Bonjour à toutes et à tous, ou bonsoir aussi.

Première mondiale : j'ose faire de l'humour avec mon couple chouchou de tous les temps de l'univers ! C'est la première fois que je les confronte ainsi.

Je ne les tourne pas en dérision mais j'appuie sur certains points, j'aime aussi fustiger mes persos favoris xD

Comme j'ai publié pas mal d'Angst pour ce recueil je varie en y incorporant des touches plus légères. Et puis ils m'inspirent dans toutes les situations et dans toutes les positions (esprit tortueux de l'auteure).

Titre : Love in married, titre d'une veille série américaine ou les joies du mariage (o.~).

Rassurez-vous, je ne montre pas Minos en Al buvant de la bière, non jamais ! Ni Albafica avec une mise en pli de choucroute sur la tête – cf. la tête des acteurs.

Résumé : Minos peut enfin vivre une vie de couple épanouie avec son cher Albafica après tous ces siècles de séparation. Mais l'union est-elle vraiment une bénédiction ?

Rating : T

Pairing : Minos/Albafica

Genre : Romance / Humour / Parody

Bonne lecture,

Peri.

RaR :

Alba de la rause : merci pour toutes tes reviews consécutives sur ce recueil. Je suis de ton avis, il n'y a pas assez de fics et d'auteurs se consacrant à ce magnifique couple. C'est par pur égoïsme que j'écris sur eux, mais je suis heureuse de voir que je ne suis pas la seule à apprécier ce pairing :)


Love in married

Ce matin aux Enfers tôt aux aurores, Minos du Griffon se préparait pour aller voir Hadès qui l'avait convoqué pour un entretien. Effectivement, en début de semaine le sombre monarque donna l'ordre à son deuxième juge de venir le voir pour une chose importante, sans lui préciser l'objet de sa convocation. Donc Minos se pomponnait dans sa suite.

Se pomponnait vous avez parfaitement lu. Il faut dire que pour dompter une chevelure pareille il faut s'y prendre de bonne heure pour être prêt à temps. Il peignait ses cheveux après avoir pris soin d'appliquer son spray spécial cheveux fins… Une nouveauté du monde moderne qu'il appréciait largement. Grâce au petit ami de son frère il était au courant des dernières technologies du monde des humains. D'ailleurs ce dit « petit ami » en faisait profiter tout le monde y compris Eaque qui raffolait des hamburgers – son frigo en débordait. A ce rythme là il perdrait sa musculature et ses tablettes de chocolat mais il s'en moquait. Seul comptait sa passion pour le bacon frit. Bref passons, Minos hésitait entre tresser de petites nattes le long de ses oreilles ou non. Il avait vu que ce style de coiffure allait à ravir à certains personnages de romans. Mais Minos ne s'appelait pas Legolas Verte-Feuille donc il s'abstiendra de sortir de son palais avec une coiffure ridicule.

Il s'engagea dans la huitième prison de son air sévère et pet-sec pour entrer à la Giudecca. Tous tremblèrent en voyant s'avancer Minos du Griffon, mais ça aussi vous en avez l'habitude…

Pandore jouait de la harpe à côté d'Hadès qui ne l'écoutait vraisemblablement pas. Minos se mit à genou en attendant que son seigneur lui adresse la parole.

— Relèves-toi Minos. J'ai une très bonne nouvelle à t'annoncer.

Minos se releva pour fixer l'air incrédule son seigneur. Jamais Hadès ne leur annonçait une bonne nouvelle, sauf quand il s'agissait de partir en croisade contre une quelconque déité. Et pour le vendredi jour du poisson – étant norvégien notre juge préféré adore le poisson, comme le petit ami de son frère.

— Je vous écoute votre majesté sublime.

Note : Hadès raffole des qualificatifs pompeux qui flattent son égo. Ses spectres n'hésitent pas à lui passer de la pommade pour le flatter.

— Merci Minos. Je te disais donc que j'ai une très bonne nouvelle qui te fera plaisir j'en suis certain. Voilà, depuis des siècles tu nous tannes avec ta folie du poisson. Et là je ne parle pas de ton plat favori mais de l'ancien chevalier de ma chère nièce. Le susnommé Albafica chevalier des Poissons. J'ai effectué un sondage parmi ta garde personnelle ainsi qu'auprès de tes frères. Et tous s'accordent à dire la même chose… Minos… Ils en ont ras-le-bonbon d'entendre tes jérémiades à longueur de temps. Rhadamanthe frôle la dépression nerveuse, Rune menace de se percer les tympans et Byaku demande à être muté dans le désert de Gobi pour ne plus t'entendre… Tu agaces tout le monde en somme. Et moi par la même occasion. S'il te faut ça pour te rendre heureux et bien soit ! Dans ma miséricorde je t'accorde le droit de vivre en toute liberté ton amour pour ton humain décati. Minos… L'instant est solennel… Tu as ma permission pour entretenir une liaison avec ce mortel.

Minos papillonna des yeux plusieurs fois de suite à travers sa frange. Il ne comprenait pas tout là… Hadès reprit.

— Mais ne me regarde pas avec ton air niais mon pauvre ! Dis quelque chose. Baise-moi les pieds, couches-toi par terre mais fais quelque chose !

— Euh… Merci votre majesté mais Albafica est mort… Comment je pourrais vivre avec lui ?

Hadès sourit puis émit un petit rire enfantin qui lui allait parfaitement bien.

— Mais là est toute la surprise Minos… Et c'est à ce moment là que tu vas apprécier mon cadeau…

Le dieu des Enfers claqua des doigts et les pans des rideaux derrière lui s'ouvrirent.

— Je te présente pour la seconde fois de ta vie Albafica ancien chevalier des Poissons. Il est à toi fais-en ce que tu voudras.

Minos chercha du regard derrière le trône d'Hadès quelques secondes. Puis il le vit. Albafica en personne se tenait à la droite de sa majesté tout penaud les bras croisés et la tête baissée. Il la relevait un peu seulement pour jeter des œillades à Minos avec un petit teint rosé. Puis il l'abaissait aussitôt. Le juge quant à lui se mit dans le même état nigaud. Il joint ses mains qu'il posa sur sa bouche et se balançait de gauche à droite comme les enfants impatients de découvrir leurs cadeaux de Noël. Il émit un petit rire sadique pointant vers le psychotique. C'était touchant…

Les jeunes gens – tout est relatif – se regardaient rougissant sans se parler sous la bienveillance d'Hadès qui commençait à s'impatienter. Ils n'allaient tout de même pas rester là jusqu'à la fonte du Cocyte ?

