Voici le troisième chapitre de cette histoire, j'espère qu'il sera à la hauteur des deux précédents. Bonne lecture à tous.


Chapitre 03

Enlèvement impromptu

Chizuru et Bara rentraient au temple accompagnées de Harada, Nagakura et Hijikata. Les deux jeunes filles se dirigèrent immédiatement vers la cuisine et commencèrent à préparer le repas. Bientôt ils commencèrent tous leur dîner sans perdre de temps. Bara avait pris l'habitude de s'asseoir entre Okita et Chizuru, et le capitaine de première division semblait ne pas s'en offusquer.

Depuis quelque temps, il semblait plus fatigué et, quand il pensait qu'elle ne le voyait pas, ou ne l'entendait pas, il se mettait à tousser si violemment qu'elle commençait à s'inquiéter pour sa santé. Il avait été forcé de prendre du repos et Kondô lui avait ordonner de ne plus quitter sa chambre jusqu'à ce qu'il soit rétabli, excepté pour les repas.

Chizuru, quant à elle, continuait de faire ses corvées avec Bara, passant du temps quelques fois avec Harada et Nagakura, ou bien avec Hijikata. Si elle ne savait pas trop ce que ressentaient ces hommes là pour Chizuru, ce qu'elle savait en revanche, c'est que cette dernière regardait beaucoup Harada et Hijikata. Comme si son cœur semblait balancer de l'un à l'autre sans cesse.

Le repas terminé, les deux jeunes filles emmenèrent tout ce qu'il restait en cuisine et firent la vaisselle en discutant calmement. Bara tentait de ne pas trop se mêler de la vie privée de son amie, mais elle ne pouvait s'empêcher d'être curieuse. Toutefois elle se força à ne rien demander. Ce fut Chizuru qui commença sur cette voie là.

- Okita-san semble beaucoup t'apprécier, Bara-chan, fit-elle l'air de rien.

- Vraiment ? s'enquit-elle. Il me paraît plutôt distant la plupart du temps quand nous parlons.

- Certes, mais il te parle, continua-t-elle. D'habitude il est plutôt silencieux quand il ne plaisante pas avec les autres capitaines.

Bara resta silencieuse. Les révélations que lui faisait Chizuru la rendait un peu perplexe. Elle savait bien qu'à présent ils n'étaient plus totalement des inconnus, Okita et elle, mais de là à se dire amis, c'était une toute autre histoire.

- Bara-chan, tu n'es pas en train de tomber amoureuse d'Okita-san, n'est-ce pas ? s'enquit alors la jeune fille.

- Non, fit-elle un peu troublée. Mais qu'y aurait-il de mal à cela quoiqu'il en soit ?

Chizuru ne put répondre. Certes, elle aurait tant aimé partager ce qu'elle savait avec elle, mais elle ne pouvait pas. Si Bara tombait amoureuse d'Okita, comment parviendrait-elle à surmonter l'issue fatale que prendrait leur relation ? Okita n'était qu'un mort en sursis. Bara serait anéantie si elle venait à le savoir et qu'en plus elle entretenait de tendres sentiments pour cet homme au regard vert enfantin.

- Qu'en est-il de toi, Chizuru-chan ? attaqua finalement Bara.

- Huh ?

- Tu passes beaucoup de temps avec Hijikata et Harada, et quand tu n'es pas avec l'un d'eux, tu ne peux t'empêcher de leur jeter des coups d'œil, fit-elle.

Chizuru se mit à rougir et passa étonnamment plus d'énergie dans son ouvrage. Bara eut un petit sourire à la fois amusé et satisfait. Elle ne s'était pas trompée dans ses suppositions, apparemment. Elle attendit un instant que son amie réponde, avant de finalement la relancer.

- Ton cœur balance entre les deux ?

- Hum... je... c'est à dire... rougit-elle encore plus.

- Hahaha, d'accord, j'ai compris, s'esclaffa Bara. Ne t'en fais pas, je n'en dirai rien.

- Merci, soupira de soulagement Chizuru.

Elles terminèrent leur ouvrage en silence. Chizuru cependant ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'œil à Bara, espérant que jamais cette dernière ne tombe amoureuse d'Okita. Mais... et si justement Okita était amoureux de Bara ? Dans ce cas, ce serait ce dernier qui souffrirait. Dépitée, Chizuru comprit que, quoi qu'il arrive, au moins une personne souffrirait. La fatalité avait jeté son dévolu sur deux personnes qui ne le méritaient pas.

