chose la plus fascinante au monde. Du bout des doigts, il s'amusait à tracer des cercles imaginaires dans le tissu moelleux.

« Je mentirais en disant que je n'ai jamais été attiré par un autre garçon ou par une autre fille qu'Akashi-kun, murmura-t-il sans lever les yeux. Mais jusqu'à aujourd'hui encore, je n'ai jamais été… amoureux de qui que ce soit d'autre que lui.

— Aujourd'hui encore? » répéta Kagami, perplexe.

Kuroko acquiesça.

« Ça ne veut pas dire que je ne lui en veut pas pour autant, mais… Bref, de toute façon, tu verras bien au fur et à mesure de l'histoire, conclut-il en secouant la tête

— Génial, c'est parti pour le cinquième round…

— Ou un cinquième quart-temps, plaisanta le passeur. C'est donc dans ce contexte déjà trouble qu'arriva l'autre élément perturbateur : Kise Ryôta. »


« Seigneur, protégez moi! Aominecchi aide-moi! »

Aomine, Kuroko et Momoi discutaient au détour d'un couloir juste à la fin des cours quand une fusée blonde fonça droit sur eux.

« Mais qu'est-ce qu'il a encore, ce taré? maugréa Aomine.

— Vous n'avez pas l'impression que le sol tremble un peu? demanda le bleuté, légèrement inquiet.

— Mais non, Tetsu, tu te fais des id… Mon dieu mais que se passe-t-il?! » s'écria la manager horrifiée.

Ils assistaient avec ébahissement à l'arrivée — non, la charge d'un troupeau de filles passionnées poursuivant un pauvre Kise, qui semblait avoir vraiment peur pour sa vie. À mesure qu'il s'approchait d'eux, l'anxiété montait chez les trois compères. Dans un ultime élan sans doute inspiré par une poussée d'adrénaline, le mannequin accéléra et, en arrivant à leur hauteur, saisit la main de Momoi, l'entrainant dans sa course effrénée.

« Dépêchez-vous avant qu'elles nous rattrappent! » cria-t-il au deux garçons, qui se mirent immédiatement à courir aussi, poussés par l'instinct de survie.

La horde anonyme et implacable redoubla néanmoins d'effort, enragée par le fait que le blond courait main dans la main avec une autre fille juste sous leurs yeux impuissants.

« C'est quoi le putain de délire, Kise?

— Ce matin le magazine dont je t'avais dit que je ferais la couverture est sorti…

— Vraiment? Félicitation Ki-chan, c'est une revue assez importante en plus non?

— Merci, Momoichi! C'est vrai que c'est un sacré tournant dans ma carrière…

— Non mais vous vous foutez de ma gueule vous deux?!

— Est-ce que tu sais où on va, Kise-kun? demanda Kuroko en essayant de garder le rythme.

— Bien sûr! Une voiture devrait m'attendre juste à la sortie du collège, normalement…

— "Normalement"?!

— Tais-toi et cours, elles vont finir par nous rattrapper! »

Au moment où ils franchirent le portail, une berline argentée freina juste devant eux. Sans perdre un instant, Kise ouvrit la portière arrière, fit monter Momoi avant de s'engouffrer à l'avant, laissant à Kuroko et Aomine le soin de monter à leur tour à côté de la jeune fille. À peine l'As de Teikô eut-il fermé la porte que le véhicule démarra, laissant derrière lui la terrifiante meute de fangirls.

Alors que Kuroko reprenait son souffle à grand peine, Aomine ne perdit pas une minute pour insulter Kise de tous les noms.

« Bordel, qu'est-ce que c'était que ça?! Je peux savoir pourquoi tu t'es senti obligé de nous entraîner avec toi, espèce d'abruti?

— Je sais pas j'ai paniqué, et quand je vous ai vu, mon premier réflexe a été de m'accrocher à vous…

— J'y crois pas… Mec, la prochaine débrouille-toi, putain! Et tu peux dire à ton chauffeur de se calmer, j'ai pas envie de crever sur la route!