Albafica n'osait plus soutenir le regard de son ancien amour et Minos ne prenait toujours pas la parole.

Ulcéré par tant de mièvrerie, Hadès se leva, prit le chevalier par le bras pour l'amener à son juge. Il lui refila la marchandise.

— Bon aller, faites-vous un bisou et qu'on n'en parle plus. Albafica tu logeras chez Minos, vous vous connaissez suffisamment pour ça. Après ce que vous avez vécu ne perdons plus de temps. Vous pouvez disposer je ne vous retiens pas.


Minos bredouilla des remerciements puis partit en tenant par la main son doux poisson. Il marchait devant tandis que le ressuscité le suivait toujours en baissant la tête. Il mit sa main devant sa bouche et gloussait à présent. Personne ne se regardait en face, ni se parlait. Ils quittèrent la Giudecca mais au moment de franchir la porte Minos plaqua Albafica contre une colonne en marbre et l'embrassa à pleine bouche. Il dévala ses mains sur les courbes poissonneuses pour retrouver des sensations perdues. En langage clair, il le pelotait comme il faut. Au lieu de s'en offusquer, bien au contraire Albafica leva une jambe pour l'enrouler autour de son ancien-nouveau amant en s'agrippant à ses épaules. Il gémissait comme une otarie en chaleur à la saison des accouplements. Le couple sulfureux s'en donnait à cœur joie. Les gardes furent gênés ils sortirent, Rhadamanthe passa et tourna sa tête en ouvrant sa bouche de plus en plus. Il n'en revenait pas de l'audace des deux tourtereaux ! Avant que son maxillaire ne se décroche pour tomber au sol il quitta les lieux au plus vite.

Albafica continuait de se frotter contre Minos et de gémir. Il lui massait les fesses à présent. Avant d'être enfermer dans les cachots du seigneur pour attentat à la pudeur, Minos embarqua son amour retrouvé en le tirant par le bras. Ils coururent jusqu'à Toléméa. Pour s'enfermer dans la chambre. Toute la journée. Toute la nuit. Et la journée d'après.

Ils se remémorèrent leurs souvenirs, se racontèrent ce qu'ils vécurent entre temps. Surtout Minos vu qu'Albafica était mort depuis tous ces millénaires, il n'eut rien de plus à raconter. Ils s'aimèrent de nouveau et leurs voisins du dessus et du dessous profitèrent pleinement du chant de la sirène s'époumonant à hurler le prénom de « Minos oui vas-y c'est bon quand t'y vas à fond ».

Qui a dit que le chevalier à la rose était chaste et prude ? Idioties !

Pour concurrencer son voisin, Rhadamanthe redoubla d'efforts pour satisfaire son petit ami du moment. Par contre Eaque qui n'avait personne et qui était en manque par le fait, mangeait son édredon pour ne pas finir fou. Tout le monde s'amusait sauf lui. La vie fut bien injuste pour un juge aussi sexy que lui. Sexy mais seul, là résidait sa malchance.

Oo0oO

Minos ne décollait plus de son palais, le matin il regardait son amour préparer des pancakes et des œufs brouillés pour lui. Il buvait du jus d'orange frais tous les jours. Le bonheur des retrouvailles le transporta dans un monde bleu où flottaient des petits poissons au dessus des nuages… Il n'en a pas l'air de prime abord mais il est très romantique.

Qui a dit neuneu !? Attention…

Il retrouva sa jeunesse d'antan dans les bras de son amour éternel. Albafica prit ses aises dans ses nouveaux appartements. Ils étaient plus tempérés, voir plus chauds que son ancien temple de jadis. D'ailleurs il fut bien content de ne plus y remettre les pieds. Il ne faut pas croire, dans les hauteurs du Sanctuaire il y règne un froid glacial. Entre les courants d'airs et l'atmosphère ambiante polaire du temple du Verseau, se retrouver coincé dans le douzième temple n'est pas une partie de plaisir… De plus, de devoir se coltiner des milliers de marches plusieurs fois par jour n'est pas des plus plaisants. C'est pour cette raison que les chevaliers des Poissons sont des solitaires et qu'ils ne quittent que très rarement leur maison… Par fainéantise !

Il ne voulut même pas connaitre la nouvelle identité de son remplaçant, il s'en moquait comme de sa première épine. Tout ce qui comptait se trouvait dans les iris anthracite de l'amour de sa vie. Son regard de pervers le chamboulait comme au premier jour. Son rire de sadique-tueur-psychopathe le faisait fondre. Il vivait enfin avec Minos, au grand jour sans se cacher et sans être mort.

N'allez pas imaginer que le Griffon abusa du corps sans vie de son cher et tendre ! Heureusement pour ce dernier, sa dépouille ne résidait pas aux Enfers sans ça, qui sait ce qu'il aurait pu faire en effet…

Ils partageaient tout ensemble. Les bains coquins, les siestes crapuleuses, le sirop d'érable dans leur câlins – le sirop ça colle aux poils attention –, leurs assiettes respectives. Minos adorait donner la bectée à son petit alvin. Inversement, Albafica adorait démêler les nœuds de la chevelure lactescente de son griffon. Son griffon… Quel doux nom… C'était son petit moineau des îles et personne ne le touchait à part lui. Leur complicité croissait de jour en jour, personne ne reconnaissait l'intransigeant juge.


Il se décida à regagner sa fonction de juge pour le plus grand soulagement de Rune qui n'en pouvait plus de devoir tout assumer à lui tout seul. Au tribunal rien ne changeait, le Griffon affichait toujours son sérieux et son sectarisme pour juger les âmes. Il scribouillait quelconque conclusion sur un parchemin quand déboula telle une tornade bleu Albafica.

— Mimi je t'attends ! Le repas est prêt mon moineau. J'ai fait du saumon fumé !

Les yeux de Rune se révulsèrent, il crut à une hallucination auditive tellement les paroles de cette espèce de morue… Pardon… Défunt chevalier, lui arrachèrent les tympans !

« Mimi », « mon moineau »… Ca signifiait quoi ces mots absurdes ?

