Bonjour, bonsoir à toutes et à tous.

Cet OS a été posté dans le cadre du Calendrier de l'avent sur le site Le village d'Otsu de Mohn. Je l'ai écrit pour cet évènement mais maintenant qu'il est publié, je le poste aussi sur mon compte Fanfiction.

Je voulais écrire depuis l'année dernière un texte qui relate de l'amour impossible entre Minos et Albafica, pour ne pas changer. Et les placer dans un contexte hors canon. A la place j'ai produit une toute autre fic. Je répare cette injustice aujourd'hui, d'autant plus que ça me trottait dans la tête au point de devenir une obsession.

Encore un Minos dans la neige, désolé ce n'est pas novateur, mais je m'en moque à vrai dire.

Genre : Romance/Angst

Rating : K+

Pairing : Minos/Albafica

Bonne lecture,

Peri.

God jul !


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Joies d'un amour éphémère

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Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux

Louis Aragon.

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La période de Noël approchait dans le royaume souterrain comme sur la Terre. L'effervescence battait son plein à cause des âmes se bousculant devant le Tribunal. Il y avait toujours une recrudescence de défunts en fin d'année. Le travail ne manquait pas. Rhadamanthe effectuait des heures supplémentaires, Eaque courait un peu partout pour tenter de ramener un peu de calme dans les diverses prisons. Minos s'exténuait à la tâche. Son acharnement provoquait l'admiration de son dieu. Dans la sérénité de son palais, il observait ses juges s'affairer à faire régner l'ordre et la justice. Le sombre monarque n'était pas dénué de cœur, fait inextricable pourtant bien réel. Envers ses spectres, son amour et sa reconnaissance se confirmaient tous les jours, peut être de manière imperceptible pourtant concrète. Eux aussi goûtaient aux joies des festivités, et ce sans être forcément de confession chrétienne. Hadès mettait un point d'honneur à récompenser ses fervents soldats. La vie se manifestait assez rude comme cela dans son domaine perdu, pourquoi y rajouter privation et frustration ?

Tous les ans, les spectres, juges se voyaient offrir un vœu exhaussé par leur souverain dans la limite du raisonnable. Cette année encore, les guerriers de l'Empereur des Morts bénéficieraient du même cadeau. Certains d'entre eux changeaient peu de demande, d'autres exploraient la générosité d'Hadès, curieux de découverte.

Un homme ne variait pas de souhait, rituel immuable égayant son existence le temps d'une éclipse. Minos s'apprêtait et préparait ses affaires dans sa suite de Toloméa. Méticuleux, ordonné et étonnement calme.

L'immense porte en acajou s'ouvrit sur deux silhouettes familières. Sans détourner le regard, le maître des lieux les accueillit poliment.

— Que me vaut l'honneur de votre visite à cette heure si tardive ?

Eaque s'avança, se positionna derrière le dos de son frère, regarda par-dessus son épaule.

— Tu emmènes toujours les mêmes choses à ce que je vois…

Minos s'immobilisa, regard en coin vers son cadet. Il détestait qu'on le colle d'aussi près et surtout que l'on espionne ses faits et gestes. Sa tête tourna un peu, juste assez pour le voir en oblique.

— Je n'ai pas de compte à te rendre, Eaque, peux-tu s'il te plait t'éloigner de moi ?

— Pourquoi cher frère ? demanda ce dernier en rapprochant son visage de celui de son aîné, juste histoire de le provoquer. Tu n'apprécies plus ma compagnie ? As-tu quelque chose de plus urgent à faire que de nous recevoir ?

Rhadamanthe s'assit dans un des fauteuils confortables près du lit.

— Cesse de l'importuner. Tu sais parfaitement que ce moment est attendu impatiemment. Tu le reverras va, ne t'inquiète pas !

Eaque s'adressa à lui en se retournant pour lui faire face.

— Mais tu sais qu'il sera parti pendant plusieurs semaines enfin ! Je veux simplement lui souhaiter bon voyage et aussi m'assurer qu'il ne nous oubliera pas. Je ne vois aucun mal à ça !

Dents serrées, Minos chiffonnait la chemise en flanelle qu'il tenait dans ses mains. Les babillages de ses parents l'indisposaient à plus forte raison que seule l'envie de partir d'ici lui grignotait le peu de raison au demeurant. Dans un soupir d'exaspération, il balança le vêtement au fond de sa valise, puis haussa le ton.

