Merci à toi, Mlle Demuri Kagura, pour ton commentaire, ça m'a fait plaisir et je suis ravie que mon style d'écriture te plaise. J'espère que ce nouveau chapitre te plaira tout autant. Bonne lecture !


Chapitre 02

Les temps changent...

Bara se réveilla avec le chant des oiseaux. Elle se redressa sur son futon, un peu perdue. Que s'était-il passé ? Elle ne se souvenait pas de cette endroit, à vrai dire, elle ne pensait pas y avoir jamais mis les pieds. Un linge glissa de son front et tomba dans son giron. Elle toucha machinalement son front. Il lui parut un peu plus chaud que d'habitude, mais elle se sentait plutôt bien. Elle sortit lentement du futon et drapa sur ses épaules un haori bleu qui traînait sur les couvertures.

Elle fit coulisser lentement le shoji, réalisant qu'elle semblait plus fébrile que jamais. Ce simple effort lui semblait dur à faire. Puis elle sortit de la chambre dans laquelle elle s'était réveillée. Elle marcha lentement, un pas à la fois, trop inquiète de s'effondrer si elle allait trop vite. La tête lui tournait quelque peu, mais elle était incapable de rester tranquille dans un endroit qu'elle ne connaissait pas.

Elle se retrouva dans une cour intérieure. Il faisait froid et elle pouvait voir le sol drapé de neige. Elle ne put s'empêcher de sourire. il lui semblait bien que c'était la première fois qu'elle en voyait. Elle s'avança et caressa le manteau d'ivoire. Ses pieds nus lui rappelèrent que ce manteau là était glacial, mais elle ne pouvait s'empêcher de toucher ce paysage si nouveau à ses yeux.

- Ce n'est pas très prudent de sortir avec de la fièvre, pieds nus dans la neige, fit-une voix derrière-elle.

Elle se retourna en sursautant, lâchant un hoquet de surprise. Ce retournement un peu trop rapide lui fit tourner la tête et elle perdit un peu son équilibre. Un bras vint l'empêcher de s'effondrer. Elle releva lentement la tête après un moment pour découvrir une paire d'yeux verts la fixant avec un air légèrement amusé. Un flash se manifesta dans son esprit et elle se souvint de cet homme. Okita, était-ce ce nom là ?

- Où suis-je, parvint-elle à murmurer.

- Là où tu ne devrais pas être, visiblement, répondit-il soudain sérieux avant de la soulever, apparemment sans grands efforts, dans ses bras.

Elle lâcha un autre hoquet de surprise et s'accrocha à ses épaules, apeurée. Jamais on ne l'avait portée ainsi. Elle n'était pas vraiment rassurée pour le coup. L'homme la ramena dans la chambre où, quelques minutes plus tôt, elle s'était réveillée. Il la déposa avec une certaine délicatesse sur le futon et se redressa.

- Ne bouge pas d'ici, sinon... je serai dans l'obligation de te tuer.

Elle se figea. Cet homme ne l'amusait pas, pas du tout même. A vrai dire, elle l'avait trouvé beau et charmant pendant un court instant, mais à présent, elle aurait tout donné pour se retrouver le plus loin possible de lui. Qu'avait-elle fait de si terrible pour qu'il lui dise qu'il allait devoir la tuer ?

C'est à ce moment que quelqu'un entra dans la chambre. Elle se souvint immédiatement de cet homme. Elle l'avait servi au Shimabara et il l'avait protégée contre un drôle d'homme aux yeux rouges rubis. Elle chercha son nom dans sa mémoire et finit par s'en rappeler.

- Harada...-san ? souffla-t-elle.

- Sôji, ne l'effraie pas ! le gronda-t-il avant de lui sourire gentiment. Bonjour Bara-chan.

- Où suis-je ? demanda-t-elle un peu plus rassurée du fait de sa présence.