Il tiqua et jeta un regard noir en direction de son supérieur.

— Oui j'arrive deux petites secondes.

La tornade bleu repartit en laissant derrière elle un sillage de mèches azure voler dans l'air.

— Excusez-moi messire Minos mais… N'est-ce pas ridicule ces surnoms ? Cela ne vous représente pas en qualité de juge. En fait, pour tout vous dire, cela me choque. Comment pouvez-vous tolérer de telles proférations ? annonça Rune avec un sang froid exemplaire.

— Cela ne te regarde pas ! Mêles-toi de tes affaires. Sur ce, je rentre manger, je reviendrais aux alentours de quatorze heure. Si je ne suis pas là et bien commence les jugements sans moi.

Minos partit promptement en laissant un Rune un chouïa énervé. Comment ce pauvre mortel pouvait-il prendre autant d'importance pour son seigneur et maître !? Inconcevable ! Le grand juge suprême se faisait appeler « mon moineau » et puis quoi encore ? Bravo la renommée, on est loin d'impressionner les foules avec un « Mimi d'amour ».


Les deux amants se papouillaient sur le divan du salon en omettant l'heure qui tournait. Il devait être quinze heures quand Minos se rappela qu'il avait une fonction à tenir. Mais Albafica ne voulut pas le laisser repartir. Sournoisement il l'attaqua de baisers langoureux et de douces caresses pour faire abdiquer l'intransigeant juge. Minos resta la fin de journée chez lui à forniquer, laissant son procureur se débrouiller avec son travail. Il fallait bien qu'il serve à quelque chose de temps en temps non ?

Et puis Minos avait le droit de rattraper le temps perdu zut de zut !

Personne ne réprimandait Rhadamanthe quand il recevait son petit ami chez lui. Alors pourquoi un juge bénéficierait plus d'un traitement de faveur qu'un autre ? Parce que c'était le numéro un ? Ce n'était pas équitable.

La vie se fit douce auprès d'Albafica. Ils ne se quittaient quasiment plus. Le feu chevalier débarquait n'importe quand dans la salle d'audience sous prétexte de voir son moineau des îles, il lui manquait trop. Rune en vomissait son petit déjeuner pratiquement tous les jours. Cette vision horripilante d'Albafica sur les genoux de Minos entrain de lui gratter la tête le révulsait. Il pensa plus d'une fois à se crever les yeux avec la mine de son critérium, mais s'abstint. Déjà qu'il présentait des troubles auditifs, n'allons pas rajouter à ce handicap la non-voyance.

Rhadamanthe prenait comme une attaque personnelle ces démonstrations en publique de la part de son frère. Etant de nature compétitrice il en rajoutait des couches pour battre Minos à son petit jeu. Lui aussi se permis de faire venir son petit ami dans son bureau ou dans son tribunal pour montrer ses talents de lutteur grec. L'on pouvait affirmer que le chaos régnait en maître au sein des tribunaux… Seul le troisième restait calme et lugubre. Eaque soupirait une main posée sous son menton à chaque feulement ou rugissement de la part de ses collaborateurs d'à côté. Pauvre petit aiglon esseulé, personne ne se souciait de son sort…


Minos rentrait tranquillement chez lui en cette fin de journée pour retrouver son amour éternel quand il le vit justement à moitié nu, vêtu seulement d'une serviette éponge enroulée autour de son corps. Il déambulait dans les couloirs de la deuxième prison dans cette tenue impudique !

Jaloux au possible et possessif Minos vint le couvrir de son corps en essayant de le cacher à la vue de tous. Il brailla.

— Mais enfin Alba ! Qu'est-ce qu'il te prend de sortir à moitié nu ? Tu es fou ! Tu es inconscient ! Si Eaque te trouve ainsi il va te violer au détour d'une colonne ! C'est ça que tu cherches ?

— Mais non mon Mimi… Je suis venu te dire qu'il n'y a plus d'eau chaude chez nous. Je ne sais pas ce qu'il c'est passé avec le ballon d'eau chaude. D'un coup plus rien ! Pouf ! Que de l'eau glacée… J'ai cru me retrouver au Sanctuaire de mon vivant. Je m'inquiète et je voulais te prévenir. Pas de quoi en faire un drame.

— Pas de quoi en faire un drame ! Mais tu ne t'imagines pas ce que la vision de ton corps de rêve peut faire naître comme désir chez les autres ? Je te le répète : fais attention de ne jamais croiser Eaque dans cette tenue… Et ne lui tourne jamais le dos… Compris ?

Albafica acquiesça de la tête puis enroula ses bras autour de la nuque de son Mimi chéri en l'embrassant langoureusement. Minos flamba instantanément et le prit à même le sol. Et tant pis pour la pudeur. Et aussi tant pis si Eaque passait par là, il détournerait les yeux point final.

Oo0oO

N'allez pas croire que le plus pervers des spectres d'Hadès se soit ramolli sous toute cette guimauve. Seulement il profitait. Il profitait pleinement en récitant le contenu de ses ébats dans les moindres détails lors des réunions hebdomadaires avec ses collègues, ou lors des déjeuners. Ce qui agaçait fortement Rhadamanthe. Lui aussi avait des choses à raconter non d'un dragon fourchu ! Mais la bienséance l'obligeait à se taire. Quant à Eaque… Et bien quant à Eaque n'en parlons pas. Il se renfermait de plus en plus sur lui, frustré au possible.

Justement, ce jour se tenait une réunion privée des trois juges dans le bureau de Minos. Ils n'occupèrent pas celui de la Whyverne à cause de son mini bar rempli jusqu'à ras bord d'alcool fort.

Quand il commence à boire il devient colérique et on ne peut plus parlementer avec lui. Mieux vaut l'éloigner de toute tentation…

Les juges se concertaient sur des choses banales du quotidien des Enfers quand surgit tout pimpant Albafica. Il ouvrit la porte sans se préoccuper de qui se trouvait au beau milieu de la pièce pour chantonner gaiement.

— Mon Mimi j'ai trop envie de toi, je ne tiendrais pas jusqu'au déjeuner ! Prends-moi sur ton bureau comme la dernière fois !

Rhadamanthe en fit tomber son stylo, Eaque écarquilla ses yeux très intéressé par ce discours et par la vue qui s'offrait à lui. Minos se leva pour recadrer une fois de plus son amoureux transit.