— Vous avez fini de parlementer pour ne rien dire ? Sachez que je suis là, je n'apprécie pas que l'on parle de ma personne au troisième pronom du singulier. Je suis là et j'existe ! Au passage Eaque : rassure-toi, comment pourrais-je t'oublier vu que tu représentes ma famille. Collante, mais famille quand même !

— Pourquoi t'énerves-tu de la sorte ? répliqua le concerné en se grattant la tête. A chaque fois c'est pareil ! Tu t'excites pour rien en cette période. Je comprends ton enthousiasme mais tout de même. Aie un peu de distinction que diable !

Tout en se massant le front – pour se contenir – Minos compta jusqu'au nombre de dix avant de l'envoyer promener.

— Eaque ! Pour l'amour d'Hadès, arrête ton cinéma ! Ca fait dix minutes que tu saoules tout le monde en parlant à tort et à travers. Tu es venu pour me dire au revoir, et bien au revoir voilà ! Tu peux retourner chez toi, merci.

— Quelle ingratitude ! s'indigna le cadet. Non mais Rhad, tu as vu comment il me traite ?

L'interpellé se leva lentement de son siège, vint poser une main sur l'épaule du plus jeune.

— Tu peux arrêter, on sait tous les trois que tu veux pousser Minos à bout parce que tu ne pourras pas l'enquiquiner pendant plusieurs jours. Ca ne rime à rien, on te connaît par cœur.

— Malheureusement Eaque, ajouta le juge marionnettiste en repliant sa chemise, tu n'as plus de secret pour personne. Je ne vais certainement pas penser à toi ni à Rhad pendant mon séjour.

Haussement d'épaule de la part du rusé Garuda.

— Je remarque que ça marche à tous les coups, même si tu sais d'avance que je veux seulement m'amuser. Tu démarres vite, peut être plus que notre bon vieux bougon de frère, fit-il en désignant le blond avec son pouce tendu.

Le premier juge lui baissa sa main.

— Nous allons te laisser. Passe un bon Noël, viens me voir dès que tu rentreras, n'hésite pas.

La Whyverne n'ignorait pas l'état dans lequel revenait leur frère après sa pause annuelle. De prime abord léger, s'en suivait un abattement sévère dont personne ne parvenait à l'en faire sortir. Minos se renfermait, dur et tranchant dans une bulle de mélancolie. Digne, le Griffon préférait se dépêtrer seul avec sa mélasse, puis revenir égal à lui-même quelques temps après. Autant l'ascension vers le bonheur apparaissait délectable, autant la descente se manifestait implacable de cruauté. Ceci était le prix à payer pour le souhait émis.

A son tour, Eaque donna une accolade amicale à son aîné.

— Passe de bonnes fêtes et reviens nous toujours aussi acariâtre, ça nous manquerait ! Mais j'y pense ! Je suis le seul à posséder un caractère facile, entouré de deux têtes de pioche.

Ses frères firent la même moue grimaçante au même moment.

— Aller viens, conclut Rhadamanthe en tirant le cadet par la manche, je pense que nous avons entendu assez d'ineptie pour ce soir. Au revoir Minos, à bientôt prends soin de toi.

— Au revoir Minos ! lâcha Eaque tout en se faisant trainer par son frère.

Dans un soupir d'attendrissement comme seul son cadet était en mesure de provoquer, Minos termina ses bagages en songeant aux prochains jours baignés de lumière.


L'intransigeant juge craint de tous, s'éclipsa aux premières lueurs carmines et quitta le royaume souterrain pour le radieux. Retrouver tous les ans le ciel pur de la Terre était un véritable privilège duquel Minos se réjouissait. Pour quelques jours il goûtait aux rayons pâles du soleil transpercer son être froid, réchauffer du bout du rai sa peau opaline. Cette douce caresse le gorgeait de sérénité. Le vent glacial du Nord fouettait son visage inhabitué aux intempéries, pourtant cela ne le dérangeait pas.

Comme tous les ans, Minos se réappropriait l'espace chaleureux de son chalet privatif. L'âtre de la cheminée était poussiéreux, il se chargea de le nettoyer. Un bon feu crépitait quelques minutes plus tard. L'atmosphère paisible que renvoyaient les flocons tombant en densité épaisse s'harmonisait avec le cadre naturel du lieu. Le juge aimait cette vie paisible loin de l'agitation des Enfers, il appréciait ce don unique que son souverain lui allouait. Le spectre ne connut jamais de destin simple ni de vie sobre.

Humain, il fût un roi adulé et envié.

Mort, il servait à présent le dieu des Enfers en incarnant le sadisme le plus total.

