Le soleil couchant baignait de milles feux le ciel nuageux. Les vastes plaines étaient silencieuses, silence que seul le petit groupe d'elfes perçait. Thranduil, désespéré, menait la troupe. Le soleil se couchait, il devait faire demi-tour pour rentrer au camp. Il ne voulait pas se déplacer de nuit. Soudain, piqué par un quelque insecte, son cheval fit une embardée et continua sa course dans un galop effréné. Un médiocre cavalier aurait sans aucun doutes été désarçonné par le brusque mouvement du cheval. Heureusement pour lui, Thranduil excellait en équitation, et après avoir parcouru une centaine de mètres, parvint à arrêter sa monture. C'est alors qu'il aperçu une fine fumée noire s'élever dans les airs. Il fit signe aux guerriers qui l'avaient accompagné de le rejoindre. Laissant les chevaux derrière quelques buissons secs et hautes herbes, les Elfes s'avancerent lentement, légèrement courbés, comme des chasseurs avançant de manière à ne pas se faire repérer par leur proie. Thranduil sentait son cœur battre à tout rompre. Une seule image apparaissait dans sa tête, celle de son fils Legolas. Peut-être qu'il allait le trouver. Une joie, celle née d'un espoir nouveau, mêlée d'excitation apparu en lui, de même que la crainte d'être déçu.

Cependant, il voulait le revoir et ce désir fut plus fort que tout.

Il alla lui-même, rampant entre les herbes, usant de sa magie pour que son armure de brille pas au soleil. Il voulait, avant d'attaquer, être sûr que son fils soit présent.

Alors il le vit, ligoté à un arbre, sa tête penchant sur le côté, endormi. Ses cheveux reflétaient des éclats dorés à la lumière du feu, pareils à des milliers de filaments d'or qui auraient pu faire rougir de jalousie la belle Galadriel. Au grand soulagement de Thranduil, il respirait et ne présentait aucune trace de blessure sévère. Mais cela n'empêcha pas au père d'être terriblement en colère contre ces orcs qui l'avaient capturé. Il se retint de se lever d'un bond pour aller trancher les liens qui maintenaient Legolas immobile. Sa colère et son soulagement manquerent de lui faire remarquer qu'aucun autre elfe n'était présent, alors que son fils avait était accompagné d'autres guerriers. Leur sort fut évident. Ils n'avaient pas eu la chance de Legolas et leurs corps étaient sûrement en train de pourrir quelque part dans les plaines alentour.

Le roi jeta un regard sur les orcs qui se trouvaient autour des feux. Il en dénombra une centaine, ainsi que des wargs. Thranduil senti des sueurs froides couler dans son dos. Ils étaient vraiment nombreux et il se demandait de quelle manière il allait pouvoir libérer son fils.

L'elfe regagna discrètement les siens qui l'attendaient un peu plus loin. Ils décidèrent ensuite d'attendre la tombée de la nuit, lorsque tous les orcs seraient en train de dormir, pour tenter de s'infiltrer rapidement parmis eux. La tâche allait être extrêmement risquée, voir impossible. Et même Thranduil, aveuglé par l'amour de son fils, avait du mal à prendre cette décision. Finalement, les Elfes resolurent d'attendre pour observer l'ennemi et trouver une faille.

Le souffle froid du vent semblait balayer le ciel et ses étoiles. La lune était mince et les rares astres que l'on voyait étaient lointains dans l'immense abîme de l'espace. Le sol n'était qu'une vaste flaque dont le noir était la seule couleur présente. Les Elfes qui se déplaçaient vers le campement étaient invisibles, enrobés de leurs sombres capes à l'étoffe si silencieuse. Ils se mouvaient comme des poissons dans l'eau, rapidement et sans bruits. L'herbe elle même, sous leurs pieds, semblait retenir son souffle et se pliait mollement sans un bruit, les laissant passer sans rien dire. Leur vue cependant perçait à travers l'obscurité, car leurs yeux voyaient à travers les sombres rideaux de la nuit, étant donné qu'ils étaient ceux des premiers enfants d'Illuvatar, ceux qui se sont éveillés sous les étoiles. Le silence de cette nuit et la pâleur des étoiles faisaient remonter aux Elfes les lointains souvenirs de leurs ancêtres qui s'étaient éveillés à Cuivenen, et dont le regard s'était tout d'abord porté sur les astres tout justes placés sur l'immense manteau de la voûte céleste. Le silence avait régné ce jour là.

