Dol Guldur s'ebranla et vomit de ses portes plusieurs milliers de soldats.

Idlaer était sur une piste. Elle était terriblement fraîche. Et terriblement terrifiante. Il était un chasseur, qui, au temps de la guerre, traquait volontiers les terribles araignées qui infestaient les bois. Son nom était assez respecté chez les autres chasseurs de son rang et il lui avait été souvent permit de partir à la chasse en compagnie du roi.

Au détour d'un regroupement d'arbre, Idlaer avait débouché sur ce qu'il avait d'abord pensé être la coulée d'un ongulé mais qui était en fait un chemin tracé par le passage de nombreux orcs. L'elfe observa les traces. Les orcs devaient être vraiment nombreux et étaient passés à cet endroit que peu de temps avant son arrivée. La peur s'empara de lui. De très nombreux orcs se trouvaient dans les parages, à moins d'une centaine de mètres de sa position. Et cependant, malgré la terreur qui le tetanisait, il suivit les traces, tout en restant dans l'epais feuillage des buissons et des arbustes. Il ne fallait pas qu'il se fasse trouver par ses ennemis. Le moindre faux mouvement, le plus petit éternuement pouvait le mener à sa perte. Il ne voulait pas nonplus partir rejoindre le campement le plus proche afin de prévenir les autres Elfes. Il se sentait capable, à présent qu'il était si près de ces horribles créatures, de rester un peu à leur proximité et essayer de comprendre les plans qu'ils tramaient. Il craignait d'être trop loin d'eux, une fois regagné un des campements Elfes.

Idlaer marchait à présent d'un pas vif et silencieux et semblait se rapprocher de plus en plus des orcs. Bientôt, il entendit leurs grognements et leurs lourds pas martelant le sol. Il voulait s'en rapprocher encore. Il ne lui manquait plus qu'une vingtaine de mètres avant d'être en vue de ces créatures. C'est alors qu'il entendit un cris déchirant qui perçait à travers le grotesques parler des orcs. Un éclair striant les obscurs cieux. Mais le cri s'eteignit aussitôt. Idlaer avait cessé de respirer et s'était tapis dans les feuillages. Son habit tout de vert et de brun le camouflait facilement dans la dense végétation de cette région abandonnée. Lorsqu'il décida de continuer sa poursuite, sa peur avait doublé. Le cri de douleur qu'il avait entendu ne pouvait qu'appartenir à un elfe.

Sans réfléchir, il continua son ascension, avec, cette fois, beaucoup moins d'ardeur et de courage. Ses pas étaient plus prudents mais il continuait à se rapprocher des créatures ennemies. Mais tandis qu'il se rapprochait, il leva la tête, sentant une goutte d'un liquide encore tiède lui tomber sur le visage. Son sang se glaça devant la macabre scène. Il se laissa tomber au sol avant de ramper loin de l'affreux spectacle qu'il avait vu. Au dessus de lui, pendu à une branche, était le cadavre ensanglanté d'un elfe. Et malgré le visage défiguré et tâché de sang, Idlaer reconnu le visage de son frère. Il sut aussitôt que le cri qu'il avait entendu lui avait appartenu. La peur ainsi que la colère et la tristesse lui firent oublier sa traque. Il courrut dans la forêt, loin de la violence dont il fut témoin, loin du sang de son frère qui noyant de rouge, le vert de la forêt.

Lorsque le roi Thranduil eut connaissance de la situation, il ressentit un mélange de colère et d'inquiétude. Avait il le droit de défendre son pays malgré l'interdiction faite par sa femme ? Il se sentait à la fois coupable des malheurs que subissaient son peuple, et à la fois victime de lui-même.

Il décida de suivre discrètement l'ascension des orcs dans son royaume. Mais leur route ne semblant pas mener à son palais et plutôt à l'ouest de la forêt, il décida de fermer les yeux sur leur passage, ce qui accentua la colère du prince.

Un mur froid s'était dressé entre les deux hommes, un mur qui ne disparaîtrait pas rapidement.

Un jour après que les orcs eurent traversé le royaume d'Eryn Lasgalen, Legolas se présenta une nouvelle fois devant le haut trône du roi.