Il l'observa un moment sans rien dire avant de finalement soupirer. Il aurait bien aimé que ce soit quelqu'un d'autre qui s'y colle, mais il avait évidemment fallut que ce soit lui.

- Tu te trouves à notre QG, répondit-il alors.

- Pourquoi ? s'étonna-t-elle. Que s'est-il passé ?

Très bonne question, pensèrent les deux hommes à ce moment. Okita avait vaguement entendu l'histoire, alors il ne pouvait pas être en mesure de lui révéler quoi que ce soit. C'est pourquoi il se leva et quitta la chambre en fermant le shoji derrière lui.

- Tu t'es évanouie après avoir été agressée par un démon, avoua-t-il. Te souviens-tu de lui ?

- L'homme aux yeux rubis ? demanda-t-elle faiblement.

Il acquiesça et s'assit à côté d'elle pour lui expliquer que ce démon était un démon de sang pur et qu'il se nommait Kazama. Apparemment, c'était l'un des ennemis du Shinsengumi si elle comprenait bien toute l'histoire. Ce démon apparemment en avait après une fille qui était sous leur protection et qui répondait au nom de Yukimura Chizuru. Peu à peu elle se souvenait de tout cela et parvint à comprendre la situation.

- Alors... vous m'avez amené ici, conclut-elle.

- Pour une raison que j'ignore, ce démon semble avoir pris quelque intérêt sur toi, il est plus prudent que tu restes avec nous pour le moment, lui expliqua le lancier.

- Mais... que vais-je faire ici ? s'enquit-elle.

- Tu pourras aider Chizuru, tu verras, elle est adorable, sourit-il avant de lui ébouriffer les cheveux. En attendant, repose-toi, tu as toujours de la fièvre.

Bara le regarda s'en aller et se rallongea, fermant les yeux. Il était vrai qu'elle se sentait toujours un peu fébrile. Sa tête lui tournait violemment et elle sombra sans vraiment s'en rendre compte. Elle se retrouva dans le noir complet. Une lumière brillait au loin et elle courait vers elle sans parvenir jamais à la rattraper. Elle apercevait alors une silhouette dans cette lumière, seulement dessinée par les ombres. Elle tendit la main vers cette silhouette mais tout s'éloigna d'un coup d'elle. Elle se sentit alors tomber dans le vide.

- Shira-chan ! hurla-t-elle alors avant de finalement se réveiller, en sueur.

Quelqu'un ouvrit le shoji à la volée et se précipita à l'intérieur. Il s'agissait d'Okita. Il avait son sabre à la main et semblait sur le qui-vive. Quelques secondes plus tard, deux autres hommes arrivèrent. L'un qu'elle reconnu comme Harada Sanosuke et l'autre qu'elle avait déjà entre-aperçu. Elle remarqua à peine qu'elle tremblait.

- Bara-chan ? Que s'est-il passé ? demanda alors Sanosuke en s'agenouillant à côté d'elle.

- Ce n'est rien... murmura-t-elle, juste un cauchemar... étrange...

Okita rengaina son sabre et soupira. Il sortit de la pièce en secouant la tête, suivi au bout d'un moment par l'autre samouraï. Elle regarda alors son sauveur avec un regard désolé et perdu.

- Navrée de vous avoir alarmé... s'excusa-t-elle.

- Ce n'est rien, sourit-il gentiment avant de lui ébouriffer les cheveux. Si quelque chose ne va pas, n'hésite pas.

Il se releva et quitta également la pièce. Vu l'obscurité dans laquelle elle se trouvait, elle en déduisit qu'il faisait nuit. Elle s'en voulut de les avoir réveillé ainsi en plein milieu de la nuit. Ces cauchemars continuaient, peu importe où elle se trouvait. A Shimabara, elle avait réveillé chaque nuit sa compagne de chambre. Cette dernière avait fini par s'habituer à cela et faisait tout pour la consoler et la rassurer. Mais ici, tout semblait différent. Se retrouver ainsi submergée par tous ces hommes... elle se sentait un peu apeurée.

