CHAPITRE 4
LES RÈGLES DU JEU.
Son coeur manqua un battement avant de s'affoler.
Non, non... Si tôt alors qu'ils ne pouvaient pas se servir de leurs magies pour régler efficacement le problème. Nott avait l'impression d'avoir mis le doigt dans un engrenage qui conduisait droit vers le désastre et la mort.
Non, non... Réfléchis, Nott. Ne cède pas à la panique.
La sueur ruisselait le long de son dos, plaquait le coton de sa chemise contre sa peau. Munro, lui, attendait calmement qu'il reprenne ses esprits. Cette attitude interpella soudainement Nott. Calme... comme s'il avait déjà une solution. Faiblement, le langue-de-plomb tenta un essai de voix :
— Dis-moi.
Le son tremblait un peu, mais tint bon.
— On s'en débarrasse – et comme Nott ne réagit pas, Munro clarifia – définitivement.
— Tu veux dire... tuer ?
Le mot l'étrangla et, dès qu'il fût prononcé, l'otage se rebiffa, criant :
— Vous êtes fff-
La fin de sa phrase mourut, retenue par la pression des grandes mains de Munro autour de la gorge de son émissaire. Il relâcha sa prise et, aussitôt, l'homme récidiva :
— Ffffffffou.
Munro resserra sa prise, comme une punition, et l'homme arrêta définitivement de parler. Privé d'air, mué par un instinct de survie, il recula et trébucha sur Nott. Celui-ci s'écria :
— Mais arrête !
Sourd à la timide protestation de son partenaire, Munro accompagna la fuite de l'homme, maintenant la prise sur sa gorge. Acculé contre le mur, l'employé du ministère remua, griffant les mains et le visage de son agresseur. Nott répéta, de plus en plus pressant :
— Arrête, arrête, arrête !
Il agrippa le bras droit de Munro pour le faire lâcher, mais celui-ci le bouscula d'un coup d'épaule, l'envoyant au loin. L'homme, à la frontière de la conscience, s'effondra sur lui-même et, un instant, Nott croisa son regard flou, ivre de douleur, rouge - les vaisseaux sanguins avaient éclaté sous la pression.
— Tu ne vois pas que tu lui fais mal ! s'égosilla-t-il, impuissant.
Surpris, Munro relâcha sa prise, et l'homme glissa, face contre terre. Un instant, le silence. Puis, une respiration douloureuse, sifflante monta avant que l'homme ne se retourne. Pâle, les yeux en sang, ses mains tâtaient sa gorge comme s'il avait du mal à croire qu'il respirait encore. En touchant les traces de doigts sur sa gorge, il tremblota. Hébété, Nott se tourna vers Munro. Calme, solide, le sorcier scandinave attendait.
— Tu.. tu... tu...
Nott grelottait, mouillé par la transpiration.
— Croaker et Grimstone nous ont donné la permission de modifier le temps, non ?
— Ce n'est pas parce qu'on a l'autorisation qu'on... doit le faire ! cria Nott, essuyant avec sa robe les larmes qui lui brouillaient la vue.
A terre, le sorcier respirait bruyamment.
— En fait, c'est la définition, répondit Munro. Lorsque la situation l'exige, tu le dois.
— Juste... ne le faisons pas.
Avant que Munro ne le fasse changer d'avis ou le contraigne à accepter une situation de fait – le tireur d'élite pouvait décider à tout moment de se passer de son accord et étrangler le mec du ministère, il se baissa sur l'homme à terre. Celui-ci eut un mouvement de recul lorsque Nott tira sur les attaches de sa robe, et le langue-de-plomb du même le repousser quand il tenta de le frapper. Il se releva et prévint sèchement :
— Ne bouge pas, ne fais rien, je reviens.
Les Gallions lui brûlèrent la main jusqu'à l'angle entre la boutique d'ingrédients pour potions et Barjow et Beurk. Là, Nott s'approcha directement des jeunes femmes qui patientaient et en accosta une :
— Quatre Gallions pour deux sorts.
