Le nutritionniste (partie 1)

Sur un champ de bataille. Arthur tire une tête de six pieds de long. Il est entouré de Léodagan, à sa droite, et de Lancelot et Kay, à sa gauche. Léodagan affiche un rictus.

Arthur – Dites, Léodagan, ça va ?

Léodagan (toujours un rictus aux lèvres) – Ah oui moi ça va, merci…

Arthur – J'veux dire, vous voulez pas faire semblant d'être un tout petit peu affecté quand on prend une dérouillée ? C'est des gars à nous quand même…

Léodagan - C'est des gars à vous, pas des gars à nous

Arthur - Dites, va falloir que ça rentre un jour hein... Moi c'est moi, et vous, c'est moi aussi. Les gars à vous c'est d'abord des gars à moi !

Léodagan - Nan mais y a pas de gars à moi, là… les gars à moi ils entrent pas sur le champ de bataille avec ce mental de tapette.

Arthur – Ils entrent pas sur le champ de bataille du tout, vous voulez dire. Chaque fois que je vous demande des renforts, vous refusez.

Léodagan – Quand on voit ce que ça donne sous vos ordres en même temps… au moins je sauve des vies

Il marque un temps

Léodagan - C'est ça finalement la différence entre nous deux. Quand on y regarde bien, moi… je suis un humaniste.

ACTE I

Toujours sur le champ de bataille

Lancelot – Bon, Sire, sonnez la retraite, c'est grotesque, là !

Kay – Moi je veux bien sonner la…

Arthur – Eh, quand il faudra sonner, c'est moi qui vous sonnerai hein.

Kay boude.

Léodagan (ironique) – Ah bravo, ça sonne bien… non faut admettre hein pour la poésie et entraîner vos mecs comme des danseuses, vous vous défendez.

Arthur (résigné, n'écoutant pas son beau-père) – Bon, oui, sonnez la retraite.

Kay – Non.

Arthur – Comment, non ?

Kay – Vous avez pas dit le mot magique, donc non.

Arthur – Le mot magique ?

Kay – Parfaitement.

Arthur – Ah oui, le mot magique… « magnez-vous le cul ou je vous colle au cachot jusqu'à l'hiver prochain ». C'est ça ?

Kay le regarde d'un air vexé, mais sonne la retraite.

Léodagan – Vous voyez, même votre joueur de flûte vous respecte pas…

Kay (indigné) – C'est pas une flû…

Arthur – Vous, je vais vous la mettre quelque part, la flûte !

Kay – Quoi ?

Arthur – Je vous parle pas, à vous, je parle à mon beau-père.

Kay – Bah soyez clair, hein !

Arthur (se tourne vers Kay, furieux) – Dites…

Lancelot – Sire, les ennemis poursuivent nos hommes !

Arthur (reporte son attention sur le champ de bataille) – La vache… mais…ils vont vachement plus vite que les nôtres !

Léodagan (se marre) – Non mais regardez-moi ça… même en retraite on est mauvais !

Lancelot – Sire, il faut vous mettre à l'abri !

Tout le monde se replie, sauf Kay.

Kay – Bon, qu'est-ce que je fais, je rejoue de la flûte, ou bien ?

ACTE II

Réunion de la table ronde. Sont présents outre Arthur, Lancelot, Léodagan, Bohort, Calogrenant, Perceval, Karadoc, Gauvain et le Père Blaise.

Arthur – Alors, avant de commencer la réunion, Bohort nous a prévenu qu'il voulait nous dire quelque chose.

Père Blaise – Ah oui, il a fait sa demande par écrit, attendez que je retrouve les termes exacts (il fouille ses documents) j'ai dû mettre ça par là…

Arthur (s'impatiente) – Bon, Bohort, expliquez-nous directement, ça sera plus simple.

Bohort – Merci, Sire. J'avais une petite suggestion à propos des combats.

Arthur – Quels combats ?

Bohort (sourire crispé) – Eh bien, les nôtres… sur les champs de bataille.

Un ange passe.

Léodagan – Bon, alors je vous préviens, moi je veux bien être gentil mais s'il faut se farcir les idées de Bohort sur les batailles, on va vraiment pas être copain. Parce que là si vous le laissez parler, dans cinq minutes faudra organiser un bal costumé avec les Saxons avec danses folkloriques et jus de pomme à volonté.

Arthur (fixe Léodagan et répète, incrédule) – 'On va vraiment pas être copain' ?

Léodagan – Oui et alors ?

Arthur – Bah je pensais que vous aviez remarqué depuis le temps : on est déjà vraiment pas copains !

Calogrenant – Sire, c'est pas pour appuyer Léodagan, mais l'avis de quelqu'un qui touche jamais son épée, franchement…

Lancelot – Oui, je vous rappelle quand même qu'aux combats, vous n'y êtes jamais, Bohort.

