Au Nord, les Elfes de Lothlorien surveillaient depuis leurs camps la lisière de la vieille forêt. Au Nord Est, c'étaient en revanche les armées de Thranduil qui s'étaient installées, leur nombre réduit ne pouvant permettre de garder en surveillance un flanc entier de la forêt. L'armée de Gondor complétait donc la ligne à l'est et celle de Rohan se situait au Sud de la forêt. À l'ouest se trouvant les rudes versants des montagnes brumeuses, il leur sembla inutile de les faire garder. Chaques jours, les quatre armées se rapprochaient petit à petit de la forêt, et parfois même à l'intérieur de celle-ci lorsque ils étaient sûrs de l' absence des orcs. Ces derniers n'allaient sans doutes pas tarder à paraître.
Le jour tombait et la pénombre dominait déjà lorsque les gardes reagirent.
- les orcs ! Ils sont là ! S'écria l'un d'entre eux.
En effet, Thranduil constata qu'une noire marée d'orcs était apparue à la lisière des bois.
- À vos postes ! Préparez vous à tirer !
En l'absence de son bras droit, le roi donna lui-même les ordres.
Les archers se deplacerent rapidement pour se placer en ligne et attrnderent les ordres suivants. D'un mouvement de la main, Thranduil donna l'ordre de bander les arcs. Mais lorsque les Elfes voulurent viser l'ennemi, ce dernier avait mystérieusement disparu derrière des arbres qui n'étaient pas présents quelques minutes auparavant.
Les archers stupéfaits restaient toujours en place, murmurant entre eux les constatations étranges qu'ils avaient pu faire. Thranduil lui-même ne savait que faire.
Cependant, lorsque l'ennemi réapparu, il recommença sa manœuvre et, comme précédemment, des arbres étaient apparus devant l'armée adverse. Le roi donna tout de même l'ordre de tirer, mais les flèches ne parvinrent pas à transpercer la dense végétation qui poussait aussi soudainement qu'il ne fallait de temps pour cligner de l'œil.
Les arbres de la forêt semblaient avancer aux côtés des orques, et bientôt, les Elfes durent se replier pour ne pas se faire engloutir par la végétation.
Thranduil envoya aussitôt des cavaliers prévenir Galadriel, Eomer et Aragorn de ce qui se déroulait devant ses yeux. Ce n'étaient pas des ents, mais des arbres qui bougeaient. Mais bouger n'était pas le mot, car les plantes semblaient plutôt apparaître que se déplacer.
La forêt grandissait toujours, étendant ses longs doigts toujours plus loin. Bientôt, les Elfes durent prendre la fuite et les malheureux qui ne couraient pas assez vite se perdaient dans les épais bois ou étaient tués par les orcs.
La forêt s'arrêta alors de grandir, une fois avoir fait apparaître de larges brèches aux seins des guerriers. Alors, soudainement, la forêt tendit son bras d'orcs vers la troupe principale de Thranduil. Les wargs faisaient trembler la terre et le cri terrifiant des orc fit glacer le sang des Elfes. Malgré cela, ces derniers se replacèrent en lignes et en colonnes et les archers tirèrent. La première ligne ennemie était à terre mais aussitôt, d'autres les remplaçaient. Quelques Elfes éparpillés avaient rejoint Thranduil et accomplissaient leur devoir de soldat.
Thranduil, majestueux dans sa resplendissante armure, avait dégainé ses deux sabres et scrutait l'ennemi de ses yeux froids, cherchant leur chef. Le nombre réduit de guerriers Elfes ne pouvait gagner contre l'ennemi sans utiliser de ruse.
Les ennemis approchaient. Thranduil sentait des sueurs froides dans son dos et son cœur battait la chamade.
Un peu en retrait derrière les orcs, un immense Ourouk-Hai à la peau presque translucide chevauchait calmement un warg blanc de la taille d'un taureau.
- Glamivren, l'orc de cristal, siffla le roi elfe entre ses dents.
Sa main se posa aussitôt à son côté gauche. Là, l'orc clair l'avait blessé lors de la guerre de l'anneau, quand les Elfes de Lorien et de Mirkwood se battaient côte à côte pour repousser les ennemis venus du Sud. Et Glamivren était alors leur commendant. À sa vue, la douleur s'était éveillée dans le corps du roi, une douleur qui croissait à chaques pas du warg blanc.