La sorcière, une rousse aux yeux de chat, eut un mouvement de surprise. Nott n'ajouta rien, happé par sa beauté. Des tâches de rousseur constellaient son visage poupin, descendant jusqu'à la promesse de son décolleté.
— N'y va pas, intervint une collègue. À ce prix-là, il va t'étrangler dans une ruelle.
Muet, le langue-de-plomb s'efforça de transmettre par son regard la force de sa sincérité. Il ne sut jamais si le message passa, mais la rousse répondit à sa collègue, ses yeux chocolat strié d'or dans les siens :
— T'occupe.
Elle tendit la main, un charmant petit poing parsemé d'éphélides, et Nott y glissa les pièces.
— On va où ?
Nott lui indiqua vaguement un point au loin. Le sorcier surveillant le coin s'avança lorsqu'elle suivit Nott, mais la rousse l'éconduit d'un geste. Après deux rues dans le silence, la femme suivant docilement Nott, celui-ci demanda :
— Quel est votre nom ?
— Saba, sourit-elle, et sa bouche pleine attira Nott comme un aimant.
— Saba, merci de m'avoir suivie... J-je ne sais pas ce que j'aurais fait sans vous.
Étonnamment, Saba sembla le comprendre.
— Et si vous me parliez de ces deux sorts ?
— Oui, pardon, s'excusa-t-il. Un sortilège de soin et d'amnésie.
— Vous êtes blessé ?
Nott réalisa alors qu'il devait avoir les yeux rouge.
— Non, pas moi. Voilà, on arrive.
Munro, dos à la rue, maintenait fermement l'employé du ministère face contre le mur. L'homme, tremblant, paraissait terrorisé.
— Tu ne devais rien faire, fulmina Nott.
— Je n'ai pas eu le choix. Figure-toi qu'il a...
Il s'arrêta net en découvrant la rousse à côté du langue-de-plomb.
— C'est qui ?
— Saba, se présenta-t-elle avant que Nott ne le fasse.
— Une pute ! s'exclama rageusement Munro en l'ignorant. Pourquoi tu l'as emmenée ? On a des robes maintenant !
Il désigna les sacs de Tissard et Brodette qui traînaient à quelques pas.
— Elle vient lancer un sortilège de soin et d'amnésie.
— T'as pété un plomb ? éclata Munro. Depuis quand les sorcières qui tapinent savent lancer des sortilèges avancés ?
— Vous pouvez lancer un Vulnera Sanentur et un Oubliette ? demanda Nott à Saba.
— Oui.
— Et tu lui fais confiance ? Mec, c'est une pute, elle-
— Tu pourrais rester poli, le coupa Nott, à bout de nerfs.
— T'occupe, j'ai l'habitude des gros cons, objecta Saba.
Brusquement, Munro quitta le mur, mais, avant qu'il n'ait pu atteindre la rousse, celle-ci avait sorti sa baguette et la braquait droit sur lui.
— Me teste pas, conseilla-t-elle d'une voix forte, cassante. Même la plus minable des putes peut faire mal avec une baguette et, si j'ai bien compris, tu peux pas utiliser la tienne...
— Tu lui as dit quoi, bordel ? gronda Munro, sombre.
Pour la première fois, le tireur d'élite posait directement ses yeux sur la rousse, évaluant probablement le danger qu'elle représentait.
— Rien. Les... dames de compagnie ne posent jamais de question. Saba ?
— Oui ? répondit-elle, les yeux et la baguette sur Munro.
— Vous pouvez nous faire transplaner dans un endroit plus tranquille ?
— Mmm. Un troisième sort ?
— Je rajouterai des Gallions, soutint sérieusement Nott.
Et il ajouta, comme s'il comprenait la réserve derrière cette question :
— Je peux faire un Serment Inviolable. Pour vous promettre votre sécurité...
— Non, c'est bon. Où veux-tu aller ?
— Choisissez.
Sur ce, Saba abaissa sa baguette.
— Il vient ?