— Alba je t'ai déjà dit d'être plus discret quand tu viens ici enfin voyons ! J'ai un grade à tenir moi, je ne peux pas me permettre de faire n'importe quoi.

L'ancien chevalier n'écouta rien, il empoigna son juge par les plis de sa robe de magistrat et l'amena à lui.

— Oh mon Mimi tu sais ce qui me rend fou… Parle-moi encore comme ça…

— Je n'ai pas le temps de…

Il n'eut effectivement pas le temps de parler qu'Albafica colla sa bouche sur la sienne pour le réanimer de son souffle de vie – défunte vie. Ils sortirent de la pièce, fermèrent la porte pour se retrouver dans le couloir en laissant les deux autres individus dans le bureau. Ils se contemplèrent en chien de faïence, quand ils entendirent des bruits intempestifs leurs parvenir par delà la cloison mince… En plus des cris rauques qui perçaient cette porte, les deux amants la cognaient sans répit de leurs ébats passionnés. Encore une fois la sirène s'essouffla avec des « Oh oui Mimi t'arrête pas ça vient, on s'en fout des autres ! » et Mimi lui grognait de satisfaction.

Un quart d'heure plus tard – oui ça vient vite – Minos réapparut le sourire jusqu'aux oreilles avec les cheveux ébouriffés. Rhadamanthe prétexta une affaire urgente pour aller retrouver son dragon à lui à la langue bien pendue pour vérifier une chose… Si elle était encore bien pendue justement… Eaque regagna son palais pour se consoler avec ses hamburgers. Ses spectres n'osaient pas lui dire qu'il commençait à prendre un peu de poids… C'est bien joli de compenser sa frustration avec la nourriture mais il y a une limite à tout. Dans quelques temps Eaque du Garuda ne parviendra plus à enfiler son surplis, il se fera appeler Eaque du Dodo, en comparaison au vendre dodu de cet oiseau disparu.

Kanon qui était entrain de… Entrain de faire quoi ? Kanon qui s'occupait comme il le pouvait à Caïna fut stupéfait quand il vit son amant courir droit sur lui. Sans un « bonjour comment vas-tu ? » il le fit tomber au sol, arracha ses vêtements et l'enfourna sur lui en le renversant. Bref, les dragons se déchainèrent dans l'antre de la Whyverne. Affolé par les récits de son frère, le premier juge ne put se retenir jusqu'à l'heure du déjeuner pour le plus grand plaisir d'un Dragon des mers au bord de l'évanouissement.

Eaque avala son cinquième. Non sixième hamburger en pestant sur le fait que lui se retrouvait seul et abandonné de tous. Et pourquoi plus personne ne voulait de lui aux Enfers ? N'était-il pas le plus beau, le plus sexy des spectres ? Qui le détrônait ? Qui ?

Il regarda le miroir de Pandore, avec dépit il demanda.

— Miroir mon beau miroir qui est le plus beau de ce royaume ?

Une voix nasillarde lui répondit.

— Ce n'est pas vous messire, ça c'est sûr… Votre cellulite couvre vos abdos-fessiers, il faudrait peut être perdre un peu de graisse pour espérer séduire…

De colère il balança le miroir contre le mur, il éclata en milles morceaux. Bien joué ! Il récolterait sept années de malheur. Seulement la voix ne se tut pas, elle parlait encore.

— Si je puis me permettre, une cure de remise en forme vous ferait le plus grand bien…

Stupéfait le juge tourna la tête dans tous les sens pour voir d'où provenait cette voix. Le miroir était cassé alors ? Et puis un miroir qui parle cela lui paraissait suspect à la base…

— Qui me parle ?

— C'est moi messire Eaque… Je suis derrière vous…

Il se retourna pour faire face à Cheshire du Caith-Sith qui l'examinait sourire jusqu'aux oreilles. C'est qu'il arriverait presque à faire peur avec cette mine bizarre…

— Vous désirez un peu de lait messire ?

Le Caith tendit une bouteille de lait. Il se proposa de devenir son coach sportif pour lui faire perdre du poids, ainsi il retrouverait sa silhouette svelte et il séduirait de nouveau.


Hadès quant à lui était heureux de voir ses spectres – sauf le Garuda – vivre heureux et comblés. Il organisait des banquets à chaque fin de mois pour faire voir à ses frères, sœurs, oncles, tantes, nièces, petits-cousins, petites-cousines que son royaume était accueillant et qu'il respirait la quiétude. Il rivalisait avec les dieux de l'Olympe en soirées bling-bling et clinquantes, mais si cela l'amusait, qui serions-nous pour le rabrouer ?

Athéna soit dit en passant en fut jalouse. Au Sanctuaire personne ne se divertissait comme ça ! Ceci étant dû à un certain Pope réfractaire à toute forme de modernisme, y compris pour les mœurs légères. La pauvre, ce n'est pas dans cette réincarnation-ci qu'elle perdra sa virginité…

Bref, le deuxième tribunal se trouvait encore vide ce jour. Et pour cause… Le noble juge qui devait le présider c'était loupé. Impensable me diriez-vous. Pas tout à fait… Minos s'offrait une sieste matinale crapuleuse avec son gougeons avarié. Pour ne pas changer, Rune assurait la relève pour la bonne marche des Enfers. En rouspétant toutes les cinq minutes. Il se disait qu'il n'avait pas le beau rôle et que lui aussi méritait des congés ou de se détendre… De plus, ses heures supplémentaires ne lui étaient jamais comptées. Le comble !

Rune grattait ses innombrables annotations à l'attention de son chef quand il entendit des bruits dehors… Dans la Vallée des ouragans noirs. Ces désagréments l'empêchaient de se concentrer. Il se résolut à aller vérifier de quoi il en retournait au bout d'une heure de vacarme. Le Balrog exagérait, parce que le calme troublé provenait de messire Eaque qui courait dans la plaine suivi de Cheshire sur le dos de Cerbère, qui chronométrait son temps. Le juge effectuait son footing du matin supervisé par son nouveau coach sportif à savoir, le Caith-Sith qui pour ne pas se fatiguer, montait le chien des Enfers. Ce spectacle abracadabrant choqua le procureur, il hochait la tête de gauche à droite complètement dépité par la tournure des évènements. A sa grande déception, il ne restait plus aucun juge qui fasse preuve de droiture et de noblesse. Tout partait dans tous les sens sous l'approbation du Seigneur sombre lui-même.