— Maman, tu peux ralentir, je pense qu'on les a semé…

— Oh, désolée mon cœur, tu sais, le feu de l'action… »

Kuroko jeta un regard désabusé à Aomine, tandis que Momoi lui asséna un coup de coude dans l'estomac.

« Ouch! Ew, je veux dire, pardon M'dame Kise, je pensais que… enfin voilà quoi, marmonna Aomine alors que Momoi soupirait devant la maladresse de son incapable de meilleur ami.

— Ce n'est rien, voyons! ria la mère de Kise. Je suis Kise Anri, je présume que tu dois être Aomine-kun? Mon petit Ryôta n'arrête pas de parler de toi!

— Maman…

— Et j'imagine que la charmante jeune fille qui t'accompagne doit être Momoi-chan? continua-t-elle sans quitter la route des yeux.

— Je suis ravie de vous rencontrer Kise-san, répondit la susnommée en souriant.

— Le plaisir est partagé, ça me fait tellement plaisir de rencontrer enfin les camarades de mon Ryôta! Restez donc tous les deux pour le goûter, non encore mieux, pour le dîner! Ah, mais il faudra voir avec vos parents pour ça…

— Maman, je crois que tu as oublié quelqu'un…

— Bonjour, Kise-san, je suis Kuroko Tetsuya, enchanté de faire votre connaissance.

— Oh! Le fameux garçon invisible… Moi qui pensait que Ryôta exagérait encore.

— Hey!

— En tout cas tu es bien sûr le bienvenu aussi » conclut-elle avant de profiter d'un feu rouge pour se tourner vers son fils. « Est-ce que ça va aller? Elles m'avaient l'air assez violentes aujourd'hui.

— C'est vrai que c'est la première fois que ça prend ce genre de proportion à l'intérieur du collège, mais t'inquiète, ça ira.

— Il y avait beaucoup de filles qui portaient des uniformes d'autres écoles », intervint Momoi, avant de marmonner : « Comment elles ont fait pour rentrer à Teikô?

— Ce boulot de mannequin… Tu sais que je ne suis pas à l'aise à l'idée que tu sois si… exposé.

— Je comprends, mais je n'ai pas envie d'arrêter là alors que ça commence à porter ses fruits.

— Je sais bien… Mais il va falloir que tu apprennes à gérer ça tout seul, je ne pourrais pas toujours te secourir comme un damoiseau en détresse.

— Raah, c'est bon, j'étais juste un peu dépassé.

— Tu rigoles blondie? Madame Kise, je tiens à vous dire que j'ai presque cru qu'il allait se mettre à pleurer au milieu du couloir!

— Aominecchi! »

Pendant que Aomine et Anri formèrent une alliance tacite ayant pour but manifeste de se moquer du blond, Kuroko observait comment le fils, malgré sa fausse moue mécontente, regardait sa génitrice avec affection. Il découvrait un nouvel aspect de la personnalité de Kise. Ce garçon apparemment superficiel, presque narcissique sur les bords, imbus de sa personne et obsédé à l'idée de briller sur le devant de la scène se révélait sous un nouveau jour aux yeux du bleuté. Madame Kise riait devant la petite dispute qui venait d'éclater entre Aomine et son fils. Elle était aussi belle que le mannequin, avec les mêmes yeux dorés encadrés de longs cils mais des cheveux plus foncés, dans une nuance de châtain clair, qui lui arrivaient aux épaules, négligemment attachés sur le côté, lui donnant un air ouvert et décontracté.

Ils s'arrêtèrent devant un complexe d'immeuble, et Kise aida sa mère à sortir quelques courses du coffre de la voiture avant de guider ses amis vers l'appartement dans lequel il vivait. Il proposa à sa mère de l'aider à ranger, mais celle-ci l'envoya dans sa chambre "s'amuser avec ses petits camarades". Le jeune mannequin emmena alors toute la troupe dans son antre personnelle, non sans avoir pris avec lui de quoi boire et manger. Il s'installa par terre, laissant Aomine s'affaler sur le lit sous le regard réprobateur de Momoi qui quant à elle s'assit sur un pouf, tandis que Kuroko se permit d'utiliser la chaise du bureau.

