Habitués à combattre dans l'étroitesse des bois, les Elfes d'Eryn Lasgalen étaient plus avantagés que dans des combats au milieu des vastes plaines qui composaient le Rohan. Fangorn, malgré l'étrange magie qui y régnait, leur plaisait plus et les rassurait, d'une certaine façon.
Les archers étaient perchés dans les arbres et tiraient sur les orcs du haut de leurs perchoirs. Ceux qui combattaient au corps à corps, à terre, empêchaient les orcs de se prendre aux arbres dans lesquels se trouvaient les archers.
Thranduil se trouvait parmi eux, au sol, faisant habilement tournoyer ses sabres autour de lui. Des flèches volaient au dessus de sa tête, mais aucune des flèches elfiques ne touchait un Eldar. Car les archers étaient précis et maniaient la corde aussi bien que Maglor maniait celles de sa lyre. Certes, ils n'étaient pas aussi bon que les anciens Elfes, dont l'élite était Beleg, et leurs arcs n'étaient pas aussi bon que Belthronding, mais leur habileté suffisait largement pour que leurs flèches atteignissent souvent l'ennemi. Mais Thranduil, entre les arbres, tout en tuant les ennemis qui s'en prenaient à lui, cherchait Glamivren. Le roi voulait venger sa blessure, son sang qui avait abreuvé la terre. Il voulait tuer cet orc qui avait momentanément mit son armés en déroute, de ça quelques années.
Et l'orc de cristal le cherchait aussi. Ils erraient, parmi les hauts arbres, se cherchant l'un l'autre, silencieusement, tous leurs sens au aguets. Ils étaient prêts à parer quelque vicieuse attaque surprise, ils s'imaginaient l'ennemi fondant sur eux dans leur dos, ou encore tapis derrière un large tronc, attendant le moment opportun pour se jeter sur la proie. Chaque fois qu'un orc se précipitait sur lui, Thranduil se hâtait de l'achever, de peur que son rival n'apparaisse à cet instant de faiblesse pour s'en prendre à lui.
Mais le temps passait et la bataille avait commencé depuis belles lurettes que les deux ennemis jurés ne s'étaient toujours pas rencontrés. Thranduil espérait, tout en le craignant, que Glamivren ait été tué par quelque elfe de son armée.
Soudain, Thranduil vit son fils Legolas bondir du haut d'un arbre, pareil à un écureuil. Ce dernier atterit adroitement sur le dos d'un warg qui s'apprétait à achever un elfe désarmé. Et, à l'aide d'une de ses dagues, lui transperça le crane.
- Legolas, prévient ceux que tu trouves de ne pas tuer Glamivren. Il est à moi, ordonna Thranduil.
Le prince baissa la tête avant de répondre:
- Bien, père. Je l'ai vu peu avant votre arrivée. Je le pense vivant, et non loin d'ici. Je ne l'ai pu tuer car mon carquois était vide. A bientôt, et puissiez ne pas vous faire tuer.
Une ombre passa sur le visage de Thranduil, mais il la chassa immédiatement.
- Toi aussi, mon fils, abstient toi de te faire tuer. Fais attention à toi, murmura-t'il.
Thranduil posa une main sur l'épaule de son fils. L'inquiétude se lisait dans ses yeux, ainsi que la peur.
Soudain, un rire retenti dans sur sa gauche. Il brandit son long sabre et se plaça devant Legolas.
- Glamivren, nous nous retrouvons enfin, dit-il.
- Thranduil, cela fais longtemps que je te cherche. Je commençait à croire que tu était mort, répondit l'orc en haussant les sourcils.
- cela n'arrivera pas avant que ton corps ne finisse de pourrir sous terre, déclara sèchement le roi des elfes.
- Alors j'attendrai au moins que ma lame boive le sang du jeune elfe que tu apprécies tant.
L'orc se mit à rire bruyamment, tandis que Thranduil jeta un regard inquiet à Legolas.
- Mon fils, laisse nous seuls je t'en prie.
Legolas hésita un instant, et voyant l'insistance de son père, décida de lui obéir, à contre cœur.
- Ton fils, est-ce bien cela? Un bâtard alors, car je ne te connaissait pas de femme. Je ne te pensais pas avec une filles de rue qui abandonne ainsi son enfant!
Les yeux de Glamivren brillèrent, observant la réaction de Thranduil. Ce dernier s'était empourpré, et ses mains blanchissaient face à la pression qu'il exerçait contre le pommeau.
- Tawarwen n'était pas une catin. Elle était une personne au sang plus noble que celui du plus hauts des rois, siffla t'il entre ses dents.