Même le premier juge pratiquait l'absentéisme en en abusant allégrement. Personne ne le vit de toute la semaine. Il c'était enfermer à Caïna avec son petit ami officiel. Maintenant que Kanon vivait six mois de l'année ici et qu'ils partageaient la même brosse à dent, leur histoire prit une tournure différente. Le chevalier fut reconnu par sa majesté lui-même « petit ami officiel de messire Rhadamanthe, pour le restant de sa vie, qu'il le veuille ou non ».

En conclusion : le gémeau n'avait d'autre choix que de résider auprès de son juge, s'il le quittait, sa vie en serait menacée. Carrément. C'est qu'Hadès ne plaisantait pas avec l'intégrité morale de ses spectres, personne n'avait le droit de déshonorer leur réputation.

En finissant un tour de piste, Eaque salua de la main Rune qui le regardait avec des yeux de merlan frits et l'air revêche. Je sais, vous allez me dire qu'il a tout le temps cet air là… Mais dans ce cas précis, ses traits se durcirent encore plus. Il n'était pas très avenant le Balrog, il faisait presque peur.

Il claqua la lanière de son fouet sur les cailloux de la plaine.

— Que signifie cette comédie ? Seigneur Eaque pouvez-vous m'expliquer ?

Le Garuda complètement essoufflé et en sueur – l'entrainement n'est pas une de ses priorités – arriva devant le spectre. Il haletait pire qu'une baleine mettant bas, de plus son teint halé semblait prendre une teinte pivoine, l'effort trop violent du footing eut raison de lui. Rune s'écarta une moue de dégout sur sa bouche, il se ventilait avec sa main pour éloigner l'odeur de transpiration qui en découlait. Du Garuda naturellement. Au bout d'interminables minutes, le juge put prendre la parole.

— Je m'entraine avec Catwoman ce n'est rien.

Vexé, le Caith-Sith souffla dans son sifflet d'entraineur pour marquer son mécontentement.

— Eh ça ne va pas ! Je ne suis pas une femelle mais un beau mâle, feula le spectre.

— Un mâle castré, mon cher, excuse-moi du peu… railla le Garuda.

Les bras croisés, un doigt tapotant un de ceux-ci, Rune perdait patience.

— Je me moque de vos enfantillages ! Ici c'est un tribunal, un édifice dédié aux jugements des âmes. Ce n'est pas à prendre en dérision ou à la légère… Il n'y a que moi qui me préoccupe de mes devoirs… Pendant que vous tous, les juges, vous partez en frasques digne des plus puérils enfants qui soient ! Messire Eaque j'en ai plus qu'assez, reprenez votre position je vous prie ! Et ce, le plus rapidement possible.

A l'écoute du mot « position », l'esprit libidineux du juge fit plusieurs tours sur lui-même pour en arriver à des représentations explicites du procureur en pleine gymnastique artistique. Les yeux prune brillèrent d'un éclat inquiétant ; la bête était lâchée… L'oiseau de proie se dégotta un petit casse-croûte fort apetissant… Voyant le juge perdre la raison au fil des secondes, Rune eut un mouvement de recul en présentant son fouet pour se protéger. Voyant arriver l'assaut, le Balrog prit ses jambes à son cou poursuivi par un Garuda en manque. Et un Garuda en manque ça peut faire mal, très mal…

Les autres spectres furent témoin d'un spectacle pour le moins étonnant. Toute l'après-midi ils virent Rune courir comme un dératé à travers toutes les prisons, suivi du seigneur Eaque en grande forme, le rattrapant de peu.

Oo0oO

Mimi d'amour se prélassait dans son lit entre les bras de son amant. Tout heureux qu'il était depuis leurs retrouvailles. Albafica s'étendit ventre contre le matelas, prenant une pose lascive. Il s'amusait à balancer ses jambes en le regardant d'un air mutin.

— Dis Minos, tu les aimes mes fesses ? (1)

— Oui très, répondit ce dernier en effleurant le galbe de ses rondeurs avec son doigt.

— Elles te plaisent ?

— Oui, beaucoup.

— Et mes cheveux tu les aimes aussi ?

Le Griffon passa ses mains dans les mèches azurines.

— Oui, énormément.

Albafica se mordit la lèvre inférieure, ce qui renforça son expression de petit lutin séditieux.

— Et mon sexe tu l'aimes dis ?

Il roula de côté pour faire face à son amant. Minos déposa délicatement ses doigts sur l'objet du plaisir puis déclara d'une voix suave.

— Encore plus…

Le chevalier défunt se mit sur le dos en riant, tout en jouant avec une mèche immaculée.

L'amour, le vrai, l'unique, l'éternel… Il emportait les tourtereaux dans des élans passionnés et les transportaient tous deux sur un petit nuage peinturluré de bleu et de gris.

Les mois s'écoulèrent paisiblement à la Giudecca, on aurait pu croire qu'Hadès convoqua Aphrodite la déesse de l'Amour tant ses spectres rayonnaient de joie.

Les meubles du premiers tribunal étaient renversés quasiment tous les jours mais pas à cause des accès de colère du juge… Non… Tout simplement parce qu'il jouait à saute mouton avec son dragon. Ses spectres rangeaient la salle d'audience tous les soirs pour la retrouver dans le même état dévasté le lendemain. Quelle perte de temps et d'énergie pour rien, mais qui étaient-ils pour conseiller à leur supérieur d'aller effectuer ses galipettes ailleurs ?

Minos voyait les traits de son visage s'affaisser de plus en plus, le manque de sommeil le rendait exécrable – personne ne vit véritablement la différence avec d'habitude. Il buvait café sur café pour tenir éveillé toute la journée. Il ne dormait plus, aussi simple que ça. La faute à Albafica qui le surmenait sur le plan horizontal. Il n'en avait jamais assez. Quémandant caresses et attentions… Quand Minos invoquait un mal de crâne, le chevalier lui faisait subir « l'étoile de mer », de loin sa plus terrible attaque. C'est-à-dire qu'il attendait que son petit ami de juge s'allonge dans son lit pour lui sauter dessus, bras et pieds écartés et de le plaquer contre le matelas en retenant ses membres pour l'empêcher de bouger. Minos suffoquait sous d'innombrables embrassades et papouilles, abdiquant toujours. Seulement sa santé physique déclinait, il ne tenait plus la distance !

