Craignant que Legolas ne tente d'attaquer la forteresse de Dol Guldur sans ordre de sa part, Thranduil lui ordonna de ne laisser que quelques guerriers pour surveiller le balrog et ses sbires et de revenir au palais.

Même en tant que prince, Legolas devait obéir au roi, son géniteur.

C'est pour cela que malgré ses contestations, il dût finalement lever le camp.

C'était donc plein de rage qu'il traversa les lourdes portes du palais souterrain. L'immense lieu avait été fabriqué à l'image des milles cavernes de Doriath, d'où son père et son grand père étaient originaires.

Malgré la beauté du lieu, ses cascades et ses douces rivières, ses hautes colonnes aux chapiteaux minutieusement détaillés, aux ponts splendides surplombant les gouffres hurlant, les figures de plantes et d'animaux taillés dans la pâle pierre dans laquelle était creusé le palais, Legolas gardait un regard rouge de colère. Et ne prêtait aucune attention à ce qui l'entourait, mis à part le grand roi qui l'observait depuis son trône.

Le lieu était éclairé d'une multitude de torches rougeoyantes et des innombrables ouvertures dans les parois laissant entrer les clairs rayons du soleil.

Dans ce grand hall où siégeait le roi, les pas légers des Elfes et leurs voix se repercutaient entre les grands murs de la grotte, formant un incessant bourdonnement qui n'était pourtant, en aucun cas désagréable. On aurait pu penser que ce mélange de bruits et de sons discontinu, avec les éclats de voix, le hurlement des eaux furieuses, et les échos de tout plein autres bruits aurait pu former une cacophonie des plus insupportables. Mais une sorte de magie rendait cette multitude de sons plus silencieuse, douce et placide qu'elle n'aurait du l'être vraiment.

Legolas marchait d'un pas déterminé vers le haut trône où siégeait, fièrement son père. Ce dernier se trouvait au parfait centre du hall, relié seulement par un arche de pierre et de bois minutieusement sculpté. Le trône était tourné vers les immenses portes, légèrement élevées par rapport à l'entrée. De manière à ce que lorsqu'une personne entrait pour lui rendre visite, elle devait d'abord monter une pente ni trop raide, ni trop douce, qui la forçait à se pencher légèrement en avant pour moins se fatiguer, sans pour autant pouvoir la décourager. Elle devait ensuite traverser le pont, large de deux chevaux disposés en leur longueur. Il n'y avait aucune barrière qui aurais pu empêcher l'invité de tomber, mais personne ne s'aventurait trop près du gouffre et le passage était assez large pour que deux personne se croisent ou marchent côte à côte.

- ton retour ne semble pas t'enchanter, Legolas. Cela faisait pourtant cinq ans que tu ne t'étais pas montré ici, dit Thranduil.

Son ton n'exprimait aucune émotion.

Le prince leva un regard haineux vers le roi.

- pourquoi m'as tu ordonné de revenir ? Ma mission avait pour but de protéger ce royaume. Ne veux tu donc pas assurer la protection de ton peuple ? C'est un balrog, un maïa déchu, qui vit à Dol Guldur ! Ce n'est pas un ennemi ordinaire. Te souviens tu du temps où Sauron y avait élu domicile ? Te souviens tu du temps où ton royaume se nommait encore Mirkwood et que la forêt suscitait l'effroi de tout le peuple ?

Legolas tourna le dos à son père pour regarder le magnifique palais dans lequel il se trouvait.

- en me ramenant ici, avec la majorité des guerriers qui étaient avec moi, nous risquons de nous confronter à une guerre tout près de ce palais, si ce n'est pas ici même ! tonna le prince. Je pensais pourtant qu'après la chute de Doriath et le massacre de Dior et de ses sujets, tu serais devenu plus prudent.

Et sa puissante voix se répercuta dans la grotte, et son écho portait sa terrible colère et faisait trembler tous ceux qui l'entendaient. Les discutions des elfes présents s'arrêterent soudainement, laissant place à un silence que seuls les voix du prince et du roi ainsi que l'écoulement de l'eau comblaient.

Le roi ne savait que répondre sans révéler à son fils la deuxième lettre qu'il avait reçu. Il ne put donc faire autre chose que de garder le silence, ce qui nourrit encore plus la rage du prince.

- père, tu fuis toujours les combats si ty n'y gagnes en retour aucun trésor. Tu laisses à chaques fois les autres royaumes se battre, les autres guerriers mourir, tandis que tu restes dans ton confortable palais à attendre et regarder. J'en ai plus qu'assez de devoir quitter seul cet endroit, pour me joindre en tant qu'unique représentant de ce royaume aux guerres ! Tes soldats ne sont-ils pas valeureux, nos armes ne sont elles pas assez aiguisées ? Moi, je peux te répondre. Les soldats sont forts et les épées traversent tous les boucliers sans s'emousser. Mais toi, mon père, n'as simplement pas le courage de risquer ta vie. Et, tout au long de celle-ci, tu resteras ici à moisir, dans ton humide grotte, tandis que les autres royaumes grandiront et se développeront, et ce, grâce à leurs souverains !

La voix de Legolas semblait gronder et rugir comme celle du lion. Il était grand et aurait inspiré la peur à n'importe quelle personne qui se serait trouvée devant lui à ce moment. Mais Thranduil ne scilla pas. Et ne trembla pas même un peu. Car il était encore plus imposant que ne l'était son fils. Seules quelques générations le séparait des grands Elfes des temps anciens. Et malgré ce que pensait de lui son fils, il avait connu de grandes guerres qui l'avaient élevé et bâti depuis son enfance.

Il se leva de son haut trône et baissa son regard vers cet elfe qui se présentait à lui comme un opposant.

- Legolas, il y a, figure toi, une raison à tous mes actes. J'ai des expériences que beaucoup de rois n'ont pas, et que toi non plus tu n'as pas encore. Je pense deviner que ces souverains que tu cites sont des rois d'humains aux côtés desquels tu as combattu vaillament. Mais ce sont des hommes mortels et non des Elfes immortels. Nous avons la chance de vivre très longtemps, et avons un destin différent d'eux. Nous avons la sagesse que leur courte vie ne leur procure pas. C'est pour cela que tu es revenu, Legolas. Car tandis que tu vis, eux, meurent. Les nains, les humains, ainsi que les animaux.

Legolas soupira.

- rien de cela n'explique ton refus de te battre.

- Tu ne comprends donc pas ? Pourquoi gâcher cette vie que nous pouvons garder éternellement ? Pourquoi envoyer ce peuple immortel au trépas comme s'il avait dès le début été destiné à la mort ? Eru nous à offert l'immortalité. N'est-il pas en notre droit que d'en profiter ? Legolas, écoute moi. J'ai combattu. J'ai vu mon père agonise devant mes yeux. Tu ne peux pas comprendre ce que cela fait de voir des milliers de cadavres d'elfes immortels sous ses yeux ! Tous ces êtres éternels qui rendent leur âme à cause d'une guerre ! Eux qui pourraient vivre encore plusieurs milliers d'années, meurent aussi rapidement qu'un mortel. Toi qui n'a jamais vécu les atrocités de la dernière alliance, tu ne peux sans doute pas comprendre. Mais je suis ton père et le roi de ce royaume. Être le prince ne t'autorise pas à me parler ainsi. C'est mon dernier avertissement.

Et le roi se rassit, serrant dans sa main son sceptre de chêne.

Et Legolas parti, sa colère pas moins refroidie.