- ainsi, elle s'appelait Tawarwen, "Fille des bois". J'en déduis qu'elle était une sylvaine. Est-elle morte? Si oui, toutes mes condoléances. Mais de toutes façons, vous n'avez sans doutes pas pleuré la mort d'une vulgaire sylvaine. Ah, Thranduil, si ton père avait su cela, je ne pense pas qu'il aurait été fier de toi. Son fils, s'unir avec une elfe sauvage des bois! Moi-même avait pensé que tu avais épousé une noble sinda, une descendante de Dior, ou même de Finarfin. Tout de même, je ne pense pas qu'il fut sage que tu choisisse une Nandor, cette race d'elfes restés du côté Est des montagnes de brumes.
Le visage de l'orc s'éclaira d'un sourire moqueur.
- Ne parlez plus de ma femme comme d'une créature méprisable et haïssable !
La colère de Thranduil éclata soudainement. Il s'élança vers l'orc qui l'attendait sans fléchir, un sourire carnassier toujours au visage. Les lames s'entrechoquèrent, faisant chanter le métal. Thranduil attaquait et Glamivren défendait vaillamment, sans défaillir ni montrer de faiblesse.
- à ce que je vois, Thranduil, tu n'as pas changé depuis la dernière fois que nous nous sommes rencontrés. Ma victoire sera aisée, dit l'orc entre deux coups d'épée.
- ne gâche pas ta salive pour dire pareilles sottises. Tu te fais vieux et tes forces faiblissent. Peut-être, n'ai-je changé en rien, mais toi, tu te fais aussi faible qu'un vieillard de chez les maladroits Atani.
- Alors honte à toi qui mourra sous les coups d'un vieil Hildor!
Les lames chantaient toujours, avec plus d'ardeur et de puissance. Leurs voix froides retentissaient dans la forêt sous les regards attentifs des arbres qui s'étaient tus. Les oiseaux mêmes avaient cessé de faire entendre leurs voix mélodieuses pour laisser un silence pesant percé par les seules plaintes des épées. Les autres combats leurs semblaient lointains, comme dans un autre monde. Ici, entre les hauts arbres, seuls Thranduil et Glamivren semblaient présents, coupés du monde extérieur par leur combat acharné. Chacun combattait pour sa vie, pour sa victoire.
Malgré sa détermination, Thranduil ne parvenait pas à défendre la défense adverse. Et Glamivren, enhardi par le succès, toujours son sourire glacé sculpté sur ses lèvres, commençait à attaquer, contraignant le guerrier elfe à consolider sa défense. Thranduil reculait peu à peu, usant de tous ses sens pour ne pas percuter d'arbres où trébucher sur une racine. Voyant cette difficulté, l'orc de cristal baissa légèrement sa garde pour se permettre d'attaquer plus efficacement, avec plus d'audace qu'il n'en avait déjà. Le roi des elfes faisait de son mieux pour résister à la puissance de l'Ourouk Hai.
- Thranduil, enfin j'aurais le plaisir de te tuer! dit Glamivren. La dernière fois, Celeborn était là pour te protéger. Mais ici, tu n'as personne! Je pourrais achever ce que j'avais commencé. Thranduil, tu avais tort, lorsque tu as dit que j'était pareil à un vieillard. Tu aurais eu raison si tu parlais à un simple orc! Mais moi, n'en suis pas un. Vois tu, j'étais un Maia. Certes, pas le puissant, mais j'en étais tout de même un. Ma longévité est beaucoup plus importante que celle d'un orc. Je suis toujours en pleine possession de mes forces! Thranduil, ta victoire ne sera pas aisée.
L'orc voulut assener un violent coup à son adversaire, et Thranduil le para. Mais avant que l'orc ne relève son arme, Thranduil déguaina son deuxième sabre. Il l'avait rangé avant le combat, pour pouvoir laisser croire à son adversaire qu'il allait être aisé de le vaincre. Ce dernier s'était laissé prendre au piège, étant donné que la lame se trouvait dans un fourreau placé entre sa cape et son armure. La violence du coup de l'orc l'avait inévitablement déséquilibré et l'ennemi s'était retrouvé légèrement penché en avant. s'esquivant d'un gracieux et vif mouvement, Thranduil se plaça sur la gauche de son adversaire, et avant que l'orc ne puisse se dégager de sa situation, le sabre s'était placé sous sa gorge.
- J'ai juré, Glamivren, que tous maïar présent sur mon chemin périrait. Je te tues pour ce que tu étais et non pour l'apparence que tu as prise.
D'un petit mouvement précis et sec, il trancha la jugulaire de l'orc de cristal et l'observa un moment tomber puis se tordre en gémissant sur le sol. Le roi essuya le sang qui avait taché son sabre sur le cadavre de son ennemi, puis, la conscience tranquille, se tourna vers la bataille qui tirait sur sa fin. Thranduil fut surpris en voyant que des ents avaient pris part au combat. La raison était que les orcs, essayant d'abattre les arbres des quels les elfes tiraient, s'étaient attirés la colère des gardiens de la vieille forêt.
Thranduil sourit et alla terminer les derniers orcs qui prenaient la fuite.