Qui eut cru que le Saint Albafica vierge immaculée de son vivant, fut une machine de sexe ? De sexe et non de guerre, notez la différence.

Pour sa défense, il plaidait coupable. Coupable d'avoir un petit ami aussi affolant, ses arguments faisaient mouche à chaque fois et Minos fondait comme neige au soleil. Malin le poisson, malin…

Quasiment tous les jours le poisson venait visiter son amant au tribunal, ou l'accompagnait faire ses rondes dans les diverses prisons. Il alla même jusqu'à l'assister dans une de ses séances de torture, sans aller jusqu'à participer n'exagérons rien. L'amour rend aveugle et Albafica le prouvait. Au début, cela réjouissait hautement le Griffon de voir que son tendre aimé s'intéressa à ses passe-temps. Maintenant il devait se l'avouer, tout ça le gonflait prodigieusement !

Il était constamment collé à son amour quoi qu'il fasse. Ses mouvements n'étaient plus libres mais emprisonnés par deux bras fins mais musclés qui le retenaient de toutes leurs forces. Minos reçu un blâme pour retard car le matin il arrivait à son poste aux alentours de quinze heures… Vous conviendrez que cet horaire est quelque peu abusé. Rune ne lui adressait plus la parole, se contentant de lui parler par mots interposés.


Ce soir Minos rentrait de sa journée de labeur exténué et harassé. Quand il passa le pas de sa porte la vision qu'il eut de son palais le laissa sur le carreau littéralement. Albafica chantait en ajustant un vase rempli de fleur. Ce n'était pas des roses mais des mandragores léguées gentiment par Fyodor. S'il n'y avait eu que ça ! La pilule aurait pu passer mais… Le juge releva la tête et contempla « la nouvelle décoration » de son palais… Pendant son absence son tendre alvin décréta de refaire la décoration en y incorporant ses propres goûts. Qui n'étaient pas les mêmes que son amant évidement.

Le hall principal desservant le salon fut repeint dans les tons bleu pastel. Les tableaux des scènes des Enfers où damnés et monstres mythologiques qui s'enchevêtraient, furent remplacés par des peintures de paysages marins ou de couchers de soleil. Ses meubles style Renaissance sobres furent mis au rebus et détrônés par des méridiennes garnies de dizaines de coussins et dentelures froufrouteuses. Son immense cheminée surplombée de deux magnifiques gargouilles se vu revisitée par les soins du jeune nouveau maître de maison… Au lieu des pierres grises et moyenâgeuses, la cheminée était décorée d'un splendide marbre blanc venu spécialement d'Italie. En haut de celle-ci un immense cadre mettant nos amoureux en évidence trônait sur le mur. De quoi attiser les moqueries de ses spectres pour les prochains millénaires à venir…

Et pour ajouter une note de malheur, sur pratiquement chaque objet de décoration était dessiné des poissons s'entrelaçant. Albafica poussa même le vice jusqu'à enjoliver les toilettes de dauphins… Allant jusqu'à coller des stickers sur l'abattant des toilettes ! L'horreur ! La honte ! Minos en fut retourné, il plaqua sa main devant sa bouche pour se retenir de ne pas hurler – ou pleurer de dépit. Il courut de partout pour vérifier le chamboulement de son palais, un cri d'horreur transperça la nuit tombante… Minos découvrit que son lit possédait des voiles qui tombaient aux pieds dans les tons rose et violet. Son amant avait osé commander un lit à baldaquin !

Par le bec du Griffon sacré ! Qu'avait-il fait ? Sacrilège ! Albafica offensa ce lieu lugubre en y apportant de la gaieté et des couleurs. Abomination.

Trop ce fut trop, Minos tomberait en dépression à ce rythme là. Parce que le maître des lieux n'était plus celui que l'on croyait… Son cher poisson investissait ses appartements comme s'il eut été chez lui. Impensable !

Une dispute s'en suivi avec des cris, des revendications et des mises au point. Mais c'est encore le gold qui gagna la partie ; en affichant une petite moue triste et des yeux larmoyants. Bref, les dauphins resteraient et les voiles du lit aussi.

Albafica : un. Minos : zéro.

Les choses ne s'amélioraient pas au contraire… L'on pouvait entendre de plus en plus des disputes conjugales émanées du deuxième palais. Les voisins du dessus et du dessous eurent tout le loisir de participer malgré eux aux éclats de voix des loustics. Rhadamanthe en était agacé tandis qu'Eaque jubilait de voir que son demi-frère subissait des crises à répétitions. Il ne serait peut être plus le seul célibataire des Enfers…

Ce qui ravissait notre deuxième juge, l'irritait au fil du temps. Les démonstrations passionnées de son amant le gavait. Ses mots d'amour aussi. Il prit enfin conscience qu'il ne garderait pas la confiance de ses troupes avec des sobriquets aussi ridicules que « mon moineau des îles » ou des « Mimi d'amour ».

Quand il passait dans les prisons il entendait des murmures et des rires dirigés contre lui. Et Minos détestait se voir être la risée de l'armée d'Hadès… Il tua un ou deux spectres pour donner l'exemple afin de préserver sa réputation.

Albafica restait désinvolte et heureux en tout état de cause. Enfin… Pas tant que ça puisque les petites manies de son juge perfide favori lui mettait les nerfs en pelote. En effet, messire Minos laissait trainer ses chaussettes sales en dessous du lit et ne rabattait jamais la lunette des toilettes quand il y allait. De surcroit, monsieur le juge en titre possédait des tas de barquettes de poisson congelé dans son réfrigérateur, ce qui ne laissait plus de place pour les glaces à la mangue d'Albafica. Les petits désagréments du quotidien pesaient lourd sur la relation des nouveaux amoureux.

Nous pouvons les comprendre, effectivement, devoir passer des centaines d'années seuls chacun de leur côté en résulte des habitudes de vie de vieux garçons. Il n'est pas facile de vivre à deux du jour au lendemain quand on est un célibataire endurci. Et personne ne pliait face à l'autre. Les scènes se multipliaient et c'est souvent que Minos cassait bon nombres d'objets ou d'assiettes et qu'Albafica partait en claquant la porte.

