Bonjour, bonsoir à toutes et à tous.
Je vous poste cet OS qui a été écrit au tout début de mon engouement pour l'écriture. Je l'ai repris pour le corriger et le remanier. En me relisant j'ai ri, il était nul. Ah oui carrément, bourré de phrases lourdes et tout le toutim.
Mais il représente mon évolution sur ce fandom et puis il retrace l'histoire d'Albafica avec Minos, je ne peux pas le laisser moisir dans mon ordi. En plus c'est le premier lemon entre eux que j'ai écrit, sniff, nostalgie…
Je vous l'offre sur un lit de pétales carmins… :$
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Résumé : Albafica ressent un cosmos sombre le surveiller depuis quelque temps quand il se trouve sur les hauteurs du Sanctuaire… Il fera la connaissance de Minos pendant la Guerre Sainte, durant leur affrontement.
Rating : M
Pairing : Minos/Albafica
Genre : Romance / Tragédie
Bonne lecture.
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J'en profite pour souhaiter un bon anniversaire à sire Minos :3
Je ne pouvais rater cette date ô combien importante.
Peri.
~OOOoOOO~
Le Prince maudit
~OOOoOOO~
Albafica était le plus respecté des chevaliers d'or. Et le plus admiré aussi, de par son incroyable beauté. Il possédait une prestance digne d'un prince sans rien faire de particulier, une grâce naturelle. Une vertu et une dévotion à l'égard d'Athéna que tous enviaient. Il était le chevalier le plus beau, le plus talentueux, se battant toujours avec élégance et raffinement. Mais sous cette apparence séduisante, se cachait un tempérament de conquérant, de battant et une puissance insoupçonnée.
Il représentait la barrière entre le Sanctuaire et la maison du Grand Pope, le dernier rempart, donc le chevalier le plus puissant. C'était le dernier gardien du Sanctuaire, donc solitaire. Il dut se forger une carapace aussi dure que la glace pour faire face aux autres. Il reçut un entrainement particulier, autre que ses camarades d'armes. Bien sûr qu'il apprit le combat au corps à corps, mais Albafica n'usait jamais de cette technique. Il préférait se battre comme tous les autres chevaliers des Poissons, c'est-à-dire avec ses magnifiques mais empoisonnées roses démoniaques. Quoi de plus belle manière de mourir pour ses adversaires que de succomber de par le parfum toxique de fleurs raffinées ? Albafica était un esthète, donc quoi de plus normal pour lui de pousser l'esthétisme jusqu'à ses attaques particulières.
Oui, aussi beau fut-il, aussi noble fut-il, il se voua à une vie de sacrifice. Toutes ces années d'entrainement pour revêtir l'armure d'or des Poissons avaient un prix à payer ; que le sang du chevalier devienne un poison mortel. Il était un terrible appât, envoûtant ses ennemis de par son charme, trompant leur vigilance. Ses ennemis se trompaient lourdement sur lui, se disant qu'un adversaire aussi séduisant ne pouvait être puissant et cruel. Et dans le même temps, entêtant à disséminer son parfum létal sur eux sans qu'ils ne voient le danger venir.
Personne ne connaissait vraiment la personnalité du Poisson, ses compagnons du Sanctuaire le prenaient pour un homme froid, distant, hautain, dédaigneux, justement à cause de sa magnificence naturelle. Mais dans son cœur, Albafica n'était pas comme ça. Il aspirait à se rapprocher de ses pairs ou d'une personne en particulier pour qui, il serait important à ses yeux.
Il aimait observer de loin les occupations des autres… Des villageois aux alentours du Sanctuaire plus particulièrement. Il s'imaginait qu'elles vies ils pouvaient avoir, à aller travailler tous les matins, à rentrer le soir, dans un foyer chaleureux avec femme et enfants… Il essayait d'imaginer les rires des ces bambins, leurs joies en voyant rentrer leur père après une dure journée de labeur. Il imaginait aussi les peines, les tristesses qui parsèment chaque vie normale. Les sentiments que l'on peut éprouver quand on rencontre « la bonne personne », l'être aimé… Qu'est-ce qu'aimer d'ailleurs ? Il ne le savait pas, jamais il n'avait éprouvé quoi que se soit. Il se disait que cela devait être merveilleux de sentir son cœur battre en croisant le regard d'une inconnue, pour qui en une seconde, l'importance devient vitale. Se sentir en vie, enfin…
Il était à toutes ses élucubrations pratiquement chaque fin d'après-midi, assis sur les colonnes en ruine, en haut de la colline qui borde le village. Scrutant l'horizon pourpre, se laissant porter par une brise chaude et laissant ses pensées divaguer au gré du vent.
Ses derniers temps pourtant, il n'était plus seul en début de soirée à trainer en ces lieux. Un autre individu arpentait le territoire et il l'aperçut, seul montant la garde aux abords de ce petit village. Oh, ce n'était pas un autre Saint, ni un paysan. Non c'était un spectre d'Hadès qui venait en repérage pour préparer une éventuelle attaque autour du Sanctuaire d'Athéna. Il repéra de suite ce chevalier à l'allure altière, il crut que celui-ci montait la garde.
Ce n'était qu'un simple sous-fifre sous les ordres d'un commandant des armées du dieu des Enfers et en tant que tel, il fit son rapport à son supérieur. Dans les ténèbres, Minos du Griffon deuxième juge dévoué, sentait en lui monter une curiosité pour ce personnage étrange. Comment un Gold Saint pouvait quitter son poste impunément et se rendre en personne pour protéger de simples humains insignifiants ? De plus, la description que son soldat en avait faite l'intriguait encore plus… Un être d'une grande beauté… Comme c'était intéressant…
Le soir d'après il se rendit en personne pour surveiller cet individu intriguant. Tout d'abord il ne le vit pas, mais sentit un parfum se dégager au fur et à mesure qu'il approchait… Des roses suaves, un parfum enivrant… Et là, assis sur une colonne les cheveux au vent, un homme de dos, Minos le distingua dans le crépuscule naissant. Un corps svelte, sculpté à la perfection, une longue chevelure azurée comme le ciel méditerranée, une allure princière, fière, droite.