— Oui, confirma Nott. Avec l'autre.
La rousse détourna les yeux de Munro pour évaluer l'homme agglutiné contre le mur de briques.
— D'accord.
Munro traîna le sorcier qui gémissait « Non, non, je suis du ministère, je suis du ministère » jusqu'à eux. Ensemble, ils transplanèrent.
Ils atterrirent dans une petite chambre. Munro, immense, se cogna contre les combles. Geignant de douleur, il aboya :
— Tu l'as fait exprès, sale petite...
— Voyons, je ne suis pas assez intelligente, rétorqua-t-elle, narquoise.
À la vue du petit lit défait, Nott se demanda si la pièce servait d'espace de travail, mais le coin cuisine, les coussins de la banquette sous la fenêtre, la bouillotte et les livres éparpillés suggéraient un lieu plus personnel.
— On est chez vous ?
— Oui.
— Viens là, toi, dit Munro en poussant l'homme du ministère sur le lit.
Sous le plafond magique de la chambre, il avait l'air plus amoché que dans la demie-obscurité de la ruelle. Au-delà des yeux injectés de sang et des traces de sa gorge, une ecchymose marquait sa pommette et l'œil droit avait du mal à s'ouvrir.
— Tu l'as frappé ! réalisa Nott, ébahi.
— Comme tu ne voulais pas te débarrasser du problème, se justifia le tireur d'élite, j'essayais de le convaincre de l'intérêt du silence.
Le langue-de-plomb se détourna.
— Saba ? Pouvez-vous le guérir ?
— Enfin, tu vois bien qu'elle est complètement folle, rugit Munro. Elle a ramené trois inconnus chez elle ! Et toi, innocent comme un nouveau-né, tu lui dis qu'on ne peut pas utiliser nos baguettes... Vraiment, tu cherches à mourir ? Je pensais que tu avais dépassé ton erreur...
— Je peux le faire sur lui, pour tester, l'interrompit Saba en le pointant de sa baguette.
— Ne me vise pas !
— Vulnera Sanentur, articula-t-elle distinctement en ignorant son injonction.
Munro porta une main à sa tête, là où la bosse qui enflait déjà s'évanouit. Satisfaite, elle répéta l'incantation sur l'homme du ministère. Celui-ci cessa immédiatement de gémir, et les plaies de son visage s'estompèrent avant de disparaître. Dès lors, le sorcier se redressa pour se défendre, mais Munro, rapide comme un vif d'or et lourd comme un troll, l'écrasa contre le lit.
— Salaud, s'époumona le malheureux, le souffle court. Brute ! Je vous ferai enf...
Le blond caressa du bout des doigts la gorge de l'homme plaqué contre le matelas. La geste l'horrifia tant qu'il s'astreint de lui-même au silence.
— Tu vois quand tu veux, ronronna Munro.
— Le troisième sortilège ? pria Saba, indifférente au spectacle.
Nott, lui, avait du mal à détacher les yeux de la silhouette écrasante qui dominait l'inconnu.
— Celui du ministère, répondit-il.
— Nott, intervint Munro. Comment comptes-lui effacer correctement la mémoire ? Elle n'a même pas vécu les moments que tu veux supprimer.
— Pas faux, convint le langue-de-plomb.
Munro sourit, contenant presque distraitement les mouvements de l'employé qui le repoussait de toutes ses forces, sans succès.
— Effacez-lui toute sa mémoire, trancha Nott.
— Non, non, protesta vivement l'homme sous Munro. Je sais que vous n'y êtes pour rien, je me souviens, vous me défendiez ! Ne protégez pas cet animal !
Comprenant que lutter contre la force de Munro ne menerait à rien, il se tortillait désormais pour supplier Nott et Saba.
— Vous ne savez rien, riposta sèchement Nott. Faites-le.
— Non ! Je sais que vous n'approuvez pas ce qu'il a fait !
La rousse s'approcha et apposa sa baguette contre la tempe de l'homme immobilisé par Munro. Nott rétorqua, justification inutile à un homme qui ne se souviendra plus de rien :
— Peu importe que j'approuve ou non, je suis coincé avec lui.