Elle se rallongea et songea à ce cauchemar. D'où lui venait-il et pourquoi ? Était-ce quelque chose qui concernait son passé ? Quelqu'un lui avait-il tourné le dos ? Cette personne, "Shira", qui était-elle ? Était-ce une femme qu'elle connaissait ? Sa sœur ou bien sa mère ? Toutes ces questions lui donnaient mal à la tête et elle dut se résigner à ne plus y penser.

Quelques jours plus tard, Bara put enfin commencer à aider Chizuru avec ses corvées. Bien qu'elle se montra d'abord un peu timide avec elle, Bara finit par se laisser aller et parler un peu avec sa nouvelle amie. La seule femme dans ce monde d'homme qui pourrait sûrement mieux la comprendre que n'importe qui d'autre ici.

En fin de matinée, les deux jeunes filles se mirent à préparer le déjeuner avec attention et bonne humeur. Chizuru lui parlait de sa vie, ici, auprès du Shinsengumi. Bara l'écoutait avec attention mais elle se demandait comment son amie pouvait-elle ne pas avoir peur.

- Ils ne te font pas peur ? demanda-t-elle alors.

- Non, ils sont très gentil. Okita-san peut faire peur à première vue, mais il est très gentil, tout comme Hijikata-san, Saitô-san et tout le monde, sourit-elle.

Bara demeura silencieuse. Généralement, les hommes tendaient à lui faire peur. Elle ne savait pas d'où cela lui venait. Ce qu'elle savait, c'est que cela ne venait pas du Shimabara, mais d'un événement plus ancien dont elle ne parvenait pas à se souvenir.

- Bara-chan ? s'enquit Chizuru.

- J'ai peur des hommes, souffla-t-elle, comme avouant un défaut honteux. Même avant d'être amenée au Shimabara. Cette peur, je ne sais pas d'où elle vient mais... je ne peux pas m'empêcher d'être terrifiée chaque fois qu'un homme s'approche de moi. J'ai peur qu'il me blesse, essaye de me tuer...

Chizuru en eut les larmes aux yeux. Qu'avait-elle donc pu vivre de si terrible pour qu'une telle peur se déclenche et qu'elle ne se souvienne même pas du pourquoi ni du comment ? Ce fut donc dans un silence pesant qu'elles terminèrent de préparer le repas.

Okita, qui avait entendu toute leur conversation, se sentit coupable. N'était-ce pas lui qui l'avait menacée de la tuer à son arrivée ? Certes il ignorait tout cela, mais cela ne l'excusait pas. Peut-être serait-il un jour amené à devoir la tuer, mais pour le moment, il se devait de se contenir et de l'aider à reprendre confiance. Si elle devait vivre avec eux, il allait bien falloir qu'elle cesse de les craindre. C'est sur ces pensées qu'il s'éloigna de la cuisine pour rejoindre ses compagnons d'arme.

Quelques minutes plus tard, alors que les généraux du Shinsengumi était rassemblé dans la salle de séjour, les deux jeunes filles firent leur apparition avec les repas. Elles les posèrent devant les samouraï avec délicatesse. Bara, pour une fois, ne fut pas dépaysée par sa fonction. Elle avait juste à s'imaginer au Shimabara.

Une fois cela fait, elles s'assirent également avec leur propre repas, attendant l'autorisation de commencer. Kondo prit alors ses baguettes et, avec un "Itadakimasu", commença son repas, suivit par les autres hommes. Chizuru jeta quelques regard inquiets à sa nouvelle amie devant son silence complet.

- Bara-chan, commença-t-elle.

Cette dernière la regarda et la tension qu'elle éprouvait parut évidente à Chizuru. Si seulement elle savait comment la rassurer. Cet échange silencieux n'échappa pas aux yeux d'Okita qui posa ses baguettes et se dirigea vers elles. Il s'agenouilla à côté de Bara, la faisant sursauter, ce qui n'échappa aux autres capitaines d'unités.