Minos ne vit pas son visage, mais un sourire de prédateur se dessina malgré lui sur sa bouche, se délectant de sa future proie qui deviendrait sa prochaine marionnette. Une marionnette de porcelaine, délicate à souhait. Il se cacha ce soir là, dissimulant son cosmos, dévisageant cette silhouette sylphide pendant des heures. Il se jura de le retrouver.
Les jours passèrent et le juge ne pouvait s'empêcher de penser à cet homme mystérieux. Il ne savait pas pourquoi mais il voulait le revoir, il désirait aussi découvrir le visage de ce chevalier. Etait-il aussi séduisant que cela ? Il désirait aussi l'approcher, la raison il ne la connaissait pas lui-même, mais ce sentiment était ancré en lui. Il y retourna, sur cette colline, mais l'homme toujours tourné dos à lui ne lui permettait pas de voir son visage.
Albafica quant à lui ressentait depuis un certain temps un cosmos sombre l'envahir le soir venu. Il ne savait pas qui était-ce, ni ce qu'il voulait. Mais jamais il ne se retourna pour mettre face à lui cet individu qui l'observait tous les soirs. Il pressentait bien que ce personnage caché était certainement un ennemi, mais bizarrement il ne se sentait pas menacé. Au contraire, cette présence mystérieuse effaçait pour quelques heures sa solitude. Pour on ne sait quelle raison, Albafica se sentait important aux yeux de quelqu'un et il ne souhaitait pas en connaître l'identité.
Ce petit jeu de cache-cache dura des semaines entières, mais déjà les prémices du début de la Guerre Sainte se faisaient sentir. Hadès avait pris possession du corps de l'humain qui lui servait d'hôte et il commençait à placer ses pions. Il avait d'ailleurs ordonné à Minos et ses troupes de commencer l'offensive en attaquant les abords du Sanctuaire.
Alors le Griffon obéissant rassembla son bras droit, Byaku du Nécromancien ainsi que quelques spectres affectés sous ses ordres. L'accompagnait aussi Niobé des Profondeurs qui était lui sous les ordres de Rhadamanthe. Ils avançaient tout droit sur le chemin qui mène au lieu sacré, quand ils furent arrêtés par la vision d'un immense champ de roses rouges qui longeait tout le chemin.
Stupéfaits ils s'arrêtèrent abasourdis. Qui avait bien pu poser toutes ces fleurs et dans quel but ? Les arrêter ? L'idiot ! Minos commençait déjà à ricaner en lui-même quand Niobé l'interrompit dans ses rêveries pour lui apprendre l'identité du responsable.
— Messire Minos, laissez-moi vous dire qui est l'auteur de ce tour de passe-passe ! Regarder là, en haut sur les colonnes. Ce chevalier est Albafica des Poissons. C'est lui le responsable, c'est lui qui a parsemé la route de ses roses démoniaques au parfum mortel. On dit de lui que c'est le chevalier doté de la plus grande beauté.
Etonné Minos resta bouche bée. Les yeux luisants d'une étincelle d'avidité, il dévisagea l'homme qui se tenait en face de lui, l'air nonchalant et plein de défi dans les yeux. Par Hadès que cet homme était sublime !
« C'est lui l'homme que j'ai vu le soir. Je ne l'ai jamais vu en face. C'est donc à ça qu'il ressemble… Son visage est parfait, ses traits sont fins, tel un ange descendu des cieux. Ses yeux saphir brillent d'une flamme insoumise. Sa bouche est si sensuelle pour un homme… »
Se présentait devant lui, le plus bel être qui lui était donné de voir durant tous ces millénaires. Minos sentit un frisson lui parcourir entièrement la colonne vertébrale jusqu'au bout de ses doigts. Il était impatient de goûter au plaisir de détruire un être aussi délicat et gracieux.
Ses pupilles se rétractèrent comme un félin qui à découvert une proie intéressante, ses canines apparurent entre ses lèvres entrouvertes. Il se délectait du festin qu'il allait faire.
— Ainsi c'est donc toi Albafica des Poissons… C'est vrai que tu es sublime… D'une rare beauté… Je vais prendre un réel plaisir à te briser et défigurer ce si doux visage…
— Je n'ai que faire de tes faux compliments, Minos du Griffon de l'étoile céleste de la Noblesse. Si vous êtes venus pour discuter vous pouvez repartir aux Enfers, à moins que vous soyez décidés à vous battre… Je vous attends !
Sur ce prélude, les spectres passèrent à l'assaut les uns après les autres, mais en vain. Le chevalier des Poissons en venait à bout avec une facilité déconcertante. Pendant tout le temps des combats, Minos contempla le spectacle consciencieusement. Se délectant des mouvements fluides du chevalier, de sa force tranquille, de ses cheveux portés par le vent qui l'entourait telle une parure du firmament. De son air impassible, digne. Une fois ses soldats vaincus, le juge se décida à descendre sur le terrain de jeu pour rejoindre Albafica et le défier.
— Magnifique… C'était vraiment magnifique !
— Ca t'a plu, Minos ?
— Oh oui ! Tu vas faire une excellente marionnette… La meilleure que je n'aurai jamais.
Le dernier combat commença entre les deux protagonistes et pendant que les coups s'enchainaient, que les os du Saint se brisaient, que son sang coulait, le regard du second juge le transperçait encore bien plus que son attaque… Ses yeux gris anthracites, durs comme un rock le tranchaient sur toute sa personne. Ses yeux qui ne le quittèrent pas scrutaient son âme, le mettaient totalement à nu.