Plus tard, elles se séparèrent pour aller se coucher. Bara fut à peine arrivée dans sa chambre qu'elle commença à entendre des cris d'alerte. Elle se retourna, inquiète et observa les alentours. Que se passait-il ? Un homme entra dans sa chambre, un membre du Shinsengumi et lui conseilla de sortir pour aller se cacher quelque part, que c'était dangereux pour elle de rester ici.

Bara ne se fit pas prier et se précipita hors de sa chambre et courut pour parvenir à l'entrée du temple. Dans tout ce chahut, personne ne la remarquerait, du moins c'est ce qu'elle pensait. Quand elle arriva, elle se retrouva face à Chizuru, emprisonnée dans l'étreinte de Kazama Chikage. Ses yeux s'agrandirent de surprise et la peur lui donna des sueurs froides dans tout le dos.

Ce fut à ce moment qu'elle remarqua deux autres hommes qui n'étaient certainement pas du Shinsengumi, et donc, par déduction, des alliés de leur ennemi. L'un avait des cheveux rouges et était plutôt imposant, tandis que l'autre, plus affûté et loin d'être petit, avaient de longs cheveux d'un bleu de nuit ondulant le long de son dos. Le premier se battait à main nue et donnait du fil à retordre à plus de dix samouraïs, l'autre, se battait à distance, usant d'une arme à feu.

- Haaaa... tu es également là, fit alors Kazama. Vous n'êtes pas des leurs, venez toutes les deux avec nous. Votre place n'est pas ici.

Chizuru tentait de se libérer en gigotant telle une furie tandis que Hijikata et Harada, tous deux entre Bara et Kazama, attendait une ouverture pour attaquer sans blesser Chizuru. Le oni au cheveux sanglants, répondant au nom de Amagiri, parvint à atteindre Bara et la balança sur son épaule. Cette dernière lâcha un cri de surprise et se mit à se débattre à grand renfort de coups de pieds, de genoux et de poings.

Le oni au cheveux couleur de nuit l'observa un long moment entre deux coups de feux, étonné de voir qu'il n'y avait pas qu'une seule oni ici, mais deux. Kazama n'avait pas parlé de la deuxième. Était elle aussi ignorante de sa condition, comme l'était Yukimura ?

- Lâchez-moi espèce de grosse brute ! Ma place est là où je le décide ! cria-t-elle tout en continuant de se débattre.

Ce fut à ce moment que Yamazaki apparut et parvint à distraire suffisamment son ravisseur pour qu'elle puisse échapper à son étreinte. Elle tomba à terre et se releva en grimaçant.

- Allez vous mettre à l'abri ! lui ordonna le ninja.

Cette dernière ne se fit pas prier. Elle se mit à courir vers le temple où elle serait apparemment plus à l'abri qu'ici. Elle jeta un coup d'œil à Chizuru mais Yamazaki lui ordonna à nouveau de déguerpir, si bien qu'elle n'eut d'autre choix que d'obéir. Son cœur battant la chamade, elle courut et entra dans une chambre au hasard, pour se cacher.

- Bara-chan ? fit une voix derrière elle.

Elle sursauta en lâchant un cri de frayeur et se retourna. Okita se trouvait devant elle, un peu perplexe. Elle tremblait de peur et de larmes perlaient à ses yeux. Elle tomba à genoux, la tension se relâchant d'un coup. Il la rattrapa et s'accroupit à côté d'elle.

- Hey, fit-il. Que se passe-t-il à l'extérieur ?

- Ils... ils sont venu nous enlever, Chizuru et moi, avoua-t-elle, la voix tremblante de sanglots sourds.

Les yeux d'Okita s'obscurcirent à tel point qu'il lui fit presque peur. Le shoji s'ouvrit et Okita tira Bara derrière lui, sa main prête à dégainer son katana. Ce fut un garçon ressemblant comme deux gouttes d'eau à Chizuru qui se présenta devant eux. Il lui sourit et posa un flacon au liquide rouge comme le sang devant lui. Bara ne comprit pas mais se douta qu'il s'agissait de ce remède terrible dont Chizuru lui avait parlé.

- Pourquoi me proposes-tu cela ? demanda alors Okita, perplexe.

