Bonjour, bonsoir à toutes et à tous.
Ce texte est la première song-fic que j'écris. Waouh ! Pourtant je m'étais juré de ne jamais ô grand jamais en écrire !
Comme quoi il ne faut jamais dire jamais… Je dois avouer que c'est un exercice difficile que de s'atteler à ce genre là. J'en ai bavé. Mais comme toujours le couple MinAlba m'a fortement inspiré.
C'est la chanson de Jacques Brel Au suivant qui m'a fait un effet bœuf. C'est une magnifique chanson dramatique tout en retenue. Mais la reprise de M alias Matthieu Chedid m'a filé la chair de poule. Donc voici ce qui en découle.
Je ne m'attarde pas sur l'époque vous allez la déceler facilement. J'ai quelques sujets tabous (oui c'est le cas), et l'époque Guerre mondiale en est une. C'est délicat, voilà donc je ne détaille rien de rien. Vous devinerez qui est qui en lisant ce texte.
Je pense avoir reproduis le schéma récurrent des song-fic, mais bon peut être que je me trompe.
Genre : Song-fic / Dark / Angst
Rating : T
Bonne lecture (ou pas).
Bises,
Perigrin.
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Au suivant
o
~Jacques Brel reprise par Matthieu Chedid~
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Tout nu dans ma serviette qui me servait de pagne
J'avais le rouge au front et le savon à la main
Au suivant
J'avais juste vingt ans et nous étions cent vingt
A être le suivant de celui qu'on suivait
J'avais juste vingt ans et je me déniaisais
Au bordel ambulant d'une armée en campagne
Au suivant au suivant
Je me tenais là devant cette tente, pousser et bousculer par d'autres garçons d'à peu près mon âge.
La peur au ventre je m'accrochais à ce que je pouvais, mes doigts se crispaient sur le bord de ma serviette. Nous étions pratiquement nus, pour seul vêtement un drap de bain cachait notre pudeur.
Je me souviens qu'il faisait froid, terriblement froid en ce début d'automne. La bise s'engouffrait dans la plaine, parmis les arbres pour traverser mes os. Car nous étions dehors, à la queue leu leu à attendre « notre passage ». Je n'osais aller plus loin dans ma réflexion, j'avais peur de savoir… Peur de comprendre.
Un officier de bas étages vérifiait les dimensions et mensurations de tous les garçons arrivés à son niveau. Il les faisait tourner sur eux-mêmes, pressait leurs bras frêles pour palper leurs muscles, passait ses mains dans leurs cheveux pour en apprécier la texture. Il allait même jusqu'à inspecter leurs dentitions en leur ouvrant la bouche en grand. Les plus chétifs ou les moins beaux étaient mis à l'écart et emmenés dieu sait où, tandis que les autres restaient dans la file.
Mon tour vint. Cet homme ventru me touchait partout, ses mains calleuses se posaient sur mon torse en les laissant trainer quelques secondes… Quelques secondes de trop. Ce toucher me dégouta aussitôt. Je me figeai en un rictus crispé.
Il m'ordonna d'attendre dans une langue étrangère. Je compris tacitement ce qu'il me disait, puisque les autres avant moi en avaient fait de même.
Les minutes me paraissaient des années, l'atmosphère lourde appesantissait mon cœur. Je n'avais aucune envie de rentrer à l'intérieur d'une de ces tentes. Des nausées me prirent, tant bien que mal je refoulai un haut le cœur, en fermant les yeux et en avalant ma salive acide. Je ne pouvais pas être malade, pas dans cet endroit horrifique.
Les battements de mon cœur s'emballaient comme s'il allait exploser, j'avais envie de pleurer. Comme un petit enfant qui perdit sa maman. J'étais seul parmi cette foule, parmi ce bétail car c'est ce que nous représentions pour eux. Des animaux de foire, de la marchandise, de la chair fraiche.
Moi j'aurais bien aimé un peu plus de tendresse
Ou alors un sourire ou bien avoir le temps
Mais au suivant au suivant
Ce ne fut pas Waterloo mais ce ne fut pas Arcole
Ce fut l'heure où l'on regrette d'avoir manqué l'école
Mais je jure que d'entendre cet adjudant de mes fesses
C'est des coups à vous faire des armées d'impuissants
Au suivant au suivant
Le soldat m'indiqua de rentrer dans la tente qui se tenait en face de moi, d'un geste brusque il me poussa à l'intérieur. Je manquai de trébucher en entrant. L'odeur de moiteur âpre des ébats passés me prit à la gorge. Je réprimai une envie de vomir. Encore une fois. Je portai ma main devant mon visage pour en atténuer le désagrément.