Et ce sont eux, qui le mettaient à mal, plus que sa Cosmic marionation. Pire, ses commentaires acerbes, pleins de sous-entendus scabreux le rendait malade ! Malade de dégoût, fou de rage, il fulminait sa haine en jetant des regards assassins à ce spectre. Mais lui au contraire se délectait du caractère revêche du chevalier et continuait de le salir de ses plus belle remarques. Albafica était en mauvaise posture, il n'avait pas le dessus, il subissait la pression de Minos sur tout son corps, celui-ci n'était plus qu'une plaie ouverte, un ramassis d'os fracturés. Mais malgré tout, il sentait le « toucher » de l'étoile de la Noblesse, il sentait sa présence brûlante contre son torse. Son souffle saccadé contre son cou, quand celui-ci l'approchait d'un peu trop près… Il pouvait contempler le visage de son ennemi de tellement près… Trop près… Ses yeux où se reflétaient toute sa perversité, ce sourire horrible de sadique, son visage séduisant qui cachait une nature cruelle. Ses cheveux même il pouvait les sentir ainsi que leur odeur, ils retombaient par moment sur sa propre épaule, l'enveloppant telle une toile d'araignée qui a tissé sa toile de soie.
Il était à la merci de son marionnettiste et pourtant il ne pouvait s'empêcher d'admirer cette beauté féroce, cet être violent, extrême, tout le contraire de lui qui était contenu. Puis, Minos, las, laissa Albafica pour mort en lui disant que c'était un honneur pour lui d'être tué ainsi et s'en alla vers le village pour l'anéantir.
Inconscient, abattu mais toujours aussi tenace, le Poisson se releva avec toute la rage et la force qui lui restait et se dirigea en direction de ce cosmos implacable pour achever sa mission. Pendant qu'il marchait avec peine, il ne cessa de penser au Griffon argenté. Ses pensées demeuraient confuses, jamais un adversaire le mit à mal comme cela. Et encore moins le toucha directement… Le toucher, jamais personne ne l'avait touché, posé ses mains sur lui, sauf son ancien maître décédé… Il ne savait pas ce que c'était d'éprouver cette sensation de chaleur, d'apaisement ou d'excitation quand l'être cher pose les mains sur soit. Et lui alors ? Il ne connaissait pas cette sensation de sentir la peau de l'autre sous ses doigts, sentir les frissons parcourir ses pulpes, avoir la sensation d'une peu fraiche ou ardente. Et pouvoir respirer l'effluve de l'autre. Il ne connaissait que son propre parfum démoniaque. Tout ceci se mêlait dans sa tête mais il ne devait pas perdre de vue son objectif : tuer le juge, sauver les villageois et protéger ses confrères.
Il le vit, le surplis noir tenant Shion entre ses fils, entrain de le faire souffrir comme lui avait souffert quelques minutes plus tôt. Il décocha une rose piranha qui alla directement couper les fils. Une bloody rose à la bouche, il avançait orgueilleusement vers son adversaire. Il était d'une splendeur inégalée, le sang qui coulait le long de sa bouche tachait sa peau lactée, ses cheveux d'un bleu azur virevoltaient autour de lui, ainsi que sa cape maculée de rouge. Albafica trouva le rouge de la passion qui manquait à sa vie et il allait le transformer en noir mettant fin à une période néfaste.
Il défia à nouveau Minos, s'en suivit une joute verbale et les derniers coups plurent de part et d'autre. Le spectre, une rose plantée dans le cœur dévisagea le bel éphèbe et son vrai visage transparut dans une dernière injure. Albafica à bout, cassé de tout son être, s'écroula au sol au milieu des pétales qui tournoyaient comme pour lui rendre un dernier hommage. Ses larmes vinrent d'elles même… Il aura fallu attendre son dernier soupir pour qu'Albafica, le prince maudit, connaisse l'amertume d'un amour fou. Pour la première fois de sa vie il pouvait admirer toute la beauté de ses fleurs chéries, il comprenait enfin ce qu'elles représentaient.
OoxoO
Dans son lit le Gold Saint se réveilla, meurtri de son dernier combat. Il avait les yeux clos, mais sentait toute une multitude de douleur dans son corps. Sa tête le martelait, ses chairs le déchiraient. Difficilement il essaya d'ouvrir ses paupières pour s'assurer de l'endroit où il se trouvait. Il se pensait mort, attendant son jugement aux Enfers…
Quand il réussit enfin à ouvrir les yeux il reconnut sa chambre douillette, dans son temple. A côté de son lit sur une chaise somnolent, Manigoldo du Cancer le veillait. Il ne pouvait plus bouger, tout son corps n'était que souffrance, il râla pour attirer l'attention de son ami.
— Ah ! Tu es réveillé Alba ! Je suis content ! Il faut que j'aille le dire à Shion ! Je reviens avec lui ne t'inquiète pas !
— Mais ! Mais ! Mani ! Attends !
Trop tard le Cancer affolé disparut en claquant la porte, laissant l'autre à ses interrogations.
« Pourquoi ne suis-je pas mort ? Avec tout ce que j'ai subis, j'aurai dû mourir, je ne comprends pas. Comment ça se fait?Et Minos… Est-ce qu'il est mort lui aussi ? »
Ces questions tournaient dans sa tête et il ne comprenait pas pourquoi dans un moment pareil il se préoccupait de son bourreau qui le tortura.
Au bout de quelques minutes, Manigoldo revint en trombe avec Shion et Doko en renfort. Albafica posa ses questions à ses amis pour avoir enfin des réponses. C'est le Bélier qui prit la parole.
— Et bien oui Albafica, on t'a laissé pour mort… Quand j'ai ramené ton corps je croyais que s'en était fini de toi… Et puis j'ai senti un pouls, faible mais présent. C'est formidable tu as survécu ! Alors j'ai de suite appelé Sage pour qu'il puisse guérir tes blessures et ressourcer un peu ton cosmos. Tu es parmi nous, ne nous quitte plus !
— Je vois… Et pour Minos, tu sais si je l'ai vaincu ou pas ? Est-ce qu'il a réussi à attaquer le village ?
— Ne t'inquiète pas, non il n'a pas touché au village… Par contre on a bien senti son cosmos disparaître, mais Doko a vu un autre spectre avec des ailes venir chercher la dépouille du juge… Il l'a emmené avec lui, on ne sait pas s'il est encore en vie ou pas.