Sa fonction imposait un certain détachement envers les autres spectres, encore plus envers les mortels. Ici, à l'abri des regards, Minos était lui-même sans devoir montrer l'étendue de son autorité sur qui que se soit. Personne ne jugeait ses faits et gestes. Cette petite retraite offrait l'avantage de ressourcer notre homme afin de revenir plus concentré sur ses tâches, mais surtout comblé. Comblé de gratitude, ragaillardi de passion et ranimé de la flamme de la vie. Le reste de sa soirée fût consacrée au ménage, déblayage des encombrants. Il n'eut pas le temps de réfléchir à la suite.

A l'aurore, Minos se leva le cœur battant. Ses habitudes n'étaient pas au laisser aller, lui qui contrôlait ses émotions à la perfection. D'ailleurs, à tout bien y réfléchir, l'argenté n'éprouvait que peu de sentiments qu'ils soient bons ou mauvais. Sa fermeté se traduisait également par un manque de compassion pour ses pairs. Or là, le rythme de son organe vital s'accélérait sans qu'il n'ait le moindre contrôle dessus, une excitation envahissait son corps. Ce fut dans un état fébrile qu'il descendit dans le salon. Là, dans quelques minutes il allait le revoir. Lui. L'unique. Son précieux, son amour intemporel.

La seule chose que Minos demandait tous les ans était de retrouver son cher Albafica. Même si ce vœu signifiait le transporter dans une joie incommensurable pour de suite après le plonger dans une tristesse profonde. Hadès accédait à sa requête somme toute égoïste. Elle transgressait les lois du royaume des Ténèbres, cependant le dieu sombre l'accordait pour le bien de son juge. La première fois que Minos l'informa de sa requête, une discussion à sens unique s'en suivit. Le Griffon campa sur sa résolution sans flancher devant les lacs translucides qui l'accablaient. Hadès consentit par abdiquer devant la détermination de son subordonné. Inutile de demander les raisons, de plus sa récompense serait à double tranchant, car dans l'ombre de la liesse résidait la punition ultime : se voir retirer son amour à chaque fin d'année. La joie avortée d'embrasser la passion d'autrefois sans en profiter pleinement. Alors pour savourer ces retrouvailles, Minos mettait un point d'honneur à se montrer sous son meilleur jour pour l'être chéri qui méritait une telle marque d'attention.

Tout se déroulait toujours de la même manière. Minos débarquait la veille au soir, préparait le chalet aussi joliment que possible, attendait la nuit entière dans la nervosité la plus absolue pour au petit matin découvrir son cadeau de Noël… Le chevalier du temps passé ressuscitait chaque veille de la fête de la Nativité avec son apparence d'antan. Son visage demeurait aussi lisse que lors de sa mort. Cette fin tragique entachée de sang et de violence dans laquelle le plongea son amour interdit. La haine conjuguée au passé, l'amour s'alliant au présent.

Ce matin ne dérogeait pas à la règle, l'étoile de la Noblesse vit son amant l'attendre devant la fenêtre, emmitouflé dans un plaid dos à lui. Minos ferma ses yeux instinctivement, s'arrêta au milieu des marches de l'escalier. L'émotion était trop intense. Comme à chaque fois. Son rêve devenait réalité. Il pouvait se rattraper, sauver le temps perdu à compter les jours, les mois qui le séparaient de son amant.

Le tuer pour le ramener à la vie. Dorénavant c'était le souvenir d'Albafica qui assassinait le juge à petit feu. La différence résidait dans le fait que Minos réussissait à contenir cette rage débordante, cette obsession funeste. Qu'importait, le Saint des Poissons se dressait au fond de son salon en chair et en os, aussi beau que lors de leur rencontre. Des rafales de frissons se propagèrent dans ses terminaisons nerveuses, sa peau devenait réceptive à l'effluve raffinée de rose. Minos se reprit, le moment n'était pas venu de succomber au charme destructeur d'Albafica, pas encore. Tout en continuant son chemin, sa respiration se fit erratique, son corps ne répondait plus à sa raison. Minos ralentissait le pas parce qu'il ne pouvait faire autrement, peut être qu'inconsciemment il retardait ces retrouvailles pour en apprécier encore plus l'impact. Faire durer le plaisir, ce petit moment électrisant qui le mettait dans tous ses états. Au moment où il posa ses mains sur les épaules du chevalier, tout bascula.