- Bara-chan, je suis désolé si je t'ai effrayée, mais tu n'as absolument rien à craindre ici, tenta-t-il de la rassurer.

Bien qu'il fut sincère, elle le sentait, cela ne la détendit pas vraiment et sa peur ne diminua pas. Le silence était pesant dans la pièce et les larmes brouillaient la vue de la nouvelle arrivante. Okita ne tenta aucun geste vers elle, craignant que cela ne l'effraie encore plus.

- Okita-san, fit Chizuru. Je crois que Bara-chan a dans son passé, subit de mauvais traitement de la part des hommes, continua-t-elle. Mais elle ne se souvient de rien sinon de ce sentiment de peur.

Okita le savait bien, il les avait entendues parler dans la cuisine. Mais il se garda bien de l'avouer. Heisuke, pour une fois, semblait un peu attristé de la situation. Il se lança alors:

- Hey Bara-chan, personne ne te fera plus de mal, je te le promets ! s'exclama-t-il. Je te protégerai.

- Hahaha, comme si tu en étais capable demi-portion ! se moqua Shinpachi.

- Oy, Shinpachi-san ! s'écria-t-il en commençant à se disputer avec lui.

- Hola hola, du calme, s'amusa Sanosuke.

Il jeta un coup d'œil en direction de Bara qui, bien malgré elle, rigolait doucement devant cette scène. Pour une fois, Heisuke avait réussi à alléger suffisamment l'atmosphère pour qu'elle se sente rassurée. Okita retourna à sa place, ne voulant pas risquer de l'effrayer.

Le repas continua dans une humeur plus détendue, et Bara sembla manger avec un peu plus d'entrain et de décontraction. Chizuru en fut heureuse et se jura de ne jamais la laisser seule au milieu de tous ce hommes pour lui apporter un tant soi peu de réconfort et d'assurance. A Shimabara, elle avait eut une amie sur qui s'appuyer, cela semblait évident, et ce serait pareil ici.

Le soir venu, Bara retourna à sa chambre avec Chizuru. Cette dernière avait finalement changé de chambre lorsque Bara avait été malade et se retrouvait dans la chambre juste à côté de la sienne. Elle se souhaitèrent bonne nuit avant de finalement rentrer dans leurs chambres respectives.

Une fois seule dans l'obscurité, Bara ne put trouver le sommeil, trop préoccupée par l'idée qu'elle ferait forcément ce cauchemar et qu'elle allait encore réveiller quelqu'un. Cependant, la fatigue l'emporta sur sa détermination et elle sombra. Le cauchemar se reproduisit inexorablement et elle pria pour ne pas hurler comme la dernière fois.

- Shira-chan...

Il lui sembla que ce cri venait de son cauchemar, un cri d'enfant qu'elle ne reconnut pas. La silhouette se retourna mais elle se réveilla à ce moment précis. Elle était de nouveau en sueur et haletait. Elle tendit l'oreille mais personne ne sembla courir par ici. Elle en fut soulagée, elle n'avait pas crié. Elle se recroquevilla sur son futon et se mit à pleurer.

Quelques semaines plus tard, Bara fut autorisée à sortir avec Chizuru pour une patrouille avec Okita et Heisuke. Cela lui fit du bien de sortir à l'air libre. Elle se sentit plus légère, plus sereine. D'après ce qu'elle savait, le Shinsengumi n'allait pas tarder à entrer dans une confrontation. En effet, une division frappa le Shinsengumi et deux de ses capitaines de divisions décidèrent de partir avec un dénommé Itou. Bara, qui avait alors appris à les connaître plus ou moins, en fut un peu affectée. Saitô Hajime, l'un de ses protecteurs comme Harada Sanosuke s'amusait à le décrire, partait avec Heisuke, le seul qui ait réussi à la rassurer un peu parmi tous ces hommes.