A ce récit le douzième gardien aurait dû être soulagé mais il n'en fut rien. Il était abattu pour une raison inconnue. Il éprouvait du soulagement à la nouvelle du village sauf, mais aussi comme une sorte de tristesse… Il savait qu'il ne reverrait jamais le Griffon d'argent, bien qu'il fut mort ou ressuscité. Pourquoi ce sentiment de déception ne le quittait pas ? Au contraire, il devrait être heureux de ne plus croiser la route de ce tortionnaire.
Ses blessures en prime lui rappelaient chaque seconde cet individu. Dès qu'il baissait la tête pour regarder son corps, il n'y voyait que les marques barbares de l'autre, comme s'il avait voulu lui laisser une trace indélébile.
Il sentait encore la chaleur du toucher du spectre sur sa peau meurtrie… Cette sensation si bizarre d'une main sur lui… Cette aura enveloppante en quelque sorte.
« Je perds la tête, je n'ai pas le droit d'avoir de telles pensées… Non, c'est indigne de mon rang, je ne peux pas me le permettre. Je vais me reprendre. »
Albafica restait perdu dans des sentiments complexes, dès qu'il s'endormait il rêvait de Minos, il se remémorait leur rencontre. Leur combat, ses coups, ses yeux lubriques posés sur sa personne, ses réflexions déplacées, à demi masquées de sous-entendus provocants. Son visage aussi qui était en totale opposition avec sa personnalité. Un visage si agréable à contempler, si paisible, seul son regard trahissait sa cruauté. Sa chevelure d'ange, Minos était un démon déguiser en ange… Un ange déchu qui se régale d'apporter mort et chaos autour de lui, son cosmos brûlant la destruction, tellement noir.
« Mais par tous les saints ! C'est bien ça ! C'est bien ce cosmos que j'ai ressenti les mois d'avant, le soir, sur ma colline… Non, ça ne peut pas être le même !
Oui il était sombre, je savais que c'était un ennemi probable, mais je le ressentais différemment. Il m'enveloppait de bien-être. Et ce jour là, il s'émanait une violence impitoyable. Mais alors… Il m'avait déjà vu ? Il savait que c'était moi ? Pourquoi m'a-t'il observer tout ce temps ? »
Albafica se perdait totalement dans ce maelstrom de pensées confuses, il ne savait plus quoi penser de toute cette histoire, seule certitude en lui était qu'il ne cessait d'être omnibulé par le spectre. Minos, Minos, Minos et encore Minos, il était le seul objet de ses rêveries.
La Guerre continuait et faisait tomber les chevaliers d'Athéna un à un dans la bataille. Le chevalier des Poissons se rétablissait tant bien que mal. Il apprit qu'Asmita avait succombé, ainsi que son ami Manigoldo… Cela l'affecta plus qu'il ne l'aurait pensé, lui, le solitaire, il éprouvait tout de même de la compassion et de l'affection pour les autres. Pas n'importe qui. Manigoldo était l'un des seuls avec le Bélier à avoir essayé de briser la carapace du Poisson. A lui porter une réelle attention, à s'inquiéter pour lui. A lui témoigner de l'amitié, alors en apprenant la terrible nouvelle Albafica avait pleuré, oui lui l'homme insensible avait pleuré. Il allait se recueillir tous les jours sur la tombe de l'ancien Cancer en lui apportant ses plus belles roses en hommage à son courage.
— Je vais créer juste pour toi la plus rare, la plus précieuse des roses Mani… Comme toi un bleu roi, inaccessible, pur… Je te le promets et tous les jours je t'en apporterais… Mon ami.
Un battement de main retentit derrière lui.
— Oh que c'est touchant… Je n'aime pas te voir pleurer pour quelqu'un d'autre que moi. Albafica, ma rose vénéneuse… Je serais presque jaloux… Et à moi tu vas créer quel genre de rose ? Hein ?
Cette voix, ce ton, cette présence maléfique. Non c'était impossible qu'il soit rentré en ce lieu saint comme dans un moulin. De surcroit il foulait la terre sacrée des chevaliers tombés au combat. Il profanait la tombe de Manigoldo ! Impardonnable !
Son souffle se fit d'un seul coup plus court, son cœur palpita dans sa poitrine, ses mains devinrent moites et une perle de sueur se forma sur son front. Lentement, tout lentement, comme pour ne pas devoir l'affronter, Albafica se tourna vers son interlocuteur.
— Non ! Toi ici ! Mais comment es-tu parvenu au Sanctuaire ? Et comment oses-tu profaner la tombe de mon ami ?
— Calmes-toi ma petite rose, tu vas faire tomber tes précieux pétales… Je suis venu pour toi évidement. Tu poses de ces questions stupides. Et c'est qui cet ami si cher à ton cœur ? Je croyais que le noble, le pur chevalier des Poissons était maudit et qu'il ne côtoyait personne ?
— Tais-toi ! Epargne-moi tes allusions à mes roses et ne salis pas la mémoire de Mani ! Tu ne peux pas comprendre, tu n'es qu'un sale spectre, un sbire d'Hadès, retournes dans ta fosse croupir !
— Je serais toi, ma petite rose empourprée je me montrerai plus respectueux à mon égard. Je t'ai épargné et je viens prendre ce qui m'est dû. J'aime te voir si revêche… Ca me plait beaucoup… ricana Minos.
— Tu me répugnes. Je vais en finir avec toi puisque tu viens chercher ta propre perte en me provoquant.
— Quoi ? Qu'est-ce que tu as dit ? Tu veux me tuer ? C'est une plaisanterie ? Tu es bien divertissant. Dois-je te rappeler que c'est toi et toi seul qui était à ma merci et que tu ne pourras rien contre moi aujourd'hui, ni jamais… Je te l'ai dit mon petit poisson, tu n'es pas assez fort pour me vaincre, tu n'as pas assez de puissance…
— Assez ! Je vais en finir avec toi une bonne foi pour toute ! Rose…
— Stop ! Ca suffit !