Les yeux de Thranduil rencontrèrent ceux, plus pales encore que les yeux du roi, de l'orc de cristal. Les lèvres de l'ennemi dessinerent un mince sourire, comme s'il eut dit par la pensée : « cette fois-ci, j'acheverai le travail commencé »
Thranduil se reprit. Il devait penser aux siens avant de penser à lui même. L'orc de cristal n'était qu'un ennemi parmis d'autres. Il ferma les yeux pour réfléchir. Autour de lui les Elfes restaient silencieux, la surprise étant passée. Ils attendaient leur roi. Les wargs approchaient, ainsi que leurs cavaliers mais ce son semblait lointain.
Thranduil rouvrit les yeux. La nuit était déjà tombée depuis quelques temps. Il cria
- aiya eldalië ! Utulie'n aurë !
Alors, comme unis par une force ancestrale, les guerriers crièrent :
- Auta i lomë !
D'un geste vif, Thranduil ordonna à ses armées de se disperser par groupes de trois, comme ils en avaient l'habitude.
Puis, les Elfes éparpillés se mirent à courir, non pas en direction des orcs, mais de la vieille forêt elle même. Thranduil avait misé sur toute la chance qu'il pouvait posséder. Si il restait tapis dans les bois la majorité des troupes des orcs, alors sa mort aurait été assurée. En revanche, si peu d'ennemis étaient restés, alors il pouvait toujours gagner.
Les orcs, momentanément surpris, ralentirent leur course pour faire demi-tour et traquer les Elfes. Glamivren sourit avant de clamer :
- ainsi, Thranduil, tu prends la fuite ? Je te savais plus vaillant, du moins tu l'étais il y a quelques années ! Je pensais me battre, et non traquer, toi et tes soldats, qui fuient pareils à des lapins ! Si les guerriers Elfes courent ainsi à la vue d'un ennemi, que feront leurs enfants lorsque nous arriveront à leurs portes ? Nous joueront avec eux, comme le chat avec la souris, puisque le chien ne sera pas là pour les protéger, errant loin, apeuré, au plus profond des montagnes, là où l'ennemi ne sera pas !
Sur ce, l'orque de cristal détourna son warg pour le lancer à la suite des Eldars. Les Elfes couraient vite, mais les orcs gagnaient de la distance. Cependant, les Elfes n'avaient pas perdus tous leurs moyens. Leurs dagues atteignaient souvent l'ennemi trop proche, malgré leur course effrénée. Glamivren avait repéré le roi, le seul à la cuirasse d'argent et de noir, et le prenait pour cible. Thranduil savait cela, et le voyait, derrière lui, talonnant l'effroyable animal qui lui servait de monture. La salive dégoulinait de sa gueule béante, savourant déjà la proie qui courrait quelques mètres devant lui. Ses yeux bleus ne clignaient pas, ne perdant jamais la cible de vue. L'animal à la fourrure blanche redoubla de vitesse. La distance entre le chasseur et sa proie diminuait rapidement.
Alors que le roi des Elfes sentait le souffle chaud du warg sur sa nuque et que Glamivren avait lentement dégainé son épée comme pour savourer cette victoire, Thranduil se jeta au sol, l'épée brandie au dessus de sa tête, et le warg ne put échapper à la froide lame qui lui avait ouvert le ventre. L'animal tentait désespérément de se relever, pataugeant dans son propre sang et se noyant dans ses boyaux libérés, sans succès. Thranduil s'était relevé et ne perdit pas plus de temps, il recommença à courir.
Il arriva dans la forêt sans plus de problèmes. Il ne s'arrêta qu'après avoir prit refuge dans un haut arbre, imité par ses autres guerriers. Il désirait, avant de se retourner face à l'ennemi, vérifier que le terrain était bon.
Aucun orc ne se trouvait à proximité, les poursuivant ayant du ralentir face à l'entremêlement des branches de la forêt.
La forêt ne lui inspirait cependant pas confiance. Il était vrai que les arbres immenses ne laissaient passer quasiment aucune lumière. Tous les éléments semblaient animés par la vie.
- ces arbres sont très âgés. Murmura t'il pour lui-même. Ils ont beaucoup vécus et ont beaucoup vu. Je me demande vraiment pour quelle raison ils ont acceptés des orcs sur leur territoire.
- le fils d'Oropher n'est donc pas au courant ?
L'elfe se releva vivement. Devant lui était un ent. Immobile, il l'avait prit pour un vulgaire arbre.
- seigneur ent, je m'en veux de m'être exprimé tout haut, car je n'avais pas remarqué votre présence. Je suis désolé que moi et les miens ayons pénétré votre humble demeure sans votre permission. Mais la critique situation ne nous avait pas permit d'agir autrement, et je regrette de n'être venu de manière plus courtoise.
