Lorsque Thranduil se leva, il comprit que quelque chose n'allait pas. Cofluin, un des Elfes qui était sensé patrouiller avec Legolas était là. Ils avaient pourtant prévu de partir pour plusieurs jours. Le sang du roi se glaça. Leur était il arrivé une mésaventure ? À voir la tête du soldat, il semblait évident qu'un malheur était tombé.
- que fais-tu là ? N'étais tu pas avec les autres ?
Confluin semblait tétanisé. Ses yeux écarquillés observaient le vide.
- je... Je ne sais pas... Les orcs, ils étaient partout! Partout ! Peut-être cent !
Il devait délirer, se dit Thranduil. Ils n'avaient pas eu le temps de trop s'éloigner du camp. Les orcs n'auraient pas apparu en si grand nombre seulement pour s'en prendre à un petit groupe de guerriers.
- où ? Comment cela est-il arrivé ?
- nous étions dans les plaines, non loin de là. Et... Non, je ne sais plus ! C'était si soudain ! Je ne sais même pas si les autres sont morts, où s'ils ont été capturés. Legolas m'a dit de partir. Et je ne sais quelle chance me fut accordée à ce moment mais je suis revenu. Je peux seulement t'assurer qu'aucun ne m'a suivit. Peut-être qu'ils ne m'ont pas vu.
Cela paraissait improbable. Cent orcs et aucun ne l'avait vu ? L'avaient ils laissé fuir ? Si oui, pourquoi ? L'emplacement de leur camp ne leur était pas inconnu. Alors pourquoi ? Était-ce une sorte d'avertissement ? Thranduil repensa à la lettre. Pensée qu'il chassa aussitôt de son esprit. Ce n'était pas le moment de songer à ce genre de chose. L'heure était grave. Son fils avait disparu, tout comme plusieurs soldats. Il ne pouvait ne pas agir.
Il revêti rapidement son armure et rassembla quelques guerriers.
Le soleil commençait tout juste à pointer ses premiers rayons. Le roi décida de mener lui-même les opérations. Avec un peu de chances, il parviendrait à être de retour dans la journée. Il chargea une de ses guerrières les plus fidèles de mener les troupes durant son absence. La nouvelle ne devait pas trop s'ebruiter, pour ne pas que les autres soldats craignassent de continuer les rondes.
Heureusement pour Thranduil, les Rohirrims leur avaient prêté quelques destriers et coursier, jugeant plus commode de communiquer avec des cavaliers que des personnes à pied.
Ils allaient donc pouvoir parcourir beaucoup plus rapidement la distance qu'avaient parcouru quelques heures auparavant Legolas et les autres soldats qui l'accompagnaient. Durant toute la chevauchée, Thranduil sentait son sang s'accélérer et l'inquiétude lui créait de froides sueurs dans le dos. Il songeait au jour où il avait perdu sa femme. Ce jour où le soleil brillait de toute sa splendeur. Une journée semblable à celle-ci. Il repensait à sa dispute avec Legolas, le jour où son fils avait décidé de rompre les liens avec lui. Un froid était resté entre les deux hommes, même si Thranduil culpabilisait chaques fois qu'il voyait son heritier. Il ne supportait pas de le perdre alors qu'il ne s'étaient pas encore réconciliés. Alors que le mur entre eux ne s'était pas encore effondré.
Quelle malédiction s'était donc abbatue sur sa famille ? D'abord sa mère, puis son père, sa femme ensuite, et à présent son fils. Et lui, observait tout cela, totalement impuissant au fatal destin qui frappait tous ses proches. Il avait l'impression de vivre l'expérience de Hurin le maudit, ancien roi des hommes et père du légendaire Tùrin Turambar. Quelle créature maléfique avait pu s'être mis en tête l'idée de jeter une pareille malédiction sur lui et sa famille ? Ou alors, c'était le terrible destin qui avait pioché par hasard les noms de ses proches pour les emporter chez Mandos.
Ah ! Quelle haine ce jour là était née dans le cœur de Thranduil envers Illuvatar le créateur, pour avoir créé la vie, si c'était pour la reprendre ensuite ! Ne dit on pas que donner est donner et que reprendre est voler ? Et tous ces Valar, enfants du grand père du monde qui observaient en faisant semblant d'agir, observant de leurs trônes tous ces petits être qui se débattaient en s'entre-tuant pour eux ! C'était une terrible colère que le roi des elfes ressentait à ce moment là. Que ces Valar lui rendent son fils ! Qu'ils lui ramènent sa femme et tous les êtres chers ayant appartenu à une personnes et qui ont disparu ! Qu'ils éradiquent ce qu'ils appellent le mal, sans connaître leurs véritables motivations ! Et qu'enfin, toutes les créatures vivent éternellement sans connaître le malheur et la misère ! Puisque Illuvatar à créé Arda, qu'il fasse les choses bien, ou qu'au moins, qu'il agisse pour améliorer leurs conditions.
Après toutes ces années de malheur, Thranduil décida de vivre. Car un jour, les enfants remplaceront leurs parents pour réparer leurs erreurs. Et à ce jour là, Thranduil voulait y assister.
Au bout d'une heure, les Elfes arrivèrent au lieu du combat, menés par Cofluin. L'herbe était aplatie, écrasée par les guerriers qui s'étaient battus ici. Les empreintes très nombreuses faisaient peu à peu disparaître l'espoir de Thranduil de voir ne serait-ce que son fils revenir. Parfois, il voyait des traces de sang sèches au sol, ou sur un caillou. Parfois, c'était du sang appartenant à un orc, et parfois, c'était à un elfe qu'il avait appartenu. Ils chevaucherent longtemps dans les environs, à la recherche du moindre cadavre elfique. Mais ils n'aperçurent que celui de deux orcs. Aucune trace des Elfes. La matinée se termina. Et de la même manière que la matinée, l'après midi passa.