Les sensations tactiles, olfactives, visuelles se mêlèrent dans un amalgame d'émoi saisissant. Minos respira le parfum des cheveux azuréens, s'imprégna de la fragrance délicate, la retenant à sa mémoire. Sa bouche se déposa tout en légèreté sur le front opposé. La chaleur des corps se véhicula dans la pièce entière, plus rien n'existait à part eux.

Après un long soupir, l'argenté prononça tout bas.

— Qu'il est bon de te revoir…

Sans se retourner, le feu chevalier répondit de sa voix si apaisante.

— Il en va de même pour moi, mon doux tyran.

— Tu n'es pas heureux de ta venue ? Voudrais-tu tout stopper ?

L'inquiétude de Minos fit sourire le Saint. Sans se l'avouer il aimait savoir que son Griffon ne l'oubliait pas, pire, continuait d'entretenir son souvenir vivace.

— Je n'ai pas dit ça.

— Dis-le-moi, le jour ou tout ceci te pèsera. A regret, j'arrêterais. A regret…

Albafica posa sa main sur celle de son amant et la serra.

— Je ne te cache pas que cette entrevue est cruelle pour toi comme pour moi. C'est peut être ridicule mais je ne voudrais pour rien au monde y renoncer.

La pression sur les épaules rondes du Gold s'accentua.

— Profitons-en alors.

Minos fit pivoter son amant d'un quart de tour afin qu'il soit en face de lui. Yeux dans les yeux, lune contre abysse.

La main du deuxième juge caressa la joue pâle, celle du mortel redessina les contours de la mâchoire déliée. Ils se redécouvraient encore et encore comme si ce fût la première fois. Ils prenaient le temps au début tout du moins de se réapproprier leur passion. Les visages se rapprochèrent, les bouches se joignirent, les souffles s'unirent. Une vague languissante de plaisir les emporta, déferlant dans leurs os.

Albafica était bien vivant sous les baisers avides de son amant despotique. Même s'il éprouvait la même tristesse à le laisser, le bonheur de cette escapade n'avait pas de prix. Tant pis si au retour il devra subir les souffrances liées à sa prison de glace, cela était risible comparé à la chaleur que procurait Minos. Le Poisson enroula ses bras autour du cou du juge afin de se cramponner de toutes ses forces à la réalité. Sa réalité.

~oOo~

Les deux amants tourmentés s'aimaient à l'abri de la guerre, des intempéries et du froid.

Minos, allongé sur le ventre feignît de dormir, savourant les caresses éparses qu'Albafica pratiquait sur son dos. Un souffle sur ses yeux indiqua que son amour s'impatientait, alors le juge ouvrit ses paupières. La plus belle vision qui soit se dessinait devant ses pupilles émerveillées. Les saphirs du Saint ne possédaient plus cette hargne farouche de leur affrontement, logeait dans ses iris une admiration profonde ainsi qu'un désir sourd, latent. C'était ça qui animait Minos du feu sacré. Il revivait grâce à Albafica.

Ce dernier replaça une mèche liliale le long du cou de l'argenté, puis passa sa main dans la frange indomptable.

— Je ne vois jamais tes yeux. Quand est-ce que tu te décideras à la couper ?

— Jamais.

— Pourquoi ? demanda le bleuté en s'allongeant sur le ventre à son tour, à côté de son amant.

— C'est ce qui me définit.

— N'importe quoi !

Le rire franc du Poisson fit sourire l'intransigeant juge d'ordinaire si fermé.

— En fait pour tout t'avouer, j'aime que mes ennemis ne voient pas mes yeux. Comme ça, ils s'imaginent tout un tas de chose à mon sujet jusqu'à ce que je leur rompe les os. Là, il est trop tard pour eux.

— Sadique… chuinta Albafica en se penchant au dessus du corps alangui afin de le gratifier d'un baiser sur la tempe.

— Je sais, c'est bien pour cette raison que tu m'aimes.

— Si ça t'amuse de le croire…

Minos se releva sur son coude en faisant semblant d'être offusqué.

— Donne-moi la véritable raison alors.

— Parce que toi seul ne craint pas mon poison, lorsque j'en étais imprégné… mentit le chevalier avec une mine espiègle.

— Si je comprends bien, tu m'as choisi par défaut alors.

— Tu as tout compris.

Minos renversa Albafica sur le dos et l'acheva de baisers vengeurs. Leurs taquineries éveillèrent leurs désirs, sous les rires et les chatouilles, une toute autre forme d'amusement prenait place. A bout de souffle, les deux hommes se regardaient avec toute l'intensité de l'envie pressante.