L'employé éclata en sanglots et dévisagea Saba qui le surplombait :
— S'il vous plaît, non, ne le faites pas... Je travaille pour le Ministère, cet homme et son complice ont essayé de me tuer car je sais qu'ils ont voy...
— Oubliette.
Il s'affaissa, inconscient.
— Coincé avec moi ? Tu penses à mes sentiments ? s'amusa Munro en se relevant.
Nott ne répondit pas et demanda :
— Auriez-vous un hibou, du parchemin et une plume, s'il vous plaît ?
— Je vous l'apporte.
Le langue-de-plomb retomba sur la banquette. Vide, il se sentait vide. D'un œil, il surveillait Munro au cas où celui-ci décide soudainement d'éliminer Saba, mais ses pensées tourbillonnaient. Ôter les souvenirs d'un sorcier était-ce préférable à la mort ? Merlin, il avait mutilé un homme. Et il apparaissait clairement que Munro était coutumier de ces méthodes. Il avait probablement déjà tué. Plusieurs fois, même. Nott se sentait stupide d'avoir évacué les implications du métier de tireur d'élite. Lui passait peut-être son temps à éviter que les événements ne se produisent, mais Munro, lui, dépendait d'un autre Département du ministère. Il ne chassait pas plus les mages noirs pour les enfermer à Azkaban, il exécutait les ordres. Mais quels ordres ? Maintenant qu'il y pensait, il ne se souvenait plus d'une seule action médiatique des tireurs d'élite de baguette magique. Que faisaient-ils ?
— Voilà.
— Munro, tu vas écrire une lettre à Cygnus Black.
— Ah ! Tu vois que j'ai bien fait de sympathiser. Je lui dis quoi ?
— Qu'on a besoin d'un hébergement.
— OK.
Munro se pencha sur le petit comptoir séparant le coin cuisine du lit pour prendre appui.
— On va vous laisser, dit Nott à l'attention de Saba. Vous vous en sortirez avec lui ?
— Ne vous inquiétez pas, je l'emmène à Ste Mangouste.
— Combien je vous dois ?
— Rien du tout, dit-elle en haussant les épaules.
Elle écarta les pans de sa robe et en extirpa deux Gallions.
— Vous en avez plus besoin que moi, argua-t-elle en donnant un bref signe de tête en direction de Munro.
— Non, gardez-les. Cela me fera plaisir, vous les méritez.
— D'accord.
Silence.
— Vous êtes sûrs que vous ne voulez pas... ?
Un instant, Nott étudia la question, imagina le plaisir qu'il aurait à découvrir la mer de tâches de rousseau sur son petit corps, à les apprécier une à une avec ses lèvres...
— Désolé, regretta-t-il. Une autre fois, peut-être ?
— Dommage, sourit Saba en repoussant ses longs cheveux derrière ses épaules, vous avez l'air gentil.
— Oh, Merlin, ne te laisse pas embobiner, coupa Munro. Elle veut juste te soutirer plus d'or.
Il revint vers eux, un bout de parchemin plié dans la main.
— Gentil, Nott ? ricana Munro. Ah, si vous saviez, ma jolie...
— T'occupe, je suis assez grande pour me faire mes propres opinions.
Munro haussa les épaules, indifférent.
— Alors, on envoie ce hibou et on se casse ? Je me sens claustrophobe ici !
En effet, il devait plier légèrement les genoux pour ne pas se prendre les poutres du plafond en plein la tête.
— On a assez de Gallions pour prendre une chambre dans un hôtel minable pour la nuit, convint Nott en faisant tinter la monnaie. Et j'ai besoin de repos.
Mot d'auteure : Pas grand chose à dire ici. ENFIN, nos héros viennent à bout de leur journée ! Demain est un autre jour :) Et Nott se rend finalement compte qu'il ne sait pas grand chose sur Munro... J'espère que ce chapitre vous a plu. A bientôt !
