- C'est une première victoire pour nous que nous fêtons ce soir! Levons nos coupes à l'honneur du roi Thranduil qui parvint à contenir avec grande ruse et courage, la terrible armée des orcs! Et levons nos verres aussi à la mort du terrible ennemi Glamivren qui tomba sous les justes coups du grand roi des elfes d'Eryn Lasgalen! Clama Eomer, un grand sourire sur les lèvres.

Les yeux bruns du seigneur de la marche pétillaient de joie. Il était, on puis le dire, heureux de cette victoire, et fier de cette première réussite, tout comme les autres personnes présentes à cet instant. Seule la dame Galadriel gardait un regard grave et son sourire ne semblait être qu'un trait dessiné sur son visage, un trait forcé n'ayant pour but que de ne pas diminuer la joie des personnes présentes autour d'elle. Elle semblait pensive, et cela, seul Celeborn le remarqua. Thranduil, présent non loin du couple, pouvait entendre leurs paroles, pendant que les autres trinquaient joyeusement, buvant et mangeant tout ce qui fut mangeable et qui passait sous leurs regards affamés.

- qu'y a-t'il donc, ma douce, qui te chagrines et t'empêche de fêter avec nous notre première victoire? N'est-ce pas une bonne nouvelle et de bon augure? demandait doucement Celeborn.

- Il y a que je crains que cette victoire n'en est pas réellement une et que nous sommes en train de nous réjouir en erreur. Ce n'est pas que je ne crois pas en la puissance de l'armée de notre ami Thranduil, mais la différence du nombre aurait dû les vaincre, même si chacun de ses guerriers aurait valu dix de l'ennemi, soupira Galadriel.

A cet instant, Thranduil voulut intervenir, pour plaider sa cause et annoncer les prouesses de son armée, mais l'elfe aux cheveux d'argent le devança.

- que veux tu dire Galadriel, enfin, expliques-toi! Ne sont ils pas tous morts? Certes, il est possible qu'une poignée de fuyards ait réussi à déserter, mais aucune trace ne montre le passage de nombreux orcs! Aragorn même l'a vérifié.

- Aragorn voit mais ne sent pas la magie lorsqu'elle est utilisée. Crois-tu que les arbres ont poussés de manière naturelle? Demanda la reine.

- Non ! Évidemment que non.

- Alors ne crois-tu pas que si cette puissance est capable de faire pousser à sa guise une centaine d'arbres comme bon lui semble, qu'elle puisse aussi masquer le passage d'une armée entière?

- où veux-tu en venir?

- Je soupçonne un maïa plutôt puissant d'être à l'oeuvre. Et si on se fie à ses pouvoirs, alors cette personne peux diriger à sa guise les plantes qui composent la Terre du Milieu. C'est en faisant grandir en hauteur les herbes de Rohan que les orcs ont pu surprendre la vigilante garde de Thranduil, dit Galadriel.

Celeborn et elle gardèrent un moment le silence, l'air sombre.

- Avant de quitter la Lorien, j'ai regardé dans le miroir, continua enfin la fille de Finarfin.

- qu'y as-tu vu?

- L'île de Nùmenor qui sombrait avalée par la colère des Valar, ainsi qu'une intense tristesse. Mais ce n'est pas tout , car j'ai vu qu'une pousse de l'arbre blanc, comme prête à être cueillie. Et cela, je crains que ce soit de mauvais présage.

- En quoi cela est-il un mauvais présage? Au contraire, ça me semble être une bonne nouvelle de plus, car la liniée de l'arbre blanc en est ainsi plus sûre.

- Peut-être que tu as raison, Celeborn. Il est vrai que je crains tellement de malheur! Car l'ennemi me semble puissant, plus puissant qu'il n'en laisse paraître. Je vais prendre l'air là dehors.