- Si tu veux protéger cette oni, commença le oni en désignant Bara du regard, et ma chère petite sœur Chizuru, tu auras besoin de force et ta maladie te cloue au sol. Tu n'as même pas la force de soulever ton arme, n'est-ce pas ?

- Oni ? répéta Bara hébétée.

Le garçon eut un sourire en coin et acquiesça. Bara tombait de haut avec cette révélation. Okita, lui, semblait hésiter. Que Bara soit une oni ne lui faisait ni chaud ni froid et puis, ils avaient bien accepté Chizuru alors une de plus... Non, il hésitait à prendre ce remède. Il n'avait aucune garantie que cela allait l'aider.

- Quelle garantie ai-je que cela va fonctionner ? demanda-t-il.

- Aucune, répondit le garçon. Mais tu peux soit essayer, soit attendre la mort ici, conclut-il en partant.

Okita ne bougea pas, sa main tenant toujours celle de Bara. Cette dernière se remit du choc et regarda Okita avant de se remémorer ce qu'avait dit leur visiteur. Okita était malade ? Et il allait mourir ? Après tout le temps qu'ils avaient passé ensemble, il ne lui avait rien dit... Elle se sentait blessée, et également complètement abattue. Okita, celui qu'elle avait tant craint à son arrivée, celui qui était devenu un confident, son ami, lui avait caché sa maladie ?

- Okita-san ? l'appela-t-elle. Que voulait-il dire au sujet de votre maladie ?

- Rien que tu n'aies besoin de savoir, fit-il plus froid qu'il ne l'aurait voulu. Il semblerait que tout soit revenu à la normale, tu peux sortir, conclut-il devant le visage larmoyant de Bara.

Elle acquiesça et se précipita vers le shoji qu'elle fit coulisser et détala. Okita soupira et se laissa tomber sur son futon, sa main sur son visage. Pourquoi avait-il fallut que tout tourne ainsi ? Pourquoi avait-il fallut que lui, le condamné, tombe sur une femme aussi sensible et aussi... merveilleuse. Il ne la méritait pas et ne devait pas essayer de se rapprocher d'elle. Il allait mourir, il n'avait pas le droit de la faire souffrir en essayant de se faire aimer d'elle.

Dés qu'il avait posé les yeux sur elle, il avait été attiré comme un papillon par la lumière d'un feu crépitant. Mais il n'avait aucun droit de tomber amoureux d'elle... aucun. Et pourtant... son cœur cognait douloureusement dans sa poitrine chaque fois qu'il la voyait sourire, rire...

- Pauvre fou... souffla-t-il à l'obscurité.

Il se tourna sur le côté, observant le flacon d'ochimizu. Peut-être ce remède pourrait-il le guérir de cette maladie incurable, mais il n'avait aucune garantie que ce que cet oni avait dit était vrai. Il savait pertinemment qu'il y avait un piège dans tout ça, et il allait y foncer tête baissée s'il ne réfléchissait pas.


Bara refusait de quitter sa chambre, prétextant le contre-coup des événements. Chizuru lui avait gentiment apporté un plateau avec son repas en fin de matinée, mais quand elle était revenue le chercher, il était intacte. Bara n'avait pas mangé une seule bouchée. Chizuru remporta le plateau en cuisine en ayant un pressentiment que ce n'était pas le contre-coup qui la mettait dans cet état là. Cela faisait une semaine depuis l'attaque.

Soucieuse, elle vaqua à ses tâches ménagères mais ne parvint pas à se concentrer là-dessus. Elle frottait le même endroit de parquet depuis cinq minutes quand quelqu'un vint la tirer de ses réflexions.

- Quelque chose ne va pas Chizuru-chan ?

Sanosuke s'était penché sur elle et semblait soucieux. Chizuru secoua la tête puis soupira. Comment faire part de toutes ses inquiétudes à Sanosuke ? Elle n'était pas sûre qu'il comprendrait tout.

- Saitô est revenu, tenta-t-il pour lui remonter le moral.

- Vraiment ?!

- Oui, en vérité il était là-bas en tant qu'espion pour Hijikata, avoua-t-il.

- Et... Heisuke-kun ? s'enquit-elle.

Sanosuke grimaça avant d'avouer qu'il n'avait pas l'intention de revenir. Il lui expliqua également qu'ils allaient bientôt devoir faire quelque chose au sujet d'Itou et de ses hommes. Apparemment ils prévoyaient un attentat contre Kondô.