La surprise laissa Thranduil bouche bée. Le nombre des orcs avait été réduit de moitié, et d'autres encore levaient le camp. Seule une dizaine ne semblait pas concernés dans le départ soudain de leurs camarades. Où allaient ils ? Sur le champ, cela n'importa que peu au roi qui sentait la joie étreindre son cœur. Il allait peut-être enfin réussir à sauver son fils !

Un mouvement dans son dos le fit sursauter. C'était un bruit des plus moindres mais qui, dans cet étrange silence, avait eut l'effet du son produit par un mûmakil au galop. Accompagné d'un autre elfe, il se mit alors à la poursuite du fauteur de troubles qui s'avérait être un orc. Il s'arrêta alors sur un terrain dégagé et encocha une flèche à son arc. Malgré l'obscurité, sa vue perçante ne lui fit pas défaut. Le trait silencieux se planta dans la gorge du fuyard qui s'écoula aussitôt, mort. Une fois le cadavre dissimulé pour ne pas attirer l'attention d'éventuels autres ennemis, ils regagnerent la place qu'ils occupaient auparavant. Beaucoup d'orcs étaient partis et les restants commençaient à dormir et les feux se transformaient en de minces filets de fumées.

Lorsque tout redevient calme, les Elfes se levèrent et en silence s'approcherent jusqu'à ce qu'une distance d'une volée de flèches les séparera du camp. Alors ils sortirent en silence les flèches de leurs carquois et sans un son tuèrent les orcs dans leur sommeil. Ceux qui avaient la malchance de s'éveiller n'avaient ni la force ni le temps de pousser un cri et bientôt Thranduil pénétrait chez ses ennemis.

Les Elfes trancherent les liens de Legolas et sans le réveiller, le transporterent jusqu'à l'endroit où se trouvaient leurs chevaux.

Le roi alors se laissa tomber à genoux aux côtés de son fils et approcha une lanterne de son pâle visage endormi. Lorsqu'il se mit à lui parler, Legolas se releva brusquement et porta sa main à sa taille, là où l'épée aurait dû se trouver. Désemparé par l'absence de son arme, et terrifié par tous ces corps autour de lui, il voulut s'enfuir, mais reconnaissant le familier visage de son père, il se calma.

Toute la nourriture et l'eau qui lui fut nécessaire lui furent fournis et il se reposa durant tout le restant de la nuit.

Au lever du jour, ils remonterent sur selle, heureux et soulagés. Legolas avait, durant la nuit, récupéré beaucoup de ses forces, car il descendait des elfes d'autrefois. Le soleil brillait mais au fur et à mesure que les cavaliers se rapprochaient du camp, de sombres nuages l'avaient couvert et l'atmosphère était lourde. La joie qui les avait occupé durant le début du voyage les quittait peu à peu, et dans leurs coeurs pesait une inquiétude croissante.

La journée tirait sur sa fin lorsque les elfes parvinrent au campement, et le paysage désolant qu'ils virent les emplit d'effroi. La bataille était terminée et les blessés gemissaient dans les tentes. Thranduil remarqua la présence des rohirrims qui aidaient à déplacer les blessés et à brûler les cadavres des morts. Le roi galopa aussitôt vers la tente qu'occupait habituellement son bras droit Taurloss. Lorsqu'il y entra, ce fut sa soeur Eregfain qu'il aperçu, l'épaule enveloppée dans un drap immaculé. Elle était avachie sur le lit de son aînée qui y gisait, son beau visage pourtant figé à jamais. Dans son lit, Taurloss ressemblait à l'une de ces grandes statues de marbres que l'on pouvait trouver dans les jardins, la peau d'une blancheur effrayante, les yeux vides et la même posture qu'elles avaient hier, qu'elles ont aujourd'hui et auront demain.