D'un revers de main Minos arrêta net le début de l'attaque de l'autre.
— Je t'ai dit que je venais prendre ce qui m'étais dû, je ne t'ai pas dit que je venais te supprimer.
— Mais alors ? Qu'est-ce que tu veux au juste ?
— Tu es si naïf… C'est affligeant… Enfin bon, puisque tu ne comprends pas, je vais te l'expliquer plus clairement… Tu es à moi tu m'appartiens, tu es ma marionnette, mon jouet. Et je viens pour que tu me divertisses. Ta vie m'appartient à jamais !
Le malheureux chevalier avait bien peur de comprendre, même s'il n'avait jamais connu les plaisirs de la chair, il n'était pas ingénu pour autant. Il devinait bien de quels jeux Minos parlait. Et juste cette idée le révulsait au plus au point, il afficha une mine de dégoût au juge.
— Tu es vraiment répugnant, je n'aurais jamais pu imaginer qu'un être comme toi puisse exister ! Vas-t'en, ta vue m'insupporte !
— Tu es vraiment terrible Albafica, tu te prends pour la réincarnation d'Apollon, je vais te faire redescendre de ton piédestal et faire taire cette fierté mal placée. Et pour m'avoir insulté ainsi que de porter des sentiments vers un autre, je vais te donner une correction !
Sans qu'il puisse s'y attendre, Albafica fut prit au piège des fils invisibles de Minos, il lança son attaque sur lui. Comme il le prédit, Albafica ne put riposter ni se défaire de cette emprise, il était terriblement affaibli et portait encore des bandages sur son torse et son bras. Minos riait à gorge déployée, son regard toujours acerbe qui déshabillait littéralement son pantin.
— Tu es pitoyable à cet instant ma petite rose dépourvue d'épines… Où est le poison mortel qui coule dans tes veines ? Il s'est transformé en lait pour bébé ? Tu es pareil à une de tes fleurs qui fanent dans ton jardin… Et moi je vais te cueillir, en arrachant une à une tes épines…
Le chevalier ne répondit pas, se contentant de dévisager son opposant de toute sa hargne.
— Tu ne dis plus rien… Tu as perdu aussi ta détermination ? Ou tu as compris qui était ton maître ? J'aime te voir souffrir Albafica, ta beauté n'en est que plus divine… reprit Minos.
Sur ces dernières paroles, le juge implacable assomma brutalement son prisonnier pour l'emmener dans un endroit plus discret.
A son réveil, le douzième gardien était allongé dans son lit entouré de pétales de roses rouges et blancs, ainsi que sur lui. Il ne pouvait plus bouger, il était à moitié nu. Il ne lui fallut pas longtemps pour qu'il comprenne qui était l'instigateur de ce manège. Il regarda autour de lui et bien évidement, assis sur une chaise à côté du lit Minos le regardait attentivement, son éternel sourire sardonique au coin des lèvres. Quand il vit son jouet revenir à lui, il se leva et s'assit à côté de lui, sur le matelas.
Sans un mot il dégagea une mèche rebelle qui venait cacher la joue de son pantin, la remit derrière son oreille. Il caressa cette chevelure azure avec une douceur inhabituelle pour un être tel que lui. Il y passa de longues secondes, ce toucher si soyeux était un pur plaisir. Il pouvait contempler à loisir la détresse qui s'exprimait des pupilles saphir. Cet air dédaigneux, rebelle lui plaisait énormément, ce qui provoqua un sourire satisfait de la part du Griffon. Toujours le regard plongé dans ces prunelles impétueuses, Minos descendit sa main gauche sur le torse du bel éphèbe. Le caressant avec insistance, passa sur les flans, remontant sur les côtes, les épaules, renouvelant ce passage inlassablement. Il trouva la peau blanche exquise, fine, veloutée à souhait. Il s'aventura sur les cuisses fermes mais fuselées, remontant sur l'entre jambe. Il désirait le posséder entièrement et arrivait de moins en moins à contrôler ses pulsions, ses gestes se firent de plus en plus pressants.
Albafica quant à lui était à la merci encore une fois de ce juge sournois. Il se sentait mal à l'aise, gêné de cette promiscuité nouvelle. Jamais ô grand jamais quelqu'un l'avait touché aussi intimement… Ses mains baladeuses sur son corps nu, ce regard inquisiteur qui ne se détournait pas du sien… Il était mal mais pourtant il ne pouvait détacher ses yeux de ceux du spectre. Une sensation étrange envahissait son corps, une sorte de chaleur mêlée à des frissons.
Des frissons d'effrois ou de sensualité ?
Il ne pouvait pas se défendre ni fuir, ni attraper le poignet de Minos pour qu'il arrête sa quête effrontée. Il se résignait à subir et se concentrait sur les nouvelles émotions qui naissaient en lui.
Minos susurra tout bas, presque imperceptiblement.
— Tu es à moi… A moi rien qu'à moi… Tu ne toucheras jamais personne d'autre que moi… Tu es ma petite poupée de porcelaine… Je vais te prendre de force Albafica.
Sur ces mots, le chevalier à la rose sentit son cœur se soulever. Bien sûr c'était bien ça le but de toute cette mascarade… La raison pour laquelle le juge l'avait épargné, l'avait laissé guérir en paix, pour mieux revenir à l'attaque. Et lui prendre sa dignité. L'incompréhension le gagnait et la peur, oui, il avait peur de la suite. Il ne voulait pas perdre sa virginité comme ça, en étant dégradé par un être infâme.
Il arriva à balbutier.
— Pourquoi… Pourquoi moi ? Pourquoi ne pas m'achever ?
— Bien, parce que tu es plus amusant vivant que mort ma petite rose… Je ne pourrais pas profiter de ton corps si je t'avais tué. J'ai envie de te salir, te t'enlever cet air orgueilleux que tu affiches… J'ai envie de toi.
— C'est écœurant tu n'as pas le droit ! Arrêtes-ça !
— Oui… C'est écœurant, c'est sale très sale… Mais tu vas crier pour moi Albafica, je te le promets.
