- Taurloss est morte ! Votre chef n'est plus !
Un Uruk-Hai brandissait fièrement la tête de Taurloss. Eregfain sentit son sang se glacer. Un frisson la parcourut de la tête aux pieds. Dans les rangs Elfes, le combat s'était comme arrêté, le temps suspendu l'espace de quelques instants.
Cela leur semblait impossible. Taurloss était la plus grande guerrière du royaume. Une confusion s'éleva dans les rangs. À qui devaient ils obéir ? Que devaient ils faire ? Si elle était morte, allaient ils survivre ? Y avait il moyen de gagner ? Ils tuaient les orcs mais le nombre d'ennemis ne semblait pas s'amoindrir.
Eregfain sentit ses yeux s'embuer. Sa sœur. Taurloss était sa sœur adorée. Celle qu'elle avait toujours admiré. Et voilà qu'elle n'était plus. Son cœur saignait intérieurement. Mais elle devait se battre. Jusqu'à la mort, comme l'avait fait Taurloss.
Autour d'elle, le combat avait repris de plus belle. Les visages des Elfes exprimaient les désarroi, la peur, l'hésitation.
Eregfain banda son arc, visant la tête de l'orc qui avait parlé. Puis sa flèche parti, imitée d'une dizaine d'autres. L'orc tomba. Il s'agissait d'un orc subalterne, dont le rôle était de donner la confusion chez les Elfes, et non de vivre. Sa vie n'était pas une perte importante. Et pourtant, dans le cœur de l'archère, le tuer lui avait fait grand bien. Elle avait eu l'impression, bien que ce fut faux, de tuer l'assassin de sa sœur, d'avoir vengé Taurloss. Sa peur disparu, remplacée par une fureur qui faisait décupler ses forces. La colère lui faisait oublier ses bras fatigués de tirer, l'image de la tête de sa sœur aînée, le terrible et fatal destin qui allait d'une manière ou d'une autre, s'abattre sur eux. Éscortée des deux combattants à l'épée, elle abattait un à un les ennemis qu'elle voyait, sa volonté décuplée par la fureur. Mais elle voyait qu'autour d'elle, les Elfes étaient perdus. Sans personne à qui obéir, les guerriers étaient hagards. Il fallait que quelqu'un se manifeste. Il fallait que quelqu'un remplace Taurloss sur le champ de bataille. Mais personne ne semblait se montrer.
Eregfain hésitait encore. Elle était la sœur de Taurloss, et donc la mieux placée pour la remplacer. Mais allait elle être à la hauteur ? Ce fut le cadavre d'un elfe qui lui tomba dessus qui la décida.
D'une traite, elle abattit un orc qui chevauchait un warg. La monture, sentant son cavalier tomber, ralenti sa course pour reprendre son souffle. À ce moment, l'elfe saisit une touffe de son épais manteau de fourrure et se hissa sur son dos avec l'agilité d'un chat. La première réaction du warg, en sentant l'odeur d'une proie monter sur son dos, était de la désarçonner et de la manger. Mais il avait beau se ruer, se cabrer, ou se tordre, l'elfe tenait bon. Elle attrapa les reines et tentait de calmer la bête. Ce n'était pas la bataille, ni l'odeur du sang qui l'excitaient. Car le warg n'était pas un simple loup, quoique de la taille d'un cheval. C'était un grand loup occupé par l'esprit d'un démon. Et c'était le fait que ce soit un elfe sur son dos qui dérangeait la créature. Cependant, soudainement, la monture cessa toute défense, comme si elle venait de réaliser qu'elle faisait une erreur. Eregfain ne se posa pas plus de question. Elle fit seulement attention à ne pas approcher l'animal des siens et grimpa jusqu'en haut de la colline où se trouvait alors leur campement. Elle remarqua sur le chemin que l'herbe était anormalement haute, comme si elle avait gagné une longueur de jambe en quelques heures. L'herbe lui arrivait à la cuisse tandis qu'elle chevauchait le warg. Une fois avoir grimpé la corniche, elle éleva la voix qu'une sorte de magie amplifia :
- Taurloss n'est pas morte ! Car je suis là ! Moi, bras droit de notre roi, chef de ses armées, je suis toujours vivante. Si vous ne me croyez pas, entendez vous cette voix qui est mienne ? Voyez vous ma personne ? Votre chef est là !
Les elfes les plus proches, ou ceux ayant la meilleure vue, auraient sûrement remarqué un léger changement, une petite différence chez elle si la bataille et leur joie n'était pas là. Les deux sœurs se ressemblaient beaucoup, et la remarque leur avait souvent été faite.
Eregfain lança son destrier en direction des orcs avant de le tuer. Car malgré le fait qu'il l'ait accepté sur son dos, il avait été dressé pour d'attaquer à tout ce qui n'était pas orc et Eregfain ne voulait pas prendre de risque.
Les flèches de la nouvelle capitaine sifflaient dans les airs et claquait la corde de son arc. Un à un les orcs tombaient. Autour d'elle, les Elfes se battaient vaillament, l'espoir ayant repris place dans leurs esprits.
Mais malgré tout, les ennemis restaient en sur-nombre et les Elfes avaient un bien moindre probabilité de gagner sans aucune aide. Et Eregfain souhait plus que tout l'arrivée de secours.