- Si on veut sauver Heisuke, il va falloir agir vite, soupira Sanosuke. L'attaque est prévue pour ce soir.

Chizuru réfléchit un instant. Elle aurait aimé aider mais, dans un sens, elle serait probablement un poids mort pour eux, et dans un autre, elle rechignait à laisser Bara seule. Ce qui la ramena à sa préoccupation actuelle. Elle soupira et leva les yeux vers Sanosuke.

- Bara est étrange dernièrement. Elle refuse de sortir de sa chambre, elle ne mange pas... Elle dit que c'est le contre-coup de la dernière attaque, mais j'ai du mal à y croire.

- Maintenant que tu le dis, c'est vrai qu'on ne la voit plus... fit Sanosuke en s'asseyant à côté de Chizuru qui décida de faire une pause dans son ouvrage. Dernièrement, elle a été pas mal proche de Sôji... réfléchit-il.

- C'est bien ce qui me fait peur... soupira Chizuru.

- Et pourquoi cela, Chizuru-chan ? Sôji est certes un peu effrayant, mais ce n'est pas un mauvais bougre...

- Ce n'est pas ça, commença-t-elle, c'est que...

Elle hésita. Si elle allait plus loin, elle allait rompre la promesse qu'elle avait faite à Okita. Sanosuke s'en rendit compte lui ébouriffa gentiment les cheveux comme si elle était une enfant.

- Saitô nous a tout raconté, au sujet de la maladie de Sôji... lui dit-il. Tu n'as plus à t'en faire au sujet de ta promesse.

- Je pense que Bara est amoureuse de Okita-san et que cela m'inquiète parce que...

- Il mourra inexorablement ? continua-t-il pour elle.

Chizuru acquiesça en silence, la mine déconfite. Sanosuke soupira et s'appuya sur ses mains tout en levant les yeux vers le ciel clair. Chizuru avait des raisons de s'inquiéter, certes, mais dans la vie, on ne peut pas toujours lutter contre les sentiments. Qu'ils soient avoués ou non fait tout aussi mal.

- On meurt tous un jour, Chizuru. L'important c'est de profiter suffisamment du temps que l'on a pour ne rien regretter, expliqua-t-il. Si Bara et Sôji ont ce genre de sentiments, alors il ne faut pas qu'ils perdent leur temps à tourner autour du pot. Sôji a un temps plus limité que nous, mais il ne va pas mourir demain.

Ils entendirent des bruits de pas derrière eux. Mais quand ils se retournèrent, ils ne virent personne. Chizuru fronça les sourcils tandis que Sanosuke se relevait. Il sourit gentiment à Chizuru avant de la laisser à son ouvrage. Cette dernière se força alors à se concentrer sur son travail, bien qu'elle ne pouvait s'empêcher de se demander qui avait bien pu être là quelques minutes plutôt et qu'est-ce que cette personne avait entendu de leur conversation.

Il ne fallut pas longtemps pour qu'elle le découvre cependant car, à quelques pas d'elle, dans la cour intérieure, Okita et Bara semblaient se fusiller du regard. Leur dispute attira d'ailleurs presque tous les capitaines du Shinsengumi: Nagakura, Harada, Saitô... et même Kondô et Hijikata.

- Pourquoi vous ne me l'avez pas dit, Okita-san ?! s'exclama Bara, à la fois furieuse et au bord des larmes.

- Et pourquoi aurais-je du t'en parler ? répondit-il, cinglant. En quoi cela te concerne-t-il Bara-chan ? Tu ne me connais pas, tu n'es pas l'une des nôtre ! s'emporta-t-il.

Un bruit sonore retentit et tous furent ébahis de ce qui venait de se passer. Nagakura, Saitô et Harada décidèrent qu'il valait mieux s'éclipser avant que tout dégénère. Si un carnage devait avoir lieu, ils préféraient autant ne pas être présents. Okita resta sans voix sous le coup de la surprise. Sa joue le brûlait légèrement après la claque qu'il venait de se prendre de la part de ce petit bout de femme qu'il avait tant cherché à éviter ces derniers temps.

- Okita-san, vous n'êtes qu'un idiot ! lui cria-t-elle avant de s'enfuir en courant, les larmes aux yeux.

Il resta immobile, incapable d'esquisser le moindre geste. Puis, au bout d'un moment, il alla s'asseoir en se frottant la joue pour apaiser la douleur. Si seulement cette douleur à la joue pouvait être plus forte et ainsi masquer celle de son cœur.