Minos reprit son prélude amoureux continuant ses caresses intimes, il se pencha près du visage du Poisson pour en respirer le parfum envoûtant. Il frôlait du bout du nez le cou sensible de sa proie. Ce qui fit tressaillir le chevalier. Ses attouchements n'étaient pas brutaux, mais terriblement sensuels et lascifs. Minos se décida à poser ses lèvres sur le cou tendre, le couvrant de milles baisers chastes. Mordillant le lobe de l'oreille pour arracher un gémissement de surprise, ce qui lui procura une excitation encore plus intense, il sentait son bas ventre s'enflammer.
Après l'oreille, le juge s'attarda sur le cou, le gratifiant cette fois-ci de coups de langue, de succion, il goûtait cette peau avec délectation s'y attardant exprès. L'épaule, toujours ses baisers, sa bouche sur son corps, sur son torse, ses tétons. Et sa main aussi, tout en même temps. Pour le chevalier c'était un tourbillon qui lui faisait perdre la raison malgré lui.
Sur lui, il voyait cet homme, séduisant mais maléfique le couvrir de baisers brûlants, de caresses audacieuses, chaque parcelle de son être déflorée par Minos. Au début gêné, écœuré, puis troublé, à présent il éprouvait un certain plaisir l'envahir. Les cheveux d'argent tombaient sur lui, lui procurant une nouvelle forme de caresse, lui faisant perdre pied. Cette langue lui laissait des traces humides un peu partout, n'y tenant plus, contre sa volonté, Albafica poussa un gémissement de pur plaisir, se cambra sous les assauts de son nouvel amant.
En une seconde sans qu'il comprenne comment, son caleçon lui fit enlevé, le découvrant entièrement nu, son intimité exposée aux yeux de Minos. Il entendit juste un « Oh oui » d'étonnement de sa part. Puis il sentit une main posée sur son membre tendu lui infliger des mouvements de vas et viens. A sa grande surprise il trouva cela bon. Tellement bon. Il perdait totalement pied, il ne pouvait plus résister. A moins que l'envie de protester l'ait quitté ?
Ses gémissements se firent de plus en plus forts, exprimant tout son plaisir d'être ainsi tourmenté. Il voyait le regard de Minos luire d'une façon inconnue, sans en connaître la nature exacte. Mais il ne perçut pas de moquerie.
— Tu es trop…
C'est tout ce qu'Albafica entendit, puis d'un coup il fut happé par la bouche suave du juge. N'y tenant plus, dans un élan il agrippa la tête de l'argenté et crispa ses doigts dans la chevelure d'ange pour l'amener plus près de sa virilité. Il ne voyait que des étoiles quand il ouvrait les yeux et Minos sur lui. Toujours Minos, mais là ce n'était pas un rêve mais la réalité.
Dans un râle érotique il appela le nom de son doux tortionnaire.
— Minos… Minos…
Le spectre fut abasourdi, lâcha sa prise pour observer son amant l'implorer, l'appeler de la sorte, le contempler totalement dans l'extase, ayant perdu sa raison et sa noblesse. Un prince déchu mais terriblement touchant. A cet instant le cœur dur du Griffon se fissura pour Albafica, il le trouva tellement craquant et sensuel et surtout cette beauté d'un autre monde n'avait d'yeux que pour lui. L'appelant lui et personne d'autre. Albafica lui appartenait c'était sûr, mais lui aussi, Minos lui appartenait malgré lui…
— Alba… Tu es… Magnifique, je vais te prendre maintenant, je vais te faire jouir dans la douleur, la douleur du Griffon. Dis-le-moi, dis mon nom.
— Minos… Min…
Minos revint prendre la bouche de son amant pour un baiser passionné, pour lui faire ressentir toute l'attirance qu'il éprouvait pour lui. Il était au comble de l'excitation et devait réfréner ses pulsions dévastatrices pour ne pas ravager ce corps alangui.
Il se réservait le droit d'être doux avec son bel amant… Il méritait les plus tendres baisers, les plus douces caresses, les plus sincères paroles… Minos ne voulait plus être odieux avec lui, il désirait simplement pouvoir l'aimer. Il continua de le prendre dans un baiser passionné ne voulant plus lâcher cette bouche délicieuse au goût sucrée.
Il pressa son corps contre celui d'Albafica, lui relevant les jambes au dessus de ses propres épaules pour lui indiquer la suite des évènements. Il adressa un coup d'œil à son amant, il le vit les yeux embués de désir presque l'implorer de continuer. La bouche haletante, le corps tremblant. Minos conduit ses doigts à l'entrée de l'intimité inviolée de sa vierge pour le préparer longuement. Il s'évertua à le caresser légèrement, traçant des sillons invisibles autour de sa cavité pour l'habituer à ce nouveau contact. Le juge attendit que les supplications de son poisson se fassent plus appuyées pour y introduire un doigt. Il vit Albafica se cambrer sous l'intrusion en le regardant affolé. Le juge posa un doigt avec son autre main sur sa bouche en susurrant que tout allait bien se passer. Puis il passa à l'étape suivante en bougeant son index dans le corps chaud de son nouvel amant. Minos apprécia le spectacle de son chevalier se déhancher pour chercher plus de sensations. Lui-même tombait dans les délices du stupre en allant toujours plus loin, il calquait ses gémissements sur ceux du Saint.
Quand il fut prêt, Minos s'insinua dans le corps d'un mouvement leste du bassin, lentement pour minimiser le déchirement. Ce qui déclencha automatiquement un cri de douleur de la part du chevalier. Il s'immobilisa, puis reprit ses mouvements d'une délicatesse infinie. Il ne faisait plus qu'un avec son cher et tendre, il pouvait ressentir ses émotions, son plaisir grandissant.
Son corps fébrile sous les assauts de Minos, Albafica voyait les portes du Paradis, il perdit pied avec la réalité. Il sentait en lui, le membre de son amant lui infliger les pires délices. Il le voyait au dessus de lui, ses cheveux pendant sur son propre visage, ses yeux anthracites habituellement sombres, là, clairs, voilés, presque ivoires. Criant son nom dans son propre plaisir.