Profitant du fait que Chizuru aille parler de tout ceci avec Sanosuke et Toshizo, Bara se dirigea vers la cours intérieur, là où les deux anciens membres du Shinsengumi s'attardait un peu avant de partir. Heisuke était tout simplement assis sur un banc, à réfléchir. Bara alla s'asseoir à côté de lui, en silence.

- Je sais ce à quoi tu penses, Bara-chan, sourit-il bien que le cœur n'y soit pas. Tu penses que je suis un lâche qui abandonne ses amis.

- Non, Heisuke-kun. Seulement je ne peux m'empêcher de me demander pourquoi tu pars... répondit-elle, baissant les yeux pour regarder le sol.

- Itou et moi avons une longue histoire partagée. Je ne peux que le suivre. Je lui dois beaucoup, déclara-t-il alors, sans pour autant se lancer dans des détails.

Bara ne fit qu'acquiescer. Bien sûr qu'elle comprenait, mais cela n'en rendait pas la chose plus agréable. Elle se leva et, dans un dernier regard, s'inclina devant Heisuke comme une dame bien éduquée le ferait.

- Quoi qu'il en soit, merci d'avoir été présent pour moi, le remercia-t-elle avant de se diriger vers le cerisier en fleur où se trouvait Saitô.

Quand elle arriva à sa hauteur, ce dernier la fixa sans un mot. Pour l'avoir si souvent observée, il pouvait dire quel était son état d'esprit. Pour le moment elle était abattue et il le comprenait. Cependant, il allait falloir qu'elle s'endurcisse. Si par le passé il avait été, avec Sanosuke, son protecteur, il était tout aussi bien possible que dans le futur il se retrouve à être son ennemis. Il vit du coin de l'œil Okita observer toute la scène. Bien évidemment, même si ce dernier n'avait rien à voir avec le fait qu'elle se soit retrouvée ici, il gardait toujours un œil sur elle avec un désir évident de la protéger. Saitô l'avait bien compris et ne s'avançait pas à dire quoi que ce soit sur ses motivations, bien qu'il ait une petite idée là-dessus.

- Les temps changent, dit-il simplement à l'intention de la jeune femme.

- Huh ?

- Pour s'assurer un futur, il ne faut pas se retourner vers le passer, et aller de l'avant, reprit-il. Garde bien cela à l'esprit, Bara, et ne t'apitoie pas sur ton sort, fit-il plus sévère. Tu dois être forte.

Bara, les larmes aux yeux, acquiesça. Il était peut-être le seul, avec Heisuke, qu'elle considérait comme un ami, un frère. Et il se comportait comme tel avec elle, bizarrement. Sévère et dur avec elle, pour lui permettre de survivre. Elle n'espérait aucune douceur de sa part et avait réussi à déceler en lui cette maladresse dont il ne semblait pas pouvoir se défaire quant à l'expression de ses sentiments. Elle ne lui en voulait pas et lui était reconnaissante d'avoir veillé sur elle tout ce temps.

- Faites bon voyages, Saitô-san, parvins-t-elle finalement à lui dire en se forçant à sourire à travers ses larmes. Prenez soin de vous et de Heisuke.

Puis elle s'inclina et s'éloigna. Hors de vue des deux hommes, elle se mit à courir jusqu'à l'extérieur du QG et s'adossa au mur pour pleurer à chaudes larmes. Ils étaient devenu, en l'espace de si peu de temps, sa seule et unique famille. Même Okita qui lui faisait toujours un peu peur, avait réussi à gagner sa confiance et à la faire parfois sourire. Maladroitement, elle essuyait du mieux qu'elle pouvait, ses joues humides de larmes.

Entendant un bruit de pas, elle sursauta et se tourna vers l'origine du bruit. Okita se tenait juste à côté d'elle, adossé au mur, regardant le ciel qui s'obscurcissait à vue d'œil.