La vie n'est pas simple pour les chevaliers ressuscités ainsi que les spectres morts. Le seul qui fut véritablement épanoui se nommait Rhadamanthe. Pour lui tout roulait comme sur des roulettes, rien à signaler.

Eaque quant à lui reprenait du poil de la bête en sculptant son corps encore et encore sous l'effort. Cheshire se révélait être un incroyable coach sportif et de vie. N'hésitant pas à lui donner des conseils de séduction également. A force, notre cher Garuda avait perdu la flamme de l'attraction, il perdit confiance en lui et en ses talents de fabulateur. Donc, notre Caith préféré l'aidait sur plusieurs niveaux, tout gentil qu'il était…

Enfin gentil fut un bien grand mot, en contre partie de son aide précieuse, le petit félin espérait être promu à un rang supérieur que « dame de compagnie pour Pandore ». Fonction peu reluisante en soit, vous en conviendrez… Donc par conséquent, Cheshire voulait monter en grade et se retrouver en tête de cortège d'une mini troupe de spectre qui porterait comme nom « le clan des Chats sauvages ».


A plus le temps passait et à plus les sujets de discorde se multipliaient pour notre couple de bienheureux. Maintenant Minos s'exaspérait de l'attitude collante voir gluante de son amoureux et celui-ci se révoltait du comportement abrupte de son minouche revêche. Rien n'allait plus à Toléméa.

Rhadamanthe vint un soir en robe de chambre en personne pour sermonner son frère sur le boucan émis – il fit sensation dans sa robe de chambre écossaise, et oui il ne portait rien en dessous.

Un jour de colère, le second juge piétina toutes les mandragores de la maison sous les yeux révulsés de son amour. Pour se venger celui-ci lui cuisina le soir du saumon avarié… Minos eut une monumentale crise de foie et passa sa nuit en compagnie des dauphins des toilettes. Les petites mesquineries étaient de mises dorénavant. Quand une crise éclatait, à coup sûr les représailles pleuvaient. Et Eaque jubilait chez lui en souriant de toutes ses dents.

Hadès fut mis à contribution en jouant le rôle de médiateur de couple, ou de psy à voir… Les intéressés se tenaient dans la salle du trône ou présidait majestueusement son altesse sérénissime, entouré des avocats des deux parties à savoir Rhadamanthe défendant Minos et Kanon représentant Albafica.

Eaque tenait le rôle de… De… Personne ne savait ce qu'il faisait là mais il assistait aux débats. Rune s'occupait de retranscrire la séance, il était greffier, son statut baissa pour son plus grand désarroi.

Kanon marchait de long en large en prenant des poses intellectuelles et en gesticulant comme les avocats des séries télévisées. Il regarda peut être un peu trop les séries américaines…

— Votre honneur, mon client ici présent n'est pas en torts. Si le fait de prouver l'amour qu'il a envers son compagnon s'apparente à une faute où va-t-on ? Je vous le demande. Tous les torts vont à l'encontre de Minos. C'est son caractère de cochon qui détruit leur relation. Il faut le répudier !

— Tu y vas un peu fort Kanon… Ce n'est pas un procès je te le rappelle, intervint Rhadamanthe. Ce n'est qu'une médiation pour tenter de renouer le dialogue entre les deux intéressés, rien de plus. Ne t'emporte pas s'il te plait.

— Mais tu admets que Minos possède un sale caractère et qu'il ne fait aucuns efforts pour s'adapter au mode de vie d'Albafica.

— Je ne dirais pas ça, il fait des efforts, il a accepté sa nouvelle décoration sans rechigner. Mais Albafica doit comprendre que son compagnon a des devoirs et des obligations ici, et que par conséquent il n'est pas tout le temps disponible pour le divertir… De plus, il a une mauvaise influence sur Minos puisqu'il déserte son poste de magistrat depuis qu'il s'est installé à Toléméa.

— Ce ne sont que des démonstrations d'affection, pas de quoi fouetter un chat.

Cheshire toussa plusieurs fois.

— Pardon, dit Kanon dans un sourire complaisant. Je persiste, il faut répudier Minos !

— Est-ce que j'ai mon mot à dire là dedans ? s'exaspéra Minos.

— Non, répondit le chevalier des Gémeaux.

Hadès commençait à perdre patience, cette mascarade ne menait nulle part d'autant plus que les deux amoureux se faisaient la tête en boudant chacun de leur côté. Pendant ce temps Eaque jetait des clins d'œil pas du tout discrets à Rune qui baissait la tête de gêne.

Le dieu des Enfers se prononça enfin.

— Si nous ne trouvons pas de compromis je ne sais pas où tout ceci nous mènera. Ce n'est pas la mère à boire que de mettre de l'eau dans son vin non ? Albafica, tâche d'être moins démonstratif en publique et laisse respirer Minos… Toi, Minos, ravale tes critiques acerbes et garde-les pour toi et quand tu rentres le soir de bonne heure essaie d'être disponible pour ton… Ton… Albafica quoi. Sur ce, la médiation est terminée, du vent !

Les choses n'avaient pas avancés le moins du monde. Albafica et Minos rentrèrent chez eux en évitant cordialement de se parler ou même de se regarder.

Le point de non retour fut atteint quand par mégarde Minos inonda les aquarelles de son chéri en renversant de l'eau sur les dessins. Quelle idée de les poser au milieu de la table franchement ? En plus sans vouloir enfoncer l'ancien Gold ses œuvres n'étaient pas terribles… A part dessiner des fonds marins il n'était capable de rien d'autre. Et des paysages maritimes Minos en avait par-dessus la tête ! Il se serait cru chez Poséidon tellement son palais ressemblait à celui de l'Empereur des profondeurs ! Et puis ces dauphins qui le narguaient pendant ses ablutions le mettaient mal à l'aise, cela lui coupait toute envie. Si, si.

Pour se venger de cet outrage, Albafica fit rétrécir les caleçons de son juge au lavage. Minos dût supporter pendant des journées entières de se sentir étriquer dans ses sous-vêtements pendant ses jugements, sous l'œil circonspect de son procureur. Rien ne se tassait au contraire, la Guerre des Roses (2) sévissait.