« Waaah, c'est vachement bien rangé ici, s'extasia Momoi, scannant la chambre attentivement.

— Bien sûr, pour qui tu me prends?

— Disons que ça change agréablement du capharnaüm d'une certaine personne…

— La ferme, Satsu… Par contre c'est plus petit que je l'aurais cru, en fait je sais pas pourquoi, j'ai toujours pensé que t'étais une sorte de fils à papa ou quelque chose dans le genre.

— T'as pas complètement tort non plus. J'imagine qu'avant je devais vraiment avoir l'air d'un "fils à papa" comme tu dis, vivant dans une grande maison luxueuse et tout le toutim, mais pas mal de choses ont changé, depuis. En fait mes parents ont divorcés, et je n'ai plus de nouvelles de mon père. Enfin, c'est pas comme si j'avais envie d'en avoir non plus, si tu veux la vérité.

— Ouais, je vois… Je savais pas que tes parents étaient séparés.

— Bah faut dire que c'est pas le genre de choses dont tu peux te vanter, ria le blond. J'ai pas spécialement envie que les gens me cataloguent comme "le garçon dont les parents sont divorcés". Mais honnêtement, malgré le changement de mode de vie et tout, le fait que mes parents ne soient plus ensemble, c'est… un soulagement. Les choses étaient devenues insoutenables. »

Les adolescents restèrent silencieux, pensifs. Enfin, jusqu'à ce que Aomine n'ouvre bruyamment un paquet de chips, sous le regard atterré de Momoi.

« Quoi encore?

— T'as aucune notion de timing et du comportement adéquat en société…

— Je vois pas où est le soucis. Il le vit bien, tout le monde est content et il y a de la bouffe qui attend que d'être dévorée, rétorqua-t-il la bouche pleine.

— Donc tu vis seul avec ta mère? demanda Kuroko à Kise, pendant que les deux autre continuaient à débattre.

— Ouais. Au début c'était un peu compliqué, puisqu'elle a dû chercher du travail, déménager et repartir de zéro. Aujourd'hui, on est largement à l'abri du besoin, mais vous savez, même si sa situation professionnelle n'est pas encore tout à fait stable, mon boulot de mannequin amène aussi un plus non négligeable. »

Ils parlèrent pendant un moment, et très vite la discussion tourna au sujet de prédilection des quatre amis : le basket. Regroupés autour de l'ordinateur portable du blond, ils se mirent à regarder des rediffusions de match de la NBA avec une attention quasi-religieuse. Momoi et Aomine s'occupaient de commenter la vidéo pour Kise, qui n'était pas encore familier avec les joueurs et les enjeux des matchs.

« Mec, ton manque de culture me donne envie de pleurer.

— Je n'aurais jamais pensé entendre une telle phrase sortir de ta bouche, Aomine-kun.

— Je peux savoir ce que tu sous-entends, Tetsu?

— Aominecchi, c'est méchant! Moi j'y connaissais rien en basket il y a encore deux mois! »

C'est à ce moment que Anri entra dans la chambre afin de leur rappeler de demander à leurs parents s'ils pouvaient passer la soirée ici. Après avoir tous reçu une réponse positive, ils reprirent leur visionnage jusqu'à l'heure du dîner. Ils passèrent le repas à récapituler les actions les plus impressionnantes qu'ils avaient vu, sous le regard perplexe mais néanmoins attendris de la maîtresse de maison.

Ils ne le savaient pas encore, mais cette soirée inaugurait le début de nombreuses autres similaires, des moment joyeux et naïfs, enfantins, dont le souvenir rendra leur séparation d'autant plus amère.

xxx

Durant les temps qui suivirent, Kise s'intégrait de mieux en mieux à l'équipe, chose peu étonnante vu son charisme et sa joie de vivre qui faisait qu'on ne pouvait pas s'empêcher de l'apprécier, même si tout le monde finissait forcément par vouloir le frapper pour une raison ou une autre. La seule exception au "théorème Kise" était Haïzaki. Dès l'arrivée du blond, celui-ci n'avait pas hésité à marquer son antipathie, de façon plus ou moins vulgaire et/ou virulente. Cette animosité devenait plus vive chaque fois que le mannequin progressait de façon notable, autant dire à chaque entraînement. En dépit de cela, Kise se fit une place au sein de l'équipe et plus particulièrement auprès de ceux qui seraient plus tard connu comme "la Génération Miracle".