Galadriel quitta en silence la bruyante et joyeuse salle, et Thranduil en profita pour discuter des dires de la reine avec son ami Celeborn. Les deux elfes se connaissaient depuis au moins 6000 ans, depuis que Thranduil était né. Celeborn et Galadriel étaient arrivés quelques temps avant en Doriath, royaume où grandi le roi d'Eryn Lasgalen. Son père était bon ami avec les deux elfes venus d'Aman, car ils siégeaient ensemble à la grande table royale de Thingol, et Thranduil eut donc l'occasion de faire leur connaissance dès son plus jeune âge. Cependant, après la chute de Doriath, leurs chemins se séparèrent et Oropher, le père de Thranduil, ainsi que Thranduil et quelques sindar qui voulurent les suivre, quittèrent le Beleriand pour partir à l'ouest et s'établir de l'autre côté des montagnes de brume.

- ce qu'a dit Galadriel est fort probable, car même si je n'ai pas eu l'impression que des orcs avaient fui, leur nombre était, il est vrai, beaucoup moins important que celui auquel je m'attendais, déclara Thranduil.

- je dois sûrement avoir du mal à accepter cela, surtout aujourd'hui. J'aurais aimé pouvoir fêter une victoire, et non une défaite. Car si des orcs ont fuis, le risque qu'ils attaquent l'un de nos royaume est élevé, surtout maintenant que nous sommes ici, en Rohan, avec la majorité de nos troupes.

- alors nous devons agir ! Et vite ! Si les dires de la dame sont vraies, alors allons à Minas Tirith ! Il faut défendre la ville, s'écria Thranduil.

- mais cela n'est pas certain ! Si nous interprétons mal les images que Galadriel à vu dans le Miroir, peut-être cela causera-t'il la destruction d'un autre royaume ! N'as tu pas peur pour le tiens ? Ne crains tu pas pour ta forêt et tes cavernes ?

Soudainement, des souvenirs ressurgirent dans sa tête. Il se souvint de la lettre, les mots qui y étaient écrits, et surtout, un nom lui vint à la bouche.

- Tawarwen...

Il l'avait dit d'une manière imperceptible, un simple murmure que lui seul pouvait entendre.

Elle lui avait dit qu'à moins qu'il ne se mêle à la guerre, Eryn Lasgalen serait en sécurité. Un frisson le parcouru de la tête au pied. Il avait choisi de ne pas écouter ces dires, pensant que la lettre n'était pas authentique. Mais à cet instant alors que le danger était bien présent, il repensait à sa décision, et la remettait en cause. Il aurait voulu pouvoir voir dans le miroir de Galadriel, dont l'eau cristalline permettait d'entrevoir la grande toile du temps que tissait Vairë.Il aurait voulu la voir, sa bien-aimée, ne serait-ce qu'une fois, pour raviver son souvenir. Mais surtout, il voulait qu'elle ne mourru jamais.

Il pensa que si il n'avait pas agi, comme lorsque Erebor était en proie à la colère du dragon, peut-être que nombre de ses guerriers auraient étés en vie. Peut-être que Taurloss aurait toujours été vivante, et alors Eregfain n'aurait pas pleuré sa mort chaque soir. Peut-être qu'à son retour, il n'aurait pas la dure tâche d'annoncer aux familles des soldats les terribles nouvelles qui les détruirait. Peut-être aussi, son royaume aurait vécu une longue paix, au sain de sa verte forêt, sans avoir à craindre pendant des années la mort de leurs proches, priant ouvertement les Valar de les épargner, et ensuite, après cette douloureuse attente, de les pleurer.

Thranduil, à cet instant, se reprochait d'avoir mené son peuple à la guerre. Laissant Celeborn sans même lui dire d'au revoir, il sorti de la grande salle du palais pour rejoindre ses garnisons qui campaient un peu plus bas, sur un versant de la colline que surplombait la capitale du royaume de Rohan. Là se trouvait Galadriel, sa robe immaculée semblant luire doucement dans la nuit, et le vent la faisait onduler pareille à un fantôme. Thranduil s'approcha alors doucement d'elle et alla se placer à ses côtés.