- Sôji, fit alors Kondô en s'asseyant à côté de son protégé. Tu ne crois pas que tu as été un peu dur avec elle ?

Sôji demeura silencieux. Son mentor avait raison, mais c'était le seul moyen qu'il avait trouvé pour s'interdire de l'aimer et surtout, l'empêcher de trop se rapprocher de lui.

- Vous savez tous pour mon destin funeste, je n'ai pas le droit de lui permettre de s'accrocher à moi, je n'en ai pas le droit... répondit-il, le cœur lourd. Je ne veux pas qu'elle souffre, Kondô-san. Je... je l'aime trop pour la laisser s'attacher à moi, avoua-t-il sincèrement.

- Dans ce cas tu es plus idiot que je le pensais, intervint Hijikata. Il est trop tard pour ça, elle t'aime depuis pas mal de temps maintenant, on l'a tous remarqué mais, par égard pour ta fierté, on a préféré rien dire. Peu importe que tu nies tes sentiments pour elle, les siens sont évidents.

Okita ferma les yeux. Mère fortune, cette salope, ne faisait que jouer contre eux depuis le début. Il avait fallut que lui, l'homme condamné, se retrouve entiché d'une oni qui ne savait rien de son passé et qui était adorable, et que non content de cela, la réciproque soit vraie également.

- Quel idiot je fais, je suis pathétique, soupira-t-il.

- Absolument, acquiescèrent les deux autres hommes.

Chizuru décida qu'il valait mieux qu'elle aille nettoyer le sol ailleurs, cela ne la concernait pas après tout. Elle n'avait aucun droit d'écouter tout ça. Cependant, elle se sentait triste pour Okita et Bara. Car s'ils arrivaient à se réconcilier, ils seraient forcément séparés prématurément.

Bara avait quitté le temple dans la précipitation. Elle ne parvenait pas trop à calmer ses sanglots tandis qu'elle marchait dans la rue déserte. La nuit tombait peu à peu et elle ne savait pas trop où aller. Kimigiku avait quitté sa couverture de Geisha à Shimabara si bien que personne là-bas ne pourrait lui venir en aide. Elle continua de marcher, sans vraiment savoir où elle allait jusqu'à ce qu'elle entende des bruits de pas derrière elle. Elle se retourna pour découvrir Harada Sanosuke, apparemment soulagé.

- Bara-chan, je te cherche depuis une heure, fit-il alors, l'inquiétude passée. Chizuru-chan se ronge les sangs, tu sais, avoua-t-il légèrement gêné.

- Désolée, murmura-t-elle, la gorge nouée.

- Aller, viens, rentrons, fit-il en lui tendant la main en signe d'invitation.

Elle hésita, elle n'avait qu'une envie, c'était de fuir à toute jambe. Elle ne voulait pas retourner au QG, elle ne voulait pas faire face à tout le monde, à Okita. Elle avait bien trop honte de la façon avec laquelle elle s'était comportée, d'avoir giflé Okita... Elle s'en voulait de tant de choses qu'en faire la liste prendrait des jours.

- Ne t'en fais pas, Sôji avait dépassé les bornes, tenta-t-il de la rassurer en voyant son état et les larmes dévalant ses joues.

- Mais je l'ai giflé... sanglota-t-elle. J'ai giflé Okita-san...

- Et alors ? Si tu veux mon avis, il le méritait, depuis le temps. Viens, rentrons.

Finalement, elle prit sa main et se laissa guider jusqu'au temple, les yeux rivés sur le sol comme une petite fille fautive qui a peur de rentrer à la maison et de se faire gronder par ses parents. Sanosuke demeura silencieux, la laissant dans ses pensées, il ne pouvait pas lui dire grand chose. Bien qu'il connaisse Sôji depuis longtemps, il n'était pas suffisamment proche de lui pour pouvoir lui dire quoi que ce soit et la rassurer quant à sa réaction quand il la reverrait.

Une fois de retour, tous furent enfin rassurés de la voir saine et sauve. Ils n'auraient pas pu se concentrer sur la mission qu'ils devaient à présent accomplir cette nuit là. Chizuru voulut absolument accompagner Hijikata pour l'aider à faire taire définitivement Itou. Enfin, tous se tournèrent vers Bara, sauf Okita qui n'était pas présent.

- Je voudrais aider à convaincre Heisuke de revenir, annonça-t-elle finalement.