Je sus immédiatement que je ne me trouvais pas dans la tente d'un simple trouffion. Non, moi j'avais « l'honneur » d'entrer dans celle d'un gradé, un colonel ou quelque chose de similaire. Un lit se plaçait à gauche de la tente, à côté une table de chevet sur laquelle se posait une lampe à huile.
Toute ma vie les gens me complimentèrent sur ma beauté pure. Je n'en avais cure. Voilà où elle me conduisit à ma perte. Quelque chose me fit pressentir que les heures à venir allaient être un vrai calvaire.
Lui.
Il était assis à l'autre bout de l'espace me détaillant des pieds à la tête en fumant. Ses yeux rugueux luisirent à la clarté du papier incandescent qui enflamma sa cigarette.
Mon tortionnaire n'était pas un vieillard ventripotent. Non. Malgré son visage juvénile, son attitude sévère montrait qu'il ne ferait preuve d'aucune compassion. La peur commençait à me gagner. Il éteignit sa cigarette dans le cendrier sur la table, puis se leva et se posta en face de moi. Je baissai instinctivement la tête. Ses traits fins mais empreints de sévérité, ses manières hautaines me remirent à ma place. Ma place de chien miséreux. Les tremblements courraient le long de mes bras pour s'infiltrer dans mes jambes. Ma respiration saccadée hurlait ma terreur. Je sursautai quand il passa une main dans mes cheveux. Ce contact me répugna instantanément. Lui, chuchotait des paroles incompréhensibles pour moi, je ne pus les traduire. Sa voix aride pénétra dans mes oreilles comme une agression. Je ne pouvais pas le regarder en face. Il me releva le menton qu'il maintint à l'aide de sa baguette en me salissant juste par son regard outrageux. J'étais complètement terrifié par cet homme.
Il m'indiqua le lit avec sa cravache pointée sur le matelas en me parlant sèchement de son accent tudesque.
Je n'eus pas le temps d'avancer qu'il me cingla le dos avec. Je crispai ma mâchoire en retenant un cri. Un autre coup me brisa la colonne, je tombai sur le lit. Il se positionna derrière moi et m'arracha ma serviette, seul maigre rempart contre cette folie humaine. Je fus nu en une demi-seconde, offert à ce monstre.
La suite fut une succession de sévisses plus effroyables les uns des autres. Pour une première fois j'avais espéré autre chose…
Je m'imaginais être bercé de tendresse, de paroles chaleureuses, de doux baisers. Il n'en fut pas ainsi malheureusement. J'aurai espéré qu'il me prenne dans ses bras, qu'il ait plus de considération pour moi. Cela ne se passa pas comme ça.
Ses cris également trahissaient sa nationalité étrangère, ils me perçaient les tympans, m'insultant comme la dernière des catins. Son souffle court, ses expirations moites, marquaient mon cou comme des empruntes indélébiles. Je l'avais en horreur.
Je priais pour que cette séance passe le plus vite possible au fur et à mesure des cognements et des grincements sordides du lit. Il me dominait de sa hauteur et de sa force. Je ne me débattis même pas. Je subis tout simplement. Mon immobilité le lassa à la longue. A la fin il m'ordonna de m'en aller en jetant ma serviette hors de sa tente.
Il me retint par le bras. Je connus mon dernier outrage. Dans un accès de sadisme il se saisit d'une paire de ciseaux et me coupa les cheveux. Mes mèches azure tombèrent au sol en gros paquets. Impuissant je les regardai chuter à terre sans rien pouvoir faire. Le dernier vestige de ma beauté lui fut cédé. J'abandonnai une partie de moi à cet homme exécrable. A ce monstre. Lui, ramassa ma chevelure et la porta devant son nez pour en humer la fragrance. Un éclat immonde se libéra de ses prunelles ferreuses. Il jubilait de m'avoir comme un trophée.
Je fus libéré de cet être vomitif.
Je partis transi de froid et parcouru par des soubresauts qui faisaient tressaillir mon corps tout entier. Là, dehors, comme une bête sans dignité je me repliai sur moi, nu et exposé en pleurant de honte.
Mes larmes ne laveraient jamais ce sentiment de souillure qui s'empara de moi lorsque je sortis en boitant de la tente de ce colonel. Cet homme ne me prit pas juste ma virginité, mais mon innocence et une partie de mon être. Jamais plus je ne pourrai l'oublier. Lui et son visage acrimonieux, sa voix dure, sa force brutale, ses cris sauvages. Il grava sur ma peau la marque de son sceau, et moi j'expulsais tout le dégout qu'il m'inspirait par terre, sur le sol boueux de la campagne française. Les soldats passaient à côté de moi sans porter un seul regard en ma direction. Je, nous, ne représentâmes rien pour ces « hommes ».
