Lorsque le roi ne sentait plus sa migraine, c'est à dire le lendemain matin, il décida d'interroger tout son royaume afin de retrouver celui qui lui avait donné la lettre. Il voulait lui aussi mener sa petite enquête sur ce mystère, plutôt qu'attendre sagement que les informations viennent à lui.
Il passa toute la matinée à interroger les gens de son palais et à envoyer des cavaliers dans tout le royaume afin d'interroger son peuple. Mais la plupart des réponses étaient superflues et aucune ne l'avaient véritablement aidé dans ses recherches.
Une semaine pasa sans qu'aucune autre information ne vint. Et Legolas ne revenait pas. Le roi pensa alors que retrouver le vagabon était tout comme attraper des nuages et décida donc d'abandonner son enquête.
D'autres semaines passèrent et même des mois. Pour les Elfes, créatures immortelles, ce temps ne représentait qu'un temps infime, un simple clignement de paupière.
Thranduil cependant, sentait le temps s'écouler très lentement. Chaques jours, il guettait d'éventuelles réponses, des aides, le moindre indice. Il voulait savoir la vérité. Pour savoir si sa femme était vraiment décédée. Si elle allait un jour refouler les dalles du palais. Si sa voix allait à nouveau retentir dans l'immense hall de sa demeure. Si la chaise à côté de lui, à sa table, allait à nouveau être occupée. S'il ne serait plus seul le soir, dans sa chambre, au milieu de l'obscurité.
Il passait des heures et des heures à marcher en rond devant son bureau, pareil à un tigre enfermé dans une cage. Il gardait jalousement le bout de parchemin, qui, pour lui, représentait tantôt un trésor aussi précieux qu'une de ces gemmes blanches faites de lumière d'étoile, tantôt comme une mauvaise farce.
Devait-il oublier cette lettre et continuer sa vie comme avant ?
S'il continuait ses recherches acharnées mais que cela aboutissait à une vulgaire farce, alors il perdrait sûrement contrôle de soit-même et ce mur qu'il avait bâti en lui pour contenir sa tristesse et son amour envers sa femme s'effondrerait, laissant place à une douloureuse folie qui le conduirait droit aux cavernes de Mandos.
En revanche, si son enquête le menait à sa femme, alors il mènerait les jours les plus heureux qu'un elfe pourrait avoir. Et son immortalité serait alors la source du plus long des bonheurs.
Il lui fallut un ans pour prendre sa décision. Un an où il avait continué à chercher sans conviction, où tout son esprit était tourné vers la femme qu'il aimait. Cependant, il choisit d'abandonner. Sa femme, il l'avait vu morte et avait assisté à son enterrement. Il était peu probable qu'elle soit toujours en vie.
Il continuait donc à vivre à peu près normalement. Il siégeait sur son trône lorsqu'il recevait des invités, dégustait le vin qu'il aimait tant et achetait bijoux et joyeaux avec lesquels ils se paraîent, lui et son peuple. Il s'était efforcé d'oublier sa tristesse, et s'efforçait de travailler sans cesse pour son peuple, au point qu'il n'en dormait plus les nuits pour ne plus se laisser le temps de penser à sa vie amoureuse. Sa dernière discussion l'avait, à vrai dire, fortement chamboulé. Il craignait que ses erreurs avec son fils les aient éloignés plus qu'il ne l'avait cru. Il avait pourtant été prévenu et avait fait, pensait-il, de son mieux avec Legolas pour que leur relation s'améliore.
Un jour, un de ses gardes lui remit une lettre. C'était un elfe nomade qui le lui avait donné.
Voici ce que pouvait lire le roi :
Chère Thrandy,
Il y a cinq ans, je t'avais envoyé une lettre n'est-ce pas ? Je t'aime énormément et j'aimerais te demander un service. Je peux revenir au château si seulement tu n'attaque pas Dol Guldur. S'il te plaît, fait ce que je te demande. Je meurs d'envie de te retrouver. Cette lettre s'achève ici. N'en parle à personne, pas même à ceux de qui tu es le plus proche. Je ne peux pas t'écrire plus, le parchemin est trop petit. Sache que tu es ce qui m'est le plus précieux. Et embrasse Legolas de ma part.