Elle savait très bien que si elle restait ici, elle aurait plus de chance de tomber sur Okita, mais elle ne se sentait pas capable de lui faire face pour le moment. Sanosuke lui sourit et lui promit de faire de son mieux pour la protéger. Elle ne put que lui sourire timidement face à son effort manifeste pour lui changer les idées.

La nuit tombait quand ils partirent chacun faire leur mission. Bara resta près de Sanosuke comme il le lui avait fait promettre afin qu'elle ne court aucun risque. Quand ils arrivèrent finalement à l'endroit convenu, ils rencontrèrent Heisuke avec des hommes qui apparemment étaient dans le même camp que lui. Il fut surpris de voir ses deux amis de longue date et encore plus de voir Bara avec eux.

- Que faites-vous ici ? demanda-t-il finalement.

Il semblait fatigué et il ne respirait plus la joie de vivre comme auparavant. Comme si quelque chose en lui s'était brisé. Bara en aurait presque pleuré, mais finalement elle s'avança un peu plus pour essayer de le convaincre de revenir. Il l'écouta sans bouger, mais son visage resta fermé. Elle ne savait pas si elle pourrait le toucher suffisamment pour qu'il revienne.

Ce fut à ce moment que deux onis apparurent pour se joindre à la fête. Il s'agissait des deux acolytes de Kazama. Sanosuke poussa immédiatement Bara derrière lui et lança une pique à Heisuke pour qu'il réagisse et finisse par se secouer et les rejoindre. Cette ruse marcha car Heisuke lui renvoya une pique et recommença à sourire et à redevenir le jeune homme que Bara connaissait.

- Livrez-nous la fille et nous partirons, annonça alors Amagiri.

- J'aimerais un peu de résistance mais si vous coopérez, je serai obligé de vous laisser partir, bien que cela ne m'enchante guère, railla l'autre.

- Jamais on ne vous laissera Bara, lança alors Heisuke, la colère se lisant sur son visage.

- Tant mieux, je préfère la manière forte, sourit-il.

Et le combat s'engagea. Bara fit de son mieux pour ne pas se mettre en travers du chemin de ses défenseurs. Elle osait à peine regarder. Elle ferma les yeux de frayeur et des flashs se déclenchèrent dans son esprit. Une bataille, du feu, des cris...

- Hime-sama, il vous faut fuir, vite...

Quelqu'un qui la pousse et la fait tomber dans une rivière, et un hurlement qui monte de ses lèvres.

- Shira-chan, cria-t-elle en se recroquevillant sur elle-même, apeurée et haletante.

Personne ne sembla faire attention à son cri et le combat continua. Personne sauf l'acolyte d'Amagiri qui riva ses yeux mauves sur elle, la surprise se lisant sur son visage. Il se précipita vers elle pour en avoir le cœur net quand une lance lui barra la route.

- Je suis ton adversaire, laisse-la tranquille, fit-il, menaçant.

- Tu n'as aucune idée de qui elle est pour notre race, cracha son ennemi en ripostant, tirant une furie balles avec son arme à feu.

Sanosuke en esquiva la plupart et en para quelques autres avant de riposter, faisant sourire son adversaire. Pour un humain, il se défendait plutôt bien. Enfin un adversaire de sa trempe. Celui-là, il n'allait pas l'achever tout de suite, bien qu'il le pourrait très certainement en quelques secondes. Mais il l'amusait. Un peu plus et il pourrait presque gagner son estime, lui, un humain.

Finalement, les onis battirent en retraite, laissant pas mal de perte dans les deux camps restant et surtout, un Heisuke au bord de la mort. Bara, qui était toujours dans son coin, se cachant les yeux de ses mains et tremblant, fut rassurée par Nagakura tandis que les autres tentaient de sauver Heisuke. Bara reçu un autre coup en plein cœur: un de ses amis allait mourir sans qu'elle ne puisse rien faire...

Ils rentrèrent finalement au QG, portant un Heisuke à moitié mort, les mines déconfites. Bara tenait à peine debout, si bien que Sanosuke la souleva dans ses bras pour la ramener dans sa chambre. Il l'allongea dans son futon et remonta les couvertures sur elle avant de repartir auprès de ses hommes.