- Ils reviendront, dit-il simplement.

Bara baissa la tête et, sentant une main se poser sur celle-ci, la redressa vivement, un peu surprise. Il la regardait avec gentillesse et, dans ses yeux, elle pouvait voir qu'il ne lui ferait jamais de mal. Elle ne savait pas trop si elle pouvait croire à cela, mais pendant un instant, elle le voulut et se blottit dans ses bras. Elle enfouit sa tête dans son épaule et, bien que maladroit, Okita lui frotta le dos gentiment.

- Viens, il vaut mieux rentrer, conclut-il en lui prenant la main et en la ramenant à l'intérieur de ce vieux temple où ils avaient élu domicile depuis un moment à présent.

Elle ne résista pas et se laissa entraîner sans un mot, la tête baissée, montrant à quel point elle était abattue. Okita ne comprenait pas tout à fait pourquoi ni comment tout ceci pouvait lui causer autant de peine. Mais il se doutait que les femmes étaient plus sensibles que lui aux séparations et à l'idée qu'elles ne reverraient jamais leurs amis.

Quand ils arrivèrent dans la salle où tous prenaient ensemble leurs repas, le silence tomba. Chizuru, à côté de Sanosuke faisait triste mine, elle aussi abattue par les événements. Après tout, elle connaissait tout le monde beaucoup mieux que Bara. Toutefois cela n'empêchait pas cette dernière d'être anormalement touchée et blessée de leur départ.

En silence, Okita la fit asseoir devant son repas avant de s'asseoir à côté d'elle. Kondô les observa en silence, curieux de voir celui qu'il avait pratiquement élevé, se préoccuper d'une si fragile et mystérieuse créature telle que Bara. Son petit protégé changeait à n'en pas douter.

- Oy, Bara-chan, ne t'en fais pas, tout ira bien, tenta de la consoler Nagakura.

- Shinpachi, tu ne vois pas qu'elle est bouleversée, aies un peu plus de délicatesse, le rabroua Sanosuke. Il est normal que Chizuru-chan et Bara-chan soient sous le choc.

Bara demeura silencieuse et ne toucha pas à son repas. Au bout d'un certain moment, elle s'excusa, s'inclina et se leva pour quitter la pièce, remportant son repas dans les cuisines avant d'aller se coucher.

Okita posa ses baguettes après avoir fini son repas et s'excusa avant de partir lui aussi, emportant ce qui restait de son dîner. Une fois ce dernier parti, Sanosuke prit la parole.

- Sôji est étrange en ce moment, déclara-t-il.

- Je trouve aussi, renchérit Kondô. Il s'est passé quelque chose ?

Chizuru se sentit alors coupable de cacher la vérité. Elle seule savait mais elle avait promis à Okita de ne rien dire à personne. Seulement... pouvait-elle cacher tout cela à Kondô et les autres capitaines du Shinsengumi qui s'inquiétaient pour lui ? Hijikata soupira et reposa ses baguettes.

- Il est certain qu'il nous cache quelque chose, mais qui se porte volontaire pour aller lui demander quoi ?

Tout le monde sembla alors un peu nerveux. Sanosuke se gratta la nuque, Nagakura grimaça, Kondô eut un rire jaune... Apparemment, personne ne voulait provoquer le Capitaine de première division. Tous savait qu'il était un samouraï exceptionnel. Exceptionnellement dangereux.

- Ano... commença Chizuru avant de se taire et de baisser la tête.

- Tu sais quelque chose, n'est-ce pas ? fit alors Hijikata en posant son regard d'un violet profond sur elle. Mais tu ne nous le diras pas... devina-t-il.

- C'est que... j'ai promis à Okita-san... fit-elle gênée.

Tous soupirèrent. Ils n'allaient pas forcer Chizuru à parler, bien qu'ils soient inquiets à son sujet. Ils ne voulaient pas que Chizuru en face les frais si Okita venait à l'apprendre. Soudain, Chizuru se rappela de quelque chose. Elle ne pouvait rien dire, mais quelqu'un d'autre était au courant.