Soudain, elle tomba nez à nez avec un énorme warg brun, monté par un Ourouk Hai à la carrure impressionnante. Son visage fin était surmonté d'un casque d'airain orné de deux cornes d'or. L'un de ses yeux était masqué d'un bandeau d'un noir d'ébène, et l'autre luisait d'un bleu de glace. Son torse, nu, laissait voir d'impressionnantes cicatrices sur une montagne de muscles. Elle le reconnu. Djad l'assoiffé. Un des seuls orcs ayant réussi à fuir après la chute de Sauron. Un sourire se dessina sur ses fines lèvres.
- et moi qui espérait pouvoir me mesurer au bras droit des Elfes d'Eryn Lasgalen, je suis déçu. Mais qu' importe. Cela fera toujours une elfe de moins.
- et moi qui pensait trouver dans ce tas d'orc un chef à tuer, je ne vois qu'un troupeau d'officiers meuglant, qui n'obeissent qu'à leur propre instinct.
Son ton était sec et froid mais l'orc ne sourit qu'un peu plus. Il brandit son épais marteau à l'allure grossière et fit bondir sa monture.
Eregfain eut tout juste le temps d'encocher une flèche qui parti au loin, en eraflant juste l'épais pelage du warg. Le rire de l'Uruk Hai résonna dans ses oreilles, pareil à un croassement de corbeau. Elle parvint cependant à éviter l'énorme loup, et encocha une deuxième flèche. Celle-ci, elle en était certaine, allait atteindre l'orc. Orc, qui, cependant, la contra à l'aide de son marteau. Elle siffla entre ses dents. Elle ne pouvait pas le battre avec son arc. En tout cas, pas tant qu'il sera sur le warg. Elle mir l'arc en bandoulière sur son dos et dégaina sa dague.
- j'espère que tu te bas mieux au corps à corps que tu ne tires. Je ne suis pas très impressionné.
Eregfain vit rouge, mais tenta de se calmer. Il ne parlait que pour la déconcentrer. Elle allait se lancer vers l'ennemi lorsqu'elle entendit une voix derrière elle.
- Aides moi ! Taurloss !
C'était un elfe, gisant dans la boue et le sang. L'une de ses jambes avait été sectionnée au niveau de genoux et l'autre était tordue dans un angle anormal. Son armure avait été frappée tellement fort qu'elle en était déformée. Son épaule était ensanglantée, tout comme son visage. Elle le reconnu cependant. L'amant de sa sœur. Elle hésitait à lui dire qui elle était. Mais aurait il, sinon, la force de se battre pour vivre ? Devant elle Djad approchait rapidement.
Eregfain ignora l'elfe agonisant pour se concentrer sur l'ennemi. Mais les cris du blessé retentissaient dans sa tête.
- Taurloss, aides moi à me lever, je peux t'aider à te battre. Ne me laisse pas !
Djad était à présent sur elle. Elle ne pouvait plus l'aider. Elle enfonça sa dague dans la gorge de la monture qui s'écroula, emportant avec elle son cavalier. Mais se dernier se releva aussitôt, l'air plus féroce que jamais.
Soudain, le son de cors retenti dans la plaine, suivit d'un léger tremblement du sol. Les Rohirrims arrivaient. Enfin, l'aide tant attendue leur parvenait.
Les Elfes se mirent à se battre avec énergie. Chacun voulait vivre jusqu'à la fin de la bataille.
Eregfain aussi sentit l'espoir renaître en elle.
Le marteau s'abbati sur son épaule. Elle lacha son arme et tomba à genoux, hurlant de douleur. Pour elle, la fin était proche. Elle allait s'en aller rejoindre sa sœur.
- Non ! Taurloss !
Le blessé parvint à se saisir d'une arme au sol qu'il lança sur l'ennemi. Le couteau transperça le genou de l'orc qui tomba à genoux à son tour. Et dans un ultime effort, l'elfe ramassa sa dague et malgré la douleur qui la tiraillait, la planta se tout ses forces dans le torse de l'orc, à l'emplacement du cœur.
Les cavaliers arrivèrent à ce moment, leurs lances et leurs épées tranchant les orcs sur leur passage. Et les chevaux piétinant les cadavres sans vergogne. Eregfain se releva difficilement, soutenant d'une main son épaule déboitée et brisée. Peut-être que la blessure se réparera au prix de plusieurs dizaines, voir des centaines d'années. Ou peut-être même jamais. Elle se tourna vers l'amant de Taurloss. Son, corps, ou du moins ce qu'il en restait, n'était plus qu'un tas de chair et d'os informe, écrasé par plusieurs dizaine de destriers lancés au galop. Il l'avait sauvé en la confondant avec sa sœur, et était mort sans qu'elle n'ait répondu à ses supplications. Si elle l'avait aidé à se lever, comme il le lui avait demandé, peut-être qu'il aurait toujours été en vie. Après tout, il était de nature robuste. Elle s'en voulait de l'avoir laissé mourir. De l'avoir manipulé, trompé, pour qu'il l'aide à vivre, remercié cependant par sa seule mort.
Elle regarda autour d'elle. Une mer de cadavre et d'agonisants. Elfes, humains, orcs, chevaux et wargs se tordaient au sol, maculés de boue et se noyant dans leurs propre sang et entrailles.
Elle ne parvenait pas à se réjouir de leur victoire. Sa sœur était morte. Son futur beau-frère aussi. Tout comme des milliers d'elfes. Qu'allait dire le roi à son retour ? Et d'ailleurs, où était il allé ? La journée était passé qu'il n'était pas revenu. Et Taurloss avait été vague dans ses explications. Elle espérait qu'il ne lui était rien arrivé.