Thranduil comprit immédiatement et tomba à genoux aux côtés d'Eregfain et s'écria :

- Hélas ! Pourquoi le ciel s'acharne-t'il tant sur moi? Qu'ai-je fait pour m'attirer le courroux des puissants, cela je voudrais savoir ! Il est vrai que dans ma vie, il y eut parfois des moments où mes choix ne furent pas ceux attendus par les divinités, mais jamais je ne fis quoi que ce soit qui puisse engendrer leur colère! J'ai choisit de sauver mon unique fils, et c'est mon armée qui fut occie! Quel choix faire lorsque sur une route qui se sépare, nous prenons un chemin, sinon l'autre, mais que dans chacun des cas, nous perdons une chose qui nous est chère ? Cruel est Morgoth qui nous massacre, mais plus cruels sont ses frères Valar et Mandos qui jugent notre vie sans rien y connaître! Pouvont nous décider la valeur des gens sans être soi-même dans leurs pensées ? Que la vie est bien injuste! Elle donne puis reprend alors que l'on en est point encore lassé, elle brise et fend, nous rend malade et désespère. Pourquoi nous accorder cet infime temps si ce n'est pas pour le nous laisser? J'aime vivre, nous voulons tous vivre ! Vous, Valar tout puissants, vous qui dites être nos plus fidèles alliés, et toi, Illuvatar, notre père à tous, comment pouvez-vous nous reprendre la chose la plus précieuse que vous nous ayez jamais accordé ? Je plains à présent ces pauvres humains à qui seul un temps éphémère est accordé, les bêtes qui, pour Oromë ne sont que gibier. Et même les nains qui viennent tout juste de sortir de la pierre se voient mourir sans pouvoir savourer le monde que vous nous avez conçu ! Mais à nous, Eldar, vous nous accordez le temps nécessaire à apprécier la vie, se familiariser avec elle et tout ce qu'elle peut nous apporter, et alors seulement, vous la reprenez, au moment où cela nous afflige le plus. Comment voulez-vous que l'on vous aime puisque vous nous tuez ? Comment voulez vous que personne ne vous trahisse en rejoignant Morgoth Bauglir ou Sauron, puisque vous les assassinez ? J'en ai assez de voir ce que j'aime mourir. Taurloss était pour moi, une sœur que je n'ai jamais eu. Aucune douleur corporelle qui me fut infligé ne dépassait celles qui me torturent lorsque je vois quelqu'un qui m'est important rejoindre les cavernes de Mandos. Et à présent, je jure devant la preuve de votre cruauté, que jamais un Valar ou autre créature divine ne trouvera une place dans ma confiance et dans mon cœur, que je tuerais toutes créatures divines qui rencontrera mon chemin, et que soit maudit à jamais votre domaine éternel. Moi, Thranduil Oropherion, roi d'Eryn Lasgalen a parlé.

Et alors qu'il terminait de prononcer ces paroles, le ciel s'obscurcit non pas des nuages puant de Sauron mais ceux plus lourds encore de colère de Manwë et les éclairs déchirèrent le ciel. L'un d'eux s'abatti sur une des tentes abritant des blessés et tandis que des Elfes en sortaient tentant de sauver les infirmes, Thranduil observa en riant le ciel, sans prendre compte de la pluie qui lui ruisselant dessus.

- vois-tu, Manwë, la lâcheté de tes actes ? N'avais je pas eu raison en te disant cruel ?

Et comme un reflet de la foudre dans le ciel, miroitait dans les yeux du roi, l'étrange lumière de la folie. Folie, cependant sobre et en pleine conscience de la chose.

Mais à une chose, Thranduil n'y avait pas pensé, ou plutôt ne le savais pas, et cela, son serment n'allais pas épargner.