En parallèle, Akashi tendait à se montrer de plus en plus distant de Kuroko, et ce dernier était loin de lui courir après. Cela ne manquait pas d'attiser la curiosité de leur groupe d'amis, et particulièrement Midorima, qui ne cessait de demander d'une manière qui se voulait subtile — en vain — quelle raison avaient pu les éloigner l'un de l'autre après la promiscuité manifeste qu'ils avaient témoigné ces derniers mois.

Kuroko de son côté n'était pas mécontent de cet arrangement tacite avec le vice-capitaine. Il avait besoin de mettre de l'ordre dans ses sentiments et de décider comment il allait procéder à partir de maintenant. Il était pratiquement certain que le roux ressentait lui aussi… quelque chose envers lui, mais de là à être sûr qu'il s'agissait bien de cette chose là

Le concerné n'avait pas l'air de trop s'en soucier, mais Kuroko n'était pas dupe : il savait pertinemment qu'Akashi était maître dans l'art de dissimuler ses émotions, au moins autant qu'il ne l'était lui même. Kuroko ne s'en inquiétait pas outre mesure, mais parfois il se demandait de quelles façons leur situation pourrait avancer si l'un comme l'autre restait sur la défensive, à s'épier en douce pendant que la cible de ce pseudo-espionnage faisait semblant de ne rien remarquer.

La réponse à ses questions finit par arriver plus tôt qu'il ne l'imaginait, et d'une façon pour le moins inattendue.

xxx

« Kurokocchi! Aominecchi! »

Aucun des joueurs présents dans le gymnase ne prit la peine de se retourner pour voir qui donc pouvait piailler avec tant d'exubérance, la réponse étant largement évidente pour tout le monde. Néanmoins, cela n'empêcha pas Haïzaki de faire une remarque aussi désobligeante qu'inutile.

« Tiens, revoilà la blondasse, génial...»

C'est avec le naturel que confère l'habitude que le délinquant se prit une chaussure dans la tête de la part de Nijimura, en râlant plus pour la forme que par tentative de rébellion contre l'autorité du capitaine. Haïzaki était peut-être une tête brûlée mais ça ne voulait pas dire qu'il était suicidaire. Ça ne lui avait jamais rien apporté de bon de trop s'opposer à Nijimura, et Dieu savait qu'il valait mieux ne pas pousser le bouchon avec le brun.

« Kise, t'es en retard! réprimanda le capitaine. Tu te rends compte que même Haïzaki est arrivé à l'heure aujourd'hui?!

— Comment ça "même Haïzaki"?! gronda le susnommé dans l'indifférence la plus totale du brun, entièrement concentré sur sa blonde victime.

— Oui, mais…

— Non, l'excuse des filles qui te courent après ne peut pas marcher éternellement! Et je te signale que le simple fait que tu t'en plaignes sans arrêt est juste très énervant pour ton interlocuteur.

— "Énervant"?! Capitaine, vous ne devriez pas prendre la question du harcèlement sexuel autant à la légère : c'est un problème sérieux, vous savez? énonça gravement le blond.

— La ferme, Kise, et va courir, on a presque déjà fini de nous échauffer, et je tiens à te mettre la pâté le plus de fois possible aujourd'hui!» railla Aomine

Ses yeux bleu nuit pétillaient déjà à l'idée des duels qui concluaient invariablement les séances d'entraînements depuis quelques temps. Cela faisait à peine quelques semaines que le blond avait intégré la première équipe, et déjà il constituait un adversaires plus qu'acceptable pour le prodige, chose qui se révélait de plus en plus rare. Sans ajouter un mot de plus, Kise commença à s'échauffer, un sourire complice aux lèvres.

« Eh bah, je te félicite pour ta nouvelle fangirl, Daiki, rigola Haïzaki.