Oo0oO

Kanon pêchait tranquillement sur les berges de l'Achéron quand il vit Rune passer en trombe devant lui, la toge remontée au niveau des cuisses pour pouvoir courir plus vite. Interpelé par ce spectacle inhabituel il le suivit.

Kanon cavalait derrière Rune en hurlant.

— Attends, tu vas où comme ça ? On dirait que tu as le diable aux trousses !

— Oui c'est le cas ! Maintenant que messire Eaque a maigris, il court vite le bougre. Je dois me sauver sinon il va me plaquer au détour d'une prison. Et je ne veux pas revivre ce cauchemar ! apprit Rune tout en continuant de fuir.

Le chevalier s'arrêta pour aussitôt être dépassé par une masse informe violette… Eaque rattrapa son retard en arrivant tout près de son but. Il courrait tellement vite qu'on avait du mal à distinguer ses traits, mais c'était bien lui qui harcelait… Pardon draguait le taureau de feu. Au loin, Kanon vit messire Eaque sauter pour faire une prise de catch à Rune et se vautrer ainsi sur lui. Le Gold décida de les laisser dans l'intimité de leurs ébats en rentrant dépité de n'avoir pêché aucun poisson… Ce ne fut pas la faute de Rhadamanthe de lui apprendre qu'il ne pouvait y avoir d'êtres vivants dans le fleuve, mais allez raisonner un gémeau mégalomane vous… Mission impossible.

Les choses se mirent en place pour le Garuda, fort bien. Hadès pourrait peut être bientôt officialiser une nouvelle union. Ce qui incluait la close « rupture impossible », Rune devrait supporter son nouvel amant contraint pour le restant de ses multiples vies…

Par contre rien n'allait plus à Toléméa. Minos et Albafica se disputaient pour la énième fois depuis ce matin. Le Griffon monta dans la chambre conjugale pour mettre en vrac dans une valise les affaires de son poisson mort.

— Mais qu'est-ce que tu fais Minos ? Tu ne veux plus de moi ? Voilà la notion de couple et de vie à deux pour toi ? Je t'ennuie alors tu me mets à la porte ? Tu es immonde ! Tout simplement immonde !

— Tu le savais non avant de te mettre en ménage avec moi que j'étais immonde comme tu dis ! Ce n'est pas une nouveauté ! Alba… Tu me les brises menu-menu ! J'en peux plus de toi ! Je ne te supporte plus ! Tu me colles sans arrêt. J'aurai dû rester célibataire.

— Oh… Voyez-vous ça ! L'honorable et turpide Minos du Griffon veut rester célibataire ? Mais je te la rends ta fichue liberté ! De toute façon qui voudrait de toi ? Personne !

— Mais tant mieux j'ai envie de dire ! Toi non plus personne ne peut te supporter tu crois quoi ? Monsieur je suis plus beau que tout le monde et prétentieux par la même occasion.

— Et toi tu es dégueulasse tout simplement ! Rhaa je le savais ! Je le savais que je m'attirerai des ennuis en succombant ce jour là pendant notre combat. Je n'aurai jamais dû te donner ma virginité.

— Tu te moques de qui ? Excuse-moi mais tout le monde sait que tu n'étais plus vierge, je l'ai vu hein ! Inutile de mentir. Je n'étais pas le premier. Et tu ne me trouvais pas dégueulasse quand tu me faisais subir l'étoile de mer.

— Oui tu as raison je n'étais pas vierge en te rencontrant ! asséna Albafica comme un coup de poignard.

Minos prit cette nouvelle comme un choc. Alors il visa juste. Il resta choqué par cet aveux, sa bouche s'ouvrit en grand traduisant une incompréhension totale.

— Qui ? Sale menteur ! Traite ! Parjure !

— Mon premier amour fut Shion, ricana le poisson.

Minos jeta à la figure d'Albafica son linge, puis cria de rage.

— Et bien je ne te retiens pas ! Vas le rejoindre ton mouton défrisé ! Garde-le bien surtout et ne reviens pas m'implorer de te reprendre !

— Mais il est mort !

— Non, il a été ressuscité comme les autres. Il vit chez Athéna. C'est son Pope maintenant, alors va le rejoindre !

— Oh intéressant… Il a eu une promotion… réfléchit Albafica en se mordant le doigt. Oui j'y vais de ce pas. Au moins Shion n'est pas chiant comme toi. Je suis sûr qu'il ne m'a pas oublié et qu'il m'aime encore !

— Mais vas-y ! Déguerpi et de suite ! Ne remets plus un pied chez moi et remballe tes affaires par la même occasion. Ca comprend tes froufrous et tes dauphins !

Ce jour là, Albafica feu chevalier au sang empoisonné fit ses valises et partit de Toléméa en laissant un Minos au bord de l'explosion. La rupture fut consommée.

Pour terminer, l'expérience de vie commune ne se révéla pas concluante pour notre Griffon préféré. Il se jura de ne plus réitérer l'expérience en se contentant de ramener ses partenaires le soir et de les jeter le matin venu.

Rhadamanthe resta sagement avec son dragon maritime.

Eaque… Et bien… Eaque continua d'abuser du corps de Rune en attendant d'être proclamé « en couple » par sa majesté Hadès lui-même.

Cheshire se vit promu coach de vie des spectres mais resta cependant au service de Pandore, qui continua de le demander pour un oui, pour un non. Sur ce coup là il fut bien floué. On ne l'y reprendra plus à aider un juge dans le besoin.

Shion vit par un beau matin débarquer le fantôme ressuscité de son ancien amant, Albafica le bien nommé sous l'œil courroucé d'un Doko furibond. Maintenant il devait tout expliquer à son actuel amant sur sa double liaison… Car le Pope entretint plusieurs aventures en même temps. Quel cavaleur, quel fripon ce Shion !

Oo0oO

Voilà comment se termine l'histoire de vie commune de l'un des couples les plus romanesques de la saga Saint Seiya. Finalement, ce n'est pas ce qu'on croit l'amour. Les petits travers de chacun contribuent à l'éloignement du couple. Espérons qu'Albafica trouve l'amour dans les bras de Shion et que Doko soit compréhensif… Souhaitons à Minos de rencontrer un jour la bonne personne qui le comprendra. Vivant de préférence…

FIN


(1) reprise d'une scène culte du film Le Mépris avec Brigitte Bardot et Michel Piccoli.

(2) La Guerre des Roses - film.