Vite pour combler le vide de l'absence.

Vite pour s'unir l'un à l'autre.

Vite pour fondre en un seul corps.

Le juge abattit sa bouche dans le cou pour y déposer la marque de sa possessivité. Albafica n'appartenait qu'à lui et ce pour le reste de l'humanité. Le Poisson s'agrippa aux cheveux lactescents, enroula ses jambes autour de celles de son partenaire. Il ne devait pas s'éloigner de ses bras. Les soupirs se remplacèrent par des murmures, puis par des gémissements rauques et enfin terminèrent par des cris de plaisir. Il en était toujours ainsi.


Les journées défilaient, les nuits aussi. Minos essayait de vivre normalement en compagnie de son bel amour. Ils se promenaient à l'orée des bois, savouraient l'air vivifiant des forêts nordiques. Depuis que le Gold revenait parmi le monde des vivants une fois l'an, il connaissait la neige. Il en appréciait sa texture, sa couleur, sa douceur. Son pêcher mignon était de se rouler dedans en entrainant dans sa chute le terrible juge. Ce dernier rouspétait juste pour la forme car de voir l'air enjoué de son cher et tendre le ravissait. Personne ne voyait cet air détendu et terriblement ardent qu'affichait en secret le Griffon, sauf Albafica. Lui seul connaissait ce côté affectueux de l'argenté. Ensemble, ils s'adonnaient à diverses activités comme les gens normaux.

Assis confortablement sur le canapé devant la cheminée, Minos peignait les cheveux ciels dans un mouvement hypnotique. Absorbé par la douce caresse, Albafica se laissait aller blotti contre le torse de son amant. Les cœurs pourtant sans vie des deux hommes pulsaient à la même cadence, lente, apaisée.

— Dis-le moi, ordonna Minos d'un ton suave.

— Que je te dise quoi ?

— Qu'il n'y a eu que moi.

— Cela t'apporte quoi ? Tu le sais parfaitement.

— Je sais bien, mais je veux l'entendre.

— Il n'y a que toi qui compte depuis toujours.

Rassuré d'avoir entendu les paroles de sa rose, Minos la serra plus près de lui. Il ne se lassait pas de cette intimité inespérée. Comment le pourrait-il ? C'était ce qu'il voulait le plus au monde : vivre continuellement les mêmes journées sereines auprès de son unique amour. Malheureusement, il connaissait la douleur de son amant à être ramené à la vie puis de retourner dans les glaces du Cocyte. Minos se manifestait égoïste mais non dénué de bon sens. Son souhait n'était certes pas de faire souffrir Albafica déjà échaudé par la vie. Ils en avaient discuté la toute première fois que le seigneur des Enfers lui proposa ce pacte avec Minos présent aussi. A la grande surprise des deux autres, le chevalier défunt accepta d'emblée, désireux de passer du temps avec son soupirant. Dans un autre contexte que la Guerre, en paix. Même si le prix à payer restait la douleur de la séparation, il savait qu'il n'aurait qu'une toute petite année à attendre. Cette relation qui continuait au fil des saisons, les emprisonnait tous deux dans un cercle vicieux ou nul sortie était possible. Ils tournaient en rond en gardant au fond d'eux cet amour destructeur. Car le chevalier détenait également sa part d'ombre, cette passion dévorante telle la rose noire qu'il offrait toujours à Minos pour leurs retrouvailles. Une passion à l'image des personnages haut en couleur, un amour extravagant teinté de folie.

Albafica s'en accommodait puisque ses sentiments se révélaient identiques. Main jointe dans celle du juge, il prononça à son tour.

— Et toi, dis-le moi.

— Quoi donc ? demanda Minos d'un air détaché.

— Ce que tu ressens pour moi. J'espère que tu ne m'as pas remplacé.

Minos émit un rire mi-moqueur, mi-attendri.

— Tu sais bien que non. Je t'aime, ça ne changera jamais ma petite rose épineuse.

— Ne m'appelle pas comme ça, j'ai horreur de ce sobriquet. J'ai l'impression que c'est ironique à souhait.

— Pourtant ça ne l'est pas.

— Venant de toi, laisse-moi en douter.

En guise de réponse, Minos esquissait un sourire mystérieux clôturant le débat. Il n'y avait pas de place pour un début de chamaillerie, surtout avec un sujet aussi dérisoire que le surnom de sa rose.

~oOo~

Tout bonheur aussi grand soit-il devait se terminer. Les fêtes de fin d'année étaient finies, le temps des au revoir retentissait.