— Va crever…

— Haïzaki, il va falloir que t'apprennes un peu plus à la fermer. Et ça vaut pour toi aussi Aomine. Franchement, qu'est-ce que c'est que toute cette insubordination...»

Comme toujours, l'entraînement se révéla aussi dur que fatigant, et plus encore pour Kuroko que pour les autres joueurs. Après ce qui s'apparentait à une éternité de supplice aux yeux du passeur, il put enfin profiter d'une pause durant laquelle Kise et Aomine s'affrontèrent. Ces deux là étaient décidément infatigables.

Tandis que Kuroko reprenait son souffle, Nijimura braillait sur Haïzaki à propos d'une histoire de paquet de cigarettes, tandis qu'un peu plus loin Midorima reprochait froidement à un Murasakibara flegmatique d'avoir encore ramené de la nourriture pendant l'entraînement. Akashi quant à lui n'était pas loin de Kuroko, et discutait sur un banc avec Momoi sur le prochain camp d'entraînement. Alors que Momoi vérifiait une dernière fois les dates dans son bloc notes, le roux se tourna vers le joueur fantôme et lui demanda, moqueur :

« Le banc ne serait-il pas un peu plus confortable que le sol, Kuroko? »

Celui-ci leva ses yeux clairs vers le vice-capitaine, et s'adossa juste un peu plus commodément contre le mur.

« Le sol est plus frais, Akashi-kun.

— Dis plutôt que tu n'as même pas l'énergie de te hisser jusque là.

— Hmm. Tu es libre d'interpréter ça comme tu le désires.

— Ah, voilà! s'exclama Momoi. Comme je te le disais, le camp d'entraînement est juste avant les examens, ce qui nous laisse en fait une toute petite marge de révisions au final.

— Ça risque d'être problématique pour certain…

— Bof, t'façons qui se soucie des notes... marmonna Aomine en prenant une bouteille d'eau dans la glacière au pied de la manager.

— Il est hors de question de privilégier le basket au détriment de vos études, intervint Nijimura, catégorique. Pour cette raison, je compte vous faire passer un petit examen blanc de révision, et votre participation au camp de cette année dépendra de votre note finale.

— Sérieusement capitaine?! s'exclama Kise.

— J'ai l'air de plaisanter?

— Bah, franchement passer une semaine entouré que de mecs et rien foutre de mes journées à part jouer au basket, très peu pour moi.

— Ne t'inquiètes pas Haïzaki, je m'occuperai personnellement de tes révisions…

— Comme c'est étonnant… »

Moins étonnant encore, Nijimura récompensa son insolence en lui envoyant encore une fois un ballon dans la figure.

« Eh, Aominecchi, t'es prêt pour les exams, toi?

— Tu m'as bien regardé?

— Pff, ça craint pour le stage d'entraînement…

— Tu l'as dit… Eh Satsu, tu veux pas nous filer un coup de main?

— J'aurai bien voulu, mais en plus des examens et des préparatifs pour le camp, j'ai pas mal de matchs avec l'équipe féminine en ce moment…

— Ah merde… Au fait, elles vont au camp d'entraînement elles aussi?

— Non, Aho, je te rappelle qu'on a déjà fait notre camp pendant les dernières vacances! T'écoutes vraiment rien!

— Eh Midorimacchi, interpella Kise, toi qui es un intello, pourquoi tu nous aiderais pas?

— Oui! Vas-y, steuplé steuplé steuplé!

— Allez crever. Je ne suis pas assez patient pour jouer les professeurs particuliers, surtout pour deux abrutis comme vous.

— Méchant… geigna Kise.

— On pourrait tous se réunir pour travailler ensemble, vu qu'on doit tous passer cet examen blanc

— Pas mal comme idée Tetsu!

— C'est sûr qu'avec vos demi cerveaux respectif, Kise et toi avez besoin de plus d'une personne pour espérer avoir la moyenne, marmonna le vert, un demi sourire aux lèvres.

— T'as bouffé une vipère ce matin ou quoi?