Il n'en croyait pas ses oreilles, ses sens le trompaient, cette litanie sonnait comme une symphonie. De peur qu'il s'envole, Albafica s'agrippa désespérément au dos de Minos, pour l'approcher plus près encore de lui. Pour ne pas qu'il s'échappe. Enfouissant son visage dans cette chevelure d'Ariane. Son bassin se cambra, sa voix se brisait sur les syllabes qu'il prononçait.
Il n'aurait jamais pu penser que l'acte amoureux fut si plaisant. Finalement il ne regrettait pas de n'avoir connu personne d'autre avant Minos, il ne voulait connaître que lui d'ailleurs et ce pour toujours. Le toucher uniquement lui, pas un autre. L'embrasser seulement lui, se repaître de son goût si unique, « la douleur du Griffon » comme il l'appelait… Son ténébreux oiseau de malheur fit son bonheur.
Une fois le plaisir pris, les deux amants s'endormirent comme ceci, enlacés pour le reste de la nuit.
Au petit matin Minos embrassa son prince maudit et lui promit de revenir, chaque soir pour le retrouver. C'est ce qu'il fit. Ils s'aimaient enfin en ne se mentant plus, fini les faux semblant, fini les attaques, fini les excuses, la vérité était là, crue, nue : Albafica aimait appartenir au juge marionnettiste, il ne se débattait plus et inversement, Minos adorait être le jouet de son prince, se laissant apprivoiser docilement.
Ils s'étaient trouvés, ils s'étaient apprivoisés, leur bonheur les comblait. Ils faisaient de moins en moins attention à rester discrets. Tous les soirs, Minos quittait son palais de Toloméa pour se rendre dans la douzième maison. Il prenait moins de précaution pour se cacher, Albafica lui aussi se laissait aller. Il réussit même à créer une nouvelle variété de fleur, mélangeant les noires et les blanches pour inventer une rose argentée, reflétant la rosée du matin sur les pétales. Une magnifique couleur comme les cheveux de son Griffon.
Cela n'échappa pas à Shion son ami le plus fidèle. Il s'inquiétait vraiment pour son ami, il avait peur de comprendre de quoi il s'agissait… Pourquoi d'un coup Albafica était aussi heureux ? Il resplendissait de bonheur alors que la guerre sévissait et que bon nombre de ses collègues mourraient. Pourquoi est-ce qu'il avait créé une rose aussi étrange… Grise ? Grise… Il ne voulait pas plus approfondir sa réflexion, non parce que sinon il aurait été obligé de trahir son ami. Il aurait été obligé d'aller trouver le Pope pour tout lui révéler.
Il fallait qu'il parle lui-même au Poisson, le résonner avant que les choses s'aggravent et qu'il ne soit trop tard pour lui.
OoxoO
Shion l'air grave alla trouver Albafica dans son temple. Personne. Il entra dans la serre, il le vit agenouillé, entrain de bichonner ses roses. Evidement, ses nouvelles roses infâmes.
— Albafica tu es là. Je te cherchais partout chez toi !
— Oh Shion ! Qu'est-ce qui t'amène si loin de ton temple mon ami ?
Il était rayonnant, ses mèches topazes encadrant son visage ivoire. Ses yeux bleus pétillant de vie, n'étaient plus tristes comme jadis. Sans le vouloir les mots du Bélier traversèrent sa bouche.
— Tu es resplendissant…
— Quoi ? Qu'as-tu dit ?
— Non rien… Laisse tomber… Je suis venu te voir pour te parler sérieusement.
— Oh, tu me fais peur, rit Albafica d'un tintement cristallin.
— Arrête. Arrête tout avec lui. Arrête avant qu'il ne soit trop tard.
Le Poisson s'assombrit aussitôt, le ciel lumineux de ses prunelles devint noir comme les abysses. Il feignit de ne pas comprendre. Mais le bélier d'or reprit, solennel.
— Ne fais pas celui qui ne comprend pas. J'ai deviné, je sais tout. J'ai bien peur de tout savoir. Je ne veux pas que tu m'en dises plus. Mais je te le demande : arrête tout avec lui. Tu sais que c'est impossible.
— Tais-toi Shion s'il te plait. Et rentre chez toi. Cela ne te regarde pas.
— Comment ça, cela ne me regarde pas !? Tu as perdu la raison ou quoi ? Bien sûr que si ça me regarde ! Tu es mon ami ! Tu es chevalier d'Athéna !
— Je n'ai rien à te dire ma foi.
— Tu sais ce que tu risques ?
— La trahison, je sais.
— Alors ? Qu'est-ce qu'il te faut de plus ? Tu préfères mourir ?
— Oui, je préfère mourir comme tu dis en aimant et en étant aimé, que de continuer à vivre seul.
Albafica perdit tout éclat, il redevint sombre à nouveau, rose fanée seule au milieu de son jardin fleuri.
— C'est toi qui vois.
Sur ces derniers mots Shion tourna les talons et laissa là en plan son compagnon d'arme. Cependant il lança au loin « Si tu ne le tues pas, c'est moi qui en informerai Sage ». Puis il disparût.
Albafica seul dans son jardin de paradis resta pantois. Comment avait-il deviné ? Mais ce n'était pas étonnant, son bélier possédait le don de ressentir toute chose, de deviner, il avait une formidable intuition et un sens du devoir aussi. Alors peu importait s'il devait tout révéler à Sage, il ne lui en voudrait pas. C'était le prix à payer pour vivre cette aventure déroutante.
Jamais ils n'auraient dû s'unir, mais c'était comme ça, on y pouvait rien. On ne pouvait plus revenir en arrière, le mal était fait… Le mal… Non. Ce n'était pas mal, mais merveilleux, le plus beau cadeau qu'il reçut de toute sa vie. Aimer Minos et être aimé en retour. Entendre des douces paroles à ses oreilles, recevoir des baisers tendres, des caresses sensuelles, câlines. Etre pris dans ses grands bras puissants. Et lui aussi, pouvoir toucher cet être si énigmatique. Sentir la chaleur sous ses doigts, sa peau soyeuse, regarder ses yeux lui crier son amour. Avoir Minos que pour lui, rien que pour lui était un bonheur. Et il ne se sentait pas coupable ni honteux.