Autant le début de ce séjour s'avérait toujours le même, autant la fin pareillement. La veille du dernier jour, Minos profitait d'Albafica jusqu'à la déraison dans la tendresse comme dans la bestialité. Il fallait graver dans ses chairs le souvenir de son amant, cela donnait l'illusion que sa présence ne le quitterait pas.

Ils faisaient l'amour toute la nuit durant, se prouvant leur attachement comme si c'était la dernière fois sans dormir afin de ne perdre aucune seconde ensemble. Au petit matin, ils restaient dans les bras l'un de l'autre à attendre avec inquiétude les premiers rayons du soleil. Quand les faisceaux lumineux léchaient l'encadrement des fenêtres pour entrer dans la chambre, Minos savait que l'heure était venue. Cet instant déchirant qu'il redoutait plus que tout.

« Un prêté pour un rendu ».

Hadès accordait généreusement ce gage de reconnaissance mais en contrepartie il raflait à son juge un peu de son essence vitale. Car fatalement, à chaque séparation l'étoile de la Noblesse se ternissait un peu plus. Un jour, il ne resterait plus que cendre sur l'affiliation du Griffon.

Une fois levé, l'argenté fit ses valises cette fois-ci pour rentrer chez lui, aux Enfers, à Toloméa. Seul. Albafica le regardait faire sans prononcer un mot. A quoi bon ? Que dire ? Lui aussi connaissait les tenants et aboutissants d'une telle offrande. Rien n'était gratuit, même après la mort. Il voulait se jeter sur Minos pour l'empêcher de partir seulement il n'avait pas le droit. Dignes dans la douleur, personne ne s'épanchait. Puis, ensemble ils regagnèrent le salon, pièce maudite à l'heure actuelle.

Minos se perdait par delà l'horizon encombré de conifères tentant de contenir la rage qui grondait en lui. Cette fureur indicible qui le poussait à commettre des choses horribles. Il ne voulait pas s'emporter devant Albafica, son image ne s'égratignerait pas devant lui. Alors, le juge se tendit à l'extrême, contrôla sa respiration sans le regarder. Le Saint des Poissons vint à lui le plus naturellement du monde, le prit dans ses bras, calla sa tête contre le torse ferme.

— Nous nous reverrons dans quelques mois, ça passe vite. Je ne veux pas que tu sois triste.

— A cause de moi tu vas affronter encore une fois le retour au Cocyte. Cela devient insupportable, je…

— Chut, le coupa le grec. Je sais ce que tu vas me dire, nous en avons déjà parlé. Je ne veux pas que tu t'inquiètes pour moi et abandonner cette chance que nous vivons. Oui, il y a le revers de la médaille et alors ? A moins… Que tu veuilles arrêter ?

Minos baissa sa tête dans un mouvement vif. Comment son aimé pouvait penser une telle chose ?

— Non ! Seulement, tu es seul dans ces neiges éternelles et moi je ne peux même pas venir te voir. Hadès ne le permet pas.

— Le grand Minos aurait-il des remords ? Première nouvelle ! ironisa Albafica.

— Ce n'est pas le moment !

— Je ne suis pas seul. Tu es avec moi chaque seconde qui passe, ta présence me suffit. J'ai la certitude que tu me rejoins par la pensée.

Le Griffon serra plus fortement le Gold, l'étreinte se fit possessive.

— Comment peux-tu me tenir un discours pareil pour me rassurer alors que je te mets dans une position délicate ? Tu es plein de ressource ma petite rose.

— Minos, tu sauras que les plus belles histoires se vivent dans les larmes, il n'y a pas d'amour heureux. Pour goûter à ces joies, il faut connaître ces peines.

— Alors nous sommes gâtés, notre histoire survivra encore des siècles !

Albafica s'écarta un peu de son amant, l'examina puis tendit ses lèvres en guise d'offrande. L'heure était venue. Un dernier baiser lascif et les deux amoureux s'arrachèrent des bras l'un de l'autre. Sans se retourner, Minos quitta le chalet qu'il savait désert dès que la porte d'entrée claquait. Les adieux ne s'éternisaient pas, inutile. Une dernière brise légère au parfum de rose musquée enivra ses sens afin de l'accompagner jusqu'aux Enfers. Albafica avait entièrement raison, il n'était pas seul puisque son aura empourprée le suivait à chacun de ses pas.

FIN


Note :

Extrait du poème de Louis Aragon qui s'intitule Il n'y a pas d'amour heureux.