— Laisse tomber Aominecchi, à tous les coups il est comme ça à cause de son horoscope du jour. Bref, on peut se réunir demain vu que c'est samedi, non?

— Ouais mais où ça? Le collège est ouvert que le matin et les bibliothèques sont blindées avant les exams.

— On a qu'à aller chez l'un d'entre nous.

— C'est trop petit chez moi, désolé les mecs, dit Aomine.

— Hors de question que vous mettiez un pied dans ma demeure, intervin Midorima, catégorique.

— Bah justement ça tombe bien, nous non plus on veut pas aller chez un demeuré, rétorqua le prodigieux basketteur en levant les yeux au ciel.

— On pourrait aller chez moi, mais c'est plutôt petit aussi… chouina Kise, affichant une moue supposément mignonne.

— Quant à chez Murasakibara, même si c'est grand il y a des mioches qui piaillent dans tous les sens, pas le top pour taffer sérieusement.

— Je comptais pas vous inviter.

— Sans blague… Et toi Tetsu?

— …

— Vous n'avez qu'à venir chez moi. »

Tous se tournèrent avec surprise vers celui qui venait de parler, c'est-à-dire Akashi en personne.

« C'est suffisamment spacieux pour qu'on travaille dans de bonnes conditions, c'est plus silencieux qu'un sanctuaire et au moins je pourrais veiller à ce que vous étudiez sans vous laisser aller.

— Sans oublier qu'Akashi-kun est un excellent professeur.

— Ouais! merci Akashicchi, je te dois la vie sur ce coup là!

— Je prends ça en note. »

Alors que Nijimura les rappelait sur le terrain, il Murasakibara retint Akashi le temps de lui dire quelques mots.

« Je suis obligé de venir aussi Aka-chin?

— Oui.

— Vraiment?

— Il y aura des pâtisseries françaises au goûter.

— … C'est à quelle heure déjà? »

xxx

L'entraînement était fini et Kuroko n'avait qu'une hâte : passer le reste de la journée à lézarder dans sa chambre, avec un bon livre et un milkshake à la vanille à portée de main. Il se dirigeait déjà vers le Maji Burger dans l'optique de réaliser une partie de son rêve quand on l'interpella.

« Kuroko! »

Une tension infime parcouru ses membres lorsqu'il reconnut la voix qui venait de crier son nom. Il se retourna, et la tension s'amusa à tordre un peu ses entrailles. Certes ils se voyaient tous les jours, mais cela faisait longtemps qu'il ne s'étaient pas retrouvés en tête à tête, sans au moins un autre membre de l'équipe.

« Oui, Akashi-kun?

— On a trouvé ce trousseau de clés dans le vestiaire, et les joueurs encore là ont tous dit que ce n'était pas les leur. Est-ce que ce sont les tiennes?

— Oui, ce sont bien les miennes. »

Le roux déposa alors le jeu de clés au creux de la main tendue du bleuté. Le contact de leurs mains dura à peine une seconde mais tous deux tressaillirent, comme électrisés.

« Fais davantage attention à l'avenir »

Pour la première fois, Akashi ne cherchait pas à le regarder droit dans les yeux. Bien sûr il ne baissait pas le regard, mais il semblait tout simplement regarder son visage sans ancrer sa vision sur un point précis. Kuroko faisait d'ailleurs également la même chose.

« Je… je n'y manquerait pas, Akashi-kun, murmura Kuroko.

— Bien, alors… à demain, Kuroko.

— À demain… »

Le vice capitaine retourna vers le gymnase, sans doute pour voir encore quelque chose avec Nijimura ou Momoi. Le bleuté quant à lui resta quelques instants à contempler le trousseau de clé dans sa paume.

Il ressentait définitivement quelque chose d'étrange.


...


Note de l'auteur : Existe-t-il un mot pour exprimer toute la honte que je ressens à l'idée d'avoir laisser ça en en suspens aussi longtemps? J'espère que ce chapitre vous aura quand même plu... J'ai la vague impression d'avoir mis trop de dialogues, n'hésitez pas à me dire comment m'améliorer, je suis ouverte à toutes suggestions :)