Les ents étaient des créatures souvent plus âgées que les Elfes eux mêmes. Ils étaient habituellement d'un naturel peu belliqueux et ne considéraient pas les Elfes, créatures proches de la nature, comme ennemis. Mais ceux-ci ayant abrités les orcs sous leurs toit, Thranduil se demandait s'ils allaient considérer les siens comme ennemis.
- les ents ont vu le temps s'écouler autour d'eux. Ils ont vu la vie venir et partir, les saisons changer, et les époques évoluer. J'ai vu maints rois plus ou moins vénérables, et certains ont étés mes amis. Tu te demandes, Thranduil Oropherion aran Eryn Lasgalen, pourquoi nous autres, ents de Fangorn, avons laisser vivre ces orcs ? Il est vrai que nous avons eus de nombreux différents avec leur race en particulier, mais penses tu, toi, roi elfe des forêts, que jamais des Elfes ne nous ont causés de torts ? Certes, les Eldar nous respectent plus que les nains avec leurs haches redoutables, que les humains dont le désir n'est jamais assouvi, ou que les orcs sanglants. Mais il est des personnes en apparence peu sympathiques qui sont en fait de très bons amis. La belle maïa nous a promis protection et aide car elle maîtrise de son pouvoir, toutes les plantes et les fait vivre ou mourir comme bon lui semble. Heureusement, elle utilise sa magie pour nous guérir et non pour nous détruire. Une servante de Yavanna avait elle dit qu'elle était. Et en échange, il ne nous coûtait rien d'abriter ces orques, quelques peu rustres et sauvages, mais puisqu'elle est là, nous pouvons les laisser courir dans notre forêt.
- une maïa au service de Yavanna, avez vous dit ? Est-ce donc cette personne qui est à l'origine de nos problèmes ? Une Maïa bienfaisante si je me fie à vos dire ? Et voici que je ne comprend plus. Pourquoi une personne telle qu'elle s'en prendrait à nous ? Auriez vous une explication, ent de Fangorn ? Demanda Thranduil.
- bois-des-rivieres, tel est mon nom. La raison de ces attaques, je ne saurais vous dire. Je vous retournerai volonté cette question, vous qui effrayez mes amis en assiegeant notre territoire. Ceci n'est pas notre guerre. Cela nous importe peu que vous autres vous fassiez la guerre. D'ailleurs, pourquoi vous battez vous? Est-ce par le simple fait que vous avez peur d'eux, de ces orcs qui vous ont tant posé problème? Avez-vous oublié qu'ils étaient, autrefois, des elfes comme vous? Les tuez-vous pour le simple fait qu'à présent, ils sont des orcs et non de cette noble race qui est vôtre? l'ent semblait las, harassé par ces années de vie.
- Mais seigneur ent, avez vous oublié qu'ils obéissent à un balrog? Un maïa corrompu, une divinité ayant choisi le côté du mal. Allez vous le défendre lui aussi?
L'ent considéra un instant le roi des elfes. Ses grands yeux bruns ridés détaillaient Thranduil de haut en bas, comme pour réfléchir à la réponse la plus appropriée.
- Thranduil, vous êtes âgé. Même très âgé. Comme une montagne, les intempéries vous ont taillé, jusqu'à vous donner une nouvelle forme. Toutes ces guerres vous ont façonné et faites de vous un rude glacier. Thranduil, le loup qui est noir est-il différent de celui qui est blanc? Et qu'en et-il de celui qui est cendré? A cela, vous me répondrez sûrement que les trois sont des loups, et que le pelage ne fait pas la bête. Et bien à présent, pensez-y. Pensez à mes paroles. Tuez les orcs si cela vous chante. Guerroyez comme vous pensez qu'il est bon de faire. Mais si un jour vous repenserez à vos erreurs, si un jour vous regrettez vos actes, alors je vous aurait averti.
Thranduil s'empourpra. Un ent osait défendre une maïa et un balrog!Ces divines créatures qu'il détestait tant ! Et d'ailleurs, se demandait-t-il, comment un ent, un arbre doté d'une âme, pouvait ainsi lui faire des reproches ? À lui, un roi, lui, un chef de guerre.
- mes regrets, peut-être en aurais-je. Je ne puis discuter plus avec vous, le temps m'est compté. Sur ce, bonne journée à vous, et j'espère qu'aucun de votre espèce de viendrait à mettre mes plans en déroute.
Thranduil descendit de l'arbre, et se retourna pour faire face à ses ennemis. Mais à présent, dans la forêt, il sentait que la bataille pouvait tourner à son avantage.
