Rohan
Guenen revenait de l'écurie de son père. Il était heureux, son fils allait avoir son premier cheval. C'était encore un poulain, fougueux et joueur, mais Guenen devinait que sous ses airs indisciplinés, il deviendrait l'un des plus beaux animaux du pays. Il allait devenir un superbe destrier, que tout le royaume envierait. Une bête que son fils garderait jalousement.
Guenen avait hâte de voir la face émerveillé de Lehn, son unique enfant. Il se demandait quel nom allait être donné au poulain, un nom prometteur pour son avenir.
Dans le ciel, des nuages noirs s'amoncellaient. Guenen décida donc de trouver un abris avant que la pluie ne tombe sur le poulain et que ce dernier ne tombe malade. Il trouva donc un petit village où il mit ses chevaux à l'abri et entra dans une taverne non loin de là afin d'attendre que l'averse se calme.
L'auberge n'était éclairée que faiblement grâce à un feu qui brûlait dans une cheminée. Dehors, le soleil ne perçait plus les nuages moutonneux de ses fins rayons et on aurait pu croire que la nuit était tombée.
Guenen trouva une table libre et s'y installa avant de commander une bière.
La pièce était composée de sept tables en bois de chêne. Des chaises plus ou moins en bon état étaient dispersées par-ci par-là, autour des tables. Les murs jaunâtre étaient fait de pierre et de terre, et une crasse les recouvrait. La cheminée, d'où l'une des seules lumière émanait, était couverte de poussière, si bien que l'on pouvait y écrire avec son doigt, comme avec un style.
Il n'y avait dans la bâtisse, que peu de personnes. Une vieille femme aux cheveux grisonnants mangeait un potage à côté de l'âtre. Ses mains sillonnées par des veines apparantes tremblaient en tenant les couverts, qui tintaient contre l'assiette.
A côté étaient deux hommes qui jouait gaiement aux cartes en buvant de la bière. Vu leur état, la coupe qu'ils tenaient chacun dans leur main ne devait sans aucun doutes être la première.
Et plus loin, dans l'ombre, était une personne encapuchonnée, toute vêtue de noir. Son manteau ruisselant semblait montrer qu'elle était arrivée peu de temps avant le nouveau venu. Tout de suite, ce dernier sentit de la méfiance envers ce mystérieux personnage. Il avait quelque chose qui n'était pas humain, ce qui pour Guenen, ne pouvait rien être de bon.
Le nouveau venu n'était pas rassuré de la présence de la mystérieuse personne. Cette dernière gardait sa main droite sur le pommeau de son épée posée à ses côtés, comme prête à attaquer un ennemi.
Si bien que lorsque sa bière lui fut servie, il demanda au serveur à voix basse l'identité de la personne.
- je ne peux malheureusement pas vous apporter de réponses certaine, seigneur. La personne est arrivée peu de temps avant vous et n'a rien commandé... Sûrement qu'elle n'est venue que pour s'abriter de la pluie...
Peu satisfait de cette réponse, Guenen but son verre en priant pour que la pluie cesse. Il désirait quitter l'endroit rapidement.
Mais le ciel versait toujours ses innombrables gouttes, et au grand désarroi de Guenen, un éclair stria le ciel noir, et la pluie s'accentua.
Et, au même temps que la porte s'ouvrait brusquement, le tonnerre gronda.
Des orcs s'introduirent brusquement dans l'auberge. La vieille femme laissa tomber ses couverts, les yeux exorbités.
Les deux joueurs ne semblaient pas réaliser la situation, les cartes toujours en main mais le visage stupéfait dirigé vers la porte.
Guenen nonplus ne savait comment réagir. Il n'était pas même armé.
L'aubergiste s'était caché sous le contoir de son bar et ne semblait pas pouvoir être d'une grande aide à la situation.
Seul le mystérieux personnage s'était levé, une épée luisante à la main. Il s'avança vivement devant les orcs et tout de suite, la lame rencontra la chaire et le sang.
Un premier orc tomba.
Les autres créatures du mal semblaient désemparées. Elles avaient sûrement comptées sur l'effet de surprise et n'avaient sans doutes pas prévues une défense de la part des humains.
Un deuxième orc tomba.
Un troisième s'écroula aussi.
Enfin, les orcs comprirent ce qui se passait et attaquerent cette personne qui osait, seule, leur faire face.
Le combat était acharné mais la personne encapuchonnée était habile avec son épée et surtout très agile, comme une personne habituée aux combats dans les lieux peu vaste et aux nombreux obstacles. L'étroite entrée limitait le nombre d'orc qui pouvaient attaquer en même temps, ce qui faisait que le guerrier avait moins de failles à cacher.
Guenen s'était levé et avait saisit un couteau de cuisine abandonné par l'aubergiste sur le comptoir.