Bara s'était endormie sur le trajet jusqu'à sa chambre et revivait son cauchemar perpétuel avec cependant plus de détails et plus d'événements. Cette fois elle ne courait plus dans l'obscurité, elle se débattait dans un torrent d'eau qui l'étouffait, la noyait alors qu'elle l'emportait loin du feu, des cris et du sang. Et d'une silhouette qui restait pour permettre sa fuite et sa survie. Un jeune homme aux yeux violets. Et elle hurlait son nom: Shira-chan.

Le shoji coulissa alors que son cauchemar s'éternisait. Une silhouette s'approcha d'elle et l'observa longuement, perplexe, et surtout pleine d'espoir. La personne repoussa une des mèches de cheveux de Bara de son visage et caressa sa joue alors que son visage se crispait et qu'elle répétait un nom, un nom qu'elle n'avait pas entendue depuis plus d'une décennie.

- Shira-chan... non... Shira-chan...

La silhouette attrapa sa main et la pressa doucement. Ce fut comme si ce simple geste avait emporté son cauchemar au loin pour lui permettre enfin un peu de répit. La personne resta encore un moment avant de finalement partir en coup de vent avant qu'elle ne se fasse repérer. Bara se réveilla juste à temps pour voir un morceau d'écharpe disparaître derrière le shoji. Puis elle secoua la tête et se laissa retomber sur son futon, pensant avoir rêvé ou bien été victime d'une hallucination.

Elle se réveilla le lendemain et se redressa vivement. Le soleil commençait à se coucher, lui démontrant qu'elle avait dormi toute une nuit et presque toute une journée. Elle se rappela soudainement de la veille. Qu'était-il advenu de Heisuke ? Elle se dépêcha de s'habiller et se précipita hors de sa chambre. Elle courut jusqu'à la grande salle où elle retrouva presque tout le monde. Okita était encore absent. Elle comprit qu'il ne pouvait sans doute plus quitter sa chambre et que la maladie l'affaiblissait de plus en plus. Elle demanda tout de suite où était Heisuke.

- Il va bien, finit par lui apprendre Hijikata. Ou du moins, il n'est pas vraiment mort...

- Il est devenu un Rasetsu, comprit-elle alors.

Hijikata hocha la tête et Bara se laissa tomber sur le parquet, ses genoux heurtant le sol. Elle soupira de soulagement. Il était vivant. Qu'il soit humain ou qu'il ne le soit plus, du moment qu'il vivait, elle était contente. Chizuru vint la prendre dans ses bras et toutes deux purent se détendre, enfin rassurées et en sûreté.

- Oh ! Je dois porter son repas à Okita-san ! se rappela alors Chizuru.

- Hum... Chizuru-chan... est-ce que tu peux me laisser y aller à ta place ? s'enquit alors timidement Bara, apeurée d'essuyer un refus.

Elle attendit en silence un refus violent. Après tout, elle l'avait giflé, alors comment pouvait-elle se permettre de demander à lui apporter elle-même son repas ? De plus il ne voudrait certainement pas la voir à présent.

- Bien sûr Bara-chan, sourit alors Chizuru en l'entraînant avec elle dans la cuisine.

Une fois dans la cuisine, Chizuru tendit à Bara le plateau destiné à Okita. Elle le lui remit et la regarda, inquiète. Elle voulait en avoir le cœur net. Alors elle se lança.

- Bara-chan... tu aimes Okita-san, n'est-ce pas ? fit-elle.

Bara resta muette. Pouvait-elle vraiment prétendre l'aimer ? Savait-elle seulement ce qu'était l'amour ? Comment pouvait-elle l'affirmer alors qu'elle n'avait jamais aimé personne, du moins à son souvenir. Elle resta indécise, ne sachant que répondre. Chizuru sembla comprendre et lui sourit amicalement.

- Courage, Bara-chan, je suis sûre que tout s'arrangera, fit-elle avant de quitter la cuisine.

Bara resta immobile, se demandant comment agir. A présent, elle avait peur d'y aller. Elle marcha lentement vers la chambre d'Okita, ralentissant au fur et à mesure qu'elle approchait de la destination. Elle s'arrêta devant le shoji et hésita, la main tremblante. Agenouillée, le plateau posé devant elle, elle hésitait à faire coulisser ce shoji, unique obstacle entre elle et Okita.

Finalement, prenant son courage à deux mains, elle fit coulisser le shoji et s'inclina en s'excusant du dérangement. Elle se releva avec le plateau pour l'apporter à côté d'Okita, sans oser croiser son regard.