Le campement des elfes d'Eryn Lasgalen était bien petit, et Thranduil se disait qu'il avait subi trop de pertes. Il songea à Lindring, le fils du forgeron qui lui fabriqua tout son équipement. Il ne l'avait vu depuis la bataille, celle durant laquelle il s'était absenté. Il pensa à Nartharas, la courageuse elfe au chef enflammé, il l'avait vu grandir. Elle avait succombé à ses blessures, le soir où il avait pleuré Taurloss. Il se rappela Taurorn, elle qui avait insisté pour l'accompagner, malgré sa jambe qui boitait, depuis qu'un troll lui avait broyé le genoux. Elle avait été tuée devant lui, dans la forêt de Fangorn. Il se remémora aussi le visage de Thoralion, l'héroïque, dont les yeux pouvaient percer la brume. Il avait été dévoré vivant, par un warg. Il pensa aussi à maintes personnes encore, plus ou moins proches de lui, des personnes dont il ne connaissait pas le nom, mais dont les visages figés hantaient ses nuits.

Les visages, les noms, les souvenirs défilaient dans sa tête, et le roi chancela un instant, avant de se reprendre et replacer son masque d'adamant sur son visage. Mais cet instant, la dame ne le manqua pas. Dès qu'il était arrivé, elle l'avait observé, scrutant son visage avec attention. Elle avait lu, dans les yeux de son cadet, la soudaine détresse qui s'était emparé de lui.

- Thranduil, commença t'elle.

L'elfe sursauta car il avait oublié la présence de la dame. Il la toisa ensuite de ses yeux pâles, et c'était alors un regard froid qui semblait réduire son interlocuteur à l'état de poussières. Galadriel l'observait toujours, légèrement déconcertée par le soudain changement qui s'était opéré chez Thranduil, passant de la tristesse et la détresse à l'indifférence et l'hautaineté.

- Vous me surprendrez toujours, continua la dame de la Lothlorien. Je vous croyais simplement instinctif, pareil à une louve protégeant ses petits, ne s'éloignant jamais trop loin de sa tanière.

- Quels sont les fondements de vos dires? Demanda Thranduil, vexé.

- dès la première fois que je vous ai rencontré, c'est à dire il y a fort longtemps, vous étiez un enfant fougueux, aussi prompt à la joie qu'à la colère. Lorsque vous avez été fait roi, j'ai tout d'abord craint pour votre peuple, mais il sembla que je m'étais trompée. Vous avez agi comme un père protégeant ses enfants, et non comme le guerrier répondant à l'appel du sang, comme vous l'étiez plus jeune. Mais la mort de votre père vous a grandement influencé, cela je puis le dire, et vous avez grandi en sagesse, tout comme en prudence. Prudence quelque peu excessive, même si je comprends tout à fait vos choix. Mais cela a fait de vous un dragon gardant son trésor, s'accroissant en puissance et grandeur, tout comme en orgueil et cupidité. La disparition de votre femme n'a fait qu'empirer la chose, et vous sembliez avoir perdu tout sentiment, et sembliez en apparence, avoir retrouvé votre personnalité d'antan, tout en restant le roi surprotecteur. Vous inspiriez la peur et la crainte dans le cœur de tous, et personne n'osait vous désobéir.

« mais je réalise aujourd'hui, bien que je m'en fût doutée, que tout ceci n'était qu'un masque qui cachait votre vraie personne, qui n'est autre qu'un elfe blessé, et au grand cœur.

Thranduil ne silla pas, malgré sa désagréable surprise.

- Galadriel, je ne pensais pas un jour vous dire ces mots, mais vous faites erreur. J'ai depuis longtemps fait le deuil de mon père et de ma femme. Mais il est vrai, cependant, que mon peuple m'est précieux et que pour rien au monde je ne le laisserai périr. Et c'est pour cette raison, je vous le dis clairement, que je vais rentrer, avec mes troupes, à Eryn Lasgalen. Je m'étais trompé en venant me mêler à cette guerre, et je pense avoir subi les conséquences de mes actes. Regardez à quoi est à pèsent réduit la splendeur de mes Elfes ! Voyez de vous même cette poignée de guerriers désespérés ! Ils savent que si je continue de combattre, que leur mort, que dis-je ! Que notre mort, est assurée. Adieu, dame Galadriel, car je ne sais si je vous rêverai. Je pense partir demain, avant que le soleil ne se lève.

Et le roi descendit vers le campement de ses soldats, sous le regard lourd de la Noldor.