- Père! Avez-vous donc perdu la raison?
Legolas se plaça devant le roi, pour le forcer à arrêter sa marche.
- Pousse toi du chemin de ton roi, Legolas. Et remballe tes affaire. On s'en va.
- Non, car vous faites erreur, répondit le plus jeune.
Devant la résistance de cet elfe qui osait lui tenir tête, le roi posa instinctivement la main au pommeau de son épée. Legolas se décala aussitôt du passage.
- Mon fils, il est vrai que j'ai fait une erreur. Car je me suis laissé guider par toi. Regarde un peu le résultat de nos actes! Trois quarts de nos guerriers son morts! Ah, si seulement j'avais fait ce que Tawarwen m'avait dit!
Legolas se figea.
- Vous pensez toujours à ces lettres? Tawarwen est morte. Morte! Cela vous ne pouvez le nier. Ces lettres ont porté leurs fruits à ce que je vois. Vous allez abandonner votre place dans la bataille pour des bouts de parchemins venus de l'ennemi! Père, partez si vous le voulez, mais moi, je resterai, et ce, jusqu'à la mort. Et si, pour la victoire, il me devait de tomber, alors ce serait avec joie et honneur qui j'irai rejoindre mes ancêtres. Car je préfère mourir en héros pour assurer le bonheur des autres que de vivre solitaire dans une grotte, acceptant que des orcs foulent mon territoire! Je pensais, mon père, que vous détestiez les Valar. N'est-ce pas une preuve de faiblesse que de leur montrez que sans eux, vous êtes incapable de gagner une bataille? Partez, si tel est votre désir. Mais ce sera aux soldats de décider qui ils suivront. Un vieux roi malade et corrompu, ou un jeune prince les menant à la victoire et à la paix? clama Legolas.
Autour des deux hommes, les guerriers s'étaient figés et écoutaient attentivement les paroles de chacun.
- C'est nullement à la victoire que tu les mènera, mais à la mort! Comment peux-tu espérer vaincre l'ennemi, avec cette armée qui tombe en miette? Tu n'as pas grande considération en la vie, mon fils. Et si certains de mes guerriers te rejoignent, alors ce ne seront que des dépressifs, des malades, ou des elfes ayant abandonné toute foie en leur existence. Toi, Legolas, pourquoi tiens tu tant à mourir? Peut-être que l'ennemi sera vaincu. Mais il en sera de même pour nous. Alors que si nous rentrons chez nous, nous survivrons. Et ce n'est pas un millier de guerriers qui compromettra la victoire des autres royaumes.
- je vous croyais plus courageux et honorable, mon père. Vous préférez fuir, comme vous l'avez toujours si bien fait, que d'affronter vos ennemis. Vous fuyez ce qui vous fait peur. Parfois, c'est dans l'alcool que vous trouvez refuge, et d'autres fois, vous fuyez réellement, courant à toutes jambes. Mais moi, je ne suis pas ainsi. Malgré vos efforts pour m'élever à votre image, du sang de ma mère coule dans mes veines. Moi, j'agis, malgré vos interdictions. Y a t'il déjà eu une fois où mes actes nous menèrent à notre perte ? Pas à ma connaissance, dit Legolas.
Les guerriers n'osaient pas bouger, ni faire de bruit. Le campement étais silencieux et le doux vent même se faisait entendre.
- Ne me parle pas de ta mère!
- Et pourquoi donc? Car c'est un souvenir trop douloureux? Père, voyez de vous même! Comment voulez vous diriger une armée si vous n'êtes pas capable de maîtriser vos sentiments? Comment voulez vous être un guerrier, si le deuil d'une personne vous prend autant de temps? Tawarwen est morte! Morte! Et cela vous devez accepter. Je peux comprendre que cela est dur, mon père, mais cela date d'il y a tellement longtemps! Et en vous focalisant sur ce seul spectre, vous en oubliez votre peuple. Rentrez donc au palais, prenez du repos, et laissez moi diriger les soldats.
- Et penses-tu réellement que mon armée préférera suivre un jeune hommeinexpérimenté et simplement assoiffé d'honneur comme toi, plutôt que moi, un guerrier avec six mille ans d'expérience derrière soit? J'ai connu de nombreuses victoires et presque autant de défaites. Je sais lorsque une armée est, ou non, destinée à disparaître. Tu as encore beaucoup à apprendre mon fils. Ne me déçois pas plus que tu ne l'as déjà fait. Et tu ne connais rien de ta mère, que son nom et les peintures qui la représentent. Ne parles pas d'elle comme bon te semble. Car pour moi, elle plus que tout ce que je possède.
Et le roi posa sur son fils un regard lourd de reproches, avant de continuer:
- Alors procédons à un vote à main levée! Que celui, toi ou moi, qui recevra le plus de votes gagne. L'autre sera contraint à le suivre contre son gré. Que ceux qui votent pour Legolas lèvent la main!
Les soldats hésitèrent un instant.
- Nous avons besoin de réfléchir quelques heures. Nous autorisez vous, humble roi, de mettre en oeuvre le vote à l'heure où le ciel se tâche de sang? demanda l'un d'eux.
- Soit. A l'heure à laquelle le soleil se couche, pas plus tard. Quand à toi, Legolas, j'ai à te parler, dit le roi.
Le roi et le prince se dirigèrent alors vers leur tente, quasiment vidée et prête à être démontée pour le départ. Thranduil s'assit alors dans son large fauteuil de velours rouge après s'être servit une coupe de vin aussi rouge que son siège.