Léodagan – Et c'est vrai que ça nous manque, tiens…

Perceval – À ce moment-là nous aussi on en a des suggestions sur les combats hein !

Karadoc – Des pleines cagettes !

Perceval – Tiens, ben justement, la technique où on prend des cagettes…

Arthur – Houlala, non, vous m'en parlerez une autre fois de celle-là.

Karadoc – Mais Sire…

Perceval (bas, à Karadoc) – Laissez, quand ils se retrouveront à se battre avec des oignons et qu'ils auront pas de cagette pour les rassembler, ils la ramèneront moins.

Arthur – Bon, Bohort allez-y, qu'on en finisse.

Gauvain – Mon oncle, puis-je vous poser une question des plus ardues ?

Arthur – Oui mais rapidement, je voudrais qu'on avance…

Gauvain- Quelle différence y a-t-il une cagette et un cageot ?

Arthur le regarde atterré.

Acte III

Bohort peut enfin prendre la parole

Bohort – C'est à propos de la défaite de l'autre fois…

Lancelot – Quelle défaite ?

Léodagan (ironique) – Ah oui, là va falloir être un peu plus précis…

Bohort – Contre les Wisigoths, quand nos chers camarades se sont fait couper leur retraite…

Léodagan – Mais ils se sont rien fait couper du tout. À part des tranches de sauciflard en trop…

Bohort – Justement, je me disais qu'il faudrait peut-être revoir notre système d'alimentation, faire un peu plus attention, manger moins de viande.

Karadoc – Quoi ? Sire, c'est intarissable !

Arthur (mécaniquement) – Intolérable.

Karadoc – Ah ouais, merde. Sire, c'est intolérable !

Arthur – De quoi ?

Karadoc – Manger moins de viande ? Et après, ce sera quoi ? Manger moins de fromage ? Plus de pain, seulement de la brioche ? Je vous le dis, si vous écoutez ce genre de discours, le royaume court à sa perte.

Léodagan – Ça me fait un peu mal au fion, mais je suis pas loin d'être d'accord…

Bohort – Je ne parle pas forcément pour vous, seigneur Karadoc, mais au moins pour nos chers combattants.

Calogrenant – C'est vrai que se faire battre à la course par les Wisigoths, ça pique.

Lancelot – D'autant qu'en plus des armures, ils ont de la fourrure, ces machins-là

Gauvain – Mon oncle, puis-je me permettre une suggestion ?

Arthur – Bah, si on a pas le choix…

Gauvain – Ne pourrions-nous pas plutôt lancer quelque étude afin de porter des armures moins imposantes ? La mienne m'écrase tant que j'ai peine à lever un bras…

Arthur – Bah essaye de lever l'autre, ça vous occupera. Bohort, qu'est-ce que vous proposeriez, alors ?

Bohort - Il me semblerait judicieux de faire venir un nutritionniste au château.

Père Blaise – Ah oui, voilà ! C'était ça qui était marqué sur la note.

Arthur – Un nutritionniste ?

Bohort – Un spécialiste de l'alimentation, quelqu'un qui pourra nous conseiller quoi manger pour être plus en forme.

Karadoc se lève

Karadoc – Je vous préviens, Sire : si on laisse entrer des gens comme ça à Kaamelott, je tire ma référence. La bouffe, c'est moi.

Il sort

CONCLUSION

Arthur et Guenièvre sont au lit

Guenièvre – Alors c'est demain qu'il arrive ?

Arthur – Qui donc ?

Guenièvre – Le nutritionniste.

Arthur – Ouais. Ça m'a coûté quatre gueuletons pour convaincre Karadoc de pas se barrer, mais comme ça fait chier votre père, j'ai pas pu résister. De toute façon ça sera juste pour les gars de l'armée, on le laisse s'amuser un mois et c'est marre.

Guenièvre - Vous savez que tout le monde en parle, au château ?

Arthur – C'est qui tout le monde ? Votre bonniche ?

Guenièvre – Pas seulement ! Des tas de gens !

Arthur – Ah vous avez des tas de bonniches, maintenant ?

Guenièvre – Mon pauvre ami, si vous saviez ce qu'elles disent de vous…

Arthur – De moi ?

Guenièvre – Comme quoi un chef de guerre qui passe autant de temps à table, c'est pas étonnant qu'il perde autant.

Arthur – Qui a dit ça ? Angharad ?

Guenièvre – Ah ça je vous dirai pas… mais c'est pour vous dire vous feriez peut-être bien d'écouter ses conseils, au nutritionniste

Arthur – Pff, moi ? J'en ai pas besoin, j'ai le ventre presque plat.

Guenièvre - Ça pour le coup je peux pas vous contredire

ECRAN NOIR

Guenièvre - J'ai jamais eu tellement l'occasion de vérifier.