- Je crois que Saitô-san était au courant, annonça-t-elle alors.

Une lueur d'intérêt s'alluma dans le regard du commandant. Saitô, lui, n'avait sans doute rien promis à Okita et ce dernier ne savait peut-être pas qu'il était au courant. Il ne pouvait s'empêcher de féliciter Chizuru mentalement. C'est qu'elle était tout de même rusée, cette femme à peine sortie de l'enfance.

L'air frais sur son visage lui fit du bien. Sa respiration courte d'avoir trop toussé se fit de plus en plus lente et calme. Il se doutait qu'il ne pourrait plus cacher sa maladie longtemps. Il avait refusé d'écouter le docteur et de partir dans un lieu où le climat était plus clément. Et tout cela par curiosité ? Non, il y avait aussi sa fierté et son honneur qu'il refusait d'abandonner en quittant ses hommes et le Shinsengumi. S'il devait mourir, il mourrait en samouraï et pas autrement.

En passant près de la chambre de Bara, il entendit cette dernière parler, marmonner. Elle semblait bien faire encore un de ses cauchemars. Depuis le temps, cela ne surprenait plus personne, mais il s'étonnait que ces cauchemars là soient si tenaces et ne la laissent pas en paix. Il savait que dans quelques minutes, elle hurlerait en se réveillant, et toujours ce même mot, ce nom de son passé.

- Shira-chan ! cria-t-elle.

Sôji se décida à entrer le plus silencieusement possible. Elle était assise dans son futon, les larmes ruisselant sur son visage fin et délicat. Il laissa son sabre dans le coin de la pièce, juste à côté du shoji et alla s'accroupir près d'elle. Il posa sa main sur la sienne et la serra gentiment.

- Encore ton cauchemar ? s'enquit-il bien qu'il connaisse déjà la réponse.

- Je suis désolée de vous avoir réveillé, Okita-san, fit-elle, sa voix tremblant encore de sanglots.

- Je ne dormais pas, dit-il simplement. Veux-tu me parler de ton cauchemar ?

Il ignorait pourquoi il se montrait si prévenant avec elle. Il avait menacé de la tuer dés qu'il en aurait l'occasion, puis il avait essayé de la rassurer, et maintenant il se trouvait là, à la consoler, à s'inquiéter et à se préoccuper d'elle. Elle avait très vite pris ses marques ici, comme Chizuru l'avait fait.

Elle secoua la tête pour répondre à sa question. Elle ne voulait pas l'ennuyer avec ça. C'était déjà bien suffisant de le perturber comme elle le faisait en pleine nuit, en hurlant un nom qu'elle-même ne semblait pas réussir à raccrocher à une quelconque personne. Sôji soupira et s'installa plus confortablement à côté d'elle.

- Me le diras-tu si je te raconte un secret ? fit-il avec un air mutin.

- Quel secret ? murmura-t-elle en le regardant avec de grands yeux surpris.

- Hmhm, fit-il en secouant la tête. Toi d'abord, Bara-chan, ajouta-t-il avec un sourire en coin.

Bara se méfia un moment et le regarda par dessous ses cils, réfléchissant à la bonne chose à faire. Devait-elle lui raconter son cauchemar ? Pourrait-il l'aider à comprendre ? Non, il ne le pourrait certainement pas. Il ne l'avait rencontrée qu'après qu'elle fut secourue par les Geishas de Shimabara.

Elle finit par se décider et à lui raconter son cauchemar. Le fait qu'elle courrait dans l'obscurité totale vers une lumière d'où se dessinait une silhouette. Elle tendait la main vers cette silhouette et cette lumière et, juste avant qu'elle ne parvienne à la toucher, elle s'éloignait encore et encore. Elle se réveillait alors en hurlant ce nom qu'elle imaginait être celui de cette silhouette.