- mon roi, je viens vous annoncer que je pars. Peut m'importe votre réponse, je vous désobéirait. Les orcs ont certes quitté le royaume mais pas les terres du milieu. Ils pénètrent sur les territoires voisins pour y semer la terreur et le sang. Il m'est insupportable de rester ici à profiter d'une vie facile et luxueuse tandis que d'autres meurent et souffrent. Vous pouvez me menacer d'exil que j'irai tout de même.

Thranduil sentit un vide dans son coeur. Il lui était impossible de refuser à son fils de quitter le palais. Il ne savait que répondre face à cette détermination. La haine que lui avait montré Legolas quelques jours auparavant semblait avoir complètement disparue. L'énergie qui émanait de son fils était terrible, pire encore que la rage. Comme des braises sous la cendre après un violent feu de forêt.

- pensez-vous satisfaire le peuple en tranchant les liens que vous aviez avec les autres royaume ? Vous venez tout juste de tourner le dos au Gondor. Allez vous faire de même avec le Rohan, la Lothlorien et tous les autres ? Et quand, après avoir dévasté ces royaumes, les orcs arriveront ici, personne ne nous viendra en aide. En êtes vous concient ?

Et il s'en alla sur ces mots qui, dans le cœur de Thranduil eurent une répercution terrible. Ces paroles avaient révélé au roi la fatale erreur qu'il avait commise.

Lorsqu'il voulut répondre à son fils, plein de culpabilité et de honte, il était déjà trop tard. Legolas était déjà trop loin.

A cause de son égoïsme, il menaçait son propre royaume. La survie de son peuple dépendait pourtant de lui. Et aveuglé par son amour, par ce que lui seul désirait, des milliers de vies risquaient de disparaître.

Il se demandait si la voie qu'il avait choisit était bonne. Cette personne qui lui envoyait les lettres était elle réellement sa femme ? N'était elle pas plutôt une puissance maléfique, un des ennemis vivant à dol Guldur ? Son amour l'avait rendu fou et l'avait aveuglé. Quelle idiot il avait été ! L'auteur du message ne pouvait être autre qu'une personne aux intentions mauvaises pour l'avoir incité à ne pas attaquer Dol Guldur qui regorgeait pourtant d'orcs.

Et à présent, le roi culpabilisait sa bêtise. Il s'était laissé manipuler bêtement comme une vulgaire marionnette. Legolas l'avait pourtant prévenu mais il était resté sourd à ses avertissements et l'avait laissé promener.

Il comprenait la rage et la haine que son fils lui vouait et il se demanda comment réparer ses erreurs. Il envoya des espions suivre les actes des orcs. Il mit des patrouilles tout autour de son royaume et envoya des soldats explorer Dol Guldur. Il les suivit même, une fois, et trouva quelques orcs restés sur place. Le restant de leurs forces était parti au Sud, laissant le lieu comme désert, ne restant plus que quelques Ourouk-Hai blessés, faibles et désespérés.

Thranduil les massacra, ses forces décuplées par sa haine envers eux et sa honte. Son épée tournoyait dans les airs et sa lame tranchait les cous, les bras, nourrit par le sang ennemi. Ce jour, le cri des orcs raviva l'espoir chez les Elfes éclaireurs. Mais n'atteignit pas Legolas, déjà loin vers le Sud.

Thranduil ne perdit qu'un soldat. Il avait chuté d'une haute tour de la forteresse. Mais pour le roi, c'était un soldat de trop. Le visage figé de l'elfe lui rappelait la bataille de la dernière alliance. A la place du visage de cet elfe dont il ne connaissait pas même le nom, il voyait la face de son père.

Mais malgré la souffrance qu'il ressentait, il pensait que se battre était le seul moyen de retrouver son fils et de se racheter dans son coeur.

Un mois après son combat à Dol Guldur, quelques soldats revinrent faire le rapport de ce que leurs ennemis faisaient:

Le orcs avaient installé leurs campements devant la frontière du Rohan et harcelaient les villages du royaume. Une bataille avait commencé. Thranduil décida d'y emmener une grande partie de son armée, les orcs de Dol Guldur n'étant plus un problème.