- Assis-toi, mon fils, dit alors Thranduil en désignant un fauteuil plus petit.
Il avala une gorgée de sa boisson avant de reprendre:
- Il est vrai que je ne t'ai jamais réellement parlé de ta mère, alors que toi, son fils, notre fils, a le droit de savoir qui elle était. Mais, son simple souvenir m'est si dur! Jamais une seule fois depuis sa mort, je n'ai parlé véritablement d'elle à quelqu'un. Certains disaient qu'elle était une Vanya ayant voyagé jusqu'en Rhovanion. Et c'est ce que je pense. Elle ne m'a jamais dit à quel peuple elle appartenait. Et c'est bien la seule chose qu'elle m'ait dissimulée, bien que je n'en sache pas la raison. Car elle était belle, Tawarwen, et ses cheveux étaient d'or comme ceux propres à son peuple. Elle était puissante, plus puissante qu'aucun Sindar, et même chez les Noldor, seuls les plus puissants, un de ces nobles hauts rois, pouvaient l'égaler en sagesse et en magie. Ses yeux brillaient de l'éclat pur de Telperion et Laurelin, et son âge était plus avancé que nombreux de mes sujets les plus anciens. Legolas, tu as les traits de ta mère mais pas son caractère. Car elle était sage, certes, mais non pas passive pour autant. Elle prenait ses décisions qu'après avoir mûrement réfléchi, pesé le pour et le contre, et pensant aux autres avant de penser à elle. Elle a combattu à mes côtés lors de la dernière alliance, se faisant passer pour un jeune elfe. Ce jour là, je tombai follement amoureux d'elle, bien que je la connaissait déjà avant. C'est elle qui convainquit les royaumes à laisser entrer la gente féminine dans nos rangs. Ce fut un grande décision, et encore une fois elle avait eu raison. Je le savais déjà, mais pour d'autres, il n'était pas évident d'accepter qu'une femme armée d'une lame pouvait faire autre chose qu'un ragoût et que sur le champs de bataille, ce n'était pas le courage et l'honneur qui leur manquait.
Le roi rebut une gorgée de vin.
- Je m'égare dans mes paroles, reprit-il alors. Legolas, sache que Tawarwen était une personne hors du commun, avec certes un fort caractère qui ne pliait sous aucune volonté extérieure, et cet élément t'a sans doutes été transmis, mais elle était aussi agréable et vive qu'une biche. Une biche à qui aurait poussé une impressionnante armure. Car une sorte de majesté se dégageait de son être et aucun n'osait soutenir son regard empli de fierté et de sagesse. Elle semblait, par sa simple présence, écraser les monarques les plus forts. Mais personne ne pouvait la haïr ni même la détester car de même que cette puissance envahissante, se dégageait d'elle une bienveillance sans limites.Je te raconterais volontiers ses actions et ses exploits, mais tout de suite, je n'en ai pas le cœur. Je t'ai suffisamment parlé d'elle aujourd'hui.
Après s'être resservi en vin, et avoir avalé le liquide d'une gorgée, Thranduil fit signe à Legolas de quitter la tente. Le regard du roi était celui qu'il montrait aux autres, froid et distant, insensible et impénétrable. Un masque d'adamant figé sur son visage.
Après plusieurs coupes vidées, Thranduil décida de procéder au vote. Comme convenu, ses guerriers s'étaient rassemblés au coucher de soleil, au centre du camp. Thranduil se situait au centre du cercle formé par ses soldats, sur un rocher qui permettait de le surélever. À ses côtés se tenait son fils, Legolas.
- je vais donc procéder à un vote. Que ceux qui désirent continuer la guerre, au risque de tous périr, lèvent la main ! Clama le roi.
Que peu de mains se levèrent et un sourire se dessina sur les lèvres du roi. Ce denier observait avec amusement la réaction de son fils. Il s'apprêtait à clore le vote lorsque le prince l'interrompit.
- Ceux qui veulent continuer à se battre, comme le firent nos ancêtres avant nous ! Ceux qui cherchent la paix et la liberté comme seuls chefs ! Ceux qui en ont assez de se cacher dans les bois, bois qui ne pourront nous défendre éternellement ! Levez votre main ! Manifestez vous ! N'ayez aucune crainte du courroux de mon père ! N'est-il pas un elfe comme un autre ? Quoique sûrement plus lâche et peureux que vous ne l'êtes. Je ne veux pas vous mener à la mort. Je veux vous mener à la victoire, l'honneur, et la promesse d'une véritable paix. Mais si la mort s'interpose entre nous et notre but, alors je n'aurais pas peur de l'affronter. Je ne veux pas fuir, comme nous l'avons souventefois fait. Je veux me battre ! Et vous voulez vous battre ! Alors agissons ! Et laissons derrière nous nos noms, notre marque, et qu'on se souvienne des glorieux et valeureux guerriers, sans peurs aucune, qui se batèrent jusqu'à la mort, ou jusqu'à la victoire ! S'écria Legolas, dont les yeux brillaient.
Aussitôt, des mains se levèrent, d'abord hésitantes, puis imitées par d'autres de plus en plus audacieuses et nombreuses.
Alors, Thranduil baissa les yeux, comprenant que son fils avait gagné l'avis des guerriers.
- Bien. Alors qu'il en soit ainsi. Je tiendrai ma promesse. Nous resterons, dit-il.
Il posa un regard triste et las sur tous ses guerriers, comme si c'était la dernière fois qu'il les voyait. Il retourna alors dans sa tente et termina la bouteille qu'il avait entamé plus tôt dans la journée.