Je jure sur la tête de ma première vérole
Que cette voix depuis je l'entends tout le temps
Au suivant au suivant
Cette voix qui sentait l'ail et le mauvais alcool
C'est la voix des nations et c'est la voix du sang
Et depuis chaque femme à l'heure de succomber
Entre mes bras trop maigres semble me murmurer
Au suivant au suivant
Et depuis ce jour fatidique je crois l'entendre encore dans mon sommeil. Cette voix prussienne, elle vient me hanter et viole mes rêves. Elle me souille continuellement, jour après jour, nuit après nuit.
Je ne connais plus le repos, je revis cette scène à l'infini. Et je le vois lui. Encore et encore. Ses yeux me détaillent comme lorsque l'on subit un examen médical. Froid, chirurgical, sans état d'âme, presque aseptique.
N'est-ce pas ironique ? Je ne connais même pas le nom de celui qui me déshonora. Je ne peux même pas le maudire en invoquant son prénom comme une insulte, ce droit m'est enlevé aussi. Je ne sais pas s'il fut arrêté ou s'il vit tranquillement là-bas, loin, dans ce pays étranger, avec femme et enfants comme si de rien n'était.
Cacher un monstre ne doit pas être évident.
Son odeur s'imprègne partout sur mon corps, même les bains à répétitions ne l'effacent pas.
Pour oublier je me perds. Dans des bras de charmantes jeunes filles qui sont douces elles. Leurs gestes délicats me couvrent de tendresse, de promesses d'amour et de fidélité mais je ne les écoute pas. Elles passent comme les saisons s'écoulent au fil des ans. Sans ressentir quelconque émotion je fais semblant. Je les aime pour le temps que leur fraicheur me ramène parmi le monde des vivants. Elles me parlent, elles. Me disent que je suis beau, attendrissant, charmant, bouleversant. Parfois je ne veux plus les entendre, j'aimerais juste qu'elles se contentent de combler le vide de ma vie sans paroles superflues. L'avantage est que pendant ce temps, leurs voix couvrent la sienne. A lui.
Ce son que je prends en horreur.
Ce son qui me fait frissonner.
Ce son guttural qui avale ma fierté.
Ne plus l'entendre dans ma tête ne serait-ce qu'une journée serait un soulagement pour ma part.
Tous les suivants du monde devraient se donner la main
Voilà ce que la nuit je crie dans mon délire
Au suivant au suivant
Et quand je ne délire pas j'en arrive à me dire
Qu'il est plus humiliant d'être suivi du suivant
Un jour je me ferai cul-de-jatte ou bonne sœur ou pendu
Enfin un de ces machins où je ne serai jamais plus
Le suivant le suivant
J'en arrive à être pathétique.
Navrant, répugnant puisque la nuit je me demande s'il m'aima ne serait-ce que durant les heures que nous passâmes ensemble…
Est-ce que ma personne le marqua ? Qu'a-t-il fait de ma chevelure azurine ? L'a-t-il gardé ou jeté comme une ordure ménagère ? Pense-t-il à moi parfois ? Est-il mort ?
Je n'arrive plus à me regarder dans la glace, ne serait-ce pour m'apprêter. Mon image m'horripile sans en connaitre la cause exactement.
C'est comme s'il ne me quittait pas, attaché éternellement à un souvenir violent. A un individu infecte. Voici ma condamnation pour avoir été un jeune homme naïf et trop insouciant. Je suis encore l'objet d'un monstre sans scrupule qui me torture à l'infini malgré son absence.
Si je pouvais m'en détacher… Si je pouvais tout oublier…
Et les autres… Ceux qui se trouvaient derrière moi… Quel sort eurent-ils ? Peut être furent-ils meilleurs que moi ? Pourquoi je me pose ce genre de question saugrenue ? Est-ce que j'aime à ce point l'autoflagellation pour me demander si mon tortionnaire me préféra aux autres ?
Juste, probablement, je suis sale, autant que lui. Il réussit à m'avilir, à me façonner à son image. Son portrait gravé dans mes chairs m'emprisonne à sa personne, jamais je ne connaitrai la quiétude d'un amour chaste. Jamais je ne gouterai au bonheur simple. Je m'enfonce continuellement dans les affres de la sordidité.
Je passe ma main dans mes cheveux pour les lisser, me lève, enfile un peignoir de satin noir. Je contourne exprès le miroir à pied qui se trouve devant mon armoire. J'ouvre ma porte et prononce d'une voix dénaturée.
« Au suivant »
Il m'accompagne également quand je suis avec eux.
FIN