- Hm... cette silhouette... à quoi ressemblait-elle ? demanda-t-il, pensif.

- J'imagine que c'est une fille, puisque ses cheveux sont longs.

- Hahaha, se mit à rire Okita. Alors d'après toi, Harada est une fille, et Hijikata aussi ? Qu'en est-il d'Heisuke et de Saitô ?

Là, il se payait complètement sa tête, mais elle devait reconnaître qu'il marquait un point. Mais que pouvait-elle bien dire ? La silhouette était assez androgyne, si bien qu'elle ne savait pas si c'était un jeune garçon ou une jeune fille. "Shira-chan" faisait plus penser à une fille, cependant.

- Je l'appelle Shira-chan, non ? murmura-t-elle. Cela me paraît plus féminin...

- Peut-être, fit-il songeur.

- Qu'en est-il de votre secret, Okita-san ? s'enquit alors Bara pour détourner la conversation d'elle.

Okita se referma un peu sur lui-même. A dire vrai, il avait pensé qu'elle se défilerait et ne lui raconterait rien. Mais maintenant qu'elle l'avait fait, il lui devait bien ça. Il soupira et regarda la ciel par le shoji entrouvert. Il tourna ensuite la tête vers elle et lui proposa sa main pour l'entraîner dehors.

Bara hésita un instant, avant de finalement accepter son invitation. Elle enfila son hakama et le suivit à l'extérieur où il s'assirent côte à côte pour regarder le ciel étoilé. Elle resta silencieuse, attendant qu'il daigne lui confier son secret.

- J'aimerais ressembler à Kondô, avoua-t-il enfin. Il est mon idole depuis que je suis gosse, expliqua-t-il finalement en tournant son regard vers elle.

- C'est lui qui vous a enseigné comment vous battre, n'est-ce pas ? fit alors Bara, balançant ses jambes dans le vide.

- Oui, entre autres... conclut-il.

Ils restèrent encore un bon moment à observer les étoiles, en silence. Étrangement, la présence de l'autre ne les dérangeait aucunement. Okita qui préférait regarder les étoiles seul jusqu'à présent, se sentait tranquille, calme, apaisé par la présence d'une personne qui ne semblait nullement le juger. Elle ne rigolait pas de son secret comme l'aurait fait les capitaines de division. Il avait cette sensation qu'il pouvait lui faire confiance sans retenue.

Bara frissonna suite à un coup de vent et se frictionna les bras. Elle sentait la fatigue l'assaillir. Il était temps pour elle d'aller se coucher. Parler avec Okita lui avait enlever une boule d'anxiété du ventre et elle se sentait plus tranquille à l'idée de s'endormir. Elle allait ouvrir la bouche pour prendre congé quand Okita la devança.

- Il est tard, déclara-t-il. Mieux vaudrait-il aller se coucher, ajouta-t-il en retenant un bâillement.

- Oui, approuva Bara. Bonne nuit, Okita-san, fit-il en lui souriant gentiment.

Elle se leva sous le regard ébahi du jeune homme qui ne s'attendait pas à un tel sourire de sa part. Il en avait le souffle coupé. Généralement, quand les femmes le connaissaient, même s'il avait beaucoup de charme, elles avaient peur de lui et l'évitaient. Bara semblait ne plus avoir si peur de lui que ça. Avait-elle oublié qu'il avait menacé de la tuer dés qu'il s'en ressentirait le besoin ?

Le shoji de la chambre de Bara se referma lentement et Sôji resta un instant immobile, les yeux fixés sur le shoji fermé. Puis un sourire en coin se dessina sur ses lèvres.

- Bonne nuit, Bara-chan. Je ne te tuerai pas... du moins pas pour le moment.

Puis il s'en alla se coucher, ramassant son katana posé à côté de lui. Il avait le cœur léger et sentait que cette nuit serait sous le signe d'un bon sommeil.