Ta femme qui t'aime
Tawarwen
Le garde qui lui avait donné la lettre l'informa que L'elfe nomade était au château. Mais ce dernier l'avait aussi reçut d'une autre personne...
Et dans le coeur de Thranduil, un espoir deux fois plus puissant renaît, qui, cette fois, ne pourra se laisser oublier.
Le lendemain, le roi du Gondor, Aragorn, lui rendit visite. Il allait fêter ses dix ans de mariage et désirait inviter le roi d'Eryn Lasgalen.
- avec joie ! Répondit L'elfe, heureux de s'être fait inviter.
Il appréciait Aragorn, qui était un ami de son fils et de l'istari Gandalf. Et le couple d'Arwen et Aragorn était la copie même de Beren et Luthien. Car dame Arwen avait la beauté et la sagesse de Tinúviel, la fille d'Elu Thingol et Aragorn avait autant de vaillance que Beren Erchamion.
- cependant, dit Aragorn, en venant ici, j'ai croisé Legolas. C'était une heureuse rencontre car je ne l'avais pas revu depuis mon couronnement. Cependant, il m'a informé d'une nouvelle créature installée à Dol Guldur. Il pense que c'est un balrog vieux de l'époque où Morgoth régnait sur les créatures du mal. Et ce balrog est apparemment en train de multiplier ses troupes d'orcs. Et pas n'importe les quels. Des Ourouk Hai.
Thranduil sentit son sang se glacer. Après la chute de Sauron, il pensait avoir enfin la paix qu'il avait espéré. Il n'avait pas pris l'avertissement de son fils au sérieux il y a plusieurs années. Il s'était trompé. La destruction de Sauron avait conduit à l'anéantissement de toutes ses œuvres matérielles. Mais Morgoth était un Vala et malgré son exil dans le vide extérieur, son pouvoir était toujours présent dans les terres du milieu. Le dernier balrog de sa création était toujours en vie et avec lui plusieurs orcs qui se multipliaient à une vitesse vertigineuse.
Le roi craignait aussi qu'Eryn Lasgalen, les bois de vertes feuilles redevenait Mirkwood, la forêt de Grandpeur qu'elle était lorsque l'ombre vivait à Dol Guldur. Ainsi, son royaume connu de nombreux noms: verts-bois-le-grand, puis Mirkwood et d'autres noms terrifiants puis enfin Eryn Lasgalen.
- ces nouveaux ennemis sont ils assez nombreux pour inquiéter nos royaumes ? Demanda enfin le roi des Elfes.
- nous ne le savons malheureusement pas. Legolas a déjà envoyé des éclaireurs vers la forteresse mais aucun n'est revenu. Il en a plus envoyé depuis. Je pense qu'il faut que nous attaquions les premiers pour éviter les dégâts sur les royaumes. Et le plus vite possible. Nous ne pouvons attendre que les orcs deviennent encore plus nombreux.
Thranduil se figea. Il craignait que l'envoi de ces éclaireurs fasse penser à sa femme qu'il préparait une attaque.
- ne pouvons nous pas encore attendre un peu ? Demanda t'il, hésitant.
- mon roi, attendre serait trop risqué. Ou bien désirez vous ne pas prendre part à la bataille et attendre simplement que les autres royaumes suent sang et eau pendant que vous, et votre peuple, resteriez confortablement dans votre forêt ? Feriez vous ça ? Vous qui pourtant étiez prêts à dépenser la vie de vos guerriers pour de simples trésors...
Thranduil sentit son sang monter à sa tête.
- je ne pense pas qu'Aragorn, fils d'Arathorn, tout roi de Gondor qu'il est, n'aie le droit de soupçonner une traîtrise ou une lâcheté de Thranduil, fils d'Oropher, roi d'Eryn Lasgalen depuis plusieurs millénaires. Car, Aragorn, vous avez beau être descendant d'Elendil avec du sang elfique dans vos veines, vous n'avez sûrement pas l'expérience d'un Elfe de plus de six mille ans. Vous n'avez sûrement pas votre mot à dire dans mes actes et mes choix. Règnez sur vos Humains, je régnerai très bien sur mes Elfes sans votre aide.
Ainsi, le roi des Elfes chassa son précieux et puissant allié par un excès de colère né par la peur.