Il se joigna au personnage, malgré l'inquiétude et la suspicion qu'il dégageait.
Voyant une aide arriver, la personne en noir se recula et souffla dans un grand et puissant cor. Le son qui en sorti était profond et se repercutait dans le coeur des personnes présentes.
Quand il n'eut plus de souffle et que le son s'eteignit, la note grave d'un deuxième cor retenti dans l'air parmi celui du métal qui s'entrechoquait, des cris et du tonnerre.
Alors le personnage rangea son cor et se remit à se battre avec plus d'acharnement. Guenen, dont le bras n'avait pas combattu depuis assez longtemps, était épuisé et blessé mais tenait bon, animé par la peur et le désespoir.
Soudain, des flèches se planterent dans la chair des orcs mugissants. Pris de panique, les armées noires s'enfuirent, terrifiées à l'idée d'un adversaire plus puissant.
Le cor retentit une fois de plus dans la nuit, ainsi que cette fois, le martellement de sabots sur le sol. Le personnage mystérieux quitta d'un pas rapide l'auberge et, avant qu'il ne disparaisse complètement dans la nuit, Guenen l'interpella :
- hé ! Qui êtes vous ? Montrez moi votre visage !
La silhouette s'arrêta et revint sur ses pas.
- je pensais vous avoir prouvé que je n'était pas un ennemi. Mais si un humain n'est pas capable de comprendre par les actes la pureté du cœur d'une personne, alors je peux vous révéler mon identité.
Guenen semblait suspicieux face aux paroles de la personne. Elle n'était donc pas humaine ? Mais alors qu'était elle ? Il se rendit compte que c'était un être plus grand que lui, dont la taille rappelait celle des personnes des temps anciens.
La personne enleva son capuchon et ses froids yeux gris se planterent dans ceux de l'homme. Ses oreilles pointues apparaissaient parmis sa longue chevelure blonde.
- je suis Legolas Feuilleverte, fils de Thranduil, prince d'Eryn Lasgalen. Si vous avez quelque chose contre notre race, je vous conseille de modifier vos idées car je puis vous annoncer, que le temps d'une derniere alliance est arrivé.
- pourquoi n'êtes vous pas dans votre royaume ?
- n'est-il pas en mon droit de venir en Rohan ?
- vous êtes princes d'Eryn Lasgalen, je pensais que vous aviez des devoirs en votre royaume... Votre père vous a-t-il congédié ? Où vous a-t-il envoyé ici pour nous espionner ? Vous aviez l'air bizarre tout à l'heure. Les Elfes de Mirkwood seraient ils partisans du mal, comme vous l'avez été avec Sauron ?
Legolas sentit la colère grandir en lui. Comment ce vulgaire paysan osait il le provoquer ainsi ? Ne craignait il pas la puissance d'Eryn Lasgalen ? Et quelles étaient encore les bêtises qu'il s'était mis en tête ? Il préférait ne pas perdre de temps avec lui.
- je suis venu ici contre le gré du roi, afin de traquer les orcs venus sur ces terres. Je suivais leur piste plutôt fraîche lorsque la pluie me surpris. Je me suis simplement réfugié dans l'auberge, tout comme vous d'ailleurs. Et ne prononcez plus le mot Mirkwood devant moi. Eryn Lasgalen est du côté des Valar et non de Morgoth. L'inactivité de mon père ne signifie pas que nous ne sommes pas de votre côté. Nous avons combattu les orcs vaillamment autour de notre royaume. Sur ce, je dois poursuivre les orcs, que vous le vouliez ou non.
Guenen n'aimait pas spécialement les Elfes. Et il ne le cachait pas, même face à l'un de leurs princes.
- durant la guerre de l'anneau, je n'était qu'un enfant âgé d'à peine six ans. Mon village était attaqué par une armée d'orcs. Ils ont tué ma mère, enlevé mes frères et mes sœurs. Le village se trouvait sur la rive Est de l'Anduin. Entre la Lorien et Mirkwood. Je voyais la forêt de là où j'étais. J'ai appelé à l'aide. Ma mère se faisait tuer devant moi. Je n'avais que six ans. Un orc l'a tué, à la lisière de vos bois de malheur. J'ai ensuite fuis dans la forêt pour que les orcs ne me tuent pas. Jamais aucun n'elfe n'est venu à notre aide. Aucun. Que faisaient ils ?
- les Elfes d'Eryn Lasgalen ne pouvaient pas être partout à la fois. Maintenant je dois aller poursuivre les orcs. Occupez vous comme vous voulez. Passez une agréable soirée.
Telle était la réponse de Legolas. Il monta sur son cheval et s'en alla rejoindre ses troupes qui poursuivaient les orcs en fuite. Dans la nuit, son sombre manteau le faisait disparaître, pareille à une ombre se mouvant dans le noir.