Il ne voulait pas le tuer, il ne voulait pas mourir en paria. Que pouvait-il faire ?
Il savait qu'il devait prendre une décision mais les deux options qui s'offraient à lui étaient trop cruelles. Aucune ne lui convenait.
Le tuer… Le tuer… Ridicule… Son honneur serait sauf mais son cœur serait brisé à jamais. Que valait de garder son honneur de chevalier si son amour était perdu ? Il devrait vivre de nouveau isolé du monde, seul avec ses souvenirs, son ressenti… Hors de question !
« Shion, tu ne sais pas ce que c'est cette vie misérable. J'en ai plus qu'assez. J'aurais pu continuer de vivre ainsi si je n'avais pas connu cette sensation. Mais je ne pourrais plus. On ne peut pas revenir en arrière. »
Se laisser emprisonner au Cap Sounion et être exécuté ?
« Voilà une mort peu digne de ce que j'ai été… J'ai dédié ma vie à Athéna pour protéger les innocents et voilà comment j'en serais remercié ? Sûrement pas. »
« Mettre fin à mes jours ? Et finir dans une des prisons atroces des Enfers… Mourir en lâche, là non plus cela ne me représente pas.Je ne suis pas comme ça, j'ai défendu mon honneur jusqu'au bout. Je ne me défilerai pas face à la mort. »
« Il ne me reste qu'une seule solution, la meilleure de toutes… Oui, celle-là… »
Cette nuit sans étoiles, il attendit patiemment son amant terrible. Un sourire sans joie collé sur ses lèvres. Dans un habit de lin blanc, les cheveux défaits, il attendait sa venue. Pour la dernière fois. Minos le vit, assis sur une murette dans son jardin. Un air étrange peint sur son doux visage. Une rose à la main.
— C'est pour moi cette rose mon ange ?
— Oui… Pour que tu me l'offre…
Minos ne comprit pas son ton énigmatique.
— Viens rentrons, tu vas prendre froid comme cela.
— Non, pas tout de suite…
Le Poisson se leva lentement. Avança avec la même cadence vers son amant. Lui toucha sa joue, l'effleurant du bout des doigts, planta son regard dans le sien. Il prit son visage pour l'embrasser, une dernière fois. Un baiser langoureux, tendre. Il lui donna sa rose blanche dans les mains et recula.
Minos interloqué, ne comprenait pas ce que tout ça signifiait. Il était vraiment bizarre ce soir son prince maudit. Il le fixait plein d'incompréhension. Albafica lui souriait d'un sourire maussade. Le bleuté lui dit.
— C'est pour que tu me l'offres mon amour… Que tu m'offres un dernier cadeau, comme ton amour pour moi… C'est fini Minos, tout est fini… Il faut se quitter à présent.
Minos estomaqué, le cœur tambourinant, balbutia.
—Mais… M… Mais qu'est-ce que tu racontes Alba !? Ca… Ca ne va pas ! Arrête tes imbécilités !
— Non, tu le sais aussi bien que moi… Ca ne pouvait pas durer… Shion sait tout… Et je ne te tuerais pas de mes propres mains. Je ne me laisserais pas non plus emprisonner dans le rocher… Alors c'est la meilleure solution Minos.
— Parce que tu crois que moi j'ai envie de te tuer ? Abruti !
— Minos, tu sais que c'est la seule solution… Nous nous retrouverons dans l'au-delà.
— Jamais ! Jamais tu m'entends je ne ferais ça !
— Aller, envoie-la moi, plante-la moi dans le cœur.
— Pourquoi cette rose ? Pourquoi de cette manière ?
— Et bien, je veux mourir de tes propres mains, avec mes propres roses. Celles que j'ai chéri toute ma vie, je veux savoir ce que l'on ressent quand on est touché par elles… Et je ne fais plus qu'un avec elles, tout comme toi.
Minos ne pouvait pas pleurer. Il n'avait jamais versé une larme, mais ce soir, s'il l'aurait pu, il se serait lâché et déverser ses pleurs comme un torrent sans fin. Il comprenait pourquoi Albafica prenait cette décision. Mais lui n'était pas ce monstre inhumain que tous pensaient. Ce n'était pas facile d'assassiner son propre cher et tendre. Comme cela de sang froid.
Mais qu'est-ce qu'il croyait ce stupide poisson ? Que c'était banal ?
Ils se contemplèrent pendant de longues minutes dans la pénombre du crépuscule, sans un mot. Puis, résigné, l'argenté porta cette rose à sa bouche, y déposa un baiser et la décocha avec une puissance folle.
Elle traversa l'air pour aller se planter immanquablement dans la poitrine du bleuté. Graver éternellement, la passion qui les unissait. Celui-ci sourit, cette fois-ci ce fut un sourire apaisé, relâché. Il s'écroula à genoux dans son parterre fleuri.
Une rose blanche qui s'évanouissait sur un lit pourpre, couleur d'un amour fou, passionnel, tourmenté. Puis, dans un bruit sourd, son corps inerte tomba au sol.
L'amant esseulé vint à son tour cueillir cette rose fanée, sans vie. Il le prit dans ses bras, le cajola longuement, sans pleurer, sans hurler son désarroi, sans fracasser cet exécrable Sanctuaire.
Il murmura ces quelques mots en guise d'au revoir.
— Albafica, mon prince d'un soir, mon prince d'une vie… Tu es vraiment idiot avec tes valeurs idéalistes… Mais j'en ai fait selon ta volonté… Dors, dors paisiblement jusqu'à ce que je vienne te retrouver… Mon Alba… Rien qu'à moi… Ma tendre rose vénéneuse.
Il déposa sur sa bouche froide un dernier baiser et s'en alla sans se retourner.
FIN
